Séquence de sainte Eulalie

Un article de Freepedia.

Image:Logo litt.jpg
Série : Littérature
Littérature francophone

Écrivains - Livres

Histoire littéraire

Antiquité - Moyen Âge
XVIe s. - XVIIe s.
XVIIIe s. - XIXe s.
XXe s. - XXIe s.

Formes littéraires

Conte
Nouvelle - Roman
Poésie - Théâtre

Genres littéraires

Biographie - Fantastique
Roman noir - Polar
Science-fiction - Jeunesse
Expérimental - Nouveau roman

Voir aussi

Litt. non francophone
Courants littéraires
Prix littéraires
Écriture

Méta

Le projet Littérature
Portail Littérature

Le premier texte littéraire écrit en français, alors nommé roman (ancêtre de l'ancien français et du français), est vraisemblablement la Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie. On le date de 880 ou 881 de notre ère et il est inclus dans une compilation de discours en latin de saint Grégoire, en plus de quatre autres poèmes, trois en latin et un en langue tudesque (langue germanique). Une telle séquence, ou poésie rythmique, était chantée lors de la liturgie grégorienne ; celle-ci l'a vraisemblablement été à l'abbaye de Saint-Amand (près de Valenciennes).

Cette séquence est dédiée à sainte Eulalie de Mérida ; elle s'inspire d'une hymne du poète latin Prudence qu'on peut lire dans le Peristephanon.

La Séquence comporte vingt-neuf vers :

Texte en roman Adaptation française

Buona pulcella fut Eulalia.
Bel auret corps bellezour anima.
Voldrent la ueintre li d[om] Inimi.
Voldrent la faire diaule seruir.
Elle nont eskoltet les mals conselliers.
Quelle d[om] raneiet chi maent sus en ciel.
Ne por or ned argent ne paramenz.
Por manatce regiel ne preiement.
Niule cose non la pouret omq[ue] pleier.
La polle sempre n[on] amast lo d[om] menestier.
E por[ ]o fut p[re]sentede maximiien.
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il[ ]li enortet dont lei nonq[ue] chielt.
Qued elle fuiet lo nom xp[ist]iien.
Ellent adunet lo suon element.
Melz sostendreiet les empedementz.
Quelle p[er]desse sa uirginitet.
Por[ ]os suret morte a grand honestet.
Enz enl fou la getterent com arde tost.
Elle colpes n[on] auret por[ ]o nos coist.
A[ ]czo nos uoldret concreidre li rex pagiens.
Ad une spede li roueret toilir lo chief.
La domnizelle celle kose n[on] contredist.
Volt lo seule lazsier si ruouet krist.
In figure de colomb uolat a ciel.
Tuit oram que por[ ]nos degnet preier.
Qued auuisset de nos xr[istu]s mercit.
Post la mort & a[ ]lui nos laist uenir.
Par souue clementia.

Bonne pucelle fut Eulalie.
Beau avait le corps, belle l'âme.
Voulurent la vendre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle, n'écoute pas les mauvais conseillers :
« Qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel ! »
Ni pour or, ni argent ni parure,
Pour menace royale ni prière :
Nulle chose ne la put jamais plier
À ce que la jeune fille toujours n'aimât le service de Dieu.
Et pour cela fut présentée à Maximien,
Qui était en ces jours roi sur les païens.
Il l'exhorte, ce dont ne lui chaut,
À ce qu'elle fuie le nom de chrétien,
Qu'elle réunit son élément [sa force].
Mieux soutiendrait les chaînes
Qu'elle perdît sa virginité.
Pour cela elle fut morte en grande honnêteté.
En le feu la jettèrent, pour qu'elle brûle tôt :
Elle, coulpe n'avait : pour cela ne cuit pas.
Mais cela ne voulut pas croire le roi païen.
Avec une épée il ordonna qu'on lui enlève le chef :
La demoiselle cette chose ne contredit pas,
Veut le siècle laisser, si Christ l'ordonne.
En figure de colombe, vole dans le ciel.
Tous implorons que pour nous daigne prier,
Qu'ait de nous Christ merci,
Après la mort, et qu'à lui nous laisse venir,
Par sa clémence.

Notes :

  • les parties entre crochets droits sont, dans le texte original, indiquées par un tilde ou une autre marque d'abréviation. Ainsi, le mot dom est noté  ; Mireille Huchon, dans son Histoire de la langue française, transcrit par deo. C'est aussi une possibilité ; quelques mots contractés ont été séparés pour faciliter la lecture ; le texte original est tracé dans en minuscule caroline assez lisible. Le début de chaque vers est marqué par une lettre capitale en rustica ;
  • on note l'utilisation du digramme ancien cz pour /ts/ dans czo /tso/, forme pronominale, « cela », issue du latin ecc(e) hoc. Plus tard, le z du digramme donnera naissance à la cédille : on aurait donc alors ço (comparer avec le français moderne ça) ;
  • les vers sont écrits deux à deux par ligne ; pour des raisons de lisibilité, chacun est suivi d'un retour à la ligne ;
  • la traduction se veut littérale, afin de mieux montrer les liens historiques entre les mots romans et français ; il est donc normal qu'elle semble parfois difficile d'accès ; il suffit de prendre pour chaque mot son acception étymologique (coulpe : « péché », chef : « tête », siècle : « vie dans le monde », figure : « forme », merci : « pitié », etc.), de se souvenir que le sujet peut ne pas être exprimé et que l'ordre des mots est plus souple (Veut le siècle laisser : « Elle veut laisser le siècle », etc.).

Le texte est écrit en une forme de picard-wallon ; il utilise les articles (li inimi : « les ennemis », lo nom : « le nom », enl : agglutination pour « en lo », la domnizelle : « la demoiselle », etc.), inconnus du latin, montre que certaines voyelles finales du latin sont maintenant caduques (utilisation de e ou a pour rendre [ǝ] : pulcella : « pucelle (jeune fille) », cose : « chose », arde : « arde (brûle) », etc.) et que certaines voyelles ont diphtongué (latin bona > roman buona : « bonne », latin toti > roman tuit, etc.). C'est aussi dans ce texte qu'est attesté le premier conditionnel de l'histoire de la langue française (sostendreiet : « soutiendrait »), mode inconnu du latin, formé à partir du thème morphologique de futur (un infinitif, en fait) et des désinences d'imparfait.

Lien externe



Views
Outils personels
Boîte à outils
Autres langues
Autres Liens