Taux d'intérêt

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Plus importants marchés de capitaux du monde, loin devant le marché des changes et très loin devant celui des actions, non seulement par les volumes traités mais aussi par leur importance économique, les marchés de taux d'intérêt, qu'il est habituel de séparer en marché monétaire pour le court terme et marché obligataire pour le moyen et long terme, sont néanmoins fort peu connus du grand public.


Sommaire

Définitions

Le taux d'intérêt d'un prêt ou d'un emprunt est le pourcentage, calculé selon des conventions prédéfinies, qui mesure de façon synthétique, sur une période donnée, la rentabilité pour le prêteur ou le coût pour l'emprunteur de l'échéancier de flux financiers du prêt ou de l'emprunt.


Un emprunt, qui par définition est le prêt de quelqu'un d'autre, est un contrat entre deux entités, dont les dates et les montants des sommes échangées constituent l'élément essentiel.


La notion de taux d'intérêt s'applique :

  • a priori à toutes les opérations où l'une des parties contractantes s'endette, y compris des instruments financiers qu'on décrit généralement par convention comme des produits d'épargne (compte d'épargne, obligation, etc.);
  • également plus généralement a posteriori ou par comparaison à tous les instruments financiers et investissements, pour en mesurer la rentabilité relative ou absolue.

Elle occupe donc une place centrale dans le fonctionnement des économies modernes.

Importance des conventions utilisées

Suivant les conventions utilisées, on aura pour un même emprunt des taux d'intérêt sensiblement différents. Ainsi, en prenant les flux les plus simples possibles, à savoir 100 remboursé 102.50 un trimestre de 92 jours plus tard, ce qui intuitivement semble correspondre à environ 10% en taux annuel, on aura en fait sur la période, en prenant les principaux usages européens :


Même si, grâce à la globalisation des marchés financiers et, récemment, grâce à la création de l'Euro, il y a eu un mouvement réel de standardisation des usages locaux, le nombre de méthodes et de conventions de calcul des taux d'intérêt reste important. En France, pour les produits destinés aux particuliers, lesquels seraient perdus dans ce maquis, le législateur impose ainsi généralement l'affichage du taux actuariel.

Principaux types de taux

Un taux d'intérêt peut être :

  • fixe sur toute la durée du prêt
  • ou révisable (semi-variable) : l'indexation joue alors de façon limitée et par tranches de durée, par exemple par périodes annuelles.


Paramètres de formation des taux et organisation des marchés de taux d'intérêt

Un prêt, rappelons-le, est un contrat, qui naît donc de la volonté commune des contractants. Il peut donc s'effectuer en théorie à n'importe quel taux, même fort éloigné des taux pratiqués sur les marchés financiers, notamment entre particuliers, pourvu que les parties contractantes soient d'accord et que la législation en vigueur soit respectée, dont en France celle qui définit l'usure.

Principaux paramètres

Pour les montants importants, il existe des marchés où interviennent les banques, gestionnaires de fonds et autres institutions financières. Les taux y diffèrent selon divers critères propres aux prêteurs et à l'emprunteur, les trois principaux paramètres étant :

Les courbes de taux dépendent, elles :

Marchés directeurs

Aux États-Unis et dans la zone euro, ainsi que, dans une moindre mesure, au Japon et en Grande Bretagne, il existe en permanence deux marchés de référence des taux d'intérêt de 0 à 30, voire 50 ans, d'une très grande liquidité  :

Pour les taux d'intérêts des autres devises, cela est un peu moins vrai.

Le marché des emprunts d'Etat fournit la courbe des taux d'intérêt sans risque; celui des swaps, celle des taux d'intérêt interbancaires.

Pour les taux à court terme, le marché directeur est celui des swaps, via les futures sur IBOR, pour ceux à moyen et long terme, c'est le marché des des emprunts d'Etat.

Les taux des emprunts d'Etat se forment suivant l'offre et la demande instantanée concentrée sur les futures sur emprunts d'Etat, comme les contrats sur Bunds d'Eurex, qui donnent rythme et direction aux autres instruments.

Formation des prix

La valorisation d'un instrument de taux comportant un risque de crédit (prêt, obligation, etc) s'effectue en :

  • actualisant l'échéancier des flux financiers de l'instrument avec les coefficients d'actualisation applicables aux emprunts d'Etat;
  • en lui ajoutant une prime de liquidité, c'est-à-dire une estimation du coût de négociation de l'instrument;
  • et enfin en ajoutant une estimation de l'espérance mathématique du risque de défaut de l'emprunteur pendant la durée du prêt. Pour l'évaluer, on procède par comparaison avec la dette ou, de plus en plus, les credit default swaps des émetteurs de même notation.

L'écart de taux actuariel dont il faut décaler la courbe des taux zéro-coupon des emprunts d'Etat pour aboutir au prix, constaté sur le marché, d'un instrument est appelé communément spread de taux de l'instrument et sert à comparer les valeurs relatives des différents instruments de taux. Avant la généralisation de l'usage d'ordinateurs à forte puissance de calcul, on utilisait simplement l'écart entre le taux actuariel de l'instrument et celui d'un emprunt d'Etat de durée voisine, mais cette méthode est assez imprécise et tend progressivement à disparaître.

Processus de diffusion

D'une façon générale, et pour tous les marchés de taux dans le monde, il convient de retenir que les taux :

  • se forment en premier lieu sur les instruments les plus liquides, donc généralement des futurs quand ils existent;
  • et se diffusent aux autres instruments par deux processus voisins :
    • la substitution (en anglais : switching) c'est à dire la vente par les gestionnaires de fonds d'un actif qu'ils ont en stock et l'achat d'un autre qu'ils jugent moins cher en valeur relative;
    • l'arbitrage, dont le principe est voisin, mais qui est réalisé ex nihilo, sans stock, et pour compte propre.

Par ailleurs, l'arbitrage repose, pour les obligations, sur la possibilité de les emprunter, généralement en repo. Seul un marché où le prêt/emprunt de titres est lui-même liquide sera efficient. Or près de 90% des repos ont lieu soit en dollar, soit en euro...

Volumes

Il est difficile d'avoir une idée précise des volumes négociés globalement sur les marchés de taux d'intérêt. L'étude triennale de la Banque des règlements internationaux a montré qu'en 2004, les volumes quotidiens de produits dérivés de taux d'intérêt, et uniquement eux, étaient de l'ordre de 5.500 milliards de dollars. Compte-tenu des différentes statistiques éparses dont on dispose par ailleurs, un volume global quotidien de l'ordre de 8.000 milliards de dollars semble réaliste.

A titre de comparaison, les volumes quotidiens totaux du marché des changes étaient en 2004 de 1.900 milliards de dollars et ceux des marchés d'actions et d'indices boursiers d'à peine quelques centaines de milliards de dollars.

Taux d'intérêt négatifs

Contrairement à une idée reçue, les taux d'intérêt - et pas uniquement les taux d'intérêt réels, c'est-à-dire défalqués du taux de l'inflation - peuvent très bien être négatifs.

Exemples historiques

Deux cas sont particulièrement connus :

  • en 1979, les taux au jour-le-jour du marché monétaire suisse, qui étaient déjà proches de zéro, sont brièvement devenus négatifs à la suite d'une intervention massive de la Banque Nationale Suisse sur le marché des changes pour enrayer l'appréciation du CHF;
  • sur le marché du repo, c'est à dire le marché monétaire gagé par des titres, de nombreuses valeurs mobilières se traitent ou se sont traitées, pour des périodes parfois très longues, avec des taux d'intérêt négatifs, pouvant aller jusqu'à plusieurs centaines de points de base.

Dans le premier cas, c'est le mécanisme des swaps de change qui était la cause ponctuelle du déséquilibre. Dans le deuxième, il s'agit de l'obligation règlementaire de livrer des titres.

Justification théorique élémentaire

L'idée selon laquelle, pour échapper à des taux d'intérêt négatifs, il suffit de thésauriser des espèces est fausse. La thésaurisation a un coût : les espèces peuvent être volées, disparaître dans un incendie, une inondation, etc. Ce coût, oubliable pour les petits montants en cash, ne l'est certainement pas pour des sommes importantes : c'est celui de l'assurance et du donc du montant de la prime, de x% par an, qu'un assureur exigera pour garantir le remplacement éventuel du cash. Les taux d'intérêt peuvent donc être, même dans une situation d'équilibre, négatifs jusqu'à - x%. Plus une société connaît l'insécurité, plus x sera élevé.

Enfin, n'oublions pas que le métier bancaire doit, au Moyen-Age, son origine à l'insécurité de la thésaurisation et du transport d'espèces...

Voir aussi

Concepts généraux

Marché monétaire

Article principal : Marché monétaire

Marché obligataire

Article principal : Marché obligataire

Marché des emprunts d'État

Article principal : Emprunt d'État

Marché du crédit

Mathématiques financières

Article principal : Mathématiques financières

Produits dérivés

Article principal : Dérivé

Produits dérivés fermes

Produits dérivés optionnels

Article principal : Option

Acteurs des marchés de taux d'intérêt

Liens externes

Les agences spécialisées (Bloomberg, Reuters, etc) ainsi que les plateformes de trading d'instrument de taux d'intérêt (MTS, Cantor Fitzgerald, etc) tirent une partie importante de leurs revenus de la vente d'informations quantitatives aux participants aux marchés financiers. L'information gratuite sur les marchés de taux est donc fort peu disponible sur internet.

Taux d'intérêt de la zone euro : relevés quotidiens à 11h, heure de Paris

Taux d'intérêt américains

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