Transsexualisme

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Le transsexualisme (mot formé à partir du préfixe latin –trans, dénotant la modification) est la situation dans laquelle une personne a la conviction qu'elle est du genre sexuel opposée à celui qui lui a été assigné, à sa naissance, en fonction de son sexe biologique. Le terme « transsexualisme » est souvent préféré à celui de « transsexualité » pour cause d'une trop forte ressemblance avec des termes tels que « hétérosexualité » ou « homosexualité ». Or, le transsexualisme n'a aucune incidence sur la sexualité d'un être humain. On parle parfois aussi plus globalement de transgenre pour désigner la situation d'un individu dont l'identité sexuelle est en conflit avec celle traditionnellement attribuée aux personnes de même sexe.

Le transsexualisme est la situation dans laquelle une personne a la conviction profonde qu'elle possède une identité de genre à l'opposée du sexe anatomique présent à sa naissance. Cette notion est souvent confondu avec d'autres: hermaphrodisme, homosexualité, travestisme...

Pour être accepté sous son genre et pour s'accepter soi-même, un transexuel peut effectivement porter des vêtements en conséquence ou être opéré, que ce soit pour des modifications esthétiques (insertion de prothèses mammaires, par exemple) ou pour conduire à la reconstruction d'un nouvel appareil génital. Certaines personnes ont également recourt à des traitements hormonaux. Dans tous les cas, le but premier reste la volonté d'être en cohérence physique avec son identité de genre. Il est finalement primordial de noter que tous les transsexuels n'ont pas recours à des modifications corporelles et que les travestis ne sont généralement pas des transsexuels. Un transsexuel est une personne dont l'identité de genre est en opposition avec l'identité de sexe. Opéré ou non, cela ne change rien à son identité transsexuelle.

L'appellation habituelle pour désigner une personne transsexuelle est celle qui respecte son identité de genre. Donc, le terme « femme transsexuelle » désigne une personne désignée masculine à la naissance et dont le genre est féminin ; de même un homme transsexuel s'identifie comme étant un homme.

Sommaire

Approche socio-médicale du transsexualisme

L'interprétation traditionnelle du transsexualisme ramène à une définition sociale, elle-même inspirée par une vision médicale. Les définitions depuis le début du XXe siècle n’ont cessé d’évoluer. D’une maladie mentale, nous sommes passés à une définition d’un troubles de l'identité sexuelle. Aujourd'hui les transsexuels ne sont plus définis comme des hommes ou des femmes possédant en réalité une âme féminine ou masculine, mais bien d’homme ou de femme existant dans un corps de femme ou d’homme. (Jane Hervé, Jeanne Lagier ; Les transsexuel(le)s, 1992) Les transsexuels n’essaie pas de changer de genre, mais seulement de sexe. (Stoller, l’Identification, 1978)

Selon cette approche le transsexualisme peut donc être défini comme une discordance entre l'identité de genre et l'identité de sexe d'un individu.

Identité de genre

Ensemble de traits de comportement, de sentiments intimes, d'affinités pour certaines choses qui caractérisent une personne et participent à ce qui fait dire que cette personne se sent plus ou moins homme ou femme. Le genre est l'identité sexuée que nous avons dans la tête, l'identité sexuée que nous nous sentons. Le sentiment intime d'être une femme, un homme, ou n'importe quel intermédiaire entre ses deux pôles. Chez la plupart des personnes, le genre coïncide avec le sexe, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Par contre, mâles comme femelles, nous avons tous et toutes certains traits de personnalité jugés «typiquement féminins» et d'autres traits «typiquement masculins».

Identité de sexe

Ensemble de caractéristiques physiologiques et génétiques qui font dire que telle personne est mâle ou femelle. Dans certains cas, ces caractéristiques sont ambiguës ou imprécises, on parle alors d'intersexuation. L'existence des transsexuels et du transsexualisme tend à prouver qu'il existe plus de deux sexes dans l'humanité.

article détaillé: troubles de l'identité sexuelle

Redéfinition du transsexualisme

Cet approche socio-médicale est critiquable en ce sens qu'elle fait du transsexualisme une déficience qu'il conviendrait nécessairement de compenser, par exemple par une opération chirurgicale de conversion sexuée. Or si le transsexualisme entraîne un handicap, il convient alors d'étudier si le désavantage occasionné n'est pas avant tout dus à des facteurs contextuels, c'est à dire à l'environnement social dans lequel doit évoluer la personne transsexuelle.

Rôle social et sexe biologique

Dans les sociétés bipolaires, le sexe biologique définit automatiquement l’identité de genre et donc le genre lui-même: femme-féminité ; homme-masculinité. Elles ne définissent que deux sexes-genres sociaux et homme et femme sont pris pour des entités naturelles, homogènes et exclusives. Le transsexualisme y est donc toujours défini par l’opération de conversion sexuée, or le « sexe » dont il est ici question n'est autre que la division sociohistorique et son ancrage psychoculturel, ayant également acculé les intersexuels à cette même binarité médico-chirurgicale, faisant d'eux des transsexuels chirurgicaux.

Cette vision naturaliste et binaire des sexes et bipolaire des genres nie le fait que nous dépendons d’une transmission-assignation à un sexe-genre, que l’identité est un développement et un devenir non-linéaire et non-causal. En bref, que nous sommes des hommes, des femmes, des androgynes et non des mâles et femelles. Si « homme » et « femme » sont des identités de genre, un homme ne peut être dans un corps de femme mais dans un corps femelle. Or, le corps n’est en rien suffisant ni pour la construction de l’identité puisqu’elle dépend de la structure de la transmission et de la structuration subjective de l’enfant ni pour l'ancrage dans une filiation puisque celle-ci dépend d'une vision naturaliste enchassée dans l'Histoire qui a refusé de les voir.

En Europe et les pays européanisés, l'opération et le changement d'identité viennent donc cautériser la désafiliation lié au changement de sexe en réancrant la personne dans une filiation binaire.

Les sociétés ternaire

Contrairement à certaines idées reçues, le transsexualisme n'est pas un phénomène exclusif au monde occidental. Ainsi, des identités sexuelles intermédiaires sont apparues dans de nombreuses autres cultures : Mahus à Hawaï, Acaults au Myanmar, les faikakekines des îles Tonga. Il existe également à Oman des hommes très parfumés et maquillés nommés Xaniths qui ont le droit de partager la vie sociale des femmes, à l'instar des hijras en Inde qui sont des eunuques s'habillant et vivant en femmes, pratiquant un rite particulier.

Maintes sociétés ont ainsi inclus un sexe tiers permettant aux identités ternaires (transsexuel, transgenre, intergenre, androgyne) de s'épanouir et ce, sans que l’exception qu’elle représente ne soit effacée, niée et discriminée. Le genre est construit sur un mode ternaire ou transgenre (c'est le genre qui produit le sexe) et n'est donc pas opposé au sexe. En conséquence, le changement s'il a lieu ne s'effectue pas dans un suicide social et une dépression relationnelle installée depuis l'enfance. Sexe et genre disctints se cotoient. Le changement porte sur le sexe social qu'une personne adopte dans un « panel » à trois variables.

Dans cette socialité ternaire, le sexe ne définit pas automatiquement le genre et donc l’identité de genre elle-même qui dépend de la structure subjective de l’enfant. Ce noyau d’identité de genre est structuré et fixé dans la petite enfance. Ancré dans la structure inconsciente, ce noyau est inamovible ; par contre, les rôles sociosexuels acquis plus tardivement sont amovibles et labiles. Cette identité n’est plus une psychopathologie individuelle et spécifique puisqu'elle s’intègre dynamiquement dans la culture sociale.

Aujourd’hui, les identités ternaires amérindiennes, ainsi que les Kathoeys (Indonésie) ont tendance à se résoudre sous le mode binaire occidental et demander une réassignation hormono-sexuelle. Dans la société amérindienne, le facteur le plus important semble être l’occidentalisation de cette société et la discrimination des identités ternaires et de l’homosexualité.

Dans « tous les cas, le but premier est la volonté d’être en cohérence physique avec son identité de genre » et ce quelque soit le mode (binaire, ternaire ou plus). Cette cohérence est toujours en relation étroite avec la socioculture dont elle est le reflet (société binaire fermée), le miroir (société binaire et ternaire ouverte), une « invention » subjective ponctuelle (société ouverte qu’elle que soit le mode).

Développement et sexualité

Il est probable que le genre sexuel d'en enfant se structure dès les premières années de sa vie. Le développement affectif et social d’une identité ne peut être stoppé net sans une grave atteinte à l’intégrité psychique de l’enfant. Au cours de l’adolescence, un refoulement massif à lieu et une dépression relationnelle est installée depuis le début de la puberté ; dépression qui s’aggrave avec le temps. La levée du refoulement intervient au cours de la vie adulte en général. Toutefois, avec l’information, la levée intervient plus tôt dans la vie et les stigmates moindres. Le trajet de transformation, s’il a lieu, est moins ardu.

L’identité de genre est indépendante de l’orientation sexuelle. Le groupe social des trans regroupe toutes les sexualités. Dans la mesure où la sexualité a une profonde implication dans l'architecture de l'identité sexuée, pour un-e trans post-op, le fait d'être une femme hétérosexuelle et d'être pénétrée par son vagin change sa sexualité car l'épanouissement est au rendez-vous. Idem d'un homme trans hétéro et plus largement les trans homosexuels et bisexuels. Le facteur le plus important est l'équilibre individuel et relationnel. Elle est toujours en relation (étroite ou labile) avec le type de modèle proposé par la socioculture et ses valeurs ainsi qu’avec le type de structuration identitaire et notamment l’identité sexuée et l’orientation sexuelle.

Le transsexualisme ne relève pas de la sexualité mais l'influence profondément en interagissant sur la structure psychique. L’épanouissement sexuel des transsexuels post-op et transgenre non-op est réel. Elle dépend toutefois de très nombreux facteurs tels que le type de société, la structure familiale, la vie réelle au cours de la période enfance-adolescence, l’âge de la levée du refoulement, du trajet s’il a lieu, la libido personnelle et la qualité de l’opération de conversion, des stigmates engrangés. Le facteur le plus important est l’équilibre individuel et relationnel. La socialisation et la sexualité dépendent d'une double intégration : personnelle et sociale. Un autodiagnostic accompagné par une personne-ressource compétente est sinon impératif, du moins très souhaitable.

Culture et legislation

Un certain nombre de personnalités furent transsexuels, comme par exemple Maud Marin, auteur du livre Le saut de l'ange ou Bibi Andersen, actrice fétiche de Pedro Almodovar et dans « Cambio de sexo » de Vicente Aranda. La chanteuse Dana International se fit connaître grâce à sa chanson « Diva » et remporta le prix de l'Eurovision le 9 mai 1998 en représentant Israël. Renée Richards, homme à la naissance et célèbre joueuse de tennis, fut l'héroïne d'un film autobiographique intitulé « le choix ». L'anecdote la plus spectaculaire fut le cas du jazzman Billy Tipton : on découvrit à sa mort que c'était une femme à sa naissance ; de plus, sa famille refuse qu'on le considère comme autre chose qu'un homme.

Le premier livre destiné au grand public sur la question des Transsexuels fut « The transsexual Phenomenon », paru en 1966. Son auteur fut Harry Benjamin, influencé par le sexologue allemand Magnus Hirschfeld qui est considéré comme le pionnier en matière de transsexualisme. Le transsexualisme a pourtant toujours existé mais les solutions chirurgicales et hormonales n'existaient pas jusqu'au vingtième siècle où la question de la légalité de ces solutions médicales s'est posée.

  • Allemagne:
  • Belgique:
  • Espagne:
  • Etats-Unis d'Amérique:
  • France: il n'existe pas de lois concernant les transsexuels par crainte d'un effet inflationniste des demandes de changements de sexe. Tout le pouvoir est donc octroyé au corps médical. Ainsi, le sénateur Caillavet avait présenté deux projets de loi en 1981 et 1982 qui furent tous deux rejetés. Il fut préféré un article particulier concernant la question transsexuelle dans le Code de Déontologie de l'Ordre des Médecins (l'article 41).

Les transsexuels eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux sur la pertinence de l'élaboration d'une loi, certains craignant en effet la mise en place d'une loi restrictive et abusive. Cependant, le changement d'état civil est actuellement en France une procédure uniquement basée sur la jurisprudence. Pour aboutir à cela, le transsexuel doit nécessairement avoir subit une opération radicale de ses attributs sexuels, la condition sine qua non étant la stérilité. Il doit ensuite passer devant un tribunal durant environ 12 à 24 mois, engageant un avocat dont les tarifs se chiffrent en centaines d'euros (voire milliers)(hors taxes). Une fois le changement d'état civil acquit, le transsexuel a la possibilité de changer de prénom et de se marier. Cependant, une vie totalement normale ne sera pas si facile à obtenir pour eux, bien qu'ils soient protégés dans une certaine mesure, par exemple par la résolution du Parlement Européen votée en 1989 « sur les discriminations dont sont victimes les transsexuels ».

Les transsexuels sont des personnes en permanent combat contre eux-mêmes. Malheureusement, ils sont également opposé à des inégalités de tous les jours qui peuvent pousser des transsexuels à suivre une démarche de marginalisation volontaire.

  • Grande-Bretagne:
  • Italie:
  • Pays-Bas:
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