Tauromachie

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Cet article traite de la Tauromachie et de la Bouvine.

Le taureau est un animal dont la puissance physique (et sexuelle) a pu impressionner fortement dans la préhistoire ou l'antiquité. Le domptage des animaux domestiques est souvent une activité dangereuse que les cultures ont parfois sublimé en rites collectifs ou initiatiques. Il est permis de rappeler que la civilisation fut conquise contre les bêtes sauvages et qu'aujourd'hui encore, chez certains peuples primitifs, on n'est un homme qu'après avoir tué un lion ou un tigre. À la lisière entre le paisible bœuf et ces animaux sauvages, montrant comment la nature et sa violence peut parfois ressurgir, le taureau a fasciné et inspiré nombre de créateurs, comme Pablo Picasso par exemple. Sa mise à mort en public dans la corrida est sans doute une survivance des sacrifices d'animaux qui ont été si importants dans les cultures primitives. Elle n'est pas sans rappeler les spectacles donnés dans les amphithéâtres au temps des Romains.

Sommaire

La tradition taurine la plus répandue : la corrida espagnole

La course de toros avec mise à mort ou corrida espagnole n’est qu’une forme parmi d’autres types de tauromachies européennes : "En fonction des cinq variantes qui le caractérisent, le fait social tauromachique se répartit entre diverses régions du sud-ouest européen  : l’Andalousie, l’Aragon-Navarre autour de Pampelune, l’Alto Alentejo au Portugal (à l’ouest de l’Estrémadure), l’Aquitaine-Béarn autour des Landes, et le Languedoc-Provence autour de la Camargue" (Frédéric Saumade, 1998)

Les deux dernières traditions taurines précitées sont ainsi localisées dans le sud de la France au sein de territoires spécifiques. La course landaise et de la course camarguaise sont des traditions taurines qui n'ont pas cherché à s'étendre au-delà de leur espace culturel, à la différence de la tradition taurine espagnole, dont le modèle andalou, expansioniste, a été importé dans l'ensemble du sud de la France au milieu du XIXe siècle : on parle donc également de tradition taurine locale en France pour désigner les territoires qui ont adopté la corrida espagnole. Il existe donc dans ces régions taurines une "cohabitation" entre les différentes traditions.

Aficion

Bon nombre d'aficionados (adeptes des corridas) sont rentrés en afición très jeune, parfois à 5 ou 6 ans, sans que la violence du spectacle ne cause le moindre traumastisme : il s'agit avant tout d'une question de sensibilité mais aussi d'éducation. Il n'est pas concevable qu'un enfant se rende aux corridas seul, ses parents prendront soin de lui expliquer les règles de la lidia (terme désignant le déroulement codifié de la course)avec pédagogie. L''Afición est un goût, qui devient parfois immodéré avec le temps, pour tout ce qui concerne les taureaux et la tauromachie, et que l’on acquiert quelles que soient ses origines, sa culture préalable ou son âge. Luis Miguel Dominguin, illustre figura, considérait qu'un aficionado devenait "averti" après avoir assisté à 500 corridas.

Origines et lieux de pratique de la corrida à la mode espagnole

Existant au moins depuis le XVIe siècle, le toreo à pied populaire se détache progressivement de la tauromachie à cheval, réservé à la noblesse andalouse. La corrida à la mode espagnole est est née dans les abattoirs sévillans contre la volonté des autorités civiles et religieuses, sa codification est achevée au milieu du XIXe siècle.

Aujourd'hui, la corrida espagnole est aussi pratiquée traditionnellement au Portugal, dans le sud de la France, en Amérique latine, notamment au Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela, Équateur.

On pense que certaines courses de taureau se pratiquaient dans l'antiquité en Crète, mais leurs règles ne sont pas connues.


La tauromachie espagnole, ou corrida, qui anciennement désignait les courses de taureaux, désigne aujourd'hui un spectacle traditionnel ayant lieu dans une arène mettant en scène le combat entre un taureau et une série de personnages qui vont d'abord l'exciter, l'affaiblir, puis, dans la plupart des cas, l'achever d'un coup d'épée final. La plupart des corridas on lieu avec 6 taureaux, toujours selon la « procédure » suivante : accueil du taureau (présentation et le matador effectue des figures rapprochées, considérées par les aficionados comme artistiques, les premières passes avec une grande cape rouge et orange), picadors (les piques appliquées du haut d'un cheval servent à tester la bravoure du taureau), banderilles (petites piques posées à pied sur le dos du taureau qui charge), « fanea de muleta » (le travail à pied du matador à l'aide d'une petite cape rouge appelée muleta), puis estocade à l'épée.

Parmi les éléments qui permettront d'évaluer le spectacle on trouve traditionnellement :

  • la bravoure de l'homme : le matador prend des risques significatifs (même si les accidents restent peu nombreux) et doit affronter sans faiblir un animal dont la force est considérable, toutefois l'animal a été préalablement fatigué, énervé et blessé pour baisser la tête.
  • la bravoure de l'animal : le taureau de combat est élevé pour être spécialement agressif ; sa charge, sa volonté de combattre tout adversaire sont appréciés.
  • l'autorité de l'homme sur l'animal : les aficionados apprécient la capacité du matador à imposer sa volonté au taureau (en lui imposant des trajectoires de charge ou en le menant de sitio en sitio - un taureau a tendance à se placer toujours au même endroit de l'arène).
  • l'élégance : en particulier pour les passes de cape qui sont des mouvements très codifiés.
  • l'efficacité : une mise à mort approximative peut facilement dégrader un spectacle par ailleurs bien mené.

Les protagonistes de la corrida


Le taureau

Le premier protagoniste de la corrida est le taureau, puisqu'après le défilé d'ouverture ou paseo le taureau est le premier acteur à entrer en scène: à la sortie du toril, il est marqué de la cocarde qui atteste de sa ganaderia d'origine. Parmi les plus connues on peut citer :

  • Miura : les taureaux de cette ganaderia sont généralement considérés comme les plus dangereux, les plus fougueux et les plus combatifs (ils sont aussi des animaux traditionnellement très hauts sur pattes ce qui en fait des adversaires difficiles à maîtriser). Cette ganaderia s'honore d'avoir donné le plus grand nombre de taureaux graciés pour leur combativité (comme en 1879, Murciélago - de la ganaderia de Joaquin del Val di Navarra - qui a ensuite été offert à Antonio Miura et a donné son nom en 2002 à un modèle de la marque automobile Lamborghini).
  • Victorino Martin

L'éleveur est représenté pendant la course par son mayoral (régisseur ou intendant). Quand le lot de taureaux présenté en corrida a été exceptionnel, on a déjà vu un mayoral porté en triomphe pour honorer son élevage.

Le prix d'un taureau de combat (qui comprend son transport jusqu'à la place de course) varie selon la taille et l'origine, mais on considère qu'il varie entre quelques milliers d'euros pour un novillo et plusieurs dizaines de milliers d'euros pour les plus réputés.

Les ganaderias assurent un élevage dans des conditions d'isolement qui permettent de garantir que le taureau qui entre dans l'arène n'a jamais vu d'homme à pied (les éleveurs circulent exclusivement à cheval ou en véhicule). Elles sélectionnent les animaux en fonction de leur qualité au combat et de leur masse corporelle (parfois plus de 600kg), en selectionnant les vaches reproductrices lors de tientas. L'objectif est d'obtenir des taureaux « braves » (ce qui se reconnait au fait qu'ils chargent à la plus petite provocation : soit parce que le torero empiète sur son terrain, soit à l'appel).

Les toreros

  • le matador (ou matador de toros) est celui qui tuera le taureau (voir plus bas).
  • le banderillero est un peon qui pose des banderilles.
  • le picador applique les piques.
  • le mozo de espada est le premier assistant du matador qui lui fournira l'épée à la fin de la faena de muleta. Il est aussi celui qui s'occupe de la muleta et de l'habit de lumière (la tenue richement décorée du matador).

Le personnel de l'arène :

  • le Président : personnage officiel (souvent un commissaire de police en Espagne) qui est chargé de l'ordre de la place. C'est lui qui signifie le début de chaque course, les changements de tercios et l'attribution des prix (oreilles ou queue) au matador. En France, il n'est pas inhabituel de séparer en présidence d'honneur (une personnalité que l'on souhaite honorer mais qui n'a pas nécessairement de compétences tauromachiques) et présidence technique (avec la responsabilité du presidente espagnol).
  • l'Alguacil (ou Alguacilillo) est l'ordonnateur de la place et ouvre le défilé des toreros en début de spectacle. Il veille au respect du règlement taurin par tous les acteurs.
  • le monosabio est un valet de piste qui remettra la piste en état après chaque course ; il est souvent chargé d'assister à pied le picador.
  • les mulilleros : les personnes chargées de l'attelage de mules évacuant la carcasse en fin de course.

Matador

Le matador (on parle souvent plus simplement du « torero ») est le personnage central de la corrida. Sa responsabilité recouvre :

  • les passes de cape,
  • amener le taureau au cheval (lors du tercio de piques),
  • les passes de muleta,
  • la mise à mort.

Le matador peut aussi poser les banderilles, mais c'est une tâche qu'il partage avec ses peones qui sont ses assistants et descendent dans l'arène avec lui.

Le matador commence par une phase d'apprentissage en toréant de jeunes taureaux (novillos). Au bout d'environ deux ans, il pourra se présenter comme novillero dans des courses officielles (les novilladas où se toréent des taureaux de 3 ans) où il devra faire la preuve de son courage et de son élégance. Enfin, il prendra l'alternative dans une course où, sous le parrainage d'un matador et en présence de deux autres, il obtiendra le droit de combattre des taureaux de 4 ans et plus.

Parmi les matadores dont le nom est retenu par l'histoire de la tauromachie, on peut noter :

La tenue du matador

Les toreros (et donc le matador) ont une tenue très particulière dite habit de lumière qui est constituée principalement d'une culotte moulante dont les jambes sont lacées en dessous du genou (par les machos), d'une veste ouverte et d'un chapeau (sorte de bicorne noir appelé montera).

L'ensemble de l'habit (sauf la coiffe, les bas et les chaussures) est couvert de paillettes qui lui donnent son nom. Chaque torero choisit la couleur dominante de sa tenue ce qui permet de l'identifier facilement. Mais il peut en changer à volonté à chaque corrida.

Questions éthiques

La tauromachie est considérée par la plupart des associations de défense des animaux comme une spectacle barbare et cruel à l'origine d'une souffrance chez l'animal. Comme un taureau de combat est particulièrement agressif et difficile à manier, il est « chatié » avec des piques et des banderilles, pratiques qui impliquent de blesser l'animal en début de corrida. Certaines associations dénoncent également l'utilisation illégale de décharges électriques. Des observateurs insistent également sur la mise à mort qui peut n'avoir lieu qu'après plusieurs estocades (les aficionados ne tiennent pas compte d'une épée qui a buté sur l'os d'une vertèbre, mais apprécient particulièrement la mort foudroyante qui est donnée en tranchant l'aorte).

Certains défenseurs affirment que le taureau « a sa chance » : de fait, le taureau peut être gracié pour sa bravoure et certains matadors sont morts dans l'arène. Par opposition aux abattoirs, où l'animal n'a aucune chance (même s'il la « mériterait »), l'animal est parfois maltraité (dans le cas de l'élevage intensif et du travail à la chaîne) alors que dans la corrida, l'animal est forcement maltraité.

Dans les législations visant à lutter contre les cruautés envers les animaux (y compris les traités européens et la constitution européenne), la corrida (comme le combat de coqs) bénéficie de dérogations à condition qu'une "tradition locale ininterrompue" puisse être démontrée. Un arrêt de la Cour d'Appel de Toulouse du 3 avril 2000 a adopté une position extensive de cette notion autorisant ainsi le retour de la tauromachie dans la région toulousaine. La corrida est alors considérée comme une activité traditionnelle, préservée en tant que patrimoine culturel. Les associations de défense des animaux jugent que ces dérogations sont des entorses au principe d'universalité de la loi et que rien ne peut justifier la souffrance inutile y compris quand c'est celle des animaux.

Les traditionnelles courses de taureaux ont longtemps utilisé des chevaux mal protégés. Les blessures des chevaux de pique étaient alors relativement courantes. Néanmoins, la pratique depuis le milieu du XXe siècle a apporté de lourds caparaçons qui protègent les montures et ces accidents sont devenus très rares.

Du point de vue des aficionados, la corrida est une mise en scène de la vie : l'homme par son intelligence va triompher de la violence de l'animal. Le spectacle tauromachique est extrèmement codifié : lors d'une corrida, on tue 6 taureaux, toujours selon la « procédure » suivante : accueil du taureau, picadors, banderilles, « fanea de muleta » (le travail à pied du matador à l'aide de l'étoffe rouge appelée muleta), puis estocade. La fin ne fait pas de mystère : le taureau va mourir. La beauté et l'émotion du spectacle résident dans la manière et non pas dans le résultat (un matador qui se contente de mener un taureau à la mort ou qui poussera le tercio de piques au-delà du nécessaire ne pourra espérer aucun trophée, et sera hué - la bronca en termes taurins).

L'ensemble des spectacles taurins sont régis par un règlement taurin national. En France, l'UVTF (l'Union des Villes Taurines Françaises) qui est une association de maires élus, a établi et fait respecter ce règlement qui comprend de nombreuses règles dont celles du traitement des animaux (transport, intégrité, traitement avant pendant et après la course).

Rites taurins populaires

L'abrivado ou l'encierro désignent des lâchers de jeunes taureaux dans les rues des villes : le jeu consiste à se faire poursuivre par le taureau sans se laisser rattraper. Le plus connu des encierros est celui de Pampelune durant la Feria de la San Fermin. Cette pratique semble dériver de celle qui consiste en Espagne à lâcher les animaux de la course officielle pour leur faire traverser la ville quelques heures ou quelques jours avant la course officielle. On la retrouve également autour de la Camargue, dans les lieux où l'on pratique la course libre. Quand il s'agit des taureaux de combat, ils sont généralement accompagnés de bœufs (cabestros) ou de vaches qui servent à les guider. Dans le cas le plus courant, il s'agit de jeunes taureaux qu'il est courant de voir affolés par un public en mal de frissons.

Voir aussi

Films

  • Toro. Film documentaire de Gilbert Bovay, tourné en Andalousie. 40 mn, T.S.R. Télévision suisse romane, 1967. L'écrivain Dominique Aubier explique l'histoire, le rituel initiatique de la corrida et raconte la mort de Manolete.

Liens externes

Sites tauromachiques en français

Sites anti-corrida

Liens internes




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