Siècle des Lumières

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Le siècle des Lumières correspond fondamentalement au XVIIIe siècle en Europe, même si son début est considéré la révolution anglaise de 1688. La philosophie des Lumières désigne le mouvement intellectuel qui s'est développé à cette période autour d'idées pré-démocratiques, telles que l'établissement d'une éthique, d'une esthétique et d'un savoir fondé sur la « raison éclairée » de l'homme. Les inspirateurs de ce mouvement se voyaient comme une élite courageuse d'intellectuels œuvrant pour un progrès du monde, transcendant les siècles d'irrationalité, de superstition et de tyrannie passés. L'ensemble de ce mouvement doit être rapproché des révolutions américaine et française, de la montée du capitalisme et de la naissance du socialisme. Artistiquement, il correspond au mouvement musical baroque et à la période néo-classique.

On parle aussi des Lumières pour désigner les intellectuels, écrivains, philosophes emblématiques de ce mouvement de pensée.

Sommaire

Histoire des Lumières

Les limites du mouvement des Lumières sont souvent repoussées jusqu'à couvrir tout le XVIIe siècle, bien qu'on parle plus souvent alors d'Âge de la raison. Le présent historique prend le parti de les séparer, mais il est tout aussi acceptable de traiter les deux mouvements dans la continuité, comme le fait par exemple l'historien britannique Jonathan Israel dans Les Lumières radicales. La philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité (1650-1750) (Editions Amsterdam, Paris, 2005).

Aux XVIe et XVIIe siècles, l'Europe était en proie à de fréquentes et sanglantes guerres de religions. Après la paix de Westphalie et la fin de la première révolution anglaise, une certaine stabilité engendra un brusque détournement du mysticisme et de la révélation personnelle religieuse, qui étaient alors perçus comme des facteurs d'instabilité, ayant entraînés la ruine des royaumes. Si on s'en tient à la stricte séparation des XVIe et XVIIe siècles, l'Âge de Raison correspond au développement d'une philosophie axiomatique, fondée sur la connaissance et la stabilité rationnelle. Épistémologiquement, on trouve dans les écrits de Montaigne et de Descartes un scepticisme extrême, ainsi qu'une quête continuelle sur la nature du « savoir ». Cette quête d'axiomes, de certitudes éprouvées, atteindra son apogée dans la philosophie de Spinoza et son éthique, centrées sur une vision de l'Univers où Dieu et la Nature ne font qu'un. Cette idée deviendra centrale au siècle des Lumières, depuis Newton(1642-1727) jusqu'à Jefferson.

Le mouvement des Lumières s'est trouvé être, dans une grande part, un prolongement des idées de Galilée(1564-1642), Pascal(1623-1662), Leibniz(1646-1716) et d'autres philosophes antérieurs. Un changement notable fut l'émergence de la philosophie naturaliste à travers toute l'Europe, incarnée par Newton(1642-1727) . Ses idées, sa réussite indéniable à confronter et assembler les preuves axiomatiques et les observations physiques en un système cohérent, source de prédictions, donnèrent le ton de tout ce qui allait suivre son exemplaire Philosophiae Naturalis Principia Mathematica.

Mais Newton ne fut pas le seul à prendre part à la révolution systématique de la pensée. L'idée de lois uniformes expliquant les phénomènes naturels eut des répercussions dans bien d'autres domaines. Si la période précédente fut celle du raisonnement sur des principes premiers, le mouvement des Lumières ouvrit la voie à l'examen systématique de Dieu, via l'étude de sa création et l'énoncé de ses principes idéels. Une telle entreprise peut aujourd'hui paraître par trop ambitieuse, mais à l'époque il s'agissait d'une révolution de pensée puissante, qui faisait de la légitimité sa notion fondatrice et emblématique. La recherche des sources d'une telle légitimité fut le moteur de bien des découvertes, dans des domaines très divers.

Pour montrer le progrès entre l'Âge de la Raison et le mouvement des Lumières, l'exemple de Newton reste indépassable, en ce que le scientifique utilisa des faits observés empiriquement, comme la dynamique des planètes de Kepler ou l'optique, pour construire une théorie sous-jacente expliquant ces faits a priori. Ce mouvement correspond à l'unification d'un pur empirisme, comme celui de Francis Bacon (1561-1626), et de l'approche axiomatique de Descartes (1596-1650). La croyance en un monde intelligible ordonné par le Dieu chrétien a représenté le plus fort élan du questionnement philosophique sur la connaissance. D'un côté, la philosophie religieuse se concentrait sur la piété, la toute-puissance et le mystère de la nature ultime de Dieu ; de l'autre, des idées telles que le déisme soulignait que le monde était visiblement compréhensible par l'homme, par la raison, et que les lois le gouvernant l'étaient tout autant. L'image de Dieu comme le « Grand Horloger » pénétra alors les esprits, tandis que les observateurs du monde prenaient conscience que ce dernier semblait bel et bien parfaitement ordonné, et que dans le même temps, on réalisait des machines de plus en plus sophistiquées et précises. La navigation et l'exploration géographique furent également source d'un renouvellement régulier des idées sur le monde, et encouragèrent par là même la recherche de règles spécifiques pour en agrandir la portée. Tout ceci témoigne d'un processus intellectuel global.

Cette constance à rechercher et énoncer des lois, à déterminer les comportement particuliers, fut également un élément important dans la constitution d'une philosophie où le concept d'individualité prévalait, en somme où l'individu avait des droits basés sur d'autres fondements que la seule tradition. On parle alors d'avènement du sujet pensant, en tant que l'individu peut décider par son raisonnement propre et non plus sous le seul joug des us et coutumes. Ainsi, John Locke rédigea ses deux Traités du gouvernement civil dans lequel il avance que le droit de propriété n'est pas familial, mais totalement individuel et retiré du travail consacré au terrain concerné, ainsi que de sa protection face à autrui. Une fois l'idée émise qu'il y avait des lois naturelles et des droits naturels, il devenait possible de s'aventurer dans les domaines nouveaux qu'on appelle maintenant l'économie et la philosophie politique.

Dans son célèbre essai Qu'est-ce que les Lumières ?, Emmanuel Kant donne la définition suivante : « [Le mouvement des Lumières est] la sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. » Les Lumières se basent donc sur la croyance en un monde rationnel, ordonné et compréhensible, exigeant de l'homme l'établissement d'une connaissance également rationnelle et organisée. Cela commence par l'idée que les lois gouvernent aussi bien les cieux que les affaires humaines, et que la loi est ce qui donne au Prince son pouvoir, non pas l'inverse. La conception de la loi comme une relation réciproque entre les hommes, plutôt qu'entre les familles ou des groupes, devint de plus en plus remarquable, accompagnée du soucis de la liberté individuelle comme réalité imprescriptible - le seul droit tiré de Dieu. Le mouvement des Lumières créa ou réinventa donc les idées de Liberté, propriété et rationalité, telles qu'on les connaît toujours aujourd'hui et telles qu'introduites dans la première philosophie politique : l'idée et le désir d'être un individu libre, liberté d'autant plus garantie que l'État assure la stabilité des lois.


Pour comprendre quels changements interviennent réellement entre l'Âge de Raison et le mouvement des Lumières, la comparaison entre Thomas Hobbes et John Locke est une bonne approche. Hobbes, qui traverse les trois quarts du XVIIe siècle, a entrepris de classer de façon systématique les émotions humaines, ce qui l'amena à construire un système rigide garantissant par coercition la stabilité du chaos primaire - qui est la source de son travail (voir le Léviathan). À l'inverse, Locke voit en la Nature la source de l'unité et de tous les droits, que l'État doit s'assurer de reprendre et de protéger, non pas d'étouffer. Ainsi, la « révolution » culturelle entre les deux siècles fait intervenir la relation de l'homme à la Nature : on passe d'une vision noircie et chaotique, à une admiration de l'ordre naturel fondamental.

Un second changement important dans le mouvement des Lumières par rapport au siècle précédant, trouve son origine en France, avec les Encyclopédistes. Ce mouvement intellectuel prend comme fondement l'idée qu'il existe une architecture morale du savoir, une structure prévalente et ordonnée, et que sa réalisation est un moyen de libération de l'homme.

Le mouvement des Lumières est, sur toute sa durée, le substrat de deux pressions idéologiques antagonistes : d'une part, une forte spiritualité accompagnée d'une foi traditionaliste en la religion et l'Église ; d'autre part, la montée d'un mouvement anti-clérical critiquant les divergences entre théorie religieuse et pratique. Au milieu du XVIIIe siècle, les Lumières atteignent leur apogée avec Voltaire. Exilé en Angleterre entre 1726 et 1729, il y étudia les travaux de Locke, Newton et la monarchie anglaise. Pour lui, il est clair que si le Prince obtient du peuple sa croyance en des choses déraisonnables, alors ce peuple fera des choses déraisonnables.

Ce constat simple a pourtant introduit ce qui sera la principale critique à propos des Lumières, qui s'incarnera dans le Romantisme, et qui se résume par la constatation critique que la construction raisonnable crée autant de problèmes qu'elle en résout. Selon les philosophes des Lumières, le point crucial du progrès intellectuel consistait en la synthèse de la connaissance, éclairée par la raison humaine, afin de créer une autorité morale qui serait seule souveraine. Le point de vue contraire se développa, mettant en avant le fait que de façon intrinsèque, ce processus serait corrompu par le poids des conventions sociales, montrant ainsi la « nouvelle vérité » raisonnable comme une mauvaise immitation de la Vérité immanente et insaisissable.

Le mouvement des Lumières trouva alors un certain équilibre, entre l'appel à la liberté « naturelle » et la liberté de cette liberté, c'est-à-dire la reconnaissance d'une autonomie de la Nature face à la raison. Correspondent à ce stade les réformes de plusieurs monarchies, par l'intermédiaire de lois nouvelles allant dans le sens des sujets et d'une réorganisation parcellaire de la société. L'idée d'un ordre éclairé entre également dans la pensée scientifique avec, par exemple, le travail du biologiste Carl von Linné.

Les grands penseurs de la fin du mouvement des Lumières (Emmanuel Kant, Adam Smith, Thomas Jefferson ou encore le jeune Goethe) adoptèrent dans leurs pensées le schème, dérivé d'une métaphore biologique, des forces d'auto-organisation et d'évolution. L'achèvement des Lumières est alors préssenti, avec le constat suivant : le Bien est le fondement de la Nature, mais celle-ci n'est pas ordonnée par elle-même. Bien au contraire, c'est la raison et la maturité humaine qui doivent en trouver la constante structure, en retirer la stabilité naturelle. Le romantisme en prendra le contre-pied parfait.

Cette véritable ligne de démarcation sera rapidement à l'œuvre dans les inconscients collectifs des différents pays d'Europe. Dans les années 1750, on tente en Angleterre, en Autriche, en Prusse et en France de « rationaliser » les monarchies et leurs lois.

L'idée lumineuse d'un gouvernement « rationnel » s'incarna dans la Déclaration d'Indépendance américaine, et dans une moindre mesure, dans le programme des Jacobins au cours de la Révolution française. On peut citer également la Constitution américaine de 1787.

La Révolution française, en particulier, représente une application violente et en un sens messianique de la philosophie des Lumières, notamment lors de la brève période de pouvoir des Jacobins. Le désir de rationalité conduisit à une tentative d'éradiquer l'Église, et le Christianisme dans son ensemble ; ainsi, les Jacobins décidèrent de changer calendrier, système de mesure du temps, système monétaire... tout en plaçant l'idée d'égalité, sociale et économique, au plus haut point des priorités de l'État.

Mais c'est avec Napoléon Bonaparte que les Lumières disparaissent, non sans un dernier éclat. L'Empereur réorganisa la France en départements, et s'assura de la réalisation de nombre de projets, tel le système métrique qui permit certainement à l'industrie française de se libérer de lois de productions héritées du Moyen-Âge.

Valeurs et idéologie des Lumières

Cette période est marquée par le rationalisme philosophique, l'exaltation des sciences et la critique de l'ordre et de la hiérarchie religieuse. Les valeurs essentielles défendues par les hommes des Lumières sont la tolérance, la liberté, la séparation des pouvoirs et l'égalité par opposition à l'obscurantisme.

Idéal du philosophe

La figure idéale des Lumières est le philosophe, homme de lettre avec une fonction sociale qui exerce sa raison dans tous les domaines pour guider les consciences, prôner une échelle de valeurs et militer dans les problèmes d'actualité. C'est un intellectuel engagé qui intervient dans la société, un « honnête homme qui agit en tout par raison » (Encyclopédie), « qui s'occupe à démasquer des erreurs » (Diderot), « celui dont la profession est de cultiver sa raison pour ajouter à celle des autres », un défenseur des droits de l'humanité, opposé au despotisme...

Avec le recul du temps nous observons que rares sont les « Lumières » qui n'ont pas cherché à justifier l'esclavage et la colonisation et encore plus rares celles qui ont critiqué ces pratiques, comme Denis Diderot dans son Supplément au voyage de Bougainville.

Coexistence des sentiments et de la raison

Le rationalisme des Lumières n'exclut en aucun cas la sensibilité. Raison et sentiments ont toujours dialogué au sein même de la philosophie des Lumières. Ses penseurs sont tous capables de rigueur intellectuelle mais aussi de sensibilité.

Idéal encyclopédique

Cette époque cultive un goût particulièrement prononcé pour les écrits totalisants qui rassemblent l'ensemble des connaissances de leur temps, les bilans généraux du savoir. Cet idéal va trouver sa réalisation dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, publiée entre 1750 et 1770, dont le but était de sortir le peuple de l'ignorance par une diffusion très large du savoir.

Représentants des Lumières

En Angleterre :

En Allemagne :

En France :

En Amérique :

Voir aussi

Liens internes

Liens externes


Philosophie des Lumières

D'Alembert · Pierre Bayle · Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen · Denis Diderot · Encyclopédie · Franc-maçonnerie · D'Holbach · Kant · Locke · Montesquieu · Rationalisme · Révolution française · Jean-Jacques Rousseau · Tolérance · Voltaire



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