Trofim Denissovitch Lyssenko

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Trofim Denissovitch Lyssenko, né en septembre 1898 à Karlovka en Ukraine et mort le 20 novembre 1976 à Kiev, fut un héros de l'Union soviétique dans l'agriculture.

Sommaire

Biographie

Lyssenko est né dans une famille de paysans ukrainiens, après des études à Kiev, il devient technicien agricole.

Pacticien talentueux, il démontre en 1927, en Azerbaïdjan, qu’on peut transformer une terre agricole en prairie et économiser du fourrage. Cette réalisation lui vaut une certaine publicité dans la Pravda.

De là, Lyssenko se fait le promoteur d’une technique découverte aux USA en 1857, la vernalisation, qui permet de transformer des blés d’hiver en blés de printemps en les soumettant à de basses températures. Il prétend l’avoir inventé et y voit une façon de sortir l’agriculture soviétique de son marasme même si les biologistes jugent la techniques trop peu fiable pour être utile.

Il présente à ce sujet une communication lors d’un congrès à Leningrad en 1929.On critique sévèrement son manque de méthode et le fait qu’il s’attribue la découverte d’un autre.

Le conflit entre lui et les “universitaires” survient au moment où l’état stalinien entreprend de discréditer les intellectuels “bourgeois” souvent formés à l’étranger pour les remplacer par des “fils du peuple” devant leur ascension à l’état soviétique et donc plus malléables.

La Pravda prend le parti de Lyssenko. Celui-ci, condamnant la génétique mendélienne, jugée “réactionnaire”, prétend qu’il est possible de modifier les caractéristiques génétiques d’une plante en agissant sur son environnement. Il prétend, par des méthodes inspirées de cette théorie, pouvoir faire pousser du blé dans la toundra sibérienne.

Appuyé par le Parti, il fonde une revue et attaque les biologistes “mendéliens”. En 1937, il se livre à des attaques contre les biologistes qui refusent ses idées et plusieurs finiront en prison lors des purges. Ce qui mène à l’annulation du Congrès International de Génétique de Moscou prévu cette année-là.

En février 1938, un décret du conseil des commissaires de l’URSS nomme Lyssenko à la tête de l’Académie Lénine des Sciences Agronomiques de l’URSS.

En 1939, Vavilov, un des biolgistes soviétiques les plus prestigieux, voit ses travaux rejetés sous recommandation de Lyssenko. Il est arrêté en 1940, ainsi que ses principaux collaborateurs. Tous mourront au goulag.

Après la deuxième guerre modiale, Lyssenko forme la notion de “biologie de classe” invitant à rejeter Darwin, Mendel et les autres théoriciens bourgeois.

Il prétend, relayé par la presse scientifique soviétique et des pays de l’Est, qu’il est possible donner naissance à une espèce végétale à partir d’une autre. Les partis communistes occidentaux répètent ce discours en Europe de l’Ouest, au grand désarroi de gens tels que Jacques Monod ou J.B.S Haldane, biologistes d’envergure et membres du parti.

Haldane et Monod finiront par quitter le parti, d’autres feront taire leurs doutes pour la cause. Toute critique des théories lyssenkiste est impossible en URSS jusqu’à la chute de Nikita Khrouchtchev en 1963.

En 1965, l’Académie des Sciences relève Lyssenko de ses fonctions officielles. Sa mort sera mentionnée dans une petite dépêche de l’agence Tass. Bilan de la carrière de Lyssenko : “Apport scientifique nul, paralysie de la biologie et de l’agronomie soviétique pendant près de trente ans, mise à l’écart et assassinats de savants modialement réputés.”(Joël et Dan Kotek, “L’Affaire Lyssenko”)

Commentaire sur la théorie de Lyssenko

Dans la ligne de la thèse de Lamarck, le père de la biologie, sur la transmission des caractères acquis et en accord avec l'idéologie marxiste basée sur le concept de la malléabilité de la nature humaine, Lyssenko, Nikolaï Vavilov, l'Académie des sciences soviétiques, la Nomenklatura et ses relais dans le reste du monde depuis les années 1930 jusqu'à la chute de Nikita Khrouchtchev en 1964 avec lui, croit que la nature des plantes peut être, elle aussi, moulée par les conditions du milieu. Il rejeta donc le principe des gènes. Les partisans de Mendel furent désignés comme ennemis du peuple soviétique.

La théorie de Lyssenko était agréable à Staline, car elle justifiait les purges. Les citoyens soviétiques devaient pouvoir acquérir le modèle de l'homme nouveau et le transmettre à leurs descendants. Ceux qui n'étaient pas capables d'une telle transformation pouvaient disparaître. Ce danger de la théorie de Lyssenko est très présent en ex-URSS alors qu'il est habituellement peu souligné en Occident.

Pendant la guerre froide, la théorie de Lyssenko, massivement appuyée par l'appareil des partis communistes locaux, connut également ses heures de gloire en Occident. À la fin des années 40, on voit apparaître la fameuse théorie des deux sciences : «la science bourgeoise, fausse par essence, et la science prolétarienne, vraie par définition». C'est à cette époque de terrorisme intellectuel que le PCF s'en prend, entre autres, au trotskyste Jacques Monod. Selon le PC, la théorie de Mendel est raciste et la génétique mène au nazisme.

Lorsqu'il fut décidé de se séparer de Lyssenko, il fut convoqué devant le comité de l'Académie des sciences section Biologie ; les minutes de cette séance sont assez « croustillantes » en reprenant bien le mode de pensée du « pragmatisme soviétique » :

- Le secrétaire général interrogeant Lyssenko : Vous dites qu'un caractère biologique acquis se transmet à la descendance ; alors comment expliquez-vous que les juifs mâles qui sont circoncis à la naissance depuis des milliers d'années n'aient pas transmis à leur descendance le caractère spécifique de naître circoncis ?
- Comment expliquez-vous que les femmes naissent vierges alors que leurs mères ne l'étaient plus au moment de leur conception ?

Et ce fut la fin de Lyssenko.

On appelle parfois lyssenkisme une théorie scientifique reposant en réalité sur une idéologie politique.

Liens externes

Ressources bibliographiques

  • Denis Buican: L'éternel retour de Lyssenko, Paris, Copernic, 1978.
  • Denis Buican : Lyssenko et le lyssenkisme, PUF, Que sais-Je ?, 1988.
  • Aurélien Chevalme : La réception du lyssenkisme en France (1948-1998), Mémoire de D.E.A., Université Paris X-Nanterre, 2001.
  • David Joravsky : The Lysenko affair, Chicago, Chicago University Press, 2ème édition: 1986.
  • Joel et Dan Kotek : L'Affaire Lyssenko, Éditions Complexe, 1986 ISBN 2870271875
  • Dominique Lecourt : Lyssenko. Histoire réelle d'une « science prolétarienne » (1976), réed. Quadrige/PUF, 1995. ISBN 2130473024
  • "Lyssenkisme" et "Marx et Darwin" in Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences, sous la direction de Dominique Lecourt (1999), 4ème édition Quadrige/PUF, 2005.
  • Jaurès Medvedev : Grandeur et chute de Lyssenko, Gallimard, Collection Témoins, 1971. ISBN 2070277763
  • Régis Ladous : Darwin, Marx, Engels, Lyssenko et les autres, Vrin, Collection science 1984. ISBN 2711692663


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