Stalinisme
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Le stalinisme est un mot désignant les idées et surtout les pratiques de Joseph Staline, puis, par extension, de ceux que l’on appelle des staliniens. Le terme est généralement utilisé de façon péjorative en occident, mais de nombreux partis et groupes dans le monde se revendiquent eux-mêmes du stalinisme.
Il faut noter que, pour la plupart des anti-communistes et pour la majorité des communistes marxistes avant 1956 (représentés par
exemple par les partis communistes européens de l'époque), « stalinisme » était un synonyme de « communisme ». Alors qu'au contraire pour les communistes opposants à Staline à l'époque, et la plupart des communistes d'aujourd'hui, le stalinisme est un concept qu'il faut distinguer du « vrai » communisme, qui, selon eux, n'a rien à voir avec les pratiques de Staline. Ainsi, pour les uns c'est un concept redondant voire inutile, pour les autres un concept absolument nécessaire.
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Genèse du concept
Staline se mettait lui-même en avant en organisant le culte de sa personnalité. Ainsi dès les années 1930, partisans comme adversaires utilisaient le vocable de stalinien. Par exemple, le dirigeant du PCF, Maurice Thorez, se proclamait fièrement « premier stalinien de France ». Dès cette période, les communistes non-léninistes, les trotskistes et certains socialistes ont dénoncé le « stalinisme » du gouvernement de l’URSS et des différents partis affiliés au PCUS. Pourtant, Staline proclamait un respect scrupuleux des « grands anciens » (Marx, Lénine) et ne faisait désigner la doctrine en vigueur que sous le vocable de marxisme-léninisme, vocable universellement utilisée pour désigner la doctrine ultra-majoritaire dans le mouvement communiste sous domination stalinienne, à l'époque (soit de 1924 à 1956 environ). Et de fait, Staline n'était pas un théoricien, mais plutôt un propagandiste, son « talent » n'était pas de créer de nouveau concepts, mais plutôt de leur en donner une interprétation accessible et apparemment conforme aux originaux, tout en étant d'abord et avant tout en phase avec ses propres objectifs. De la même manière, Staline savait dénaturer les conceptions de ses ennemis pour les faire passer pour d'évidentes erreurs voire trahisons.
Contenu idéologique
Le stalinisme est essentiellement une pratique (appliquée dans les États du bloc communiste), il a néanmoins une composante idéologique, caractérisée par :
- L'organisation du Parti : Staline estime qu'aucun débat et aucune opposition ne saurait être tolérée à l'intérieur du Parti. Seul le secrétaire général (Staline en URSS) doit diriger le Parti. Par contraste, on rappellera que Trotski défend ainsi un minimum de démocratie et de pluralisme, mais uniquement dans le strict cadre du Parti ; et que les communistes de conseil défendent une décision purement locale, avec un parti dont le secrétaire général n'est qu'un organisateur de débat et non le chef.
- La théorie du « socialisme dans un seul pays ». Trotski prônait au contraire la révolution internationale, la guerre totale et permanente jusqu'à la victoire.
- Conformément au léninisme, Staline est partisan d'un État fort et autoritaire, même si sa disparition est à la fois souhaitée et "prévue" au terme du processus. En attendant, l'État suspend de nombreuses libertés individuelles et collectives, comme le droit à l'avortement (le droit à l'avortement avait été obtenu en Russie en 1920 sous pression d'Alexandra Kollontaï ; il a ensuite été supprimé par Staline en 1936), la liberté de presse, la liberté sexuelle (y compris l'homosexualité)...
- En attendant « la disparition du travail », but ultime proclamé par Karl Marx, le stalinisme exalte le travail et le dévouement du salarié avec la doctrine du Stakhanovisme. Staline abandonne la NEP (Nouvelle politique économique) entamée en 1921 et commence à re-nationaliser systématiquement les moyens de production.
Tout en se revendiquant du marxisme, Staline était un pragmatique qui adaptait ses idées à son but de domination (les changeant pour prendre des adversaires à contre-pied et les transformer en traîtres, par exemple) et non un idéologue utilisant sa domination pour faire avancer ses idées.
Pratiques staliniennes
Le concept de stalinisme, n'étant pas véritablement une idéologie, est associé à des pratiques maintenant honnies et considérées comme staliniennes. Car Staline dirigea d'une main sanglante. Il a laissé sa marque dans :
- l'élimination systématique de tous les opposants réels ou potentiels, à l'intérieur comme à l'extérieur. Staline fait assassiner tous les cadres polonais (massacre de Katyn, entre autre), Trotski, etc. ;
- la déportation massive dans les goulags de peuples entiers et d'opposants réels ou supposés ;
- lorsque la déportation ou l'action policière et militaire n'est pas possible, l'utilisation de la famine organisée pour dompter les peuples rebelles ;
- une manipulation permanente de l'Histoire et de l'idéologie, avec des « purges » visant à éliminer tous les « traîtres », c'est-à-dire en pratique tous les concurrents potentiels, tous les témoins et toutes les traces des évolutions de Staline ;
- le concept de procès stalinien : le coupable d'avance (car il reconnaît son crime, suite à une préparation psychologique adéquate et si nécessaire sous la menace directe ou indirecte visant ses amis ou sa famille) est jugé sans pitié et avec un respect tout formel des procédures, car tout est préparé d'avance, comme une pièce de théâtre. Le procès sert à justifier les purges, mais aussi à faire porter le poids des échecs à des boucs émissaires ;
- un régime très militariste ;
- une propagande sans scrupule (annonçant une récolte record une année de famine, par exemple) et entièrement au service du chef ;
- une surveillance de la population entière par elle-même, sous la férule de services secrets surdéveloppés (GPU et services successeurs), eux-mêmes régulièrement purgés.
Ces procédés ne sont pas spécifique à Staline, ils ont de nombreux antécédents et successeurs historiques, en Russie et ailleurs, mais on peut dire que Staline les a industrialisés et portés à un haut degré, au point que la machine continuera à fonctionner après sa mort. Staline commence à dominer en URSS dès 1922, puis, à partir de la mort de Lénine en 1924, Staline consolide progressivement du pouvoir. L'expulsion de Léon Trotski d'URSS en 1928 marque son succès définitif. Ses pratiques, et les moyens de l'URSS, permettent à Staline de dominer les principaux « Partis Communistes », réunis dans le komintern (IIIe Internationale), puis le kominform à partir de 1947. Par contre, elles échouent à donner réellement à l'URSS la place dans le monde à laquelle Staline prétendait (la première).
Postérité
Staline meurt en 1953. En 1956, l'URSS et les pays d'Europe de l'Est commencent à rompre avec le stalinisme, tout en se déclarant toujours favorables au marxisme-léninisme. Les fondamentaux du régime stalinien sont cependant conservés, et le rapport Khrouchtchev ne désignent les crimes de Staline que comme des « excès » et des « déviations ». À partir des années soixante et de la rupture sino-soviétique, seule la République Populaire de Chine de Mao Zedong et son alliée l'Albanie de Enver Hodja continuent à se réclamer de Staline en faisant référence au marxisme-léninisme. Depuis, le stalinisme a évolué sous la forme du maoïsme : régime des Khmers rouges au Cambodge, guérilla du Sentier Lumineux au Pérou à partir des années 1980 ou guérilla maoïste au Népal. En France, en 2005, les derniers partis revendiquant l'héritage stalinien sont le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France et le Parti communiste des ouvriers de France. Les régimes staliniens se caractérisent par la dictature de chefs d'États comme Staline ou Mao Zedong, et par une économie planifiée (appelée par d'autres branches communistes un capitalisme d'État), où la bureaucratie d'État constitue l'exploiteur et oppresseur unique des masses. Ces régimes sont considérés comme de véritables prisons à ciel ouvert. Ainsi, dans les sociétés libérales, le stalinisme se compare au nazisme pour la valeur injurieuse. Le mot est appliqué pour désigner des pratiques considérées comme le comble de l'inacceptable, notamment en terme de démocratie bafouée, même si elles n'ont aucun rapport avec le communisme.
Citations
Le stalinisme, c'est la voie la plus longue pour aller du capitalisme... au capitalisme. Lech Wałęsa
Voir aussi
- Alexandre Soljenitsyne
- Marxisme
- Léninisme
- maoisme
- trotskisme
- Communisme
- Socialisme
- URSS
- Mouvements révolutionnaires
- IIIe Internationale
- Mouvements politiques
- Idées politiques
- Totalitarisme
- PCF
- JC
- UEC



