Wilhelm von Humboldt
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(Friedrich) Wilhelm (Christian Karl Ferdinand) Freiherr von Humboldt (22 juin 1767 à Potsdam - 8 avril 1835 à Tegel) est un linguiste, fonctionnaire, diplomate, et philosophe allemand. Après des études scientifiques, ainsi que de grec et de français, reçoit une introduction à la philosophie et en administration. Il étudie durant trois semestres la philologie et les sciences à Göttingen avec Lichtenberg et lit Kant. C'est un étonnant inventeur de concepts, ce qui a conduit paradoxalement à négliger le mouvement de sa pensée propre, son écriture. On l'a réduit au rôle de simple précurseur de la pensée de notre temps, de Martin Heidegger à Jürgen Habermas, en passant par Ernst Cassirer ou Noam Chomsky. Citons encore la "récupération" libérale de sa pensée politique et de philosophie de l'histoire.
C'est le frère d'Alexander von Humboldt qui publia notamment son œuvre posthume, Sur la diversité de construction des langues et leur influence sur le développement de la pensée humaine, connue encore sous le titre de Introduction à l'œuvre sur le kavi. Pierre Caussat l'a traduite en français.
Représentant de la Prusse au congrès de Vienne, il défend contre la France vaincue une ligne assez dure. En tant que ministre prussien de l'Éducation (1809-1810), il réforma profondément le système scolaire, en se basant sur les idées de Johann Heinrich Pestalozzi — il envoya les professeurs prussiens étudier ses méthodes en Suisse. Un des grands réformateurs libéraux avec Stein et Hardenberg, il eut une action déterminante au sein du gouvernement jusqu'en 1819 quand il finit par prendre sa retraite en raison de son opposition aux idées réactionnaires qui prédominaient. Il se consacra alors essentiellement à l'étude du langage.
En tant que fonctionnaire, il sera jusqu'en 1819 au service de l'État prussien, notamment comme diplomate en France, ce qui sera pour lui l'occasion d'étudier la langue basque, à l'occasion de quoi il découvre avec cent cinquante ans d'avance les principes de la description linguistique moderne : l'étude des langues en synchronie, l'étude descriptive et non prescriptive, l'importance du corpus et des informateurs ainsi que l'importance de catégories grammaticales décrivant précisément les phénomènes propres à la langue étudiée, ce qui le conduit à rejeter la pertinence des catégories de la grammaire latine pour une langue comme le basque. Mais, contrairement aux autres philosophes de l'histoire de son temps, Humboldt considérera toute sa vie que la culture de soi, la Bildung, est plus essentielle que le service de l'Etat. L'individu n'est pas réductible à son rôle sur la scène de l'histoire. C'est ce libéralisme singulier, rien moins qu'économique, qui conduit Humboldt à s'intéresser à la philosophie politique, à l'esthétique, à la philosophie de l'histoire, mais aussi à la religion, dans une perspective moins chrétienne que platonicienne, voire hindouiste (commentaire du Bhagavad Gita). La puissance créatrice qui constitue le fond de l'univers culturel et anthropologique se manifeste aussi bien dans les réalités individuelles que collectives.
En linguistique, l'intérêt de Humboldt s'est porté également sur la typologie, d'où la volonté de décrire le plus de langues possible. Pour autant, Humboldt n'a jamais perdu de vue la recherche des universaux de langage. Il se sert de la catégorisation en langues à flexion (russe, allemand, latin), langues agglutinantes (turc, hongrois), langues incorporantes (nahuatl) et langues isolantes (chinois). À propos du chinois, après avoir défendu la thèse qu'il s'agissait d'une langue sans formalité propre, il fut amené par le sinologue français Abel-Rémusat à réviser sa position. On a principalement retenu de ses travaux sa philosophie de la langue, qui est notamment mise en avant par Ernst Cassirer dans sa philosophie des formes symboliques, mais aussi plus généralement et plus vaguement, ce que l'on a appelé l'hypothèse humboldtienne, qui se rejoint avec l'hypothèse Sapir-Whorf, qui veut que les catégories de la langue parlée prédéterminent nos catégories de pensée. C'est là négliger l'intérêt d'Humboldt pour la dimension universelle du langage. Notons que périodiquement les philosophes, comme les linguistes, redécouvrent Humboldt, et croient lire dans son œuvre les prémices de leur propres conceptions. C'est que la pensée d'Humboldt, rarement saisie dans son originalité, constitue une réserve de sens pour la philosophie de l'avenir. On a rapproché ainsi le concept humboldtien de forme de la langue du structuralisme, sa vision dynamique du langage de la linguistique de la parole, le rôle qu'il attribue au dialogue entre les individus et les cultures de l'herméneutique contemporaine (Habermas). Ces évaluations sont souvent contradictoires, ce qui traduit moins l'obscurité de la pensée de Humboldt que sa richesse. Il est nécessaire aujourd'hui de replacer les découvertes d'Humboldt à l'intérieur de sa propre anthropologie philosophique, de son refus d'opposer l'individu et le collectif, mais aussi de dissoudre l'individu, ou la parole, dans la totalité d'une Nation ou d'une langue. D'où sa critique des langues agglutinantes, ou des régimes politiques autoritaires. On le voit, si Humboldt rejette toute philosophie systématique, s'il s'intéresse à des domaines variées, de la sexualité à l'histoire en passant par la religion, sa pensée n'en est pas moins profondément cohérente. En tout cas cohérente en profondeur. En 1834, il baptise la famille des langues austronésiennes, étendues à l'île de Pâques, malayo-polynésienne dans Über die Kawi-Sprache auf der Insel Java (1836-39, publication posthume). Le kavi est une langue littéraire ancienne parlée à Java. Cette œuvre est désormais considérée comme exemplaire en matière linguistique.
Humboldt fait aujourd'hui l'objet d'une redécouverte et d'une réévaluation de ses travaux de linguistique prolifiques et novateurs. On pourra lire notamment des publications en allemand sur Humboldt à l'adresse : http://www-gewi.kfunigraz.ac.at/humboldt/ ainsi que les travaux de Jürgen Trabant, notamment son édition de L'introduction à l'œuvre sur le Kavi. En France, Humboldt reste cependant méconnu, malgré les thèses monumentales de philosophes comme Robert Leroux (Guillaume de Humboldt, La formation de sa pensée jusqu'en 1794 ,1932) et surtout Jean Quillien (L'anthropologie philosophique de G. de Humboldt, 1991), plus récemment d'Henri Dilberman (L'interprétation métaphysique et anthropologique du langage dans l'oeuvre de W. von Humboldt,1997). On peut citer aussi les travaux d' Henri Meschonnic, qui se veut au plus près de la pensée authentique de Humboldt, de son mouvement propre, étranger à la philosophie universitaire.
Humboldt fonda en 1810 l'Université Humboldt à Berlin — ce qui en fait un visionnaire en matière de recherche et de pédagogie, capable de comprendre pourquoi il est nécessaire de confronter les disciplines pour faire avancer le savoir sans préjugés. L'Université ne reflète pas un système philosophique, mais est fondée sur la libre recherche et collaboration des étudiants et des professeurs. Ce modèle est en contradiction avec l'actuelle évolution de l'Université et de la recherche, tentées par le pragmatisme et l'économisme. Humboldt était l'ami de Goethe et de Friedrich von Schiller, qui lui inspirèrent des réflexions esthétiques souvent novatrices.
OEUVRES DE HUMBOLDT
Sokrates und Platon über die Gottheit (1787-1790) Ideen zu einem Versuch, die Grenzen der Wirksamkeit des Staates zu bestimmen (1791) Über den Geschlechtsunterschied (1794) Über männliche und weibliche Form (1795) Plan einer vergleichenden Anthropologie (1797) Das achtzehnte Jahrhundert (1797) Ästhetische Versuche I. - Über Goethe's Hermann und Dorothea (1799) Latium und Hellas (1806) Geschichte des Verfalls und Untergangs der griechischen Freistaaten (1807-1808) Pindars "Olympische Oden" (traduit du grec ancien) (1816) Aischylos' "Agamemnon" (traduit du grec) (1816) Über das vergleichende Sprachstudium in Beziehung auf die verschiedenen Epochen der Sprachentwicklung (1820) Über die Aufgabe des Geschichtsschreibers (1821) Über die Entstehung der grammatischen Formen und ihren Einfluss auf die Ideenentwicklung (1822) Über die Buchstabenschrift und ihren Zusammenhang mit dem Sprachbau (1824) Bhagavad-Gitá (1826) Über den Dualis (1827) Über die Sprache der Südseeinseln (1828) Über Schiller und den Gang seiner Geistesentwicklung (1830) Rezension von Goethes Zweitem römischem Aufenthalt (1830) Über die Verschiedenheit des menschlichen Sprachbaus und seinen Einfluss auf die geistige Entwicklung des Menschengeschlechts (1836)
Château de Tegel
En possession de la famille Humboldt depuis la fin du XVIIIe siècle, le château de Tegel, où il est mort, est également appelé Humboldt Schlösschen, d'autant plus qu'il est toujours habité par les descendants.
Ancien pavillon de chasse des Grands Électeurs, le château est remanié par Schinkel pour les besoins de Wilhelm von Humboldt. D'inspiration classique, le manoir présente quatre tours d'angle ornées de reliefs de Rauch inspirées des huit divinités de la Tour des Vents d'Athènes.
Schinkel a conçu également les appartements du château en préservant l'harmonie classique de l'ensemble : la majeure partie du mobilier de l'époque était des pièces de collection que Wilhelm von Humbolt ramena de son séjour à Rome.
Etude critique
- Henri Dilberman, L'interprétation métaphysique et anthropologique du langage dans l'oeuvre de Wilhelm von Humboldt, 635 p. ISBN 228400542X



