Sionisme

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Dérivé de Sion (en Hébreu, ציון), le nom d'une colline de Jérusalem, le sionisme est un mouvement politique qui affirme le droit à l'existence d'un État juif. Il s'est développé pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, notamment parmi les Juifs d'Europe centrale et d'Europe de l'Est sous la pression des pogroms et de l'antisémitisme chronique de ces régions, mais aussi en Europe occidentale, suite au choc causé par l'affaire Dreyfus.

Sommaire

Histoire

Origines du sionisme

Depuis la destruction du Temple et la dispersion des Juifs par l'Empire romain suite aux révoltes de l'an 70 et de l'an 135, les Juifs expriment le désir constant de retourner sur leurs terres ancestrales. Ce territoire, que la tradition biblique désigne comme Terre d'Israël et l'administration romaine considère jusqu'alors comme la Région administrative de Judée, est renommée Palestine — en référence au peuple philistin — pour délégitimer l'esprit de révolte et ôter l'espoir de retour au peuple exilé.

Au cours des siècles suivants, malgré quelques tentatives effectives de retour (cf. Shabbatai Zvi), ce désir se transforme progressivement en tradition religieuse. Cette dernière est formulée à Pessah par un vœu liturgique : « L'an prochain à Jérusalem ». La croyance se développe selon laquelle le retour aura lieu après l'arrivée du Messie.

Avec le XVIIIe siècle l'esprit des Lumières donne naissance aux concepts de peuple et de nation, définis par leur identité -- par opposition à la notion de royaume, défini par son souverain et ses frontières. Les Français les premiers, que leur révolution de 1789 oppose à toutes les monarchies d'Europe, se battent en tant que Français et non en tant que sujets du Roi de France. L'émancipation des peuples, sur les plans religieux et intellectuel, conduira à leur émancipation politique. En Allemagne et en Italie qui n'existent pas encore, naît une conscience d'être Allemands ou Italiens. La Pologne et la Hongrie, qui n'existent pas encore comme entités indépendantes connaissent une évolution semblable.

C'est à cette époque aussi qu'apparaît l'idée d'un peuple juif, défini comme tel par son identité et non par sa religion. Le messianisme laisse progressivement place à un sécularisme, qui voit pour la première fois depuis des siècles les Juifs prendre une part active aux affaires temporelles, notamment à la naissance du communisme, du libéralisme, du rationalisme, etc.

Dans les années 1880, plusieurs mouvements, tels que Hibbat Zion ou la première Aliyah (remontée [au pays]) visent à évacuer des familles juives des pays les plus antisémites (Pologne, Russie) vers la Palestine/Judée. Le terme sionisme apparaît en 1890, sous la plume de Nathan Birnbaum. C'est le choc de l'affaire Dreyfus, en 1894 qui, par son explosion d'antisémitisme dans le pays considéré comme le plus éclairé d'Europe, va déclencher la naissance effective des mouvements sionistes. Theodor Herzl, publie Der Judenstaat (« L'État juif ») en février 1896.

La Palestine est alors une province de l'Empire ottoman. La région, qu'on estime aujourd'hui avoir été occupée par environ 450 000 habitants tant musulmans que chrétiens ou juifs, est alors considérée comme pratiquement vide. Cette apparente vacuité est due au fait que la région est effectivement sous-peuplée, mais aussi qu'une bonne partie de la population est constituée de tribus nomades sans identité collective (la notion de peuple palestinien ne se dégagera qu'avec le conflit israélo-palestinien) et sans représentants à même de contester cette interprétation. C'est de cette image que naîtra l'expression « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre », sous la plume d'Israel Zangwill.

En 1897, Herzl organise le premier Congrès sioniste à Bâle en Suisse. Au cours de ce congrès est fondée l'Organisation sioniste mondiale, qui élit Herzl comme premier président. L'objectif de l'Organisation est de donner au peuple juif un pays, afin d'en faire un peuple comme un autre. À ce sujet, voir aussi le Protocole des Sages de Sion, faux document inspiré du Congrès sioniste et conçu par la police secrète tsariste.

Essor du sionisme

L'idéal du Congrès sioniste consiste à établir un pays en Palestine/Terre d'Israël. Cependant, l'idée de fonder l'État juif en d'autres lieux reste ouverte. Soit en Argentine, terre d'immigration, comme le propose le baron de Hirsch, soit en Ouganda/Kenya, comme le suggère le Secrétaire à la Colonisation britannique Joseph Chamberlain, en 1902. Si la piste de l'Argentine n'est jamais totalement écartée (de nombreux Juifs émigreront effectivement d'Europe de l'Est vers ce pays grâce à l'aide financière apportée par le baron de Hirsch : à sa mort, en 1897, la Jewish Colonization Association, qu'il avait créée en 1896, possédait plus de 1 000 km² dans ce pays, abritant plus de 1 000 familles), l'Organisation décline l'offre de l'Ouganda en 1905 car le territoire est déjà occupé par les Masaïs visiblement hostiles. L'Organisation territorialiste juive naît de ce refus, avec pour objectif de chercher d'autres régions dans lesquelles fonder un État.

Pendant ce temps, l'Organisation sioniste mondiale tente de négocier avec le Sultan Ottoman, par le biais de l'empereur allemand Guillaume II, sans succès. En 1901, le Fonds national juif est créé et commence à collecter de l'argent afin d'acheter des terres inoccupées en Palestine pour y établir des Juifs d'Europe de l'Est, alors sous la menace permanente de pogroms. Cette politique est l'une des sources de l'hostilité arabe, car un grand nombre de terres vendues comme incultes sont en fait des métairies dont les fermiers sont expulsés par les propriétaires fonciers (souvent des roitelets syriens). L'immigration juive est perçue comme une invasion.

En 1909, le premier kibboutz, Degania, est fondé en Galilée, par douze Pionniers juifs. La même année, Ha-Shomer, la première force armée juive en Palestine et qui ne comptera jamais plus de 100 membres, est fondée, pour monter la garde autour des installations agricoles juives, essentiellement contre des groupes de pillards bédouins.

En 1917, le Secrétaire aux Affaires étrangères britannique, Arthur Balfour, lors de la Déclaration Balfour, au nom du Gouvernement britannique, promet une patrie pour les Juifs en Palestine. Par cette promesse, le Gouvernement britannique paye la contribution du Dr. Chaim Weizmann à l'effort de guerre, tente d'affaiblir la Turquie ottomane et de s'attirer la bienveillance de l'opinion publique américaine. Le Dr. Weizmann, chercheur en chimie et l'un des représentants de l'Organisation sioniste mondiale en Grande-Bretagne, a développé un procédé pour synthétiser la cordite, un composant nécessaire pour la fabrication de poudre blanche (à canons), dont les stocks britanniques sont alors épuisés. Il est à noter que le terme « patrie » est choisi par opposition à « pays » et que cette patrie est en Palestine et non la Palestine. Il est aussi à noter que la Palestine a été aussi promise à des princes arabes en échange de leur contribution militaire à l'affaiblissement de l'Empire ottoman (voir Lawrence d'Arabie), toujours au nom du Gouvernement britannique.

L'Empire Ottoman est démantelé en 1918, puis la Société des Nations donne à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine. À partir de ce moment, la situation politique devient un jeu complexe à trois parties entre les arabes de Palestine (la Palestine, qui était une terre d'émigration arabe est de nouveau une terre d'immigration, la notion de peuple palestinien commence à se développer), les Juifs (anciens habitants et surtout nouveaux immigrants) et l'autorité coloniale, qui tâche de préserver son assise, notamment en pratiquant une politique de « diviser pour mieux régner ».

À cette époque, l'opinion juive est divisée à propos du sionisme. Les courants religieux y sont généralement hostiles, allant jusqu'à le considérer comme blasphématoire. Le Parti communiste, tout comme le Bund, qui voient dans le sionisme deux ennemis (religion et nationalisme), sont eux aussi fortement anti-sionistes. Pour de nombreux Juifs, la solution à l'antisémitisme est à trouver en Europe (ou aux États-Unis d'Amérique) plutôt qu'en Palestine. De plus, certains leaders sionistes, comme Vladimir Jabotinsky, commencent à pressentir l'inéluctabilité d'un conflit judéo-arabe, point de vue confirmé par les émeutes arabes de 1920 puis le pogrom de Hebron, en 1929, qui mettra fin à la présence juive multi-millénaire à Hebron.

En 1928, l'Union soviétique crée de toutes pièces une République autonome juive du Birobidjan, en Extrême-Orient, pour écarter les juifs de la capitale : Il s'agit donc d'un acte sionniste et antisémite.

La situation change à partir de 1933 et de l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir. Alors que les États-Unis ont fermé leurs portes à l'immigration, l'espoir pour les Juifs de vivre en sécurité dans les pays occidentaux s'effrite. De nombreux Juifs quittent l'Europe.

Simultanément, l'autorité coloniale britannique tente de limiter l'entrée de Juifs en Palestine afin d'apaiser les Arabes palestiniens. Après les révoltes arabes de 1936, la Grande-Bretagne organise la conférence du Saint-James, au cours de laquelle sont représentés divers groupes de Juifs sionistes et non-sionistes, des délégations d'Arabes de Palestine, d'Égypte, d'Irak, d'Arabie saoudite, de Jordanie et du Yémen, afin de trouver une solution qui ne nécessite pas de diviser la région en plusieurs pays. La conférence échoue, notamment en raison du refus des délégués arabes (dirigés par le mufti Amin al-Husseini) de reconnaître la légitimité des représentants juifs, qui force les négociateurs britanniques à tenir le rôle de messagers entre les divers parties. En 1939, l'autorité coloniale publie le plan McDonalds, qui limite l'entrée de Juifs à un total de 75 000 réfugiés et immigrants, répartis sur 5 ans et sous réserve de conditions économiques, régule l'achat de territoires par des juifs, rejette l'idée d'un État juif comme d'un État arabe. Le plan McDonalds est rejeté par les deux parties, qui y voient toutes deux une trahison, ainsi que par la Société des Nations, qui le considère comme contradictoire avec le mandat britannique. Cependant, ce plan sera, pour l'essentiel, appliqué pendant tout la durée de la Seconde Guerre mondiale.

À cette époque, les deux camps disposent de forces armées plus ou moins organisées. Du côté sioniste, il s'agit de la Haganah (« défense », organisation globalement de gauche, future Tsahal) et de l'Irgoun, (acronyme d'« Organisation nationale militaire », dissension de la Haganah regroupant des éléments plus à droite et assimilée, selon les points de vue à un groupe de guérilla ou de terrorisme). Alors que le premier groupe est essentiellement organisé pour défendre les villes juives, le second lance aussi des opérations contre des cibles britanniques ou arabes. Du côté arabe, plusieurs mouvements nationaux s'en prennent aux Juifs, aux Britanniques et aux « traîtres ». Pour l'essentiel, en 1939, ces groupes arabes ont été décapités. Avec le début de la deuxième guerre mondiale Haganah et Irgoun joignent leur force avec l'armée britannique pour la lutte contre le nazisme. En 1941, le mufti Amin al-Husseini signe une alliance avec l'Axe et plaide pour résoudre le problème des juifs au Moyen-Orient « selon les méthodes de l'Axe ».

En Europe, la Seconde Guerre mondiale voit le meurtre de 6 millions de Juifs au cours de l'Holocauste. En particulier, les membres des mouvements juifs anti-sionistes sont presque tous exterminés. À la libération, des centaines de milliers de survivants ont tout perdu et n'ont aucune intention de retourner dans des pays qui les ont, de leur point de vue, trahis. La découverte de la Shoah par l'opinion publique internationale éveille une soudaine sympathie pour le peuple juif, qui va contribuer à la naissance de l'État d'Israël. Un autre facteur est la guerre permanente que, depuis l'armistice de 1945, livrent de nouveau les diverses organisations sionistes et palestiniennes contre l'autorité coloniale, et qui finira par rendre la situation intenable pour la Grande-Bretagne.

En 1947, l'Assemblée générale des Nations unies ouvre le débat sur la Palestine. Plusieurs plans sont proposés, notamment la création d'un état binational ou d'un État juif et d'un État arabe, avec plusieurs tracés de frontières possibles, ou encore d'un État juif, un État arabe et un micro-État binational comprenant essentiellement Jérusalem. La solution de trois États est finalement retenue mais est rejetée immédiatement par les représentants palestiniens et ne sera jamais mise en œuvre.

Le 14 mai 1948, l'État d'Israël est proclamé. Quelques heures plus tard, les armées de six pays arabes attaquent le nouvel État. Au cours de cette guerre, qu'Israël remportera, l'Égypte annexe le Sinaï et la Bande de Gaza, territoires initialement alloués à l'État palestinien, tandis que la Jordanie annexe la Judée et Samarie (qui deviendront la Cisjordanie et représentent 21 % du territoire alloué à l'État palestinien). Israël conservera de cette guerre 26 % du territoire alloué à l'État palestinien. Le monde arabe et le peuple palestinien en particulier désigne cette période comme la Nakbah (la « tragédie »). Les israéliens s'en souviennent comme de leur Guerre d'Indépendance.

Politique

Courants du sionisme

Le sionisme rassemble des courants très divers allant de la droite à la gauche. Parmi les organisations sionistes on peut noter :

Opposition au sionisme

Voir article détaillé antisionisme

Le sionisme est contesté par plusieurs mouvements politiques antisionistes

Opposition des Nations-Unies

Le sionisme est condamné le 10 novembre 1975 par l'Assemblée générale des Nations unies dans la résolution 3379 ([1]) qui décrit dans ses préambules le sionisme comme une « idéologie raciste et impérialiste » et énonce dans sa conclusion que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». La conclusion de cette résolution est cependant annulée le 10 novembre 1991 par l'Assemblée générale (Rés. 46/86 [2]). Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, désapprouvera publiquement la résolution de 1975 en la qualifiant de « manifestation lamentable d'antisémitisme ».

Articles connexes


Palestine (région, terminologie, histoire générale)

Palestine (arabe)

Israël

Conflit israélo-arabe et « israélo-palestinien »

Bibliographie

  • Alain Boyer, Les Origines du sionisme, PUF, Que sais-je ?, n°2397, 1994
  • Sionismes. Textes fondamentaux réunis et présentés par Denis Charbit, Albin Michel, Paris, 1998
  • Claude Franck et Michel Herszlikowicz, Le Sionisme, PUF, Que sais-je ?, n°1801, 1984
  • UEJF, Le sionisme expliqué à nos potes, collectif - éd. La Martinière, 2003,253 p.
  • Roger Ascot, Le Sionisme trahit ou les Israéliens du dimanche
  • Le Sionisme est-il mort ? collectif - éd. La Découverte
  • Y. Rabkin, Au nom de la Thorah, une histoire de l’opposition juive au sionisme, éd. Les presses de l’université Laval
  • Tsilla Hershco, Entre Paris et Jérusalem. La France, le sionisme et la création de l’État d’Israël, 1945-1949, Honoré Champion DVD / Vidéos
  • Walter Laqueur, Histoire du sionisme. Naissance d’Israël.
  • Percy Norma, Israël et les Arabes (La guerre de cinquante ans), Coffret de 2 VHS
  • Albert Londres , Le Juif errant est arrivé, éd. Serpent à plumes
  • Travaux de l'historien Zeev Sternhell sur le rôle du sionisme dans la création d'Israël.


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