Siècle d'or espagnol

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Le Siècle d'or espagnol (Siglo de Oro en espagnol) est une période d'extrême vitalité des arts et des lettres en Espagne.
L'acception en histoire de l'art l'assimile à la Renaissance espagnole.
Cette vitalité se retrouve dans les pays hispanophones d'Amérique latine, et coïncide avec le déclin politique puis la chute des Habsbourg (Philippe III, Philippe IV et Charles II). Sor Juana Inés de la Cruz, le dernier grand écrivain de cet âge d'or s'éteignit en Nouvelle Espagne en 1695. Aussi, le Siècle d'or, dans ses aspects culturels (dans la littérature et dans les arts), s'identifie-t-il au XVIIe siècle.

Les Habsbourg, en Espagne comme en Autriche furent de grands mécènes. L'Escurial, le grand monastère royal construit par Philippe II, attira certains des plus grands architectes et peintres européens. Diego Vélasquez, un artiste immensément respecté de son temps et considéré comme l'un des peintres majeurs de l'histoire de l'art, cultivait des liens avec Philippe IV et son premier ministre, Gaspar de Guzmán, comte d'Olivares, et nous laissa plusieurs portraits démontrant l'originalité de son style et l'étendue de son talent. Le Greco, autre grand peintre espagnol de la période, incorpora des éléments venant de la Renaissance italienne dans l'art espagnol et participa à la naissance d'un style espagnol original.

Certaines des plus grandes compositions musicales espagnoles ont été écrites pendant le Siècle d'or. Des compositeurs comme Tomás Luis de Victoria, Luis de Milán ou Alonso Lobo ont participé au développement de la musique de la Renaissance et de styles comme le contrepoint ou la musique polyphonique, gardant une grande influence tout au long de la période baroque.

La littérature espagnole fut également florissante, avec notamment l'œuvre monumentale de Miguel de Cervantes, l'auteur du Quichotte. Lope de Vega, l'auteur de théâtre le plus prolifique d'Espagne, écrivit sans doute plus de mille pièces, dont quatre cents sont parvenues jusqu'à nous.


Sommaire

Peinture

L'Espagne, à l'époque de la Renaissance italienne, reçut la visite de quelques grands artistes. Les possessions italiennes ainsi que les relations établies par le mari de la reine Isabelle Ire de Castille, Ferdinand II d'Aragon, futur unique monarque d'Espagne, entraînèrent des mouvements d'intellectuels à travers la Méditerranée entre Valence, Séville et Florence qui s'intensifièrent parallèlement à l'accroissement de l'influence espagnole en Europe, et plus particulièrement en Italie. Luis de Morales, l'un des chefs de file du style maniériste espagnol, conserva, dans une œuvre qui rappelle l'art médiéval, un style espagnol caractéristique. L'art espagnol, et notamment celui de Morales, contient d'importants éléments mystiques et religieux dûs à la Contre-Réforme et au mécénat d'une monarchie et d'une aristocratie espagnoles fortement marquées par le catholicisme.

Comme son surnom l'indique, celui qui a joué le rôle le plus important dans l'importation de la Renaissance italienne en Espagne, Le Greco, n'est pas espagnol d'origine, mais est né en Crète sous le nom de Domenikos Theotokopoulos. Il étudia les grands peintres italiens de son temps - Titien, Tintoretto et Michel-Ange - pendant son séjour en Italie, de 1568 à 1577. Selon la légende [1], il tomba en disgrâce après avoir affirmé que si on détruisait l'une des peintures murales de Michel-Ange il serait capable d'en peindre une aussi belle, et partit pour Tolède. Il joua un grand rôle dans l'élaboration un style plein d'émotion, avec les doigts allongés des personnages qu'il représente et ses couleurs vives. Ses représentations de la ville de Tolède devinrent des modèles pour la tradition nouvelle en Europe de la peinture du paysage et influencèrent par la suite les maîtres hollandais.




Né en 1599, deux générations après Le Greco, Diego Vélasquez est l'un des peintres les plus importants d'Espagne et influença de nombreux artistes. Il était peintre à la cour de Philippe IV et un nombre sans cesse croissant d'hommes d'État, d'aristocrates et de membres du clergé venant de toute l'Europe lui commandèrent des portraits. Ses portraits du roi, de son premier ministre, le comte d'Olivares, ou du pape lui-même font preuve d'une croyance profonde dans le réalisme artistique et d'un style original qui influença nombre de maîtres hollandais. Pendant la guerre de Trente Ans, Vélasquez suivit Ambrogio Spinola dans sa campagne aux Pays Bas, où il peignit la célèbre Reddition de Breda. Vélasquez avait la capacité d'exprimer des émotions à travers la réalité dans ses portraits comme dans ses paysages, et ces derniers, dans lesquels il fit les premières expériences d'éclairage naturel dans l'art européen, eurent une influence durable sur la peinture occidentale. Son amitié avec Bartolomé Esteban Murillo, le chef de file de la génération suivante des peintres espagnols, assura la perpétuation de son influence.

L'élément religieux de l'art espagnol prit une importance accrue avec la Contre-Réforme. L'œuvre austère et ascétique de Francisco de Zurbarán ainsi que celle du compositeur Tomás Luis de Victoria illustrent cette tendance dans les arts espagnols. Philippe IV apporta un soutien appuyé aux artistes qui partageaient ses opinions sur la Contre-Réforme et la religion. Le mysticisme de l'œuvre de Zurbarán - influencé par Sainte Thérèse d'Avila - finit par devenir une caractéristique de l'art espagnol des dernières générations du Siècle d'or. Influencé par Le Caravage et les maîtres italiens, Zurbarán consacra son travail artistique à la représentation de la religion et de la foi. Ses tableaux sur Saint François d'Assise, l'immaculée conception et la crucifixion du Christ sont un bon exemple d'un troisième aspect de la culture espagnole du XVIIe siècle, sur fond de guerres de religion en Europe. Zurbarán rompit avec la vision réaliste de Vélasquez et, d'une certaine façon, se tourna, pour l'inspiration et la technique, vers la vision émotive de Le Greco et des peintres maniéristes qui le précédèrent, même s'il resta dans le sillage de Vélasquez en ce qui concerne la lumière et les nuances.

Musique

La musique espagnole, tout comme la peinture, trouva une nouvelle vigueur dans la religion. Tomás Luis de Victoria, compositeur - particulièrement de musique chorale - du XVIe siècle, est considéré comme l'un des plus grands compositeurs classiques espagnols. Il se joignit au combat d'Ignace de Loyola contre la Réforme et devint prètre en 1575. Il vécut un moment en Italie, où il découvrit la musique polyphonique de Giovanni Pierluigi da Palestrina. A l'instar de Zurbarán, Victoria allia les qualités techniques de l'art italien aux spécificités culturelles et religieuses de son Espagne natale. Il incorpora dans son œuvre des appels émotionels ainsi que des rythmes et chœurs de caractère mystique et souvent expérimentaux. Il se distingua de la tendance dominante de son temps en préférant au contrepoint des mélodies plus longues, plus simples, moins techniques et plus mystérieuses, en utilisant la dissonance d'une manière que l'École romaine, au contraire, évitait. Il fit preuve d'une extraordinaire créativité dans le domaine de la théorie musicale en reliant la tonalité et la couleur de sa musique à celles de ses paroles, notamment dans ses motets. Comme Vélasquez, il fut le protégé du Prince - ou plutôt de la reine, en ce qui concerne Victoria. Le requiem qu'il écrivit lors de la mort de la reine en 1603 est considéré comme l'une de ses œuvres les plus solides et les plus mûres.

L'œuvre de Victoria trouva un écho dans celle d'Alonso Lobo - un homme que Victoria considérait comme son égal. Les compositions de Lobo - également chorales dans la forme et religieuses dans leur contenu - soulignent la nature austère et minimaliste de la musique religieuse. Lobo chercha à allier l'intensité émotionnelle de Victoria à l'habileté technique d'un Palestrina et la solution qu'il trouva constitue l'acte fondateur de la musique baroque en Espagne.

Le premier recueil de pièces de musique pour guitare espagnole (autre nom de la guitare classique) fut composé par Luis de Milán en 1536. Au service de la cour du duc de Valence, Luis de Milán définit la musique pour guitare, qui était à cette époque un instrument populaire et non de cour. Le travail de Luis de Milán donna à la guitare espagnole - qui a toujours été un élément important de la culture espagnole - un nouveau souffle, et les aristocrates et les marchands espagnols la popularisèrent dans toute l'Europe. La musique pour guitare espagnole (telle que Luis de Milán la réinventa) connut une nouvelle renaissance au XIXe siècle et connaît aujourd'hui encore une forte popularité.

Littérature

Considéré par beaucoup comme la plus grande œuvre rédigée en langue espagnole, Don Quichotte fut l'un des premiers romans publiés en Europe. Ce roman, tout comme le monde dans lequel vivait son auteur, Miguel de Cervantes, est à la frontière du Moyen Âge et de l'époque moderne. Vétéran de la Bataille de Lépante (1571), Cervantes connut une période de vaches maigres à la fin des années 1590 et fut emprisonné pour dettes en 1597, quand il commençait la rédaction de son chef d'œuvre. Le dernier épisode fut publié en 1615, un an avant la mort de l'auteur. Don Quichotte est à la fois un roman médiéval - un roman de chavalerie - et un roman de l'époque moderne alors naissante. Le livre est une parodie des mœurs médiévales et de l'idéal chevaleresque et une critique des structures sociales d'une société espagnole rigide et vécue comme absurde. Don Quichotte est un jalon important de l'histoire littéraire et les interprétations qu'on en a donné sont multiples, tantôt pur comique, tantôt satire sociale ou encore analyse politique.

Contemporain de Cervantes, l'auteur de théâtre Lope de Vega est célèbre pour ses drames, notamment ceux basés sur l'histoire du pays. Comme Cervantes, Lope de Vega participa aux batailles menées par l'armée espagnole et était fasciné par l'antique aristocratie espagnole. Dans les centaines de pièces qu'il écrivit, situées dans des contextes aussi variés que la Bible, l'histoire légendaire de l'Espagne, la mythologie classique ou l'époque contemporaine, Lope de Vega adopta, à l'instar de Cervantes, une approche comique, transformant par exemple une pièce morale conventionnelle en une œuvre humoristique et cynique. Son objectif principal était de distraire son public. Le mélange qu'il fit des éléments moraux, de la comédie, du drame et du génie populaire en fait un cousin de Shakespeare, auquel il est souvent comparé, et dont il fut le contemporain. En tant que critique de la société, Lope de Vega attaqua, comme Cervantes, nombre des anciennes institutions du pays, parmi lesquelles, l'aristocratie, la chevalerie, la rigidité des mœurs... Ces deux écrivains constituèrent une alternative artistique à l'ascétisme d'un Francisco Zurbarán. Plus avant dans le XVIIe siècle, les pièces de « cape et d'épée » de Lope de Vega mêlant aventures, intrigues amoureuses et comédie influencèrent son héritier littéraire, Pedro Calderón de la Barca.

Le théâtre prend une grande importance et devient un spectacle extrêmement populaire. Les premiers véritables espaces scéniques sont construits à la fin du XVIe siècle. Ces théâtres s'appelent les « corrales de comedias ». La structure d'un « corral de comedias » ressemble beaucoup à celle d'un théâtre élisabéthain : un espace clos, non couvert, est aménagé dans le patio, la cour rectangulaire située entre les maisons ; au fond, une scène, entourée de tribunes et de loges sur trois côtés, fait face à un parterre à ciel ouvert où les spectateurs se tiennent debout.

Principaux écrivains

Principaux peintres

Voir aussi

La Renaissance


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