Théorie axiomatique des ensembles
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Il existe plusieurs versions formelles de la théorie des ensembles, mais quand on parle de « la » théorie axiomatique des ensembles, on désigne habituellement sous ce nom la théorie ZFC, ou théorie de Zermelo, Fraenkel et Skolem, complétée par l'axiome du choix. C'est la théorie sur laquelle la majorité des mathématiciens s'appuient, mais il existe d'autres théories concurrentes. Certaines sont simplement des variantes, d'autres reposent sur des approches différentes. Citons à titre d'exemple la théorie des types (abandonnée à cause de sa lourdeur), la théorie NBG (de von Neumann, Bernays et Gödel) qui introduit la notion de classe, ou les théories de Quine...
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Les origines d'une théorie rigoureuse des ensembles
Cantor a créé une première théorie des ensembles, devenue la théorie naïve des ensembles. Mais, à côté de considérations élémentaires, sa théorie comportait des niveaux d'abstraction élevés. Par exemple, une idée importante de Cantor a été de définir l'équipotence. Deux ensembles A et B sont équipotents, ou ont même cardinalité (même nombre d'éléments quand ils sont finis), s'il existe un moyen d'associer à chaque élément de A un et un seul élément de B et inversement. On peut ainsi démontrer que l'ensemble <math>\mathbb{N}</math> des entiers naturels a la même cardinalité que l'ensemble <math>\mathbb{Q}</math> des nombres rationnels, bien que <math>\mathbb{N}</math> soit un sous-ensemble propre de <math>\mathbb{Q}</math>. Ces deux ensembles sont dits infinis dénombrables. D'un autre côté, l'ensemble <math>\mathbb{R}</math> des nombres réels n'a pas la même cardinalité que <math>\mathbb{N}</math> ou <math>\mathbb{Q}</math>, mais une cardinalité supérieure : il est dit indénombrable ou non dénombrable. Cantor a donné deux preuves que <math>\mathbb{R}</math> n'est pas dénombrable, et la deuxième, qui utilise un argument connu sous le nom d'argument de la diagonale de Cantor, a été extraordinairement influente et a eu de nombreuses et diverses applications en logique et en mathématiques.
Cantor a approfondi la théorie et a construit des hiérarchies infinies d'ensembles infinis, les nombres ordinaux et les nombres cardinaux. Ces constructions étaient controversées à son époque, l'opposition étant conduite par le finitiste Léopold Kronecker ; mais aujourd'hui elles sont acceptées par la majorité des mathématiciens.
Le développement de la théorie des ensembles par Cantor était encore « naïf » dans le sens qu'il n'employait pas encore une axiomatique précise. Après coup, nous pouvons dire que Cantor utilisait tacitement l'axiome d'extensionnalité, l'axiome de l'infini, et le schéma d'axiome de compréhension. Cependant, ce dernier axiome conduit directement au paradoxe de Russell, quand on essaie de construire l'ensemble S = {A | A n'appartient pas à A} de tous les ensembles qui n'appartiennent pas à eux-mêmes. En effet, soit S appartient à lui-même, donc à S, et alors, suivant la définition de S, il n'appartient pas à lui-même, donnant une première contradiction ; soit S n'appartient pas à lui-même, et alors, toujours suivant la définition de S, il doit appartenir à S, donc à lui-même ; ce qui aboutit à une deuxième contradiction et un cercle vicieux.
Dans le but d'éviter ce paradoxe, et d'autres similaires découverts par la suite, en 1908, Ernst Zermelo construisit un système d'axiomes pour la théorie des ensembles. Dans ce système, il inclut l'axiome du choix, un axiome controversé, mais dont il avait besoin pour prouver le théorème du bon ordre. Ce système a été redéfini plus tard par Adolf Fraenkel et Thoralf Skolem, donnant la théorie ZFC connue aujourd'hui.
Le problème de l'axiome du choix
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l'axiome du choix a été controversé et l'est encore aujourd'hui, aussi bien par certains des mathématiciens travaillant en mathématiques pures, que par de nombreux autres travaillant en mathématiques appliquées.
Une de ces raisons est que l'axiome du choix paraît évident, intuitivement vrai; tellement évident qu'il peut sembler étrange de devoir l'inclure dans les axiomes pour pouvoir démontrer certains théorèmes paraissant eux aussi intuitivement vrais. La situation est encore compliquée par le fait que cet axiome est indépendant des autres axiomes de la théorie ZF (c'est-à-dire ZFC sans l'axiome du choix). On peut donc créer deux sortes de mathématiques distinctes et toutes deux parfaitement valides, l'une acceptant l'axiome du choix et l'autre le niant. Le refus d'incorporer cet axiome ou sa négation mène à l'élimination d'un énorme pan des mathématiques (par exemple la plus grande partie de ce qui a trait aux nombres réels).
Une autre raison est que, bien que l'axiome du choix permette de faciliter certaines parties des mathématiques, son utilisation conduit à certains résultats sans relation ou parfois contraires aux conceptions usuelles, et implique l'existence d'objets bizarres, contre-intuitifs. Un des meilleurs exemples de ces étrangetés est certainement la décomposition paradoxale de Banach-Tarski qui en utilisant l'axiome du choix permet de démontrer qu'on peut découper une sphère en un nombre fini de morceaux et les déplacer par une suite de mouvement rigides (translation et rotation), en permettant à certaines pièces d'en traverser d'autres) pour les rassembler en formant deux copies de la sphère d'origine. Bien que ce théorème soit nommé paradoxal et semble indiquer qu'il serait possible de violer les lois de la physique comme la loi de conservation des masses, il n'y a en fait pas de paradoxe, mais simplement une complication : le théorème nous dit seulement que notre notion de volume est en fait plus compliquée que l'on ne le pense.
Une dernière raison est le fait que l'emploi de l'axiome du choix ne permet pas de faire des démonstrations constructives, c'est-à-dire qui fournissent une méthode permettant d'effectuer les calculs ou de trouver une solution, mais il permet seulement de montrer qu'une telle solution existe; ce que réprouvent les partisans de l'intuitionnisme.
Il est à noter qu'il existe aujourd'hui d'autres solutions que simplement accepter ou nier l'axiome du choix ; il est ainsi possible de le remplacer par une variante plus faible, telle que l'axiome du choix dépendant.
Les axiomes de la théorie ZFC
La théorie qui se base sur les 7 axiomes originaux de Zermelo est appelée théorie de Zemerlo ou théorie Z. Si on la complète par l'axiome de remplacement de Fraenkel, on obtient la théorie de Zermelo-Fraenkel, ou plus simplement la théorie ZF, bien que la forme finale des axiomes soit due à Skolem. Lorsqu'on lui adjoint l'axiome du choix, un axiome qui était plus controversé au moment de l'élaboration de ces théories qu'il ne l'est aujourd'hui, on obtient alors la théorie dite ZFC (avec C comme choix).
Un aspect important de la théorie ZFC est que tous les objets dont elle traite sont des ensembles et ne peuvent être que des ensembles. En particulier, chaque élément d'un ensemble est lui-même un ensemble. D'autres objets mathématiques familiers, tels que les nombres, doivent donc, par conséquent être définis en termes d'ensembles.
Les neuf axiomes de ZFC sont listés ci-dessous. Strictement parlant, les axiomes de ZFC sont simplement des chaînes de symboles logiques. Ce qui suit devra donc seulement être perçu comme une tentative d'exprimer en français la signification attendue de ces axiomes. De plus, l'axiome de séparation et l'axiome de remplacement ne sont pas réellement des axiomes mais plutôt des schémas infinis d'axiomes. Chaque axiome est décrit de façon plus détaillée dans son article propre.
- Axiome d'extensionnalité : Si deux ensembles ont les mêmes éléments, alors ils sont identiques.
- Axiome de l'ensemble vide : Il existe un ensemble sans élément. On le note Ø (ou plus rarement {}).
- Axiome de la paire : Si x et y sont deux ensembles, alors, il existe un ensemble contenant x et y et eux seuls comme éléments. Cet ensemble se note {x,y} .
- Axiome de la réunion : Pour tout ensemble X, il existe un ensemble R dont les éléments sont précisément les éléments des éléments de X et eux seuls.
- Axiome de l'infini : Il existe un ensemble W dont Ø est élément et tel que pour tout x appartenant à W, x U {x} appartient aussi à W.
- Axiome de remplacement : Pour tout ensemble A et toute relation binaire P, formellement définie comme une proposition P(x,y) et telle que P(x,y) et P(x,z) impliquent que y = z, il existe un ensemble contenant précisément les images par P des éléments de l'ensemble d'origine A.
- Axiome de l'ensemble des parties : Pour tout ensemble E, il existe un ensemble dont les éléments sont précisément les sous-ensembles de E. Cet ensemble se note habituellement P( E).
- Axiome de fondation : Tout ensemble X non vide contient un élément y tel que X et y sont des ensembles disjoints (qui n'ont aucun élément en commun), ce qui se note X ∩ y = Ø.
- Axiome du choix : (version de Zermelo) Étant donné un ensemble X d'ensembles non vides mutuellement disjoints, il existe un ensemble y (l'ensemble de choix pour X) contenant exactement un élément pour chaque membre de x.
Les axiomes de choix et de fondation sont actuellement toujours controversés par une minorité de mathématiciens.
L'indépendance dans la théorie des ensembles
De nombreux énoncés sont indépendants de la théorie ZFC. Cette indépendance est généralement prouvée par la méthode dite du forcing, c'est-à-dire en montrant que chaque modèle transitivement dénombrable de la ZFC (plus parfois des axiomes de grands cardinaux) peut être étendu pour satisfaire l'affirmation en question ainsi que, par une voie différente, sa négation. Une preuve d'indépendance par forcing prouve automatiquement l'indépendance vis-à-vis des affirmations arithmétiques, des autres affirmations concrètes et des axiomes de grands cardinaux.
Voici quelques affirmations dont l'indépendance est démontrable par forcing:
Note: Le principe du losange implique l'hypothèse du continu et la négation de l'hypothèse de Suslin. L'univers constructible satisfait l'hypothèse du continu généralisée, le principe du losange et l'hypothèse de Kurepa.
Voir aussi
Liens externes
- Metamath -- the foundations of mathematics explored (en anglais)



