Jean-Paul Sartre
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Jean-Paul Sartre (Paris 21 juin 1905 - Paris 15 avril 1980) est un philosophe et écrivain français.
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Biographie
Né à Paris le 21 juin 1905, Sartre est orphelin de père à deux ans et grandit à Paris, dans un milieu bourgeois et intellectuel. Il fait ses études secondaires au lycée Henri IV, où il fait la connaissance de Paul Nizan.
De 1922 à 1924, il est en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand. Il est reçu à l’École normale supérieure en 1924 où il fait notamment la connaissance de Raymond Aron : il va sans dire que leur amitié naissante ne résistera pas aux différences idéologiques qui séparent les grands hommes. Déjà il critique une bourgeoisie trop sûre d’elle-même, de sa sécurité, de ses devoirs et de ses droits. Il rencontre également et surtout Simone de Beauvoir avec laquelle il forme un couple empreint de liberté et de complicité. Elle sera son « amour nécessaire » en opposition aux « amours contingentes » qu’ils seront amenés à connaître tous deux. Après un échec à l’agrégation de philosophie en 1928 (pour avoir fait preuve de trop d’originalité, selon ses dires) il est reçu premier l’année suivante.
Prenant la suite de Raymond Aron, il est pensionnaire à l’Institut français de Berlin,en 1933 et 1934 où il complète son initiation à la phénoménologie de Husserl. De 1936 à 1939, il enseigne au Havre, à Laon et à Paris. Mobilisé à Nancy, il est fait prisonnier, puis libéré en 1942.
Par la suite Sartre est vu par certains comme résistant, tandis que le philosophe Vladimir Jankélévitch lui reproche au contraire son « manque d’engagement politique » pendant l’occupation allemande, et voit dans ses combats ultérieurs pour la liberté une tentative de racheter cette attitude. Il est vrai qu'alors, et il le dit lui-même, sa seule volonté était de produire des écrits qui demeureraient. Il appartînt tout de même, avec Simone de Beauvoir à une organisation résistante dont l'échec mettra définitivement fin à son activité de résistant.
Il publie des essais philosophiques, notamment l'Être et le Néant en 1943 et popularise le courant existentialiste français, qu’il contribuera à définir (L’existentialisme est un humanisme 1946). Il acquiert une notoriété et touche un vaste public grâce à ses romans (La Nausée 1938), ses nouvelles (Le Mur 1939), ses pièces de théâtre (Les Mouches 1943, Huis-clos 1944) qui lui permettent de diffuser ses idées. Celles-ci, athées au plus haut point, lui vaudront en 1948 une mise à l'Index par le Vatican.
En 1945, il quitte définitivement l’enseignement et crée la revue des Temps Modernes dans laquelle il appelle les intellectuels à s’engager dans le monde contemporain. « L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. » Cette revue est encore actuellement considérée comme la plus prestigieuse des revues françaises au niveau international.
Après avoir été compagnon de route du parti communiste où il rencontra Albert Camus avec qui il rompra tout lien en 1951 à cause de la publication de sa pièce L'Homme Révolté. Il blâme pour la première fois le PC en 1956 la répression du soulèvement hongrois et en 1968, l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Soutien actif de la révolution cubaine, dès 1960, il rompra avec le Líder Máximo en 1971 à cause de « l’affaire Padilla ». Il dira de Fidel Castro : « Il m’a plu, c’est assez rare, il m’a beaucoup plu. » Pendant la guerre d’Algérie, il prend résolument parti pour le F.L.N., en retour l’OAS plastiquera son immeuble (le 7 janvier 1962).
Symbolisant l’intellectuel engagé, il multiplie les prises de position politiques. À la suite de la publication de son récit autobiographique Les Mots, Jean-Paul Sartre se voit attribuer en 1964 le prix Nobel de littérature, qu’il refuse car selon lui « aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant ».
Alors qu’il travaille à la rédaction du quatrième tome de L’idiot de la famille, une somme biographique consacrée à Flaubert, il fonde en février 1973, avec Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement et Jean-Claude Vernier, l’actuel quotidien Libération. Atteint de démence vasculaire, il démissionnera de sa direction le 21 mai 1974. À partir de cette date, avec Benny Lévy, qu'il avait connu lorsque ce dernier dirigeait le groupe maoïste La Gauche prolétarienne, il entamera une réflexion sur le pouvoir et la liberté.
Il meurt le 15 avril 1980 à l’hôpital Broussais (Paris), faisant descendre dans la rue, à l’occasion de ses funérailles, quelque 50 000 personnes. Il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la 20ème division — juste à droite de l’entrée principale boulevard Edgar Quinet. Simone de Beauvoir, décédée le 14 avril 1986, a été inhumée à son côté. « Nous avons l’impression de nous être intéressés à notre monde, d’avoir essayé de le voir » dira-t-il à Simone de Beauvoir.
Par ses prises de position militantes Jean-Paul Sartre n’a cessé de remettre en question le monde contemporain au nom de l’Homme et de sa liberté : signature du manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission en 1960, soutien des étudiants en mai 1968. Son engagement en a fait un homme très important et son statut "d’intellectuel model" ne l’a rendu que plus influent. Bien que cela ait souvent dérangé la vie politique (soutient de la décolonisation) sa popularité l’a souvent mis hors d’atteinte des représailles du pouvoir, ainsi De Gaulle lui-même le surnommait « Ce Voltaire que l’on ne peut mettre en prison ». C'est certainement pour cette raison qu'il fût le seul directeur de La Cause du Peuple à ne pas avoir été emprisonné. Si c’est à la fin de sa vie que sa volonté d’engagement s’est vraiment fait sentir, c'est sans doute car, atteint de cécité, il n’était plus capable d’écrire.
Et depuis ?
- « Nous n’avons plus de contemporain capital, de philosophe vers qui nous tourner, d’écrivain qui prenait parti, sans ambages. Nous souffrons d’un manque de réponses, mais plus encore, peut-être, d’un manque de questions. Le piédestal sur lequel se dressait la statue du petit homme est bien vide. » J.J Brochier, dans Le Magazine littéraire, 1996 (Hors série).
- « C'était le dernier des Humanistes » Claude Levi-Strauss
Philosophie
- Contingence de l'être : le monde est « absurde », sans raison. Il est « en trop ». Il existe simplement, sans « fondement ». Les choses et les hommes existent de fait, et non de droit. (Voir La Nausée.)
- L'homme est défini par la conscience (le pour-soi qui s'oppose à l'en-soi). Or toute conscience est conscience de quelque chose (idée d'intentionnalité reprise de Husserl). L'homme est donc fondamentalement ouvert sur le monde, « incomplet », « tourné vers », ex-istant (projeté hors de soi) : il y a en lui un néant, un « trou dans l'être » susceptible de recevoir les objets du monde.
- La conscience est ce qui ne coïncide jamais avec soi-même, ce qui est puissance de néantisation (c'est-à-dire de négation, c'est-à-dire d'action) grâce à l'imagination (elle peut penser ce qui n'est pas). La conscience rend donc le projet possible.
- L'homme est absolument libre : il n'est rien d'autre que ce qu'il fait de sa vie, il est un projet. L'existence précède l'essence (contre Hegel : il n'y a pas d'essence prédéterminée, l'essence est librement choisie par l'existant).
l'engagement n'est pas une manière de se rendre indispensable, mais n'importe qui (interchangeable).
- L'homme est condamné à être libre : ne pas s'engager, c'est encore une forme d'engagement : on en est responsable.
De plus, Dieu n'existe pas, donc l'homme est seul source de valeur et de moralité ; il est condamné à inventer sa propre morale.
- Refus du concept freudien d'inconscient, remplacé par la notion de « mauvaise foi » : l'inconscient ne saurait amoindrir l'absolue liberté de l'homme.
Bibliographie
- L'imagination (1936)
- La transcendance de L'Ego (1937)
- La Nausée (1938)
- Le Mur (1939)
- L'imaginaire (1940)
- Les mouches (1943)
- L'être et le néant (1943)
- Huis clos (1944)
- Les chemins de la liberté (1945)
- L'existentialisme est un humanisme (1945)
- Morts sans sépulture (1946)
- Réflexions sur la question juive (1946)
- La P... respectueuse (1947)
- Baudelaire (1947)
- Les Mains sales (1948)
- Le Diable et le Bon Dieu (1951)
- Les Jeux sont faits (1952)
- Critique de la raison dialectique (1960)
- Les Mots (1964)
- Situations (1947-1965)
- L'Idiot de la famille (1971-1972) sur Flaubert
- Cahiers pour une morale (posthume, publié en 1984)
- Critiques littéraires
- Qu'est-ce que la littérature?
- Un théâtre de situation
Références
- Francis Jeanson, Sartre par lui-même, 1955
- Régis Jolivet, Sartre ou la théologie de l'absurde, 1965
- Francis Jeanson, Sartre dans sa vie, 1974
- Simone de Beauvoir, La cérémonie des adieux, 1981
- Annie Cohen-Solal, Sartre - 1905-1980, 1999
- Angèle Kremer-Marietti, Jean-Paul Sartre et le désir d'être, 2005
- Bernard-Henri Lévy, Le siècle de Sartre, 2000
- Bernard Lallement, "Sartre, l'improbable Salaud" 2005
- Heiner Wittmann, L'esthétique de Sartre. Artistes et intellectuels, traduit de l'allemand par N. Weitemeier et J. Yacar, Éditions L'Harmattan (Collection L'ouverture philosophique), Paris 2001. ISBN: 2-7475-0849-8.
- Robert Denoon Cumming, The Philosophy of Jean-Paul Sartre, Random House, 1965 / Modern Library 1966 (Sélection d'extraits en traduction anglaise)
Liens externes
- (it) Giornaledifilosofia.net, des articles sur Sartre
- http://www.romanistik.info/fr/sartre.html1
- Citations de Sartre
- Biographie et citations de Jean-Paul Sartre
- (fr) Dossier complet pour le Centenaire de sa naissance
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