Stanislas de Guaita
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Stanislas de Guaita (1861-1897). Poète, occultiste. Co-fondateur avec Joséphin Péladan de L'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix.
Biographie
Né en Lorraine, à Alteville dans un château proche de Tarquimpol – remarquez d'ailleurs la croix à sa cravate, Stanislas de Guaita était issu d'une famille noble d'origine lombarde (Italie), établie en Lorraine depuis 1800. Il possédait le titre de Marquis.
Dès le lycée à Nancy, vers 1880, il se lie d'amitié avec Maurice Barrès, qu'il fera adhérer plus tard au martinisme. La préface de l'une des éditions de Au seuil du mystère est d'ailleurs signée Maurice Barrès. L'Histoire ne dit pas si les deux hommes partageaient les mêmes convictions politiques : Barrès était en effet profondément conservateur, va-t'en-guerre, et fervent défenseur de la peine de mort, comme en témoignent certains de ses textes...
C'est dans les écrits de Péladan que Stanislas de Guaita trouve sa première porte d'entrée dans l'univers de la Tradition. Par la suite la lecture de l'œuvre d'Eliphas Lévi, dont il se fera dès lors le commentateur et le thuriféraire, l'initie au mysticisme chrétien; Fabre d’Olivet l'oriente vers les grands mystères en général et vers la langue hébraïque; et Saint-Yves d'Alveydre le rallie à la cause synarchique. Papus, d'abord raillé par lui pour le choix de son pseudonyme, puis réhabilité, deviendra un grand ami.
A la lumière de toutes ces influences, Guaita prôna un spiritualisme exaltant la Tradition chrétienne, qui, grâce à la mise en place éventuelle de la synarchie – forme de gouvernement idéale –, devait conduire à l'avènement du royaume de Dieu. En 1888, dans le même esprit, il fonde avec Péladan l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, dont fit aussitôt partie Papus. Parmi les membres on relèvera des noms passés plus tard à la postérité comme Erik Satie et Claude Debussy.
Satie semble avoir été le compositeur attitré de l'Ordre. On lui doit entre autres une Sonnerie des Rose-Croix qui devait accompagner le rituel. Peladan s’en sépara ensuite pour fonder un autre ordre : la Rose-Croix catholique, alléguant son refus de la magie opérative.
En 1893, l’ordre de Guaita fut attaqué par Huysmans, qui l’accusa d’envoûter à distance l’abbé lyonnais Boullan. Des duels s’ensuivirent; Huysmans et Jules Bois s’opposèrent à Papus et à Guaita.
Stanislas est alors ce jeune poète dans le goût baudelairien à qui Mendès venait de révéler Eliphas Lévi, écrit Alain Mercier dans Les Sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste, 1870-1914 (1969). Mais Mercier ajoute que Guaita poète (Les Oiseaux de passage, 1881; La Muse noire, 1883; Rosa mystica, 1885) « par son classicisme de forme et d’écriture, est plus proche des parnassiens que des symbolistes, si bien qu’il y eut en lui deux êtres distincts : l’hermétiste aristocrate et généreux d’une part, le poète tourmenté et inquiet d’artifices d’autre part ». Pour information, Rosa mystica est disponible à la Bibliothèque Universitaire de la faculté de Lettres de Nancy 2, en édition originale.
Intoxiqué par les stupéfiants, l'homme mourut prématurément, le 19 décembre 1897, à l'âge de 36 ans. Il fut inhumé au cimetière de Tarquimpol. Certains ont prétendu qu'il avait succombé à ce que l'on appelerait de nos jours une overdose, mais cette thèse m'a été démentie par un membre de la famille. Il semblerait plutôt qu'il ait été emporté par de graves problèmes rénaux. Cependant, on ne peut exclure que l'écrivain, en proie à la souffrance, et sentant sa fin proche, ait pu avoir massivement recours à la cocaïne et peut-être à d'autre produits comme l'héroïne.
"La Coca, comme le Haschich, mais à d'autres titres, exerce sur le corps astral une action directe et puissante; son emploi coutumier dénoue, en l'homme, certains liens compressifs de sa nature hyperphysique, – liens dont la persistance est pour le plus grand nombre une garantie de salut. Si je parlais sans réticences sur ce point-là, je rencontrerais des incrédules, même parmi les occultistes. Je dois me borner à un conseil.– Vous qui tenez à votre vie, à votre raison, à la santé de votre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de Cocaïne. Sans parler de l'habitude qui se crée fort vite (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois que toute autre du même genre), un état particulier a pris naissance." (Le Serpent de la Genèse, première septaine, chap. V : L'arsenal du sorcier).
En collaboration avec son secrétaire et ami Oswald Wirth, il réalisa un Tarot qui est toujours édité à l'heure actuelle sous le nom de Tarot de Wirth.
Remerciements à M. de Meixmoron, membre de la famille de Stanilas de Guaita, qui m'a apporté ces précisions :
Je suis l'arrière petit neveu de Stanislas de Guaita et à ce titre tient à préciser qu'il n'est pas mort d'overdose mais de probleme rénaux et à un exces d'albumine dans le sang. Au sujet du tréma sur le i de son nom, la confusion vient du fait qu'il signait « Stanislaï » quelquefois.(...) Il est vrai que Guaita avait une dépendance à la drogue et qu'il utilisait la drogue pour, disait-il, se « déstructurer le mental »; mais ce n'était pas l'essentiel. Pour lutter contre la douleur il en pris de plus en plus et au grand jour (si l'on peut dire) et ses ennemis sautèrent sur cette aubaine pour le calomnier. Au fait d'anecdote, dans notre famille et de son vivant, S de G était nommé l' « homme qui voyait le diable » et les parents menaçaient les enfants récalcitrants de les envoyer chez lui ! De là à en faire un prêtre sataniste...
Cette biographie s'inspire largement de celle (sous copyleft) présente sur le site http://www.la-rose-bleue.org. D'autres photos de Guaita et de son entourage sont visibles à l'adresse: http://www.la-rose-bleue.org/Biographies/Guaita.html
Bibliographie
- Au seuil du Mystère, Ed. d'aujourd'hui.
- Le serpent de la Genèse :
- Première septaine, Le temple de Satan, Ed.Guy Trédaniel, Paris V.
- Seconde septaine, La clef de la Magie noire, Ed.Guy Trédaniel, Paris V.
- Troisième septaine, Le problème du mal (inachevé, en partie poursuivi brillamment par Oswald Wirth, et "achevé" de façon fort décevante par Marius Lepage), Ed.Guy Trédaniel.
- Oswald Wirth : Stanislas de Guaita, souvenirs de son secrétaire, Ed. du symbolisme, Paris (1935).
Note : Les ouvrages de S. de G. ne sont pas des grimoires de sorcellerie, contrairement à ce que leurs titres peuvent évoquer, mais, selon les termes même de l'auteur, des « Essais de Sciences maudites », signifiant qu'il a l'ambition de porter un regard de nature quasi-scientifique sur les matières en question : « [Ce livre] prétend ne troubler la paix d'aucune conscience » (avant propos au serpent de la Genèse).



