Théorie de l'invasion aryenne
Un article de Freepedia.
| Cet article fait partie de la série |
| Histoire de l'Inde |
| Périodes |
| L'Inde ancienne |
| Le sultanat de Delhi |
| Les grands Moghols |
| La période Marathe |
| Le Raj britannique |
| De 1947 à nos jours |
| Voir aussi |
| Histoire du Bangladesh |
| Histoire du Bhoutan |
| Histoire des Maldives |
| Histoire du Népal |
| Histoire du Pakistan |
| Histoire du Sri Lanka |
| Articles connexes |
| Langues de l'Inde |
| Religions de l'Inde |
| Méta |
| Portail Monde indien |
| Index alphabétique |
| Index thématique |
| Page projet |
La théorie de l'invasion aryenne (TIA) a été proposée pour la première fois par l'abbé Jean-Antoine Dubois, un indianiste français et développée par l'indianiste germano-britannique Max Müller durant le XIXe siècle.
Cette théorie soutient qu'une peuplade de guerriers nomades de type europoïde, connue sous le nom d'Aryens (ou Aryas, Aryans) originaires de l'Asie centrale, a envahi l'Inde du Nord et l'Iran entre les XVIIe et XVIe siècles av. J.-C. Les Aryens amenèrent avec eux leur religion codifiée vers le XIe siècle av. J.-C. dans les Veda. En s'installant en Inde, ils abandonnèrent leur style de vie nomade et se mêlèrent aux populations autochtones du nord de l'Inde.
La TIA est aujourd'hui très solidement étayée et elle est admise par la quasi totalité de la communauté scientifique. Ses rares détracteurs se trouvent surtout en Inde. Ils sont convaincus que les Vedas établissent la présence en Inde des peuples qui les ont rédigés longtemps avant la date présumée de l'invasion aryenne (soit autour de 1700 av. J.-C.).
Sommaire |
Les arguments des adversaires de la TIA
Les adversaires de la TIA affirment que l'étude du texte des Vedas permet de les dater beaucoup plus tôt dans le temps (les positions des étoiles, par exemple, qui y sont décrites correspondent à la période autour de 4000 av. J.-C. 3500 av. J.-C.), de plus aucune mention n'est faite, dans le texte, d'une invasion, d'une importante migration, ou d'une terre d'origine en Asie centrale. Il y a, cependant, la description d'un fleuve, la Sarasvatî d'une importance considérable. Des preuves géologiques récentes (photographies satellitaires) ont mis en évidence l'existence d'un lit de rivière asséché - la Hakra - traversant la région du Panjab. Quelques historiens croient que ce fleuve, comparable à l'Amazone, qui pouvait avoir jusqu'à huit kilomètres de large, est la Sarasvatî décrite dans les Vedas.
On trouve un grand nombre de sites archéologiques de la civilisation de la vallée de l'Indus le long de ce lit asséché, en fait en plus grand nombre que le long de l'Indus, suggérant que la civilisation de la vallée de l'Indus aurait pu s'épanouir entre ces deux fleuves. Autour de 1900 av. J.-C., cependant, la Hakra semble s'être asséchée (sous l'effet de tremblements de terre et du changement d'orientation du lit de la Yamunâ abandonnant la Hakra pour confluer avec le Gange). C'est cet assèchement, et non une invasion d'un peuple étranger, qui expliquerait le déclin de la civilisation de l'Indus.
En plus des indices archéologiques, des éléments de la culture des Vedas semblent en contradiction avec un style de vie nomade, comme, par exemple, l'utilisation de la métallurgie. Ceci suggère que, contrairement à la théorie de l'invasion aryenne, la civilisation de la vallée de l'Indus et la civilisation des Vedas ne forment qu'une et que les Aryens et les Dravidiens étaient indigènes respectivement de l'Inde du nord et du sud. Par voie de conséquence aucun conflit n'aurait jamais eu lieu entre Aryens et Dravidiens et l'invasion aryenne ne serait qu'une invention.
Les arguments des partisans de la TIA
Il semblerait que la civilisation de l'Indus était à forte tendance urbaine et ressemblait très peu à celle décrite dans les Veda, qui avait un caractère pastoral. Peu d'éléments d'une civilisation aussi manifestement urbaine (par exemple, les structures des temples, système de collecte des eaux usées) sont décrits dans les Vedas. Elle ignorait totalement le cheval, alors que cet animal est présent dans les Vedas. Une divinité de premier plan des Vedas est Indra, or c'est un dieu guerrier, et les hommes de l'Indus étaient plutôt pacifiques.
On connaît 85 sites de la civilisation de l'Indus répartis sur une superficie deux fois supérieure à celle de la France, du Pendjab jusqu'à l'Etat indien du Gujarât. L'assèchement d'un fleuve ne peut certainement pas expliquer le déclin d'un civilisation sur une aussi grand superficie. Il faut remarquer que plusieurs sites se trouvent sur le cours actuel de l'Indus: ceux de Gumla, de Vukhar, de Mohenjô-Dâro et d'Amrî. L'arrivée d'un peuple étranger reste donc un hypothèse à envisager.
Il faut tenir compte du fait que la civilisation indo-aryenne (qui utilisait le sanskrit et ses dialectes dérivés) était de toute évidence de même origine que les civilisations iraniennes. Ainsi, le terme Arya, francisé en Aryen, est indo-iranien : le nom même de l'Iran provient du vieil iranien Aryânâm xshatra signifiant « royaume des Arya », qui s'est par la suite transformé en Êrân shahr. Il y a très peu de différence entre le védique (langue des Vedas, qui est un sanskrit archaïque) et la langue de l'Avesta, le texte iranien le plus ancien. Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer deux expressions signifiant « cette puissance divinité » :
Avestique : tem amavantem yazatem
Sanskrit : tam amavantam yajatam
On a l'impression que les locuteurs du védique et de l'avestique pouvaient se comprendre, comme s'ils avaient formé un peuple unique. Le problème est donc de savoir si ce peuple, les Aryens, était originaire de l'Inde ou de l'Asie centrale. Dans le premier cas, cela signifierait que les Iraniens auraient quitté l'Inde pour se diriger vers l'Asie centrale, ce qui est invraisemblable. Aux temps historiques, aucun peuple n'a jamais quitté l'Inde. Au contraire, l'Inde a souvent été envahie par des peuples venant de l'Asie centrale (comme les Shvetahûna ou Hephthalites, les Pachtouns ou les Moghols), qui étaient attirés par la richesse de sa terre.
A son tour, le groupe indo-iranien s'insère dans la famille des langues indo-européennes. Le lituanien en fait par exemple partie, et comme elle est une langue très conservatrice, elle présente des ressemblances étonnantes avec le sanskrit. Dire que les locuteurs du sanskrit ont toujours vécu en Inde reviendrait donc à affirmer que les langues et les cultures de tous les peuples indo-européens, Celtes, Germains, Tokhariens, Baltes, Slaves, Grecs ou Albanais sont originaires de l'Inde!
Les Aryens se trouvaient sûrement en Bactriane avant de descendre vers l'Inde. Aux alentours du XXe siècle av. J.-C., il s'y trouvait une assez brillante civilisation de l'âge du bronze, or certaines caractéristiques la rattachent aux Vedas. Par exemple, on voit, sur des vases, des représentations de serpents installés sur des montagnes et contenant des soleils. Il s'agit d'une créature appelée Vritra, l'Enfermeur, dans les Vedas. Il est « couché sur les eaux ou sur les montagnes » et il retient le soleil. En le tuant, Indra a libéré les eaux et a permis au soleil de monter au ciel.
Dans le royaume du Mitanni, qui a dominé la haute Mésopotamie entre le XVIe siècle av. J.-C. et le XIVe siècle av. J.-C., le sanskrit était utilisé. Les textes mentionnent aussi des divinités purement védiques : Varuna, Indra et les Nâsatya. Cela montre que certains Aryens avaient migré vers l'ouest, au lieu de se diriger vers l'Inde. S'il n'est pas fait mention d'une grande migration vers l'Inde dans les Vedas, c'est peut-être parce qu'une partie d'entre eux ont été composés en Bactriane (hypothèse émise par Asko Parpola, de l'université d'Helsinki).
Un autre indice est l'existence de liens entre les Indo-Aryens et les Tokhariens, or ce dernier peuple a vécu au moins depuis l'an -2000 en Asie centrale. Bien qu'assez éloignés au sein de la famille indo-européenne, ces deux peuples ont un vocabulaire commun. On sait qu'ils ont emprunté un même mot à une langue aujourd'hui disparue: il s'agit de *ani « hanche », terme qui est devenu oni en koutchéen (langue tokharienne) et avec lequel les Indo-Aryens ont fait le composé kalyani « aux belles hanches ». Cela implique que les Indo-Aryens ont vécu en Asie centrale, à proximité des Tokhariens. Ajoutons qu'il y a plus de 3000 ans, les Tokhariens étaient à la fois nomades et excellents métallurgistes, activités qui ne sont absolument pas incompatibles!
Les Aryens ont dû arriver en Inde au XVIIe siècle av. J.-C. C'est en effet sur le site pakistanais de Pirak qu'apparaît pour la première fois, à cette époque, le matériel archéologique caractéristique de la civilisation indienne telle que nous la connaissons. Celui-ci est très différent des vestiges laissés par les Indusiens.
La langue de la civilisation de l'Indus
Pour savoir quelle langue était utilisée par la civilisation de l'Indus, il faudrait effectuer le déchiffrement des nombreux sceaux trouvés sur les sites de vallée de l'Indus, mais c'est sûrement une tâche impossible. Les tentatives de la relier avec le sanskrit ou le dravidien se sont révélées infructueuses.
Les langues dravidiennes sont maintenant confinées au sud de l'Inde, excepté le brahui, qui est parlé dans la région de la vallée de l'Indus. Cependant, les seuls termes indo-iraniens que le brahui a emprunté proviennent tous du seul baloutch, une langue du groupe ouest-iranien, or on sait que les Baloutchs se sont installés en Afghanistan au XIIIe siècle. Ceci implique que, contrairement à une opinion très répandue, les Brahuis n'étaient pas présents dans la vallée de l'Indus avant cette époque. On ne peut cependant pas exclure que des Dravidiens vivaient dans la vallée de l'Indus il y a 4000 ans et qu'ils aient été complètement absorbés par les Indo-Aryens. En fait, à Mohenjô-Dâro, certains squelettes sont de type dravidien, mais la plupart des hommes de cette civilisation étaient de type indo-afghan.
On peut aussi supposer que la langue de la civilisation de l'Indus ait été l'ancêtre du bouroushaski, parlé aujourd'hui à l'extrême nord du Pakistan. Il est également possible qu'elle ait disparu sans laisser la moindre trace.
La TIA et la politique
Comme la plupart des questions historiques, celle-ci est d'une importance politique majeure. Les partisans du mouvement nationaliste hindou Hindutva apprécient l'idée d'une civilisation ancienne, continue et sophistiquée des Vedas plutôt que celle d'une invasion aryenne plus tardive. En revanche, beaucoup d'Indiens du sud ont adopté le concept d'identité dravidienne et en ont fait une question de fierté ethnique.
Le rejet hindou de la TIA peut aussi provenir du fait que le système indien des castes est alors analysé comme un système religieux, mis en place par les Aryens pour établir et maintenir leur suprématie dans la société indienne. La prédominance dans l'Inde de l'après-indépendance d'une vision marxiste de l'histoire permet de comprendre la permanence de la TIA dans le milieu des universités indiennes. La réaction politique antimarxiste de l'après-guerre froide, réaction anti-colonialiste en faveur d'un nationalisme hindou ont peut-être eu une influence sur ces changements dans les théories archéologiques.
D'autre part, la formulation originale de la TIA avait probablement un fond raciste, ramenant la civilisation indienne à une source europoïde, et permettant ainsi aux Anglais de se prévaloir d'une origine aryenne commune avec les Indiens de castes supérieures et par suite de contrôler plus efficacement l'empire avec un appui de l'intérieur.
Lien externe
Bibliographie
Une très grande somme d'informations se trouve dans : Bernard Sergent, Genèse de l'Inde, Paris, Payot, 1997.



