Wolfgang Köhler
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Wolfgang Köhler (21 Janvier 1887 - 11 Juin 1967) est un psychologue allemand et l'un des fondateurs de la psychologie de la forme.
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Biographie
Wolfgang Köhler est né à Tallinn en Estonie de parents allemands. Alors qu'il a six ans sa famille déménage pour s'installer en Allemagne. Il a étudié aux universités de Tübingen, Bonn puis de Berlin. En 1909 il termine sa thèse sur la psycho-acoustique sous la direction de Carl Stumpf.
Il continue ses recherches sur l'audition à l'université de Francfort où il rencontre Max Wertheimer et Kurt Koffka, les deux autres fondateurs de la psychologie de la forme. De 1913 à 1920 il devient directeur de la station de recherche sur les anthropoide de l'Académie prussienne des sciences à Teneriffe dans l'archipel des Canaries. C'est à cette époque qu'il met en évidence le phénomène d'apprentissage soudain (insight) chez les grands primates. En 1917 il décrit ces recherches dans le livre Intelligenzprüfungen an Anthropoiden. De 1920 à 1935 il enseigne à l'Université de Berlin et devient directeur de l'Institut de psychologie. C'est à cette époque qu'il écrit Gestalt Psychology, publié en 1929.
À l'arivée au pouvoir des nazis il critique ouvertement leur politique raciste puis se voit contraint de quitter définitivement l'Allemagne en 1935. Il devient alors professeur au Swarthmore College en Pennsylvanie où il enseigne jusqu'en 1955. Il passe ensuite un an à l'Institute for Advanced Study de Princeton puis devient professeur à Dartmouth College.
Il a reçu le premier Distinguished Scientific Contribution Award de l'American Psychological Association, organisation dont il est ensuite devenu le président.
Le phénomène d'Insight
L'un des résultats les plus connus de Köhler est sa description du phénomène d’insight dans la résolution de problèmes chez le chimpanzé. Il utilise le terme anglais insight (qui traduit le terme allemand Einsicht - compréhension, discernement) pour nommer le temps fort d’une résolution, compris comme passage d'une configuration perceptive à une seconde configuration, plus satisfaisante car porteuse en elle-même des réorientations, des regroupements, des suggestions d'actions susceptibles de remédier aux tensions inhérentes à la configuration antécédente. L’insight c'est donc la découverte soudaine d'une solution qui ne devient apparente que par une réorganisation des éléments du problème. Köhler y voyait comme un modèle de la productivité de la pensée, en tout cas un corrélat perceptif de ce moment de discernement où l’organisation du champ, soumise à la tension d’un problème, débouche enfin sur une solution.
Köhler donne par exemple cette description d'un exercice réalisé par le singe Sultan :
- Sultan tries to reach the fruit with the smaller of the two sticks. Not succeeding, he tears at a piece of wire that projects from the netting of his cage, but that too is in vain... He suddenly picks up the little stick once more, goes up to the bars directly opposite the long stick, scratches it towards him with the « auxiliary, » seizes it, and goes with it to the point opposite the objective (the fruit), which he secures.
Au lieu de procéder par essais et erreurs et de se rapprocher graduellement de la solution, l'animal saisi soudainement la solution qui lui échappait jusqu'à lors et qui lui permet d'attraper le fruit en dehors de sa cage.
L’insight est donc d’abord un mode d’appréhension des phénomènes, une interprétation qui entend constituer en objet scientifique un moment cognitif spécifique : la saisie brusque d’une modification favorable du champ pratique, qui est localisée, incarnée dans une configuration perceptive virtuellement en train de basculer. C'est ce moment de restructuration perceptive où se manifeste le pouvoir de changer la signification donnée d’un objet en une signification neuve, et par là d’anticiper sur la nouvelle fonction possible (la branche devient bâton, la caisse-pour-s’asseoir devient la caisse-à-traîner-et-empiler).
Cette analyse s'oppose frontalement à l'idée de l'apprentissage par renforcement proné par les béhavioristes comme un principe suffisant pour rendre compte de l'ensemble des conduites humaines ou animales.
Isomorphisme psychophysique
La théorie de l’isomorphisme psychophysique de Köhler part du postulat que les structures fondamentales de notre monde phénoménologique sont compatibles avec des lois purement physiques de l’organisation. Elle renouvelle radicalement la thèse classique du parallélisme psychophysique (Ernst Mach, Ewald Hering, Georg E. Müller), pensé comme un simple principe méthodologique, en posant l’unité conceptuelle de différents champs de connaissance autour de la notion d’organisation dynamique.
Pour les psychologue de la Gestalt, les formes se manifestent dans la détermination réciproque de leurs parties et de leur entour ; et ce sont aussi, en tant que telles, des configurations transposables à travers une pluralité de situations. Les formes sont transposables parce qu’elles sont faites de relations physiques dynamiques susceptibles de se réaliser en différents champs (et d’un certain point de vue, le concept d’isomorphisme est une dérivation d’un tel concept de transposabilité, radicalisé par exemple par la possibilité de conversion entre aspects spatiaux et temporels des structures). Ainsi un ordre expérimenté dans l'espace doit se retrouver, mais en un sens abstrait, fonctionnel, et nullement naïvement topographique, dans l'analyse des processus sous-jacents. Il faut souligner que l'isomorphisme köhlerien est d'abord un isomorphisme abstrait. Il faut le concevoir dans le sens mathématique du terme, à partir d'une communauté de structures entre les théories topologiques et dynamiques, orientées vers une étude qualitative des structures, qui seront investies dans la description du champ de l'expérience, et celles, plus quantitatives, qui permettront de déterminer les processus biophysiques sous-jacents.
L'isomorphisme psychophysique de Köhler est donc « fonctionnel », il porte sur des modes de fonctionnement, des processus construits et analysés mathématiquement, que l’on met en rapport avec des modalités de l’expérience. Il n’implique aucune identité morphologique simple : il ne suffit pas de faire des ronds à la surface du cerveau pour valoir comme corrélat d’un cercle perçu. Il faut le comprendre comme topologique, géométrique, dynamique, mais aux sens abstraits et multiples que les mathématiques donnent à ces termes, et non en un sens simplement topographique, directement lisible dans la structure tri-dimensionnelle du cerveau. (Cf. V. Rosenthal et Y.-M. Visetti, Köhler. Paris, Les Belles Lettres, 2003.)
Bibliographie
- W. Köhler, (1920). Die physischen Gestalten in Ruhe und im stationären Zustand (Les formes physiques au repos et à l’état stationnaire). Berlin, Braunschweig.
- W. Köhler, Intelligenzprüfungen an Anthropoiden, 1917. Une édition révisée est parue en 1921 puis à été traduite en anglais sous le titre Mentality of Apes sous lequel l'ouvrage est plus connu. Une version plus complète est parue dans la traduction française sous le titre L’intelligence des singes supérieurs (1927). Paris, Félix Alcan.
- W. Köhler, Gestalt Psychology, 1929. Traduction française La psychologie de la forme, Gallimard, Paris, 1964.
- W. Köhler, The Place of Value in a World of Facts, 1938.
- W. Köhler,(1940). Dynamics in Psychology. New York, Liveright.
- W. Köhler,(1969). The task of Gestalt Psychology. Princeton, Princeton University Press.
- W. Köhler,(1971). Selected Papers (éd. Mary Henle). New York, Liveright.
- V. Rosenthal, & Y.-M. Visetti, (2003). Köhler. Paris, Les Belles Lettres.
Liens externes
- Biographie de Wolfgang Köhler sur le site du Swarthmore College
- Une autre biographie de Wolfgang Köhler



