William Shakespeare
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Image:Shakespeare.jpg William Shakespeare (avril 1564 – baptisé le 26 avril 1564 – 23 avril 1616) est considéré comme le plus grand poète, dramaturge et écrivain de la culture anglo-saxonne. Le génie littéraire de Shakespeare ne se réduit pas à sa maîtrise des formes poétiques et littéraires ; sa capacité à représenter les aspects les plus subtils de la nature humaine reste tout simplement inégalée.
Personnage proéminent de la culture occidentale, Shakespeare continue de fasciner et d’influencer les artistes d’aujourd’hui. Il est traduit dans toutes les principales langues et ses pièces sont régulièrement jouées partout dans le monde. Shakespeare est l’un des rares dramaturges à avoir excellé aussi bien dans la comédie que la tragédie.
Shakespeare écrivit trente-sept œuvres dramatiques entre les années 1580 et 1613, bien que la chronologie exacte de ses pièces soit encore sujette à discussion. Cependant, le volume de ses créations ne doit pas nous apparaître comme exceptionnel, d’après les standards de l’époque.
On peut mesurer l’influence de Shakespeare sur la culture anglo-saxonne en observant les nombreuses références qui lui sont faites, que ce soit à travers des citations, des titres d’œuvres ou les innombrables adaptations de ses travaux.
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Biographie
La plupart des spécialistes s’accordent à dire qu’il existe désormais assez de traces historiques pour définir en détail la vie de Shakespeare. Ces « traces » sont constituées principalement par des documents officiels, et donne un aperçu très limité de la vie du dramaturge. Même si certains chercheurs ont tenté de spéculer sur certains faits, anecdotes, tentant de distinguer dans ses œuvres des reflets de sa vie intime, nous devons nous résoudre à l’idée que nous ne connaissons du personnage que des détails insignifiants. Ou presque.
Premières années
William Shakespeare naît au cours du mois d’avril 1564 à Stratford-upon-Avon, dans le Warwickshire (centre), en Angleterre. Son père, John Shakespeare, était un gantier et marchand de cuir prospère, en plus d’être un homme d’une certaine position dans la ville de Stratford : en 1565, il y avait été élu conseiller municipal, puis grand bailli (ou maire) en 1568. En 1557, il avait épousé Mary Arden, une bourgeoise, et tous deux vivaient dans une maison située sur la Henley Street.
L’acte de baptême du jeune William est daté du 26 avril : on baptisait les nourrissons dans les quelques jours qui suivaient leur naissance, et par tradition, l’on s’accorde à citer le 23 avril 1564 comme la date de naissance précise du dramaturge. Cela permet d’ailleurs d’ébaucher une curieuse symétrie puisqu’il est décédé le même jour en 1616. En outre, il est tout à fait approprié que la naissance du plus grand dramaturge anglais coïncide avec la fête de Saint-Georges, le saint patron de l’Angleterre.
Le milieu confortable dans lequel Shakespeare est né le conduisit vraisemblablement à fréquenter, après le degré élémentaire, l’école secondaire « King Edward VI » au centre de Stratford, où l’enseignement comprenait un apprentissage intensif de la langue et la littérature latine, ainsi que de l’histoire, de la logique et de la rhétorique. Même si les registres d’inscriptions n’ont pas survécu, il est dans la logique que Shakespeare ait fréquenté cet établissement. Il n’existe pas davantage de preuves pour attester d’une éducation poursuivie au-delà de l’école secondaire.
Le 28 novembre 1582, à Temple Grafton près de Stratford, Shakespeare épouse Anne Hathaway, de 8 ans son aînée. Deux voisins de la mariée, Fulk Sandalls et John Richardson publièrent les bans de mariage, pour signifier que l’union ne rencontrait pas d’opposition. Il apparaît toutefois que la cérémonie avait été organisée en hâte : Anne était enceinte de trois mois. Après son mariage, Shakespeare ne laisse que de rares traces dans les registres historiques, avant de réapparaître sur la scène artistique londonienne.
La suite des années 1580 est donc connue comme l’époque des « années perdues » de la vie du dramaturge : nous n’avons aucune trace pour expliquer la vie de l’écrivain pendant ce laps de temps, et nous ne pouvons pas expliquer pourquoi il quitta Stratford pour venir à Londres. Une légende, aujourd’hui tombée en discrédit, raconte qu’il avait été pris en train de braconner dans le parc de Sir Thomas Lucy, un juge de paix local, et s’était donc enfui pour échapper aux poursuites. Une autre théorie suggère qu’il aurait rejoint la troupe du Lord Chamberlain alors que les comédiens faisaient de Stratford une étape de leur tournée. Le biographe du XVIIe siècle John Aubrey rapporte le témoignage d’un comédien de la troupe de Shakespeare, racontant qu’il aurait passé quelques années en tant qu’instituteur.
On sait par contre, que le 26 mai 1583, Susanna, le premier enfant de Shakespeare, est baptisé à Stratford. Deux jumeaux, Hamnet et Judith, sont baptisés quelque temps plus tard, le 2 février 1585. Hamnet, son unique fils, connaît très jeune un funeste destin, puisqu’il décède quelques années plus tard : on l’inhume le 11 août 1596. Beaucoup suggèrent que ce décès inspira au dramaturge la tragédie Hamlet (env. 1601), une histoire construite d’après plusieurs influences, parmi lesquelles une pièce danoise (restée introuvable) Amleth, ou Thomas Kyd.
Londres et le théâtre
En 1592, la trace de Shakespeare réapparaît à Londres, où il est enregistré en tant qu’acteur et dramaturge. A ce stade, il a déjà suffisamment de réputation pour être vertement critiqué par Robert Greene, qui parle de lui comme d’un « corbeau arrogant, embelli par nos plumes, dont le coeur de tigre est caché par le masque de l’acteur, et qui présume qu’il est capable de déglutir un vers aussi bien que les meilleurs d’entre vous : en plus d’être un misérable scribouillard, il se met en scène dans sa dramatique vanité. » (Greene, dans son pamphlet, fait ici allusion à Henry VI, 3ème partie, en reprenant le vers : « Oh, coeur de tigre caché dans le sein d’une femme. »)
Version originale: "an upstart Crow, beautified with our feathers, that with his Tygers hart wrapt in a Players hyde, supposes he is as well able to bombast out a blanke verse as the best of you: and beeing an absolute Johannes factotum, is in his owne conceit the onely Shake-scene in a countrey." ("Oh, tiger's heart wrapped in a woman's hide" - Henry VI, part 3.)
On peut donc conjecturer qu’il a du être sur la scène londonienne depuis un certain temps, et les spécialistes estiment qu’il a quitté Stratford vers 1587.
Shakespeare devint acteur, écrivain et finalement sociétaire d’une compagnie théâtrale, connue sous le nom de « The Lord Chamberlain’s Men », troupe pour laquelle il écrit exclusivement depuis 1594. La compagnie tire son nom, comme le voulait l’époque, du mécène aristocrate qui soutenait la troupe (Lord Chamberlain était un ministre responsable des divertissements royaux. Ce titre a longtemps désigné la fonction de principal censeur de la scène artistique britannique). La compagnie devint très populaire : après la mort d’Élisabeth Ire et le couronnement du roi Jacques Ier (1603), le nouveau monarque adopta la troupe qui porta désormais le nom des « Hommes du Roi » (King’s Men). La troupe finit par devenir résidente du théâtre du Globe, dont la réplique exacte est de nouveau en activité à Londres.En 1604, on sait que Shakespeare joua un rôle d’entremetteur pour le mariage de la fille de son propriétaire. Des documents judiciaires de 1612 (date où l’affaire fut portée au tribunal), montrent qu’en 1604, Shakespeare était locataire chez un artisan huguenot (qui fabriquait des diadèmes) dans le nord-ouest de Londres, un certain Christopher Mountjoy (Montjoie). L’apprenti de Montjoie, Stephen Belott désirait marier la fille de son patron ; Shakespeare devint donc l’entremetteur attitré, pour aider à négocier les détails de la dot. Sur ses propres promesses, le mariage eut lieu. Mais huit ans plus tard, Belott poursuivit son beau-père pour n’avoir versé qu’une partie de la dot. Shakespeare fut appelé à témoigner, mais ne se souvenait que très vaguement de l’affaire.
Plus tard, divers documents provenant des tribunaux ou des registres commerciaux montrent que Shakespeare était devenu suffisamment riche pour s’acheter une propriété dans le quartier londonien de Blackfriars (rive sud de la Tamise, le quartier des théâtres et des prisons !). A cette époque, il possédait également une grande propriété à Stratford.
Retraite et fin de vie
Vers 1611, Shakespeare décide de prendre sa retraite, qui s’avéra pour le moins agitée : il fut impliqué dans des démêlés judiciaires à propos de terrains qu’ils possédait. A l’époque, les terrains clôturés permettaient le pâturage des moutons, mais privaient du même coup les pauvres de précieuses ressources. Pour beaucoup, la position très floue que Shakespeare adopta au cours de l’affaire était décevante, parce qu’elle visait à protéger ses propres intérêts au mépris des nécessiteux.
Pendant les dernières semaines de sa vie, le gendre pressenti de sa fille Judith - Thomas Quiney, un aubergiste – fut convoqué par le tribunal paroissial pour « fornication ». Une femme du nom de Margaret Wheeler avait accouché et prétendait que l’enfant était de l’aubergiste ; mais la mère et l’enfant moururent peu après ce sombre épisode. Quiney fut déshonoré, et Shakespeare corrigea son testament pour assurer que les intérêts de Judith lui étaient sécurisés à son nom.
Shakespeare mourut le 23 avril 1616, à l’âge de 51 ans. Il resta marié à Anne jusqu’à sa mort et ses deux filles lui survécurent. Susanna épousa le Dr John Hall, et même si les deux filles de Shakespeare eurent elles-mêmes des enfants, aucuns d’eux n’eurent de descendants. A ce jour, il n’y a donc pas de descendants directs du poète.
Shakespeare est enterré dans le choeur de l’église de la Trinité à Stratford-upon-Avon. Il reçut le droit d’être enterré dans le choeur de l’église, non pas grâce à sa vie de dramaturge, mais après qu’il soit devenu sociétaire de l’église en payant la dîme de la paroisse (£440, une somme conséquente). Un buste commandé par sa famille le représente, écrivant, sur le mur adjacent à sa tombe. Chaque année, à la date présumée de son anniversaire, on place une nouvelle plume d’oie dans la main droite du poète.
À l’époque de Shakespeare, il était courant de faire de la place dans les tombeaux paroissiaux en les déplaçant dans un autre cimetière. Par crainte que sa dépouille ne soit enlevée du tombeau, on pense qu’il a composé cet épitaphe pour sa pierre tombale :
- Mon ami, pour l’amour du Sauveur, abstiens-toi
- De creuser la poussière déposée sur moi.
- Béni soit l’homme qui épargnera ces pierres
- Mais maudit soit celui violant mon ossuaire.
- (Good friend, for Jesus' sake forbear,
- To dig the dust enclosed here.
- Blest be the man that spares these stones,
- But cursed be he that moves my bones.)
La légende populaire veut que des œuvres inédites reposent dans la tombe de Shakespeare, mais personne n’a jamais vérifié, par peur sans doute de la malédiction évoquée dans l’épitaphe.
Voir aussi ses contemporains Christopher Marlowe, Ben Jonson, Thomas Kyd, la reine Élisabeth Ire et Edward de Vere.
Œuvres
Avant tout connu pour ses œuvres dramaturgiques, Shakespeare est un artiste polyvalent : sonnets, farces, comédies, pièces historiques et tragédies... L’écrivain passe d’un genre à l’autre sans effort, brouillant les pistes et rendant ardu le travail de classification. De plus, il semble si prolifique qu’on lui attribue (ou retire) certaines compositions contemporaines. Tentons d’y voir plus clair...
Le Canon officiel
Les œuvres dramatiques et leur classification
Les pièces sont traditionnellement classées en plusieurs catégories : les tragédies, les comédies et les pièces historiques, en suivant l’ordre logique de publication ; toutefois, les critiques modernes ont donné le nom de « pièce à problème » pour certaines œuvres qui échappaient à une catégorisation trop simpliste et qui vont manifestement à l’encontre des conventions classiques. En outre, les dernières comédies de Shakespeare sont communément appelées les « romances ».
La liste suivante donne les pièces dans leur ordre de classement d’après le premier Folio de 1623 (la première édition complète des pièces dans un même volume). Un astérisque indique une pièce classée aujourd’hui en tant que « romance » ; deux astérisques indiquent celles considérées comme des « pièces à problème » - même si certaines comédies sont encore au centre du débat critique. Pour voir les pièces dans leur ordre de rédaction, voyez la Chronologie des pièces de Shakespeare.
- Tragédies de Shakespeare
- Roméo et Juliette (Romeo and Juliet)
- Macbeth
- Le Roi Lear (King Lear)
- Hamlet, prince de Danemark (Hamlet, Prince of Denmark)
- Othello ou le Maure de Venise (Othello, the Moor of Venice)
- Titus Andronicus
- Jules César (Julius Caesar)
- Antoine et Cléopâtre (Antony and Cleopatra)
- Coriolan (Coriolanus)
- Troïlus et Cressida (Troilus and Cressida) **
- Timon d'Athènes (Timon of Athens)
- Tout est bien qui finit bien (All's Well that Ends Well)
- Comme il vous plaira (As You Like It)
- Le Songe d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Dream)
- Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado About Nothing)
- Mesure pour mesure (Measure for Measure) **
- La Mégère apprivoisée (The Taming of the Shrew)
- La Nuit des rois (Twelfth Night)
- Le Marchand de Venise (The Merchant of Venice) **
- Les Joyeuses commères de Windsor (The Merry Wives of Windsor)
- Les Peines d'amour perdues (Love's Labour's Lost)
- Les Deux gentilshommes de Vérone (The Two Gentlemen of Verona)
- Richard III
- Richard II
- Henri VI, partie 1 (Henry VI, Part 1)
- Henri VI, partie 2 (Henry VI, Part 2)
- Henri VI, partie 3 (Henry VI, Part 3)
- Henri V (Henry V)
- Henri IV, partie 1 (Henry IV, Part 1)
- Henri IV, partie 2 (Henry IV, Part 2)
- Henri VIII (Henry VIII)
- Le Roi Jean (King John)
- Édouard III (Edward III)
- Les Romances tardives de Shakespeare
- Péricles, prince de Tyr (Pericles, Prince of Tyre) *
- Cymbeline *
- Le Conte d'hiver (The Winter's Tale) *
- La Tempête (The Tempest) *
- Attribué à Shakespeare
- Les Deux nobles cousins (The Two Noble Kinsmen) *
Ses autres œuvres littéraires incluent :
- les Sonnets de Shakespeare (voir Sonnet)
- les Longs poèmes de Shakespeare
Collaboration avec d’autres dramaturges
Comme la plupart des écrivains de son époque, Shakespeare n’écrivait pas uniquement en solitaire : un certain nombre de ses œuvres résultent de collaborations, même si leur nombre exact est encore incertain. Pour certaines des attributions qui suivent (comme The Two Noble Kinsmen) on possède une recherche scientifique très documentée ; d’autres pièces (comme Titus Andronicus) restent sujettes à controverse et dépendent des prochaines analyses linguistiques, il est probable également que certaine pièces aient étée en partie rédigées au cours des répétitions et contiennent la transcription d'apport personnels des acteurs.
- Cardenio, pièce perdue ; les critiques s’accordent à dire que Shakespeare a ici collaboré avec John Fletcher
- Henry VI, part 1 : probablement le fruit d’une équipe d’écrivains, dont on ne peut que suggérer les identités. Certains chercheurs n’attribuent qu’un faible 20% du texte à Shakespeare.
- Henry VIII : considérée comme une collaboration avec John Fletcher.
- Macbeth : Thomas Middleton a composé une révision de la tragédie en 1615, incorporant des séquences musicales additionnelles.
- Mesure pour mesure : la comédie a probablement subi une légère révision par Thomas Middleton, à un certain stade de sa composition originale.
- Periclès Prince de Tyre : inclut un travail de George Wilkins, comme collaborateur ou re-lecteur.
- Timon d'Athènes : la tragédie pourrait être le résultat d’une collaboration entre Shakespeare et Thomas Middleton ; ce pourrait expliquer les incohérences dans la narration et le ton général aux résonances étrangement cyniques.
- Titus Andronicus : pourrait être une collaboration avec George Peele, comme co-auteur ou re-lecteur.
- Les Deux nobles cousins : la pièce fut publiée en édition quarto en 1654 ; John Fletcher et William Shakespeare en sont les co-auteurs, et collaborèrent pour la moitié du texte chacun.
Pièces perdues
- Peines d'amour gagnées (Love’s Labour’s Won) : un écrivain de la deuxième moitié du XVIe siècle, Francis Meres, ainsi qu’une petite fiche de libraire attestent d’un titre similaire dans les œuvres récentes de Shakespeare, mais aucune pièce portant ce titre ne nous est parvenu. Elle pourrait avoir été perdue, ou le titre pourrait désigner une autre appellation d’une pièce existante, comme Beaucoup de bruit pour rien ou Tout est bien qui finit bien.
- Cardenio, une composition tardive par Shakespeare et Fletcher, n’a pas survécu mais reste attestée dans plusieurs documents. La pièce s’inspirait d’une aventure de Don Quichotte. En 1727, Lewis Theobald publia une pièce intitulée Double Falshood (sic), dont il prétendait qu’elle était basée sur trois manuscrits d’une pièce perdue de Shakespeare qu’il ne nommait pas. Double Falshood reprend en fait le sujet de Cardenio, et les critiques pensent que la pièce de Theobald est la seule chose dont il reste de la pièce perdue.
Poèmes
Les autres œuvres littéraires de Shakespeare comprennent :
- Les Sonnets
- Les autres poèmes : Venus et Adonis
- Le viol de Lucrèce
- The Passionate Pilgrim
- Le Phénix et la Tortue
- A Lover’s Complaint
Œuvres apocryphes
Pour un récit complet des pièces attribuées à Shakespeare, voyez l’article des Apocryphes de Shakespeare
- Edward III : Certains chercheurs ont récemment décidé d’attribuer cette pièce à Shakespeare, sur la base de la versification. D’autres refusent cette théorie en citant, entre autres, la mauvaise qualité des personnages. Si Shakespeare était effectivement impliqué, il ne travailla probablement que comme collaborateur.
- Sir Thomas More : un travail d’équipe incluant peut-être Shakespeare. Son rôle exact reste inconnu.
- A Funeral Elegy by W.S. ( ?) : pendant longtemps, plusieurs chercheurs pensaient que Shakespeare avait composé cette élégie pour William Peter, en basant leurs théories sur des preuves stylistiques (Donald Foster en chef de file). Toutefois, cette argumentation s’est révélée fallacieuse par la suite, et la plupart des spécialistes (Foster y compris) s’accordent à dire actuellement que le poème élégiaque est né sous la plume de John Ford.
- The King James Version of the Bible : certains pensent que Shakespeare aurait assisté la traduction de la version du Roi James, en révisant certains passages pour les rendre plus poétiques ; leur théorie s’appuie sur le fait que le style de plusieurs versets ressemble à celui de Shakespeare. Ils citent le psaume 46, où le verbe « shake » (secouer) apparaît 46 mots à compter du début du chant, et le mot « spear » (épieu), 46 mots à compter de la fin. Le débat est encore très controversé, et la plupart des chercheurs réfute la théorie, même si Neil Gaiman s’en inspira pour sa bande dessinée The Wake.
Shakespeare : le problème de l’édition
À la différence de son contemporain Ben Jonson, Shakespeare ne participait pas à l’édition et la publication de ses pièces. Les textes existants sont donc pour la plupart transcrites de mémoire après la représentation sur scène, ou tirée du manuscrit autographe de l’écrivain. Il existait également une copie pour le régisseur (« prompt-book ») sur laquelle pouvait se baser l’éditeur.
Les premières impressions sont destinées à un public populaire, et les exemplaires sont réalisés sans véritable souci de cohérence. Le format utilisé est appelé le Quarto, puisqu’on obtient les feuillets du livre en pliant une feuille d’imprimerie en quatre. Mais essayez de recopier un texte sur une feuille pour ensuite la plier en quatre et obtenir un petit livret : vous vous rendrez très vite compte qu’il faut se lancer dans des calculs acrobatiques avant d’arriver à publier l’œuvre dans le bon sens et le bon ordre. Les Quartos ne sont donc pas souvent fiables.
La deuxième vague de publication est destinée à un public plus riche, et on attache plus d’importance à la présentation. On imprime donc sur des feuillets simples, et l’exemplaire prend donc le nom de Folio. Le premier Folio des œuvres de Shakespeare fut imprimé en 1623 : il est conservé à la bibliothèque d’Harvard, dans le Massachusetts.
La question de savoir quel texte d’origine a écrit Shakespeare est devenu le souci majeur des éditeurs modernes. Fautes d’impression, coquilles, mauvaises interprétations du copiste, oublis d’un vers : ces maladresses sont le lot habituel des Quartos et du Premier Folio. En outre, à une époque où l’orthographe n’était pas encore fixée, le dramaturge employait souvent plusieurs graphies pour le même mot, ajoutant à la confusion du copiste. Les éditeurs modernes ont donc la lourde tâche de reconstruire les vers originaux et d’éliminer les fautes de copies.
Dans certains cas, l’édition du texte ne pose pas tant de problème. Dans Macbeth par exemple, les critiques pensent qu’un dramaturge comme Thomas Middleton a adapté et raccourci le texte original pour obtenir le texte existant dans le Premier Folio, qui reste donc notre texte officiel. Pour d’autres pièces (Periclès, ou Timon d’Athènes), le texte a pu être corrompu jusqu’à un certain point, mais nous n’avons pas d’autres versions à leur confronter. De nos jours, l’éditeur ne peut donc que régulariser et corriger les fautes de lectures qui ont survécu dans les versions imprimées.
Le problème peut parfois devenir plus compliqué. Les critiques modernes pensent que Shakespeare lui-même a révisé ses propres compositions à travers les ans, permettant donc deux versions différentes de coexister. Pour arriver à un texte acceptable, les éditeurs doivent donc faire un choix entre la première version et sa révision, qui reste généralement la plus « théâtrale ».
Autrefois, les éditeurs réglaient la question en fusionnant les textes pour obtenir ce qu’ils croyaient être un texte-source, mais les critiques admettent maintenant que ce procédé est contraire aux intentions de Shakespeare. Dans Le Roi Léar par exemple, deux versions indépendantes, avec chacune leurs propres caractéristiques, coexistent dans l’édition en Quarto et le Premier Folio. Les modifications de Shakespeare y ont dépassé les simples corrections pour toucher à la structure globale de la pièce. A partir de là, l’édition des œuvres de Shakespeare par l’Université d’Oxford fournit deux versions différentes de la même pièce, avec le même statut d’authenticité. Ce problème existe avec au moins 4 autres œuvres de Shakespeare : Henry IV part 1, Hamlet, Troilus et Cressida et Othello.
Shakespeare, les polémiques
Le statut exceptionnel de Shakespeare sur la scène littéraire anglo-saxonne a naturellement entraîné un culte autour de sa personne, matérialisé par une recherche critique toujours plus pointue. La rareté des informations concernant sa biographie entraîna de nombreuses polémiques et remises en question, principalement autour de l’identité même du dramaturge. Nous ne rendons pas ici un résumé exhaustif de la question, mais nous dressons une liste des tentatives les plus importantes dans le débat général.
Réputation et recherche critique
La renommée de Shakespeare a continué d’augmenter après l’époque élisabéthaine, comme le montre le volume d’œuvres critiques qui lui furent dédiées dès le 17ème siècle. Pourtant, même s’il avait une excellente réputation de son vivant, Shakespeare n’était pas considéré comme le meilleur poète de l’époque. On l’intégrait dans la liste des artistes les plus en vues, mais il n’atteignait pas le niveau d’un Edmund Spenser ou d’un Philip Sidney. Il est difficile d’évaluer sa réputation en tant qu’écrivain pour la scène : les pièces de théâtres étaient alors considérées comme des œuvres éphémères, d’indignes divertissements sans véritable valeur littéraire. Toutefois, le Folio de 1623 et sa ré-édition neuf ans plus tard prouvent qu’il était tout de même passablement respecté en tant que dramaturge : les coûts d’impression opéraient une sorte de sélection préalable pour les auteurs « publiables » ; avant lui, Ben Jonson avait été un pionnier dans ce domaine, avec la publication de ses Oeuvres en 1616.
Après l’Interrègne (1642-1660, période pendant laquelle les théâtres furent interdits), les troupes théâtrales de la Restauration eurent l’occasion de puiser dans un beau vivier de dramaturges de la génération précédente : Beaumont et Fletcher étaient extrêmement populaires, mais également Ben Jonson et William Shakespeare. Leurs œuvres étaient souvent adaptées pour la dramaturgie de la Restauration, et il nous semble aujourd’hui blasphématoire d’avoir pu mutiler les œuvres de Shakespeare. Un exemple célèbre concerne le Roi Léar de 1681, aseptisé par Nahum Tate pour se terminer en un happy-ending qui demeura pourtant joué jusqu’en 1838. Dès le 18ème siècle, la scène anglo-saxonne jusque-là dominée par Beaumont et Fletcher fit place à William Shakespeare, qui la tint jusqu’à nos jours.
Par contre, pour la critique littéraire, Shakespeare devint immédiatement le numéro un. Les règles rigides du théâtre classique (unité de temps, de lieu et d’action) n’avaient jamais été suivies par les dramaturges anglais, et les critiques s’accordaient pour donner à Ben Jonson une poussive seconde place. Mais la médaille d’or fut immédiatement accordée à « l’incomparable Shakespeare » (John Dryden, 1668), le naturel intuitif, le génie autodidacte, le grand peintre du genre humain. Le mythe qui voulait que les Romantiques furent les premiers à apprécier Shakespeare à sa juste valeur ne résiste pas au témoignages enthousiastes des écrivains de la Restauration et du 18ème siècle, comme John Dryden, Joseph Addison, Alexander Pope et Samuel Johnson. On doit aussi aux spécialistes de cette période l’établissement du texte des œuvres de Shakespeare : Nicholas Rowe composa la première édition académique du texte en 1709, et la Variorum Edition d’Edmund Malone (publiée à titre posthume en 1821) sert encore aujourd’hui de base aux éditions modernes. Au commencement du 19ème siècle, des critiques Romantiques comme Samuel Taylor Coleridge vouèrent une admiration extrême pour Shakespeare (la « bardolâtrie »), une adulation tout à fait dans la ligne Romantique, vouant une révérence au personnage du poète, à la fois génie et prophète.
La question de l’identité
Image:Shakspeare signature.jpg Comme le prouvent les documents officiels (voir la biographie, plus haut), nous avons maintenant suffisamment de témoignages historiques pour établir qu’un certain William Shakespeare avait bel et bien vécu à Stratford et Londres. La majorité des auteurs critiques est désormais d’accord pour identifier ce « William Shakspere » comme le véritable William Shakespeare. Pourtant, il y eut autrefois une passionnante polémique sur l’identité du dramaturge, entretenue par des écrivains comme Walt Whitman, Mark Twain (« Is Shakespeare Dead ? »), Henry James ou Sigmund Freud : Ils doutaient que l’homme de Stratford, baptisé William Shaksper ou Shakspere ait réellement composé les œuvres qui lui sont attribuées. Leurs arguments étaient multiples : absence de mention d’œuvres littéraires dans son testament, circonstances très floues autour de la formation du jeune artiste, différences d’orthographe dans son patronyme, style et poétique des œuvres elles-mêmes. Les spécialistes sont actuellement en mesure de réfuter ce genre d’argumentaire, et pensent avoir éclairci les mystères autour de l’identité du poète. Il est intéressant de constater que le débat a commencé à partir du 19ème siècle, sur des extrapolations déraisonnables à propos du manque d’éducation de l’auteur. Auparavant, les critiques avaient été unanimes pour s’accorder sur l’identité du barde.
Bien sûr, le débat s’appuie aussi sur l’extrême rareté des documents historiques et les mystérieuses contradictions dans sa biographie : même la vénérable institution de la National Portrait Gallery de Londres refusa d’authentifier le célèbre « Flower Portrait » de Stratford-upon-Avon, qui tomba en discrédit après qu’il se fut avéré qu’il s’agissait d’une contrefaçon du 19ème siècle (après analyse des pigments, on découvrit du jaune de chrome( ?)). Certains franc-tireurs ont donc suggérés que des écrivains comme Francis Bacon, Christopher Marlowe ou même la reine Elizabeth I se cachaient derrière toutes ou partie des œuvres de Shakespeare, en tant qu’auteurs principaux ou co-auteurs. Leurs origines aristocratiques expliqueraient ainsi la suprenante maîtrise stylistique du jeune homme de Stratford. Conspiration ? Vérité occultée ? Le manque cruel d’informations indiscutables nous force à nous en tenir à une identité unique, même si l’histoire orthodoxe reste taciturne sur certains aspects de la vie du dramaturge.
La thèse Bacon repose essentiellement sur un cryptograme découvert dans l'édition originale des œuvres de Francis Bacon, notamment le "De rerum organum" : cette édition recèle, cryptée et codée, une autobiagrphie de F. Bacon, lequel n'hésite pas à proclamer qu'il a "réalisé des œuvres diverses, comédies, tragédies, qui ont connu une grande renommée sous le nom de Shakespeare". Ce texte contient cependant par ailleurs un nombre d'invraisemblances tel qu'on ne peut sérieusement lui accorder crédit.
Edward de Vere, le 17ème comte d’Oxford, un noble familier de la reine Elizabeth, devint également le candidat le plus sérieux qui se serait caché derrière l’identité de Shakespeare. Dès les années 1920, les partisans du comte d’Oxford ont ébauché des théories s’appuyant sur des ressemblances frappantes entre la vie du noble et les événements décrits dans les sonnets shakespeariens. En outre, Edward de Vere était considéré de son vivant comme un poète et écrivain talentueux, et possédait un bagage et une expérience auxquels on pouvait s’attendre d’un dramaturge de la stature de Shakespeare.
La question corollaire à l’identité est celle de l’intégrité des textes : les critiques rencontrent des difficultés quant à déterminer la part exacte des compositions attribuées à Shakespeare. A l’époque élisabéthaine, les collaborations entre dramaturges étaient fréquentes, et les spécialistes continuent d’étudier les textes de l’époque pour dessiner un contour plus précis de l’apport réel du poète.
La question de la sexualité
Le contenu des œuvres attribuées à Shakespeare a soulevé la question de son identité sexuelle. Son éventuelle bisexualité a scandalisé la critique internationale, par égard à son statut d’îcone universel.
Les Sonnets mis en cause
La collection de sonnets shakespeariens reste la principale raison pour suggérer la bisexualité du poète. Les poèmes furent publiés pour la première fois en 1609, peut-être sans son assentiment. Cent vingt-six d’entre eux sont des poèmes d’amour à l’intention d’un jeune homme (connu comme le « fair lord » - le prince éclatant), et vingt-six d’entre eux sont dédiés à une femme mariée (connue comme « the dark lady » - la dame sombre). Il apparaît que cette édition ne rencontra pas un succès exceptionnel et qu’elle déplut à son lectorat.
Le contenu manifestement homosexuel semble avoir dérangé au moins un éditeur du 17ème siècle. En 1640, John Benson publia une autre édition en transposant tous les pronoms du masculin au féminin, pour faire croire aux lecteurs que la grande majorité des poèmes étaient adressés à la « dark lady ». Cette édition fut produite en masse et devint bientôt le texte de référence. Il fallut attendre 1780 pour qu’Edmund Malone ne republiât les sonnets dans leur forme originale.
Par conséquent, de nombreux passages des sonnets permettent une interprétation d’un émetteur homo- ou bisexuel. Dans le Sonnet 13, le poète s’adresse au jeune homme en lui disant « mon cher amour » et annonce, dans le Sonnet 15, qu’il mène « une guerre contre le Temps par amour pour toi ». Dans le Sonnet 18, il s’enquiert : « Dois-je te comparer à nos journées d’été ? Tu dépasses leur charme et ta chaleur est douce », suivi du Sonnet 20 où il s’adresse à lui en tant que « maître-maîtresse ». Les critiques butent donc contre une simple question : les Sonnets sont-ils réellement autobiographiques ? Doit-on les interpréter littéralement, et considérer que c’est véritablement Shakespeare qui est l’émetteur ? Dans l’édition qui retraçait toutes les variations enregistrées (La Variorum Edition de 1944), l’appendice dédiés aux Sonnets retraçait les critiques contradictoires d’une quarantaine de commentateurs...
La controverse commença véritablement en 1780 avec George Steevens, qui s’attarda sur le Sonnet 20 pour remarquer : « il est impossible de lire ce panégyrique dégoulinant de flatteries, adressé à un jeune homme, sans un mélange de dégoût et d’indignation. » ("it is impossible to read this fulsome panegyrick, addressed to a male object, without and equal mixture of disgust and indignation" cité par Pequigney, pp.64).
D’autres critiques anglais, effrayés à l’idée que leur héros national soit un vulgaire “sodomite”, soutinrent le commentaire de Samuel Taylor Coleridge qui, autour de 1800, proclamait que l’amour de Shakespeare était “pur” et que ses sonnets ne pouvaient faire “en aucun cas allusion au plus méprisable des vices” (Lewis, p. 503). Les critiques du continent s’engouffrèrent dans la polémique. En 1834, un commentateur français remarqua: “Il plutôt que elle?... Est-ce possible? Est-ce que les sonnets pourraient être adressés à un homme? Shakespeare! Toi, le grand Shakespeare? Te serais-tu inspiré de l’exemple de Virgile?”
Les opposants à la bisexualité de Shakespeare expliquent généralement que ces passages ne témoignent que d’une intense amitié virile, plutôt qu’un amour motivé par le lucre. Douglas Bush, dans la préface d’une édition Pélican de 1961, écrit: “Les lecteurs modernes sont souvent déconcertés par l’ardeur de l’amitié masculine et sont facilement enclin à interpréter ces signes comme preuves d’un amour homosexuel... Nous devons nous rappeler que cet idéal [l’amitié virile], souvent exalté comme supérieur à l’amour hétérosexuel, pouvait exister dans la vie réelle de Montaigne à Sir Thomas Browne, et reste manifeste dans la littérature de la Renaissance. (source ?)” Bush cite Montaigne pour démontrer la valeur platonique d’une telle amitié, mais répète que cette amitié est encore différente de “l’amour hélléne, à caractère parfois licencieux”.
Malgré tout, cet argument ne convainc pas tous les spécialistes. C.S. Lewis estime que les sonnets sont trop “amoureusement connoté pour définir une amitié virile ordinaire”. Shakespeare parle souvent d’un amour qui le retient éveillé, tenaillé par une jalouse angoisse. De plus, le poète s’attarde avec insistance sur la beauté physique du jeune homme. Dans le Sonnet 20, Shakespeare suggère que le jeune homme était d’abord une femme dont Mère Nature était tombée amoureuse. Pour résoudre son dilemme lesbien, elle lui donna un pénis, apparemment “inutile pour le dessein” de Shakespeare. Plus loin dans le même sonnet, il permet à l’adolescent de coucher avec des femmes, mais de n’aimer que lui – “Mon bijou sera ton amour, et tes bijoux seront leur butin” ("mine be thy love and thy love's use their treasure"). Beaucoup interprétent ces lignes comme une profession de chasteté homosexuelle tout en confessant une excitation pour les jeunes gens.
Les pièces mises en cause
On peut trouver dans les œuvres théâtrales d’autres arguments pour alimenter la controverse. Dans le Marchand de Venise, par exemple, le duo Bassanio-Antonio représenterait, pour certains, une relation pédérastique: Antonio serait dans la position du mentor aidant son amant à accéder au stade adulte, en lui procurant une épouse; ce qui pourrait expliquer le désespoir mystérieux d’Antonio dans la première scène. Cependant, une telle théorie ne résiste pas à une lecture attentive du texte: Antonio affirme clairement à ses amis que l’amour n’est pas la raison de sa tristesse, et l’explication la plus plausible de son état émotionnel reste de lui attribuer une mélancolie persistante, à la manière d’Hamlet (voir l’étude fondatrice d’A.C. Bradley, Shakespearean Tragedy).
Dans le même ordre d’idée, plusieurs pièces comme Twelfth Night ou Le Marchand de Venise contiennent des situations comiques dans lesquelles une femme se déguise en homme, un procédé jouant sur le fait qu’à l’époque élisabéthaine, les rôles de femmes étaient incarnés par des comédiens masculins, adultes ou enfants. Comme Isaac Asimov le note dans son Guide sur Shakespeare, cela permettait aux acteurs mâles incarnant un rôle de femmes déguisées en homme de se laisser courtiser par les autres acteurs masculins (si si, c’est très clair après deux lectures).
Mais Shakespeare se permettait également d’ironiser sur les relations homosexuelles: dans la tragédie Hamlet, le prince danois, après un long discours mélancolique de retrouvailles avec ses amis Rosencrantz et Guildenstern, déclare: “Les hommes ne m’attirent pas vraiment, ni les femmes d’ailleurs, même si vos sourires prétendent le contraire.” Ici, Shakespeare joue sur le concept de “man”, qui peut représenter soit l’ensemble de l’humanité (sens qu’utilise Hamlet) soit l’ensemble des mâles humains (le sens sur lequel joue les deux étudiants). A nouveau, les théories professant une lecture “sexuelle” du texte ne résistent pas à une lecture prudente et objective du texte: Hamlet est honnête dans son amour pour Ophélia, et les rares allusions avec ses collègues étudiants ne sont que des passages à caractère comique voulus par Shakespeare.
Conclusion
Nous devons garder à l’esprit que dans l’éventualité où Shakespeare se serait ouvertement manifesté comme homosexuel, il risquait l’emprisonnement (et même la peine capitale) d’après les lois élisabéthaines. En outre, à l’époque comme de nos jours, une attirance hétérosexuelle n’empêchait pas un intérêt homosexuel (et vice-versa), et la question de savoir si un contemporain de Shakespeare était “gay” est absolument anachronique (notre concept moderne de l’homosexualité n’est apparu qu’au 19ème siècle). Au temps de Shakespeare, il n’y avait même pas de mot pour désigner une identité exclusivement homosexuelle. Il est intéressant de noter que le célèbre contemporain (et rival) de Shakespeare, Christopher Marlowe, vit également son identité sexuelle remise en question par les critiques. Comme pour la biographie, nous devons donc rester très prudent quant aux spéculations des spécialistes; dans tous les cas, l’œuvre de Shakespeare peut naturellement se savourer sans se soucier de ce genre de question.
Anecdotes
- Dans le roman d’anticipation « 1984 » de Georges Orwell, les seules œuvres artistiques qui ont échappé à la censure sont les œuvres de William Shakespeare. Orwell considérait-il le poète comme universel et indestructible ?
- Shakespeare et Cervantès sont curieusement décédé à la même date... mais pas le même jour ! En effet, l'Espagne, catholique, était alors passée au calendrier grégorien alors que l'Angleterre, anglicane, n'avait pas encore effectué cette modification de calendrier. Victor Hugo, qui avait ignoré ce détail, s'était émerveillé que ces deux connaisseurs de l'âme humaine aient cherché à quitter ensemble cette Terre. Ce thème fut d'ailleurs utilisé dans des nouvelles de science-fiction.
- La Reduced Shakespeare Company est une troupe d'acteurs qui se produit depuis 1995 au Théatre Criterion sur Piccadilly Circus, à Londres. Ils ont écrit et joué avec succès la pièce The Complete Works of William Shakespeare (abridged) (Les œuvres complètes de William Shakespeare en abrégé), soit 37 pièces de Shakespeare condensées en 97 minutes. Pour le compte de la BBC, une version radio a aussi été enregistrée et diffusée en 1994.
Liens externes
Pour le téléchargement des œuvres
Les versions suivantes sont donc disponible, et font naturellement partie du domaine public :
- Les versions basées sur « The Complete Moby(TM) Shakespeare », qui fut vraisemblablement la copie en anglais moderne de l’édition de 1911 des œuvres complètes de Shakespeare, éditées par Arthur Bullen. On ne peut pas déterminer si ce texte a été corrigé. Les versions Moby en format html peuvent être téléchargées à partir de MIT ( ?). L’édition du projet Gutenberg est probablement basée sur une édition Moby ; malheureusement, le fichier ne donne pas d’indication très claire sur son origine.
- Les versions basées directement sur l’édition du Premier Folio. La bibliothèque de l’Université de Virginie propose les versions du premier Folio et également des premiers Quartos.
- Les versions basées sur la Globe Edition de Clark & Wright de 1886. La version disponible sur le site de l’Université de Virginie la nomme « édition de 1866 », et assure que le texte a été révisé d’après le manuscrit original.
- Les versions basées sur l’édition de 1914 de W.J. Craig, de l’Université d’Oxford. Elle est disponible sur bartleby.com, mais n’est donnée que dans un format lisible en ligne, scène par scène.
- L’édition wikisource, probablement dérivée d’un texte Moby. Cette version reflète normalement l’établissement actuel des textes.
Général
- Sa vie, ses portraits et ses poemes mystiques.
- Shakespeare et Hamlet sur la toile.
- The Complete Works of William Shakespeare
- Study Guide:Shakespeare sur Wikibooks
- Open Source Shakespeare possède l’édition de 1866 des œuvres complètes de Shakespeare, avec concordance complète et moteur de recherche avancé. Pas de publicité, mais ne donne le texte que scène par scène.
- British Library; original 93 copies in quarto
- ericdigests.org propose des pistes pédagogiques, sous forme de liste de liens. Pas de mention des sources, cependant.
- Such Shakespeare Stuff est un blog quotidien couvrant l’actualité autour du dramaturge: télévision, films, livres, etc... On y trouve aussi des quizzes, des anecdotes, des forums et d’autres informations dans ce genre.
- classic-literature.co.uk donne une version électronique d’un texte anonyme. Présente le texte page par page.
- Works by William Shakespeare sur le Projet Gutenberg, dans des langues variées (y compris les œuvres illégitimes...) et avec les graphies d’origine.
- upenn.edu online books page for Shakespeare donne un texte de base, et redirige vers d’autres sites de référence.
- Shakespeare Literature propose une version organisée par chapitre pour une recherche facilitée dans les œuvres du poète.
- Mr. William Shakespeare and the Internet
- Selected Sonnets par William Shakespeare
- Shakespeare et le théâtre du Globe tirée de l’Encyclopædia Britannica
- Touchstone - UK Shakespeare collections
- elook.org Shakespeare présente quatre œuvres en version électronique avec une base de données permettant les recherches.
- Doubtful Works of William Shakespeare Texte complet des œuvres dramaturgiques attribuées par erreur à William Shakespeare.
- The original shakespeare.com L’édition Moby dans une version lisible en ligne.
- William Shakespeare's plays and poems in audio and video
- William Shakespeare Biography at All Julius Caesar donne une bibliographie de l’écrivain, avec une section dédiée à la tragédie Jules César.
- The Illustrated Shakespeare Un projet du Centre de Documentation Digitale de l’Université de Wisconsin, qui présente des images et des documents en relation avec Shakespeare et son œuvre.
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