Scepticisme
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Le scepticisme (du grec skeptikos, « qui examine ») est, au sens large, une doctrine selon laquelle la pensée humaine ne peut parvenir à aucune certitude, ni sur la vérité d'une proposition, ni sur sa probabilité.
Dans l'Antiquité, l'école sceptique eut pour fondateur le philosophe Pyrrhon dont nous ne connaissons pas avec certitude la doctrine. En outre, nous ne possédons que quelques fragments de l'œuvre de son disciple Timon de Phlionte. Le scepticisme antique est ainsi résumé par Victor Brochard (IV, 2, voir bibliographie) :
- « Le scepticisme consiste à comparer et à opposer entre elles, de toutes les manières possibles, les choses que les sens perçoivent, et celles que l'intelligence conçoit. Trouvant que les raisons ainsi opposées ont un poids égal, le sceptique est conduit à la suspension du jugement et à l'ataraxie. »
Sommaire |
Doctrine générale du scepticisme antique
D'après Sextus, la philosophie sceptique (dans sa période tardive) est une philosophie non dogmatique dont le principe méthodologique est d'opposer à toute raison valable, et sur tous sujet, une raison contraire et tout aussi convainquante. Le but de cette recherche, que l'on peut qualifier de logique, est de détruire les fausses opinions que nous soutenons à tout propos et qui nous rendent malheureux en nous trompant sur la nature des choses. Ce dernier point peut être rapproché de l'épicurisme ; mais la comparaison s'arrête là, car le sceptique entend bien rester dans l'ignorance en n'admettant rien qui ne soit douteux. Il ne formule pas d'hypothèses, mais laisse toujours ouverte la possibilité d'une réfutation.
En revanche, la réalité des phénomènes est tenue pour certaine, c'est-à-dire que l'apparence est telle qu'elle nous apparaît. Il ne dit pas : « cet objet (comme substance) est tel (qualité intrinsèque) » ; mais : « cet objet, en tant qu'il m'apparaît, apparaît avec telle qualité sensible ». Du point de vue de la connaissance, cela revient à nier la catégorie de substance, pour n'affirmer que des apparences liées sans substrat métaphysique ; d'un point de vue moral, cette distinction permet d'établir des règles de vie issues de l'expérience : en général, le sceptique suit les croyances établies, même s'il n'y croît pas. Les opinions du sens commun lui sont indifférentes : telle est la conclusion morale de cette philosophie, l'ataraxie et l'acatalepsie (la tranquillité et absence de compréhension).
Selon Victor Brochard, le scepticisme, dans ses formulations les plus rigoureuses, est une véritable méthode scientifique, comparable à l'esprit scientifique moderne. En effet, ne posant aucune hypothèse d'ordre métaphysique, le scepticisme n'interdit pas d'étudier les phénomènes et d'en faire la théorie. Mais il faut dire toutefois que ces philosophes ne semblent pas avoir eu conscience de la nouveauté épistémologique de leur doctrine, trop occupés qu'ils étaient dans leur recherche de l'indifférence heureuse.
Histoire du scepticisme antique
Cette philosophie ne semble prendre une forme systématique qu'au premier siècle après J.C. (ou quelques décennies avant J.C.), avec Ænésidème, Agrippa puis Sextus Empiricus. Mais, avant eux, la Nouvelle Académie paraît être la véritable héritière du scepticisme pour la période IIIe - Ier siècle av. J.-C. Nous possédons deux œuvres de Sextus Empiricus, les esquisses pyrrhoniennes et Contre les professeurs. Ce qu'ont enseigné les autres sceptiques est difficile à établir avec certitude.
Les origines
D'après Diogène Laërce (IX, 71), certains sceptiques faisaient remonter l'origine de leur pensée à Homère et aux sept sages. On trouve en effet très tôt des formules sceptiques dans la culture grècque : Rien de trop par exemple.
Mais on trouve également des interrogations sur la possibilité de la connaissance chez les Présocratiques :
- À cause de la faiblesse de nos sens, nous sommes impuissants à distinguer la vérité. Anaxagore
- La vérité est au fond du puits. Démocrite
- Il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais un homme qui connaisse avec certitude ce que je dis des dieux et de l'univers. Quand même il rencontrerait la vérité sur ces sujets, il ne serait pas sûr de la posséder : l'opinion règne en toutes choses. Xénophane de Colophon
Protagoras affirme que sur tout sujet, on peut opposer des raisons contraires (Diogène Laërce, IX, 51). De nombreux aspects de ce qui s'appellera plus tard le scepticisme imprègnent ainsi la civilisation de la Grèce. Mais leur synthèse en un système philosophique cohérent prendra encore quelques siècles.
L'ancien scepticisme
Nous savons peu de choses sur l'ancien scepticisme, qui paraît n'être essentiellement qu'un scepticisme pratique :
- Voir articles détaillés Pyrrhon et Timon de Phlionte
La Nouvelle Académie
La Nouvelle Académie est souvent rattachée à l'histoire du pyrrhonisme du fait de leur influence réciproque et de leur ressemblance :
- Voir article détaillé Nouvelle Académie
Néo-pyrrhonisme
Il semble bien que le scepticisme n'atteint à sa conceptualisation la plus rigoureuse qu'à cette époque, avec des sceptiques que l'on a parfois qualifiés de dialectiques :
Les médecins sceptiques et l'école empirique
Plus ou moins différenciée du scepticisme dialectique, il exista également une branche empirique de cette école, branche particulièrement liée à la médecine et à l'expérimentation scientifique :
- Voir articles détaillés Ménodote de Nicomédie et Sextus Empiricus
Le scepticisme moderne
- Voir Montaigne.
- Descartes : on ne peut prouver que notre perception actuelle soit fiable, qu'on ne soit pas par exemple en train de rêver sinon par la certitude de l'existence de Dieu.
- David Hume : nous n'avons aucune preuve que la représentation du monde que nous fournissent les données des sens constitue une connaissance fiable de ce monde, notre connaissance s'arrêtant aux données des sens.
- Kant : notre perception a lieu dans l'espace et le temps, structures transcendantales de notre esprit, ainsi nous ne pouvons jamais « connaître » le monde en soi, mais nous pouvons néanmoins penser des objets transcendant l'expérience.
- Théorème de Cox-Jaynes : selon ce théorème, il est nécessaire d'accorder un crédit provisoire à quelques idées non vérifiées (éventuellement fausses, donc), en vue de créer les expériences qui les infirmeront ou non (cette idée étant aussi ancienne que le scepticisme). Par remises en cause successives, des considérations de diminution d'entropie montrent que les idées de diffférents observateurs (qui ont des a priori différents) convergeront vers une vision unique là où une réalité sous-jacente objective existe, et est observable d'une manière ou d'une autre. Ce théorème lève également les doutes qui planaient sur le mécanisme (également baptisé scandale par Bertrand Russell, de l'induction. Voir aussi inférence bayésienne.
- Le nouveau scepticisme. Il s'agit de l'équivalent en anglais de la Zététique. Les sceptiques cherchent à promouvoir la science, la pensée critique et à défendre l'hypothèse que les phénomènes paranormaux (y compris ceux étudiés par l'ufologie, la parapsychologie et la cryptozoologie) n'existent pas — ou du moins n'existent qu'à un niveau sociologique et psychologique. L'association de sceptiques la plus importante à l'heure actuelle est le CSICOP (Comitee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal), qui publie le magazine Skeptical Inquirer.
Le scepticisme en Asie
- Nagarjuna, fondateur de l'école bouddhique Madhyamaka, nie l'être aussi bien que le non-être : rien n'a de nature propre, toute connaissance phénoménale n'est que conventionnelle. De façon plus générale, le bouddhisme, comme le scepticisme, nie la catégorie de substance, et ne voit que « vacuité » (absence de nature propre) dans les phénomènes aussi bien que dans l'Absolu (nirvana).
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
Éditions
- Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, traduction, P.Pellegrin, Paris, Seuil, 1997 ;
- Sextus Empiricus, Contre les professeurs, P. Pellegrin, Seuil ;
- Diogène Laërce, Vies, Doctrines et sentences des philosophes illustres (livre IX) ;
- Montaigne, Apologie de Raimond Sebond ;
- David Hume, Dialogues sur la religion naturelle ;
- J.-P. Dumont, Les Sceptiques grecs, textes choisis, PUF, Paris, 1966 ;
- Les Philosophes hellénistiques, tome I : « Pyrrhon, L'épicurisme », Long et Sedley.
Études
- Victor Brochard, Les Sceptiques grecs, 1887 ;
- Léon Robin, Pyrrhon et le scepticisme grec, PUF, Paris, 1944 ;
- J.-P. Dumont, Le Scepticisme et le phénomène, Vrin, Paris, 1972 ;
- Marcel Conche, Pyrrhon ou l'apparence, PUF, Paris, 1994.
Le scepticisme antique :
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