Populations de l'Afrique des grands lacs

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La région des grands lacs a été explorée par les Européens au cours du XIX ème siècle. À cette époque cette région présente déjà une certaine unité culturelle qui suggère une longue histoire. Les langues de la région ont des similitudes. Mais l'absence de documents écrits, le caractère mystérieux et presque fantasmagorique qui a entouré ces « pays de la lune » dans la culture occidentale ont favorisé des discours plus poétiques et même mystiques que scientifiques. Il est très difficile d'apprécier la succession des époques, la durée des périodes humaines, la relativisation entre des apports extérieurs et les évolutions internes, les mouvement migratoires réels et leurs ampleurs.

La mémoire de la tradition orale ne remonte qu'au XV-XVI siècle. Il est hasardeux d'en déduire que les monarchies ont commencé à cette date. Seule la mémoire commence à cette date.

D'une région à l'autre les premiers explorateurs européens ont repéré des similitudes : Des royaumes hierarchisés avec des lignées princières, des groupes d'agriculteurs, des groupes d'éleveurs et des groupes d'artisans. Ils trouvaient aussi des groupes qui s'organisaient autour de la pêche près des lacs. Des entités claniques regroupaient ces grandes activités humaines et représentaient un autre code d'identification sociale.

Mais d'une certaine manière il serait intéressant d'exprimer ici même la façon dont les habitants de cette région ont perçu ces hommes venus de l'extérieur. Une encyclopédie ne devrait pas se contenter d'être l'expression unilatérale de la civilisation écrite devinant la civilisation orale de l'Afrique des grands lacs. Construction mondiale de civilisation, elle devrait aussi rapporter une version multilatérale... On pourrait aussi à propos de ces populations faire une histoire de l'évolution de l'anthropologie occidentale, et tenter d'expliquer pourquoi la perception socioprofessionnelle des populations a été privilégiée et enveloppée d'ethnicité puis politisée, et pourquoi la perception clanique a été négligée alors qu'elle constituait un ciment stabilisateur de ces populations ?

L'hypothèse, perçue comme une certitude qui régnait à l'époque, faisait de cette région un lieu de convergence entre les civilisations bantoues et hamitiques. Sans doute les Européens, dont l'une des motivations fortes était la recherche des sources du Nil, l'ayant perçue de proche en proche, ont pensé que les Africains avaient suivi le même chemin qu'eux. Jamais, au début, ils n'ont imaginé que le mouvement migratoire aurait pu être inverse, les grands lacs, région à forte densité de population, pouvant par exemple être le centre d'une émigration vers le reste de l'Afrique. D'ailleurs cette région des grands lacs est proche de la région considérée comme le foyer de l'humanité. Sans doute y a-t-il eu des alternances de mouvements. Une chose est sûre, on ne trouve pas dans le Kinyarwanda ou le Kirundi par exemple de traces linguistiques des langues éthiopiennes, somaliennes ou de populations venant du Nil inférieur. Cela relativise beaucoup l'origine mythique des pasteurs nilotiques venus du Nord et renforce l'idée que les premiers anthropologues ont plus rêvé qu'analysé cette région.

Le Nil a sa source au sud ouest du Rwanda, pas très loin de la frontière avec le Burundi, et traverse ensuite l'Ouganda. Rien n'interdit donc d'appeler les éleveurs de cette région des pasteurs nilotiques, sans que cela sous-entende nécessairement des migrations dans un sens ou dans d'autres.

Sommaire

L'origine plurimillénaire de ces populations

Les références identitaires

Les indentités linguistiques

Les identifications de type clanique

Selon l'historien Jean-Pierre Chrétien :

"Par delà le groupe d’apparentés en voie patrilinéaire dit « lignage » et ses alliances matrimoniales avec d’autres lignages, la classification fondamentale dans la région est celle des « clans », ruganda (Buhaya), ubwoko (Rwanda), ishanja (Buhavu)… Cette notion ancienne associait une image de parenté, de filiation, et une référence spatiale. Les Swahili l’ont qualifiée de kabila, « tribu » dans le modèle arabe. Des subdivisions s’observaient : par exemple au Rwanda mashanga, les sous-clans. En fait des situations très différentes s’observent d’un pays à l’autre : des centaines de clans au Bunyoro, au Buhaya, au Buha, au Burundi, au Kivu et seulement une vingtaine au Rwanda et quatre au Nkore. Au Burundi, 10% des clans hutus, 50% des clans tutsis et 90% des clans twa partagent leur appartenance avec une autre catégorie. Un tiers des clans haya sont mêlés. Au Rwanda chaque clan comporte des Bahutu, des Batutsi et des Batwa, cinq d’entre eux (singa, sindi, zigaba, gesera, nyiginya) regroupent la moitié de la population, chacun ayant au moins 85% de hutu comme dans la moyenne du pays, sauf le clan nyiginya avec seulement 60%." Extrait du rapport « Les identités meutrières » du Pole Institute de Goma.

Les identifications de type socioprofessionnel

Parallèlement ou transversalement aux clans, les activités professionnelles génèrent des identifications sociales fortes : les éleveurs, les cultivateurs et les autres métiers. Des mythologies semblent attachées à ces activités, sur lesquelles les autorités politiques s'appuient pour justifier leurs pouvoirs. Les légendes, les contes, l'histoire orale ont une place essentielle dans cette construction sociale qui donne à chacun une place et à une dynastie le pouvoir. Cela constitue des fonds culturels qui ne sauraient appartenir à l'une ou l'autre catégorie, mais au contraire les justifient les unes par les autres.

Les alliances sociales

Les lignées princières

La monarchie rwandaise était issue d'une partie de la composante Tutsi.

La monarchie burundaise s'appuie sur une composante de la population appelée Ganwa, distincte des Tutsi. Certains analystes du Burundi les considèrent comme des « Tutsi ».

Le mythe de l'empire Hima

C'est un mythe analogue au complot juif. Selon ses défenseurs les Tutsi chercheraient à dominer toute la région de l'Afrique des grands lacs pour y établir un empire, dit empire Hima. Cela expliquerait tous les problèmes que subissent les habitants de la région.

Ce mythe est alimenté par deux sources antagonistes, mais toutes deux ethnistes. D'une part les extrémistes hutu, dont les anciens génocidaires du Hutu Power au Rwanda pour justifier le Génocide au Rwanda, et d'autre part des extrémistes tutsi, extrémements minoritaires, flatés par l'idéologie coloniale qui les considérait comme issus de branches rattachées au peuple juif et recherchant tout ce qui renforcerait cette théorie et placerait les tutsi parmi le peuple élu de Dieu.

Les particularités des différents pays

Burundi et Rwanda

Les clans

Les clans sont constitués comme des familles élargies, des branches généalogiques faites de mariages et de lignées patrilinéaires. Ils ne sont pas fondés sur les catégories socioprofessionnelles, mais les intégrent partiellement ou complètement, selon les clans.

Les catégories sociales

Selon l'analyse des premiers colons arrivés au Rwanda et au Burundi, allemands puis belges, les populations du Rwanda et du Burundi étaient divisées en trois groupes « ethniques » : les Hutu, les Tutsi et les Twa. Cette analyse ne repose pas sur les critères qui caractérisent normalement des ethnies : tous les Rwandais et Burundais parlent la même langue (avec de légères variantes dans chaque pays: le Kinyarwanda et le Kirundi), partagent la même culture. De plus ils vivent mélangés, acceptent dans beaucoup de familles les mariages entre groupes et ont les mêmes croyances, ancestrales ou issues de la colonisation. Enfin, avant la colonisation, il était possible de passer d'un groupe à l'autre.

Les Hutu constituent le groupe majoritaire au Rwanda et au Burundi, 80% de la population environ. Ils sont des cultivateurs.

Les Tutsi constituent le deuxième groupe au Rwanda comme au Burundi, environ 15 à 20 % de la population. Ils sont des éleveurs de vaches.

On trouve également en République démocratique du Congo des populations qualifiées de Tutsi congolaises.

Les Twa représentent environ 1 % des populations dans les deux pays. Ce sont des potiers, des artistes, un peu des fous du roi qui avaient une certaine liberté de parole.

Les enfants issus de mariages entre Hutu et Tutsi sont dit Hutsi.

Ce sont en fait des composantes socioprofessionnelles traditionnelles de la société, à laquelle des structures politiques étaient attachées et entretenues par une mythologie transmise dans des contes dans lesquels les trois composantes sont assimilées à trois frères d'un même père ayant chacun sa charge.

Sûrs des courants idélogiques du début du XXe siècle, qui ont aussi engendré le nazisme en Europe, les colonisateurs étaient convaincus de la supériorité des Tutsi, en qui ils voyaient des « nègres blancs » par la qualité des structures politiques qu'ils avaient mises en place. Les administrateurs belges renforcèrent les deux monarchies, burundaise et rwandaise, au point de les rendre monolithique sur chaque pays. Là où il y avait des rois (« roitelets ») Hutu, les Belges imposèrent des administrateurs coloniaux Tutsi. Tout en perdant une grande partie de leur souveraineté au profit des Allemands et surtout des Belges, les Tutsi virent dans cette suprématie reconnue un moyen de continuer leur domination (monarchique au Rwanda) sur leurs pays.

Spécificités du Burundi

La décolonisation du Burundi ne s'est pas déroulée comme au Rwanda. Un partage du pouvoir, conflictuel, s'est opéré entre les différentes composantes de la société, avec des dominations partielles et des alternances qui ne dégagent pas, encore aujourd'hui, de véritables perspectives de pacification sociale. Des massacres de masses ont eu lieu, parfois qualifiés de génocides, mais aucun de ces massacres n'ont été reconnus comme génocide, par la communauté internationale.

Des efforts certains sont actuellement faits par les Burundais pour dépasser l'antagonisme Hutu / Tutsi. Après une alternance d'un président Tutsi et d'un président Hutu, un nouveau président élu en août 2005, « Hutsi », c'est à dire de mère Tutsi et de père Hutu, essaye de concrétiser cet espoir, mais une composante extrémiste encore active, le FNL, refuse toujours de signer les accords de paix patronnés par Nelson Mandela et continue sur la voie du terrorisme.

Certains Burundais essayent d'introduire la notion de citoyenneté en lieu et place de l'identification « ethnique ».

GÉNOCIDE AU RWANDA
Rwanda
Histoire du Rwanda
Populations des grands lacs
Ethnisme au Rwanda
Introduction
Les événements initiaux
Causes du génocide
Acteurs rwandais
La communauté internationale
Les institutions religieuses
Particularités du génocide
Conséquences du génocide
Justice internationale (TPIR)
Les médias
glossaire et compléments
Bibliographie

Spécificités du Rwanda

Dans les années 50, quand les Tutsi commencèrent à revendiquer l'indépendance, les colonisateurs belges renversèrent leur alliance au profit des Hutu, au nom de la démocratie, déviant contre les Tutsi les revendications d'indépendance. A partir de 1959, les Hutu se sont emparé du pouvoir, avec l'aide du colonisateur belge. Les Hutu une fois au pouvoir, avec Grégoire Kayibanda comme président, organisèrent des exactions (massacres, destructions de biens, etc) contre les Tutsi dont plusieurs milliers prirent le chemin de l'exil vers les pays voisins. Ce sont les descendants de ces derniers qui ont chassé le régime génocidaire de Juvénal Habyarimana, responsable de plus d'un million de victimes, essentiellement Tutsi, mais aussi des Hutus démocrates opposés à la dictature.

Depuis l'accession au pouvoir du FPR à l'issu du génocide en 1994, le pouvoir rwandais s'est attaché à détruire les fondements de cet ethnisme dans la société rwandaise.

Ouganda

Est de la République démocratique du Congo

Des populations parlant le Kinyarwanda sont présentes à l'est du Congo dans le Kivu. Les limites actuelles du Rwanda correspondent au partage colonial des frontières et sont plus restreintes que celles de la véritable influence territoriale de la monarchie rwandaise avant la colonisation. Certaines de ces populations, les Banyamulenge sont qualifiées de Tutsi.

Selon le site internet l'Observatoire de l'Afrique Centrale, les Banyamulenge auraient quatre origines :

  • un premier groupe originaire du Royaume du Rwanda
  • un deuxième en provenance du Burundi
  • un troisième de Tanzanie
  • un quatrième groupe composé d'esclaves issus de tribus locales (Bashi, Bafulero et Batetela) qui ont progressivement été incorporés comme membres à part entière. Voir la note complète sur le site de l'OBSAC :[1]

Tous ne se reconnaissent donc pas comme Tutsi, et généralement ils n'attachent pas la même importance qu'au Rwanda ou au Burundi, à la signification politique de ce mot. Mais, il n'en est pas de même de leur environnement congolais qui voient en eux des alliés du Rwanda et donc des traitres potentiels ou avérés.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Sur la question du mythe de l'empire Hima



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