Thomas Becket
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Thomas Becket (21 décembre 1117 - 29 décembre 1170) fut archevêque de Cantorbéry de 1162 à 1170. Il engagea un conflit avec le roi Henri II sur les droits et privilèges de l'église catholique romaine et fut assassiné par les partisans du roi.
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Vie avant l'accession à la primature
Il est né à Londres en 1117, de parents marchands originaires de Rouen en Normandie. Il reçut une excellente éducation qu'il compléta à l'université de Paris.
Retournant en Angleterre, il attira l'attention de Théobald, archevêque de Cantorbéry, qui lui confia plusieurs missions importantes à Rome et fit nommer archidiacre de Cantorbéry et prévôt de Beverley. Il se distingua par son zèle et son efficacité, aussi Théobald le recommanda au roi Henri II quand le haut poste de chancelier fut vacant.
Henri, comme tous les rois normands, désirait être le maître absolu, tant de son royaume que de l'Église, et pouvait pour ce faire s'appuyer sur les traditions de sa maison. Ce qu'il fit quand il voulut se débarasser des privilèges du clergé anglais qu'il voyait comme autant d'entraves à son autorité. Becket lui parut comme l'instrument adapté pour accomplir ses desseins ; le jeune homme se montra dévoué aux intérêts de son maître et un agréable compagnon de plaisirs tout en maintenant avec diplomatie une certaine fermeté, de sorte que personne, sauf peut être Jean de Salisbury aurait pu douter qu'il ne fut pas totalement totalement dévoué à la cause royale. Le roi Henri envoya son fils Henri, plus tard le jeune roi, vivre au domicile de Becket comme c'était la coutume pour les enfants nobles d'être accueillis dans une autre maison (voir: Éducation dans la catégorie Moyen Âge). Plus tard ce sera une des raisons pour lesquelles « le jeune roi » se retournera contre son père, s'étant affectivement attaché à son tuteur Becket.
L'archevêque Théobald décéda le 18 avril 1161 et le chapitre apprit avec quelque indignation que le roi espérait qu'il choisirait Thomas pour successeur. L'élection eut lieu en mai et Thomas fut cependant consacré le 3 juin 1163.
Archevêque
Dès qu'il fut nommé, une transformation radicale du caractère du nouveau primat s'opéra à la stupéfaction générale, du roi et de tout le royaume. Le courtisan gai et amant des plaisirs fit place à un prélat ascétique en robe de moine, prêt à soutenir jusqu'au bout la cause de la hiérarchie.
Devant le schisme qui divisait l'Église, il se déclara pour le pape Alexandre III, lige à un homme voué aux mêmes principes hiérarchiques, et il reçu le pallium d'Alexandre au concile de Tours.
À son retour en Angleterre, Becket mit immédiatement à exécution le projet qu'il avait préparé libérer l'Église d'Angleterre des limitations mêmes qu'il avait contribué à faire appliquer. Son but était double: l'exemption complète de l'Église de toute juridiction civile, avec le contrôle non partagé par le clergé, liberté d'appel, etc. et l'acquisition et la sécurité de la propriété comme un fond indépendant.
Le roi comprit rapidement le résultat inévitable de l'attitude de l'archevêque et convoqua le clergé à Westminster le 11 octobre 1163, demandant l'abrogation de toutes demandes d'exemption des juridictions civiles et que soit reconnue l'égalité de tous les sujets devant la loi. Le haut clergé tendait à consentir à la demande du roi, ce que refusa l'archevêque. Henri n'était pas prêt pour une lutte ouverte et proposa un accord plus vague relevant de la coutume de ses ancêtres. Thomas accepta ce compromis en maintenant cependant des réserves sur la sauvegarde des droits de l'Église. rien ne fut résolu et la question restait ouverte. Henri quitta donc Londres mécontent.
La constitution de Clarendon
Henri convoqua une autre assemblée à Clarendon le 30 janvier 1184 où il présenta ses demandes en seize points. Ce qu'il demandait impliquait l'abandon de l'indépendance du clergé et de sa dépendance directe de Rome ; il s'employa à obtenir l'accord du clergé et apparemment l'obtint, sauf celui du Primat.
Becket chercha encore d'arriver à ses fins par la discussion, puis il refusa définitivement de signer. Cela signifiait la guerre entre les deux pouvoirs en place. Henri essaya de se débarasser de Becket par voie judiciaire et le convoqua devant un grand conseil à Northampton le 8 octobre 1164 pour répondre de l'accusation de contestation de l'autorité royale et malfaisance dans son emploi de chancellier.
Becket quitte l'Angleterre
Becket dénia le droit de l'assemblée de le juger, fit appel au pape et sentant que sa vie était trop précieuse pour l'église pour être risquée partit en exil volontaire le 2 novembre embarquant sur un bateau de pécheur qui le débarqua en France. Il alla à Sens, où se trouvait le pape Alexandre, avec lequel des envoyés du roi prirent contact pour lui demander de prendre des sanctions contre Becket, réclamant qu'un légat soit envoyé en Angleterre avec autorité pleinière pour résoudre la dispute. Le pape Alexandre y opposa son refus, et quand le lendemain Becket arriva et lui fit le récit complet de la procédure, le pape lui accorda son soutien.
Henri poursuivit l'archevêque fugitif avec une série de décrets applicables à tous ses amis et partisans aussi bien qu'à Becket lui même ; mais Louis VII de France le reçu avec respect et lui offrit sa protection. Il resta presque deux ans dans l'abbaye cistercienne (voir Cîteaux, Ordre Cistercien) de Pontigny, jusqu'à ce que les menaces d'Henri l'obligent à se rendre de nouveau à Sens .
Becket, en pleine possession de ses prérogatives, désirait voir sa position soutenue par les armes de l'excommunication et de l'interdit. Mais le pape Alexandre, bien que sympatisant des idées de Becket, préférait temporiser et attermoyer pour atteindre ses fins. Les différences augmentèrent entre le pape et l'archevêque, qui devinrent même plus amères quand les légats furent envoyés en 1167 avec autorité d'arbitre. Négligeant cette limitation sur sa juridiction et persistant sur ses principes, Thomas palabra avec les légats conditionnant toujours son obéissance au roi par les droits de son ordre.
Sa fermeté sembla etre récompensée quand enfin en 1170 le pape fut sur le point d'appliquer ses menaces d'excommunication du roi et Henri, inquiet de cette éventualité, mit ses espoirs dans un un accord qui permettrait à Thomas de retourner en Angleterre et de continuer son ministère.
Les deux parties restèrent cependant inconciliables et Henri, incité par ses partisans, refusa de rendre les propriétés ecclésiastiques qu'il avait saisies. Thomas prépara la sanction contre ceux qui avait privé l'Église de ses biens et contre les évêques qui avaient inspiré la saisie. Il était déjà envoyé en Angleterre pour leur promulgation quand il débarqua à Sandwich le 3 décembre 1170 et deux jours plus tard il entrait à Cantorbéry.
Becket assassiné
La tension était désormais trop grande pour trouver une issue autre que la catastrophe qui ne fut pas longue à venir. Une phrase du roi exaspéré :"n'y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent?" (bien qu'il puisse s'agir d'une phrase apocryphe) fut interprétée comme ordre par quatre chevaliers anglo-normands — Reginald Fitzurse, Hugh de Morville, William Tracy, et Richard Brito — qui projetèrent immédiatement le meurtre de l'archevêque et le perpétrèrent près de l'autel de la cathédrale de Cantorbéry le 29 décembre.
Becket fut cependant révéré par les fidèles dans toute l'Europe comme martyr et canonisé par Alexandre en 1173 tandis que le 12 janvier de l'année suivante Henri dut faire pénitence publiquement sur la tombe de son ennemi, qui resta un des lieux de pélerinage les plus populaires en Angleterre, jusqu'à sa destruction lors de l'anéantissement des monastères. Un reliquaire fut cependant conservé, et le site visité par les touristes de nos jours.
Les contes de Cantorbéry de Geoffrey Chaucer se passent en compagnie de pélerins sur leur route vers le sanctuaire de Thomas. Le mot canter dans la langue anglaise indique le pas des chevaux, un galop.
Les œuvres littéraires modernes basées sur l'histoire de Thomas Becket incluent les pièces meurtre dans la cathédrale de T. S. Eliot et Becket et l'honneur de Dieu de Jean Anouilh avec un film du même nom. Au XIXe siècle Conrad Ferdinand Meyer écrivit la novelle Der Heilige (le Saint) à propos de Thomas Becket. Au XXe siècle, le roman Les piliers de la terre de Ken Follet se termine sur cette partie de l'histoire de Thomas Becket.
W. J. Williams a suggéré que l'histoire du meurtre de Thomas a pu inspirer la légendre maçonnique de la mort de Hiram Abiff. Cette théorie comprend la référence à un groupe de maçons dans la ville de Londres faisant une procession à la chapelle de Thomas le jour du saint. Il suggère qu'il pouvait y avoir une pièce emblématique. Il y avait aussi un ordre militaire dit des chevaliers de St. Thomas qui fut actif pendant les croisades et proche des templiers.
Bibliographie
- T.S. Eliot, Meurtre dans la cathédrale, pièce traduite de l'anglais par Henri Fluchère, Paris, Seuil, 1946, 140 p. (dépôt légal, 2e trim. 46 n° 213). (titre original : Murder un the cathedral, Londres, Faber and Faber.)



