V2
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Les fusées V2
Historique
Les fusées V2 sont les premières fusées opérationnelles ou missiles balistiques être mises au point, à la station expérimentale de l'armée allemande de Peenemünde grâce à l'ingénieur allemand Wernher von Braun, puis fabriquées en série.
Le V signifie Vergeltung, c'est-à-dire « représailles ». En effet, les V2 furent lancées en réponse aux bombardements alliés et succédèrent aux V1.
Le premier vol réussi d'un V2 a eu lieu en 1942 ; la fusée a atteint une altitude de 85 km et une vitesse de Mach 5.
À partir de 1944, les V2 sont opérationnels en tant que missiles balistiques, mais ils n'apportent pas la supériorité escomptée par les Allemands dans la Seconde Guerre mondiale, du fait de leur imprécision (plusieurs centaines de mètres) et de leur relativement faible effet ("seulement" 500 kg d'explosif classique).
Lors de la chute de la première V2 sur Londres, personne ne comprit sur le coup qu'il s'agissait d'une bombe : la V2 arrivait à une vitesse supersonique, donc dans le silence total, contrairement aux V1 qui avaient un bruit caractéristique. On pensa à une explosion d'immeuble due au gaz jusqu'à ce qu'on découvre des débris de la tuyère.
Utilisation
Le premier V2 fut tiré le 8 septembre 1944 en direction de Paris depuis Gouvy en Belgique. Il atteignit en 5 minutes Maisons-Alfort, en banlieue parisienne, où il fit une trentaine de victimes. Un premier tir avait été prévu le 6 septembre, depuis le plateau des Tailles, mais des ennuis techniques et l'avance des Alliés qui avaient franchi la Meuse contraignirent les Allemands à se rapprocher de leur frontière.
En tout, 4000 engins sont construits pour être lancés vers l'Angleterre et Londres, dans des conditions très dures pour les prisonniers affectés à ces travaux forcés (usine souterraine de Dora). Les V2 tuèrent deux fois plus de prisonniers en Allemagne que de civils en Angleterre.
Mis très tard en service, les V2 étaient lancées depuis des sites sous pression de l'avance des troupes alliées.
En Hollande à partir de la région de Middelburg et surtout La Haye (permettant d'atteindre Londres) puis Rijs (région du Norfolk), Hellendorm et Dalsfem (vers la Belgique). En Belgique et Rhénanie, ils seront lancés de Saint-Vith et Mertzig vers Paris, puis des alentours de Koblenz (Euskirchen et Hachenburg) visant le Nord de la France et la Belgique. Les batteries seront ensuite déplacées dans la région de Münster, visant Anvers et Liège.
Malgré les dégâts infligés aux infrastructures de fabrication et de lancement, 1560 V2 sont lancés entre le 8 septembre et la fin de 1944, principalement vers Londres (450) et Anvers (920), et sporadiquement vers Norwich (40), Liège (25), Paris (20) ainsi que sur Lille, Tourcoing, Maastricht, Hasselt, etc.
Les tirs de 1500 autres V2 se poursuivront jusqu'au 27 mars 1945 principalement depuis La Haye, toujours vers Londres la cible civile favorite des nazis et Anvers ainsi que vers quelques cibles militaires. Les dernières fusées seront tirées vers le Kent.
Au total la région de Londres a reçu 1350 V2 et celle d'Anvers plus de 1600, faisant principalement des victimes civiles.
Caractéristiques
Caractéristiques de l'A4/V2
- Moteur-fusée à propergols liquides
- alcool méthylique-méthanol (3 710 kg)
- oxygène liquide (4 900 kg)
- Poids au lancement: 13 000 kg
- Autres fluides: eau oxygénée (130 kg); permanganate de sodium (16 kg); azote (15 kg)
- Poussée au décollage: 25 000 kg
- Temps de combustion: 65 s
- Vitesse maximale: 5 400 km/h
- Altitude maximale: 96 km
- Portée 320 km
- Charge explosive: 738 kg avec le problème de l'échauffement lors du vol (jusqu'à 1200°C en surface)
Versions dérivées
Trois versions dérivées du V2 ont été étudiés : l'A4b, équipé comme un appareil de recherche aérodynamique, l'A9, un bombardier intercontinental et l'A6, un appareil de reconnaissance haute altitude et haute vitesse.
- Caractéristiques du EWM A4b :
- Propulsion Moteur-fusée EMW de 25 300 kg de poussée
- Vitesse maximale : 7 290 km/h
- Masse : 16 260 kg en charge
- Envergure : 3,5 mètres avec les ailes
- Longueur : 14,2 mètres
- Charge militaire : 1 tonne d'Amatol
- Portée : 800 km
- Caractéristiques du EWM A9 :
- Propulsion Moteur-fusée EMW de 25 300 kg de poussée
- Vitesse maximale 10 500 km/h
- Masse 16 260 kg (pour l'A9)
- Envergure 3,5 mètres
- Longueur 14,2 mètres
- Charge militaire 1 tonne d'Amatol
- Portée 4 300 km avec étage A10
Extérieurement, le projet se présentait comme un A4 (V2) agrandi. Le premier étage devait être l'A-10 avec un temps de fonctionnement de 50 secondes. Deux versions furent envisagées, la première utilisant un faisceau de 6 moteurs de V2 avec une tuyère commune, la deuxième, un seul moteur-fusée plus puissant. Après le fonctionnement du premier étage, le second se séparait et prenait le relais.
Au départ, il fut prévu d'utiliser soit un V2, soit un A4b non piloté (V2 avec des ailes), et avec une poussée atteignant 30 tonnes. L'altitude maximale atteinte par le deuxième étage culminait à 330 km et la vitesse après extinction des moteurs était calculée à 10 200 km/h ! La masse maximale au décollage était estimée à 85 tonnes. Si un deuxième étage ailé était utilisé, la portée maximale était de 4 800 km avec une charge militaire d'une tonne. Avec cette portée, Washington et New York auraient pu être attaqués depuis des sites en Europe.
L'A9 était un dérivé du programme A4b piloté. Des essais en soufflerie montrèrent que les ailes type « delta » réduisaient substantiellement la traînée et augmentait la portée. En raison du faible développement des équipements de guidage de l'époque, l'A9 devait être piloté pour atteindre ses cibles.
- Caractéristique du EWM A6 :
- Propulsion Moteur-fusée EMW de 12 474 kg de poussée + un statoréacteur de type inconnu
- Vitesse maximale 2900 km/h
- Carburant/comburant M-Stoff (Méthanol) & A-Stoff (oxygène liquide)
- Envergure 6,33 mètres
- Longueur 15,75 mètres
- Altitude 95 000 mètres
- Portée 800 km
L'A6 aurait dû être un programme de recherche hypersonique, comprenant un statoréacteur auxiliaire, seulement utilisé aux très hautes vitesses. Ceci était prévu sur cet appareil à l'apogée de la trajectoire, à très haute vitesse et après épuisement du carburant du moteur-fusée principal. Le statoréacteur (brûlant du pétrole synthétique) donnait alors à l'A6 la possibilité de continuer son vol pour vingt ou trente minutes supplémentaires sans perte de vitesse ou d'altitude.
Première fusée moderne et première arme de destruction longue portée, le V2 ouvre la voie à une nouvelle conception des conflits armés, mais aussi au vol spatial et à la conquête de l'espace, ces aspects s'inscrivant au centre de la guerre froide.
Si la bataille de l'eau lourde n'avait pas empêché d'autres laboratoires allemands de mettre au point l'arme nucléaire, le V2 se serait révélé une arme absolue.
Voir aussi
Astronautique | Conquête de l'espace



