Takfîr
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Le takfîr (تكفير [takfīr]), généralement prononcé par une fatwa d'excommunication, renvoie le musulman au statut de kâfir (même racine) (كافر [kāfir], incroyant), c'est-à-dire de mécréant, de non musulman. Ce terme a acquis une certaine célébrité depuis qu'une telle sentence d'apostasie a été appliquée, entre autres, à deux écrivains : Taslima Nasreen et Salman Rushdie.
Sommaire |
Motifs possibles du takfîr
Selon l'orthodoxie sunnite, le takfîr peut s'appliquer à une personne en raison d'une croyance, d'une parole ou d'un acte :
- Exemple de croyance : renier l'unicité de Dieu, le statut du Prophète ou un précepte religieux reconnu par consensus par la communauté. Ce n'est pas la non pratique du précepte qui mène au takfîr, mais le fait de renier qu'il fasse partie de la religion. La prière (salat) est un cas particulier, car certains oulémas (notamment parmi les hanbalites) émettent le takfir pour son simple abandon.
- Exemple de parole : insulter Dieu ou un de ses prophètes. Pour certains sunnites, le fait d'insulter les épouses ou les compagnons du Prophète (comme le font certains chiites) est aussi une cause de takfîr.
- Exemple d'acte : se prosterner devant une statue, piétiner un exemplaire du coran. Pour les salafistes, le fait d'égorger un animal comme offrande à un mort ou le fait de l'invoquer (comme le font certains soufis) est également un motif de takfîr.
Précautions préalables au takfîr
Tout en mentionnant différents motifs de takfîr, les oulémas sunnites ont insisté sur plusieurs précautions à prendre. Plusieurs excuses empêchent d'appliquer le décret de takfîr, notamment :
- L'ignorance : par exemple renier une obligation religieuse en ignorant qu'elle est un sujet de consensus.
- La contrainte : aucune personne n'est coupable de ce qu'elle dit où ce qu'elle fait si elle y est contrainte.
- La distraction : par exemple piétiner un livre du Coran sans s'en apercevoir.
Gravité du takfîr
Plusieurs hadiths du Prophète insistent sur la gravité du takfîr :
- Si une personne dit à son frère : Ô kâfir (mécréant), alors l'un des deux le mérite. Soit l'accusateur a raison, soit c'est lui-même à qui ce nom s'applique (Rapporté dans Sahîh Al-Bukhâriy et Sahîh Muslim).
- Celui qui lance à son frère une accusation de kufr (mécréance), c'est comme s'il le tuait (Rapporté dans Sahîh Al-Bukhâriy et Sahîh Muslim).
Points de divergence entre sunnites et autres groupes
Un des principaux points de divergence entre sunnites et kharidjites est l'application de takfîr.
Les kharidjites considèrent que le musulman qui commet un grand péché (meurtre, vol, fornication, consommation d'alcool...) devient de suite kâfir (mécréant) et sera éternellement en enfer. Les motazilites les rejoignent sur ce dernier point (éternité en enfer) mais n'appellent le pécheur ni croyant (mu`min ou muslim) ni kâfir. Alors que les sunnites, considèrent que quelque soit le péché commis (à moins que ce ne soit un des motifs précédemment cités) et même si elle ne s'en repent pas, la personne demeure musulmane, mais sa foi est, de ce fait, diminuée. Elle entrera au paradis par la grâce d'Allah, tant qu'elle ne lui associe aucune divinité. Les sunnites se distinguent encore des murjiites pour qui les péchés n'ont aucune influence sur la foi qui n'augmente ni ne diminue jamais.



