Vocabulaire et concepts du bouddhisme
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Bouddha
Celui qu'on appelle « le » Bouddha, n'est, si l'on peut dire, qu'un bouddha. C'est le bouddha historique, le bouddha Sakyamuni, né cinq cent ans avant Jésus-Christ. Il s'appelait Siddharta Gautama. C'était un riche prince que son père tint écarté, dans son palais, des réalités du monde qui l'entourait. Il sortit un jour du palais et s'aperçut que les choses n'étaient pas exactement comme il le croyait jusqu'alors. Il fut confronté à la vieillesse, à la maladie et à la mort alors que son père l'avait entretenu dans l'illusion de l'éternelle jeunesse et de l'immortalité. Il fut alors habité par une seule idée : comprendre le pourquoi de la condition humaine et comment se libérer de toute cette souffrance. Il essaya beaucoup de méthodes, y compris l'ascétisme, dont il réalisa que ce n'était pas la meilleure. De façon générale, les bouddhistes n'affectionnent pas beaucoup les choses extrêmes : ils suivent la « voie du milieu ». Par exemple, ils ne disent pas que rien n'existe (nihilisme) ni que les choses existent de façon très solide et immuable, sans aucun espoir de changement (éternalisme). Pour eux, la vérité est intermédiaire et toute relative et dépend de notre degré d'éveil, c'est-à-dire de compréhension de la vraie nature des choses, de leur impermanence (anitya).
Le bouddhisme n'a pas commencé avec le bouddha Sakyamuni ; il ne s'arrête pas non plus avec lui. Il y a eu beaucoup de bouddhas avant lui et il y en aura d'autres à l'avenir. Il y a même eu des époques sans bouddha, parce qu'il n'y avait personne capable de recevoir les enseignements. On dit que le bouddha Sakyamuni est le cinquième des mille bouddhas de notre ère ; le prochain, dans environ 2 000 ans, s'appellera Maitreya. Nous sommes tous des bouddhas en puissance. Le Bouddha était un homme. Il a atteint l'éveil, comme tous les maîtres de la lignée, et comme nous sommes tous appelés à l'atteindre.
Dieu
Bien que le bouddhisme soit une religion, la notion de Dieu n'y est pas présente. Le Bouddha n'est ni Dieu ni un dieu et les divinités mentionnées ne sont que de « simples » supports de méditation. Il n'est jamais fait référence à une entité extérieure qui aurait créé le monde qui nous entoure. Les bouddhistes pensent que ce que nous percevons de ce monde est erroné et que la question de savoir si l'univers a été créé ou non, ou s'il a toujours été là ou pas, est sans objet car c'est à l'intérieur de nous-mêmes que nous devons chercher les réponses. Il n'est pas nécessaire de prier un être tout puissant qui nous serait extérieur. L'éveil (la capacité à voir les choses comme elles sont réellement) est déjà en chacun de nous, mais nous l'ignorons. Il nous appartient de dissiper les voiles qui obscurcissent notre esprit. Le chemin vers l'éveil est plus un travail de dissolution (la dissolution des voiles) que de construction. Pour l'instant, ce que nous croyons être la réalité n'a pas plus d'existence qu'un rêve, même si elle nous paraît « solide » et tangible, car c'est la nature de cette illusion d'être solide et de se manifester. Il n'y a rien à trouver qui ne soit déjà en nous – la nature éveillée de l'esprit – et pour cela il faut, entre autres choses, dissoudre le voile de la saisie réaliste.
Eveil
Le « but » est d'atteindre l'éveil et donc de sortir du samsara et d'échapper aux cycles des renaissances dans un corps. Il ne s'agit pas d'une démarche individuelle mais profondément altruiste. On fait le vœu d'amener tous les êtres à l'éveil (vœu de bodhisattva). Une fois éveillé, on peut renaître volontairement dans un corps afin d'aider les êtres et les guider. Il est indispensable pour y parvenir de cultiver l'amour et la compassion. Quand l'éveil est atteint, on réalise la non-dualité. Il n'y a plus de moi et de non-moi, d'intérieur et d'extérieur, d'observateur de d'observé. Voir aussi la page sur le Nirvāna.
Karma
Voir la page sur le karma.
Koan
Dans le bouddhisme zen et plus particulièrement dans l'école Rinzaï, l'étude des koans revêt une importance particulière. Un koan est un paradoxe dont la compréhension peut permettre d'atteindre l'éveil.
« D'où viens-tu ? », demanda le maître.
« Je viens de nulle part », répondit l'élève.
Ceci est un exemple de koan.
« Si je parle à moi-même, à qui est-ce que je parle ? » en est un autre.
Un koan veut réfléter la difficulté que l'esprit humain rencontre lorsqu'il doit affronter des questions de nature métaphysique. La perception du caractère paradoxal de l'existence de l'homme et du monde peut permettre à l'élève de s'élever à un niveau de compréhension supérieur. Le but à atteindre dans le bouddhisme est la connaissance ultime, ou éveil.
Mandala
Un mandala est une représentation symbolique du monde. Il présente toujours un cercle inscrit dans un carré. Très souvent, un autre cercle se trouve inscrit dans le carré et un autre carré dans ce deuxième cercle, reprenant certains principes grecs que le microcosme représente le macrocosme. La signification du mandala est la compréhension du monde. Le mandala est souvent provisoire car de nombreuses écoles du bouddhisme insistent sur le côté impermanent des choses. En psychologie, atteindre le centre du cercle veut dire atteindre un objectif représenté par le centre d'une cible. Pour le pratiquant bouddhiste, l'objectif à atteindre est l'éveil ou compréhension instantanée de toutes choses. Par la réalisation de mandalas, le pratiquant peut atteindre l'éveil.
Méditation
Commençons par dire ce que n'est pas la méditation.
- Il ne s'agit pas de méditer « sur » quelque chose (pensée ou lecture).
- Il ne s'agit pas de « faire le vide », c'est-à-dire d'essayer de chasser toutes les pensées. On deviendrait obnubilé par l'unique pensée de ne plus avoir de pensées et cela générerait une tension contre-productive.
- Il ne s'agit pas de se mettre dans un état particulier, état de conscience modifié, transe, etc. Bien au contraire : il faut être très présent.
Méditer consiste simplement à mettre l'esprit au repos, à le calmer, et à observer ce qui se passe en toute détente. Il n'y a rien à faire de particulier ni quelque chose à quoi penser ou à ne pas penser. C'est un total non-agir. Au début, les pensées se bousculent et on a l'impression d'un grand désordre. On peut aussi tomber dans la rêverie ou la torpeur. Le but est de toujours ramener l'esprit comme on le fait avec la barre d'un navire pour garder le cap, de façon à rester maître de la situation et bien conscient de ce qui se passe. Aucune pensée ne doit être rejetée ni encouragée ou suivie. On reste en observation. Une analogie consiste à comparer l'esprit à une bouteille de vin ayant été secouée et qu'il faut laisser décanter. Pour cela, il y existe certaines techniques comme l'attention posée sur le souffle, objets de référence, récitation de mantras, visualisations, etc. Pour ces dernières, on peut s'étonner que les personnages qui interviennent aient des traits asiatiques. La raison est évidemment culturelle. En fait, cela n'a aucune importance puisque tous ces moyens « habiles » ne sont que des supports de méditation. Méditer apprend à mettre de l'espace. Peu à peu, la clarté s'établit et les voiles se dissipent : nous voyons plus clairement la véritable nature de ce qui nous entoure. Les principaux fruits de la méditation assise se recueillent en dehors des périodes de méditation proprement dite. En pratique, tout acte de la vie quotidienne devient méditation car on porte alors attention à tout.
Le texte ci-dessous tente d'expliquer la méditation :
« Laisse cet esprit, le tien, dans la détente, sans artifice.
Dans cet état, regarde le mouvement des pensées,
Etablis-toi sur ce mouvement, sans forcer.
Dans cet état se révèle le calme.
Pas d'attachement au calme
Pas de peur du mouvement.
Pas de différence entre le calme et l'activité
Reconnais ces deux états comme des phénomènes mentaux s'élevant de l'esprit.
Dans cet état repose...
Sans saisie, sans attachement, dans l'essence naturelle.
Dans cet état, l'essence de ton propre esprit,
Sagesse, vacuité radieuse, va s'élever,
Et tu n'auras pas de mots...
Dans cet état, poindra une stabilité naturelle.
Ne tiens pas la stabilité pour quelque chose,
Mais sois spontané, naturel et libre.
Ne t'attache pas, ne rejette pas les créations mentales,
Mais, s'il te plaît, demeure. »
Lama Guendune Rinpoché
Mort
C'est peut-être dans dix minutes ou peut-être dans cinquante ans. Autant commencer à nous y préparer tout de suite. Le bouddhisme donne de nombreux enseignements très précis sur le moment de la mort (le bardo de la mort). C'est un passage dangereux dans lequel nous risquons de paniquer car nous nous retrouvons seuls face à notre esprit désincarné. Nous risquons alors, comme dans un cauchemar, de courir dans n'importe quelle direction et de suivre une fois de plus les tendances qui nous poussent à reprendre une naissance humaine. Plus nous aborderons ce moment avec calme et plus nous aurons de chances de ne pas nous laisser emporter par nos attachements. Et, si notre pratique a été assidue, ce sera peut-être le moment de lâcher prise et de nous tourner vers l'éveil. Il est en effet possible de se détacher des illusions du samsara au moment de la mort.
Nirvana
Le Nirvāna, c'est précisément l'éveil. Ce n'est pas un lieu ni un état particulier. C'est seulement la réalité vue avec un esprit sans voiles. Pour nous débarrasser de ces voiles, nous devons apprendre à dominer la colère, la cupidité, l'orgueil, l'attachement et « éduquer » l'esprit. L'esprit a une fâcheuse tendance à « saisir » toutes les pensées qui s'élèvent en lui. Il les solidifie et construit de gigantesques entrelacs dans lesquels nous nous laissons emprisonner. Une pensée fait suite à une autre et, de proche en proche, nous façonnons entièrement l'univers qui nous entoure. Nous édifions nous-mêmes les murs de notre prison. Nos tendances, nos habitudes et nos attentes perpétuelles nous empêchent de progresser spirituellement. Nous devons apprendre à lâcher prise petit à petit et à ne pas nous laisser envahir et dominer par nos peurs et nos émotions. L'éveil est comme un réveil : nous prenons conscience de la fin du rêve, alors que nous n'avons jamais eu conscience du moment où il a commencé.
Noble sentier octuple
Voir la page Noble sentier octuple.
Précieuse existence humaine
Rencontrer les enseignements du Bouddha et pouvoir les suivre est une chance rare (en fait, ce n'est pas une chance, puisque nous avons nous-mêmes créé les causes pour qu'il en soit ainsi). Il faut en effet jouir d'un minimum de confort matériel, intellectuel et réunir un certain nombre de conditions qui font que nous sommes en mesure de nous ouvrir à cet enseignement. C'est pourquoi l'on dit que se réincarner dans un corps jouissant de toutes ces circonstances, c'est obtenir la « précieuse existence humaine », ce qui est très rare – aussi rare que les étoiles en plein jour, dit-on.
Quatre nobles vérités (les)
Cet enseignement est au cœur du bouddhisme. C'est le premier enseignement que donna le bouddha Sakyamuni.
- La première est la vérité de la souffrance, de l'insatisfaction dukkha. Il suffit de regarder le monde qui nous entoure, et aussi notre monde intérieur, pour constater que la souffrance est partout depuis la naissance jusqu'à la mort. Bien sûr, le monde relatif peut apporter de petits plaisirs, mais ils sont tous éphémères et souvent causes de souffrances ultérieures. Une grande cause de souffrance est l'impermanence : rien n'est éternel ni immuable. Tout est appelé à disparaître. Le passé est comme un rêve et l'avenir n'a pas de réalité solide. Seuls semblent exister des instants, insaisissables.
- La deuxième est la vérité de l'origine de la souffrance : le désir, l'attachement. Nous voulons toujours plus et ne développons pas assez le contentement. Au mieux, quand le désir s'amenuise, subsiste encore le désir de désirer. L'attachement est aussi une cause de souffrance. En fait, c'est le cas de toutes les émotions, dont l'ignorance fait partie.
- La troisième est la vérité de la cessation de la souffrance : le fait de reconnaître qu'elle peut prendre fin.
- La quatrième est la vérité du chemin qui mène à la libération. Il existe une méthode, enseignée par le Bouddha : c'est le noble sentier octuple.
Réincarnation
Les bouddhistes croient en la réincarnation. Ils prétendent qu'il ne s'agit pas d'une foi aveugle car pour eux existent des preuves concrètes. Les lamas disent parfois d'un air amusé que le bouddhisme est la seule religion où l'on peut visiter l'appartement témoin car on peut montrer des preuves tangibles de la réincarnation. Certains grands maîtres, voulant se réincarner volontairement pour venir en aide aux êtres, donneraient avec précision, au moment de leur mort, le lieu et la date de leur renaissance. Lorsqu'on trouve celui qu'on pense être le jeune maître réincarné, celui-ci serait capable de désigner des objets qui lui étaient familiers dans sa précédente vie. La vérification doit être validée par des maîtres reconnus. Seuls les êtres éveillés peuvent décider volontairement de se réincarner pour venir en aide aux autres. Les êtres ordinaires « subissent » le processus de réincarnation car ils sont prisonniers du désir/attachement. La renaissance est en quelque sorte inévitable car un être qui n'a pas progressé sur le plan spirituel est attiré par une renaissance dans une matrice comme l'est une mouche par de la confiture. Nous « tournons » ainsi dans le samsara pendant des milliers de vies avant de réaliser qu'il y a peut-être une autre voie.
Samsara
Le samsara est le monde qui nous entoure vu à travers les voiles de l'ignorance. Nous sommes le jeu d'une illusion et nous croyons que cette vue correspond à la réalité, ce qui est source de nombreuses souffrances. En particulier, nous sommes attachés à cette vision du monde et n'avons de cesse d'y revenir, par habitude, par facilité, parce que nous ne connaissons rien d'autre et parce que la condition humaine présente à nos yeux certains agréments. En fait, nous nous leurrons sur les moyens d'accéder au bonheur, sans nous rendre compte que tout instant de bonheur ou de plaisir porte en lui-même un germe de souffrance. Dès qu'il cesse, il nous pousse dans la nécessité impérieuse de le retrouver... pour mieux le perdre encore. Il s'ensuit un cercle infernal de morts et de renaissances dans ce monde de la forme et des phénomènes. L'existence apparaît alors comme une roue qui ne cesse de tourner, la roue du samsara. Au fur et à mesure de notre progrès spirituel, nous réalisons que ce qui nous entoure n'a pas autant de solidité que nous le pensions. Pour autant, nous ne devenons pas des êtres réalisés du jour au lendemain. Le chemin peut être long et difficile. Il faut savoir être humble et patient. Tant que nous croyons encore un tant soit peu à la solidité relative de ce qui nous entoure, nous ne devons pas nous méprendre sur notre fragilité et sur la compétence de l'ego à nous induire en erreur. Un très bel adage résume assez bien la situation : « Tant que tu crois être une souris, si tu rencontres un chat, alors fuis de toute la force de tes petites pattes ! »
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