Ubu
Un article de Freepedia.
| Image:Theatre.jpg |
| Cet article fait partie de la série Théâtre |
| Listes |
|
Acteurs / actrices |
| Voir aussi |
|
L'histoire du théâtre |
| Théâtres par cultures |
|
Afrique - Angleterre - Chine |
| Méta |
François Ubu, capitaine de dragons, officier de confiance du roi Wenceslas, décoré de l'ordre de l'aigle rouge de Pologne, ancien roi d'Aragon, comte de Sandomir ; puis roi de Pologne, docteur en ’Pataphysique, grand-maître de l'Ordre de la Gidouille... est un personnage créé par l'écrivain français Alfred Jarry.
Le Père Ubu s'est forgé sa personnalité à partir de celle de Monsieur Hébert, professeur de Physique au lycée de Rennes. Ses élèves avaient l'habitude de lui inventer des aventures rocambolesques sous le nom du P. H. (Père Hébert). Jarry a repris à son compte et développé la tradition potachique au point de s'identifier lui-même à son personnage. Sur la fin de sa vie il signait Ubu.
Sommaire |
Écrits d'Alfred Jarry sur Ubu
- Ubu Roi (1896)
- Ubu Cocu (1897)
- Les Almanachs du Père Ubu (1899)
- Ubu Enchaîné (1900)
- Ubu sur la Butte (1906)
Écrits d'autres auteurs sur Ubu
- Ubu Colonial (d'Ambroise Vollard)
- Ubu Pape (de Robert Florkin)
- Ubu Président (de Patrick Rambaud)
- Ubu et la Manivelle à rien (de Vincent Fuente)
- Ubu Amiral (de Reuze)
- Philosophie d'Ubu (de Daniel Accursi)
- Ubu (chanson de Dick Annegarn)
Quelques artistes ayant fait le portrait d'Ubu
- Pierre Bonnard
- Jacques Carelman
- Max Ernst
- Escaro
- Aline Gagnaire
- Dora Maar
- Roberto Matta
- Joan Miro
- Pablo Picasso
- Man Ray
- Georges Rouault
Réflexion sur Ubu Roi
Le texte qui suit est le fruit d'une fiche de lecture réalisée par un élève de Lycée. Il présente, entre autre, un résumé complet de l'oeuvre qui dévoile comment se termine l'histoire.
Ubu Roi est une pièce de théâtre bien particulière qui manœuvre avec excellence et humour le registre du comique, du tragique, de la farce et du drame. Dans cet ouvrage évolue deux personnages bien étranges. Le premier, Père Ubu est ‘capitaine de dragon’, ‘officier de confiance du roi’, ‘décoré de l’ordre de l’aigle rouge de Pologne’ et ancien ‘roi des dragons’. Très peureux et incroyablement lâche, il est entièrement dominé par sa femme, Mère Ubu, qui est très manipulatrice et envieuse de tout. La scène d’exposition permet situer approximativement contexte spatio-temporelle dans lequel se déroule l’histoire. En effet il y est question du Roi Venceslas, de l’Aigle Rouge. Venceslas étant le nom de deux rois de Pologne au XIIIe siècle, et l’Aigle Rouge étant le symbole de la Prusse, il est fort possible que l’action se déroule en Europe de l’Est. L’époque, quant à elle reste plus difficile à déterminer en grande partie a cause du fait que la Prusse n’a existé qu’a partir de 1701, soit environ quatre siècles après la mort du dernier Venceslas. Ce manque de cohérence laisse la possibilité de situer l’histoire à n’importe quelle période, et même pourquoi pas, chose d’autant plus probable, à une période contemporaine à celle de l’auteur, au XIXe siècle.
Résumé de l'oeuvre
Père Ubu est officier de confiance de son roi, mais pour sa femme, ce n’est pas suffisant. Un jour, Mère Ubu réussit à convaincre son mari de conquérir Le Royaume. Pour ce faire, il décide tout simplement de massacrer le Roi Vanceslas et toute sa famille. Le Roi fait de Père Ubu le comte de Sandomir, mais celui-ci ne change pas d’avis. Aidé par Bordure à qui il a promis un titre de noblesse, Père Ubu, sans aucune difficulté, attaque et tue Vanceslas. Il devient donc Roi. Voyant Ubu Roi arriver au palais, La reine et son fils (Bougrelas) prennent la fuite et se réfugient dans une caverne. Bougrelas voit dans la caverne sa mère mourir, puis le spectre d’un de ses ancêtres lui ordonne de reprendre le pouvoir et de venger ses parents. Au palais royal, conseillé par sa femme, Père Ubu se met a distribuer quelques caisses d’or pour montrer aux gens à quel point c’est un bon roi. De cette manière le peuple l’aime et le préfère à l’ancien. Mais très vite l’attitude de Père Ubu change. Il refuse le titre promis à Bordure, il fait périr les nobles pour acquérir leurs richesses, il invente de nouvelles lois et de nouveaux impôts de manière à accumuler encore plus de fortune. Le peuple commence à montrer les premiers signes de révolte en ne le soutenant plus, et même en espérant que Bougrelas viennent les sauver des mains de ce tyran. Père Ubu fait enchaîner Bordure, mais celui-ci arrive à se détacher, et va au plus vite prévenir le Csar Alexis. Celui-ci le fait entrer dans son armée, et lui promet de l’aider à renverser Père Ubu. Dans la salle du conseil, alors que Père Ubu continue à réformer les finances, il reçoit une lettre de Bordure lui annonçant la reprise imminente du pouvoir. Une guerre est alors décidée contre Bougrelas, Bordure et les autres. Avec divers ‘ustensiles’ de guerre ainsi qu’une monture en piteux état, Père Ubu et sa relative grande armée partent en guerre. Durant son absence il confie tout à sa femme, qui en profite pour essayer de voler le trésor de Varsovie. Une voix l’en empêche. Comme lui avait intimé le spectre, Bougrelas rassemble le peuple sur la place de Varsovie et va se réemparer du pouvoir et du palais royal. Voyant arriver Bougrelas et le peuple, Mère Ubu s’enfuit. La guerre menée par Père Ubu débute par une bataille féroce. Toujours aussi peureux, c’est en prenant la fuite pour échapper à Bordure que père Ubu réussis à piéger son ancien ami dans un fossé. Il en profite pour le tuer. Le Csar aussi tombe dans ce fossé, mais il arrive à en ressortir. Père Ubu et deux de ses fidèles, Pile et Cotice, se sauvent et se réfugient dans une caverne. Dans cette caverne arrive un ours. Pile et Cotice combattent à la main pendant que Père Ubu combat en récitant des prières. L’ours finit par mourir. Exténué par tant de lutte, Père Ubu s’endort. Pile et Cotice s’en vont en l’abandonnant. Alors que Père Ubu dort, Mère Ubu, toujours en fuite, arrive dans cette caverne. Comprenant que c’est son mari, elle lui fait croire qu’elle est une apparition. Elle lui demande de pardonner sa femme pour tout ce qu’elle lui a volé. Père Ubu refuse. Le jour se lève et il se rend compte de la farce. C’est alors que Bougrelas arrive pour tuer le couple Ubu, mais ces deux là se défendent très bien et aidés de Pile et Cotice venus les secourir, ils finissent par sortir de la grotte sains et saufs, en combattant à coup d’ours. La fuite d’Ubu Roi fait de Bougrelas son successeur. Père Ubu, sa femme, Pile et Cotice prennent un navire et espèrent retrouver leurs patries natales respectives.
Conclusion Personnelle
Lors de la première lecture, le lecteur reste un petit peu sur sa faim. Bien que barbare, la pièce est amusante. Et alors ? Une réflexion sur cet ouvrage ne peut se réaliser sans d’importantes recherches historiques concernant la vie d’Alfred Jarry, la genèse de l’œuvre, et cætera. Il est aussi intéressant d’explorer toutes les pistes signalées par des allusions faites en filigrane dans l’histoire ou (moins filigrane) dans la préface, les notices, et les textes à propos d’Ubu Roi. Ces explorations, jamais vaines, mènent à des découvertes tout aussi passionnantes que surprenantes, tout en élargissant la (ma) culture littéraire… Que demander d’autre ? Voilà pourquoi mon commentaire s’oriente non pas sur l’histoire de père Ubu, mais plutôt sur celle d’Ubu Roi, l’œuvre qui a tant fait avancer le théâtre.
« Je crois que la question est définitivement tranchée, de savoir si le théâtre doit s’adapter à la foule ou la foule au théâtre. » déclare Jarry comme ouverture de son essai « De l’inutilité du théâtre au théâtre » qui est paru dans Mercure de France en Septembre 1896, comme pour préparer le public à l’arrivée d’Ubu Roi. Mais celui-ci n’était pas aussi bien préparé qu’il aurait dû l’être, et la première représentation de Ubu Roi au Théâtre de L’œuvre le 10 décembre 1896 a été secouée par un scandale incroyable, bien que la pièce n’ait été jouée que jusqu’au deuxième acte, interrompue à cause d’un public trop incontrôlable. Selon des témoignages, la première s’est déroulée ainsi : Jarry est arrivé sur scène, et a commencé à lire avec une voix peu intelligible le programme de sa pièce qu’il a terminé par la formule « La scène se passe en Pologne, c'est-à-dire nulle part ». Le public n’a pas tout de suite réagi, et ce n’est qu’en entendant le premier « Merdre » qu’il a commencé à manifester ses premières marques de rejets ou d’adhésion totale En plus d’un contenu provoquant, la mise en scène n’était pas innocente : les acteurs portaient des masques qui les forçaient à s’exprimer d’une voix nasillarde ; il n’y avait pas de changements de décors, mais à la place, un personnage symbolisant le temps passait devant la foule avec un panneau sur lequel était décrites les scènes, comme par exemple là où se déroule la bataille : « La steppe, parcourue par les armées, couverte de neige, et hantée des ours ». Le public s’est ainsi séparé en deux groupes entre lesquels les échanges étaient violents. Les premiers étaient émerveillés par ce théâtre nouveau alors que les autres le rejetaient fermement. Jarry avait ‘gagné’.
Pourtant, rien ne prédisposait Ubu Roi à un succès de la sorte, ni même à être joué sur les planches devant un public plus large que l’entourage de Jarry. En effet, cette pièce est à l’origine, l’œuvre de lycéens Rennais qui, caricaturant leur professeur de physique Monsieur Félix Frédéric Hébert, lui inventaient toutes sortes d’aventures dont il était le héros sous les surnoms divers de Eb, Ebon, Ebance, Ebouille, Père Hebs. Séduit par Les Polonais des frères Morins, Alfred Jarry alors âgé de 15 ans s’est approprié la pièce, lui a rajouté son grain de sel en fondant dans le scatologique déjà présent une once de sexualité que seul parmi ses camarades il était à connaître et a enfin donné un nom au personnage principal : Ubu. L’immaturité de l’auteur quand il compose Ubu Roi expliquerait donc en grande partie la grossièreté constante de l’œuvre, l’omniprésence revendiquée du scatologique tout au long de l’histoire, et les lourdes allusions phalliques (au travers, entre autre, du « bâton à physique ») Mais cela n’enlève en rien toute la puissance et toute la force de l’œuvre (non pas satirique, la préface de Noël Arnaud nous en défend violemment) véritable miroir de la société qui montre simplement l’homme à l’homme.
Les œuvres qui se rapprochent d’Ubu Roi sont nombreuses. De par le fait que la pièce a innové permettant la création d’un théâtre inédit, celui de l’absurde, on peut lui rapprocher toutes les pièces écrites après Jarry, et on peut même avancer sans trop de risque l’existence d’une sorte de lien de paternité unissant ces écrits. La comparaison avec l’œuvre classique n’est pas vaine. Le personnage de Mère Ubu possède selon moi la même personnalité que Don Juan : Elle manipule sans scrupule, elle utilise son mari pour s’emparer du trésors de Varsovie, elle veut toujours plus / mieux / autre chose. La comparaison avec les écrits de Shakespeare est, bien que fortuite, presque inévitable. La dédicace de l’auteur a, à ce propos, comme une valeur sémaphorique, comme si elle s’agitait là, derrière la page, pour avertir le lecteur. Celui-ci passe malheureusement le plus souvent à coté sans s’en rendre compte. La scène très solennelle où le spectre d’un ancêtre du roi Venceslas vient retrouver Bougrelas, et le somme de venger ses parents (A.II-S.V) fait allusion à Hamlet, où il arrive la même chose au personnage principal. Même la totalité d’Ubu Roi est calquable sur Macbeth : Macbeth (Père Ubu) est général de l’armée (Officier de confiance) du roi Duncan (Venceslas) ; tenté par trois sorcières (Mère Ubu) il finitpar tuer (tout comme dans la pièce) son roi, et prend le trône.
Tout les éléments d’Ubu Roi appartiennent à un incroyable mécanisme dont le but unique (croirait-on… je l’ai cru) serait de divertir le lecteur. La dédicace de l’auteur, avant même que ne commence l’histoire, fait sourire (rire dans mon cas) le lecteur attentif (bien que naïf, les deux termes ne sont pas incompatibles) « Ce drame est dédié à Marcel Schwob. Adonc le Père Ubu hoscha la poire, dont fut depuis nommé par les anglois Shakespeare, et avez de lui sous ce nom maintes belles tragoedies par escript. » Si j’avais su lors de la première lecture que derrière le savoureux jeu de mot Hocher la poire <=> shake peare se cachait Jarry, avouant que oui, c’était bien une caricature de l’œuvre shakespearienne qu’il nous proposait là, mon hilarité m’eut sans doute été fatale. La liste des personnages, prenant le relais, nous propose des ‘personnages’ inédits : Père Ubu. Mère Ubu. Capitaine Bordure. (Pour le moment tout est normal) […] Peuple. (Étrange manière, pourtant au final si vraie, d’imaginer le peuple comme un seul personnage) […] L'Ours. ( ! ) Le Cheval à Phynances. ( !! ) La Machine à Décerveler. ( !!! ) Même les personnages font partiedu mécanisme : Le peuple s’exprime avec la candeur d’un enfant de 5 ans, pour qui le problème est de savoir qui aimer : presque toutes les répliques formulées par plus de deux personnages contiennent l’exclamation ‘vive’. Père Ubu parait être guerre plus âgé. Avec une manière grossière et simplette de s’exprimer, il applique à outrance la philosophie du « C’est le dernier qui a parlé qui a raison ». Trop facilement manipulable, il en devient presque touchant.
Malgré mon appréhension initiale, je trouve cette œuvre –bien que le terme puisse paraître plat pour parler de littérature– géniale. Le fait de connaître l’impact qu’elle a eu sur les gens, les esprits, et l’art littéraire tout en gardant à l’esprit le pied-de-nez que fait Jarry à Shakespeare rend la lecture d’Ubu Roi excitante. Les dialogues tellement épurés, tellement simples, presque naïfs sont déroutants. Du décalage entre ces dialogues et le statut des personnages qui les prononcent découle un comique inusable.
Cet ouvrage m’a fait rire, il m’a fait réfléchir, il m’a amené à faire des recherches, à apprendre des choses nouvelles (par exemple, me voilà maintenant capable de ressortir dans une discussions « tien, cela me fait penser à Macbeth, comment, vous ne connaissez pas Macbeth ? ». Encore faut-il que je me renseigne sur la prononciation …)
Tout de même, Il est difficile pour moi de concevoir que Jarry ait eu comme dessein originel une œuvre si puissante : aussi bien la parodie de M. Hébert que de l’œuvre de William Shakespeare, caricature de la société, et plus particulièrement de l’ignobilité masculine, et enfin véritable bombe qui permis l’introduction d’un genre nouveau de théâtre et qui laissa une marque symbolique indélébile dans la langue française par les mots dérivé du nom du personnage, comme l’adjectif ubuesque, exprimant le paroxysme de la bêtise. Mais quoi qu’il en soit, l’œuvre est là et elle en est fascinante.
Wikisource
Image d'Ubu
Catégories de la page: Personnage littéraire | Pataphysique | Pièce de théâtre | Souverain de Pologne



