Roman (littérature)

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On dit couramment qu'un roman est une fiction en prose d'une certaine étendue. Il peut être d'action ou d'aventures, policier ou à l'eau de rose, il peut présenter une valeur psychologique ou d'étude sociale.

Comme le disait Raymond Queneau, « n'importe qui peut pousser devant lui comme un troupeau d'oies un nombre indéterminé de personnages apparemment réels à travers une lande longue d'un nombre indéterminé de pages ou de chapitres. Le résultat sera toujours un roman.»

Un auteur de roman est un romancier.

Sommaire

Les origines du roman

D’une langue à un genre

Toute tentative de définition satisfaisante du roman est étroitement liée à l’identification de ses origines. Ainsi, nombreux sont les théoriciens du roman qui ont cherché à appuyer leurs théories génériques sur des théories génétiques. Voilà pourquoi une entrée satisfaisante pour tenter de définir le terme de roman peut se trouver dans l'origine même de ce mot. Ce terme sert originellement à désigner une langue utilisée au Moyen Âge, la langue romane, également connue sous le nom d'ancien français. Cette langue, née de l'évolution progressive du latin, remplace ce dernier dans l'usage et dans les pratiques orales du nord de la France.

Romanus (latin) > romanice (latin vulgaire) > romanz ou romans (ancien français).

Au Moyen Âge, l'usage du latin se restreint aux textes écrits tandis que les communications orales se font en langue romane. Le latin n'étant connu que d'une infime minorité de la population, constituée essentiellement de religieux et de lettrés, il faut alors transcrire ou écrire en langue romane certains textes afin de les rendre accessibles à un public plus large. Le terme « roman » est donc appliqué à tous les textes écrits en langue romane dans ce but, qu'ils soient en prose ou en vers, qu'ils soient narratifs ou non. Les romans s'opposent alors aux textes écrits en latin, notamment les textes officiels et sacrés. L’expression « mettre en roman », apparue vers 1150, signifie donc « traduire en langue vulgaire ». Pour désigner les textes qui appartiennent au genre narratif, les termes estoire et conte sont le plus souvent utilisés. Ainsi, Chrétien de Troyes écrit-il : « ore commencerai estoire ».

À l’origine dévolue à la traduction de textes hagiographiques, cette langue vulgaire - le roman - est vite utilisée par la littérature narrative. Le terme se met à désigner progressivement un genre littéraire à part entière. Ainsi, dans Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes écrit-il : « puisque ma dame de Champagne veut que j’entreprenne un roman, je l’entreprendrai très volontiers ». Le terme commence alors à se rapprocher de son sens moderne, celui de récit fictif à épisodes centré autour d’un ou de plusieurs personnages.

Après avoir rappelé l’évolution sémantique du terme « roman », il nous faut maintenant s’intéresser au genre littéraire que ce terme se met à recouvrir. Jusqu’au XIIe siècle, la chanson de geste et la poésie lyrique dominent le paysage littéraire et narratif mais, progressivement, un genre nouveau fait son apparition : le roman. Bien que novateur et original, il puise pourtant de nombreux motifs dans les genres littéraires qui l’ont précédé.

Les sources du roman médiéval

La poésie lyrique

La rupture littéraire amorcée par l’apparition de ce nouveau genre ne doit pas pour autant masquer une large continuité dans les thèmes et les motifs évoqués par le roman. Il hérite en premier lieu des personnages stylisés de la poésie lyrique : la dame y est une femme mariée de condition supérieure à celle de son prétendant ; l’homme vassal est obéissant à la dame, il est timide et emprunté devant elle et le losengiers est un personnage fourbe, un traître en puissance. Il reprend également le thème de la fine amor, cet amour secret, sacré et adultère dans lequel la femme est divinisée, sacralisée. Il hérite aussi de la Reverdie. La Reverdie est un retour cyclique au printemps qui entraîne la contemplation de la dame par l’amant ainsi que son portrait élogieux fait d’associations entre la beauté de la nature et celle de la femme.

Cependant, le romancier ne reprend pas ces thèmes à l’identique, très souvent il les réactualise, les modifie et les dramatise. Mais surtout, il substitue une nouvelle figure à celle du poète amoureux. Le modus operandi de la séduction évolue : la femme ne se séduit plus par des paroles et des chansons mais par des actions. Le personnage du poète est remplacé par le chevalier hérité des chansons de geste.

La chanson de geste

Ce nouveau héros de roman tient ses traits du héros épique. Il est vaillant, brave, il sait manier les armes, il allie la franchise à la loyauté et à la générosité. Par-dessus tout, il sait préserver son honneur. Parmi les nombreux motifs hérités de la chanson de geste, notons celui de la description des armes du chevalier, de ses acolytes ou de ses ennemis, celui des combats et des batailles qui s’en suivent ou bien encore ceux des embuscades, poursuites et autres pièges qui jalonnent le chemin du héros. On trouve également les scènes d’ambassade chères à la chanson de geste, les scènes de conseil entre un seigneur et ses barons ou encore le regret funèbre (lamentations sur un héros, un compagnon perdu) et la prière du plus grand péril.

Cependant, le roman s’éloigne sur plusieurs points de la chanson de geste :

par sa forme tout d’abord
La chanson de geste est une suite de laisses assonancées psalmodiées par des jongleurs accompagnés de vielle. Le roman est bien écrit en vers mais ceux-ci sont organisés en couplets d’octosyllabes à rimes plates ;
par l’auditoire ensuite
La chanson de geste est écoutée par des hommes installés dans la grande pièce du château alors que le roman est écouté dans la chambre des dames par des personnes plus raffinées et plus cultivées ;
l’espace de la diégèse se restreint
On passe des immenses champs de bataille à des vergers ou à des champs, voire à de petites pièces ou des locus amoenus (= lieu intime et paradisiaque où règne la dame).

Les thèmes et les motifs que l’on peut rencontrer dans le roman ne naissent donc pas ab nihilo, le nouveau genre s’inspire largement de ceux qui l’ont précédé tout en procédant à de larges modifications et innovations.

La matière de Bretagne

Au-delà des thèmes et des motifs exploités, les sujets traités par le roman se caractérisent par leur originalité et leur diversité. Il est toutefois possible de les rassembler en trois grands sujets (dits matières) :

  1. la matière de Rome, ou antique a inspiré le roman de Thèbes, le roman d’Enéas, le roman de Troie et le roman d’Alexandrie ;
  2. la matière orientale et byzantine a donné le roman de Cligès de Chrétien de Troyes ;
  3. la matière de Bretagne, la plus féconde a inspiré tous les romans dits « arthuriens ».

Cette matière de Bretagne se développe à la cour d’Henri II Plantagenêt et de sa femme Aliénor d'Aquitaine ainsi qu’à la cour de la fille d’Aliénor, Marie de France, en Champagne. La matière de Bretagne est imprégnée des traditions et des légendes celtiques transmises oralement par les conteurs bretons et gallois. Bien que de nombreuses imprécisions demeurent sur son existence, Chrétien de Troyes apparaît comme l’auteur le plus représentatif et le plus innovant de cette matière de Bretagne. Son écriture se caractérise notamment par une attention particulière portée aux effets de structure (miroirs, parallèles, échos divers, correspondances entre des personnages ou des épisodes, etc.). Il innove également par le tour qu’il donne aux aventures de ses héros. Il les orne d’évènements imprévus et surprenants qui apparaissent souvent comme les signes du destin du chevalier. De plus, il lie étroitement ces aventures à la notion de quête. Celle-ci peut avoir pour objet un personnage disparu, un amour, une identité, une gloire ou une fin spirituelle. Ces quêtes prennent place dans un univers romanesque qui allie des éléments surnaturels et merveilleux à des effets de réel.

Le roman en prose au XIIIe siècle

Avant le XIIIe siècle, peu de textes étaient écrits en prose. Il s’agissait essentiellement de textes juridiques. C’est pourquoi, dans les mentalités de l’époque, les textes en prose pouvaient facilement être associés à une garantie de véracité. Mais à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, probablement afin d’augmenter la crédibilité des aventures racontées et afin de réduire l’artificialité liée à la versification, la prose prend de plus en plus d’importance dans les textes narratifs. Ce passage à la prose permet également le développement de la lecture individuelle tandis que jusqu’alors la lecture collective était privilégiée.

Ces romans en prose s’inspirent du modèle de la Passion du Christ et se rapportent massivement au mythe du saint Graal (le Saint Calice qui aurait été utilisé par le Christ lors de la Cène).

Les romans réalistes

Ces romans apparaissent conjointement au développement de la bourgeoisie et d’un esprit progressivement plus matérialiste. La redécouverte des textes d’Aristote accompagne ce renforcement du rationalisme au détriment d’une part de spiritualité et de merveilleux. Le Roman de la rose et Jehan et Blonde illustrent cette nouvelle orientation du genre. Les auteurs de ces romans choisissent de rester dans les limites du vraisemblable et rejettent le merveilleux arthurien. La géographie des lieux devient de plus en plus familière aux lecteurs, les personnages fictifs y rencontrent des personnages historiques (réel) et les héros choisis sont de plus en plus issus de milieux modestes et sont de moins en moins légendaires. Cependant, ce genre est marqué par un fort paradoxe : alors que la prose semble être la forme la plus adaptée à transcrire le réel avec crédibilité et alors que la majorité des romans sont désormais écrits en prose, ces romans réalistes continuent à être écrits en vers (couplets octosyllabiques). Conséquence ou non de ce paradoxe, ils disparaîtront progressivement devant le succès croissant des romans en prose.

Des mouvements romanesques

Les romans réalistes
Ils font l'objet de ce qu'on pourrait appeler un contrat, implicite, avec le lecteur : ce qui est dit est vrai, pourtant, c'est une œuvre d'imagination et tout est inventé. Voilà qui peut sembler paradoxal, mais c'est là l'essence du roman réaliste : ce que je lis aurait pu se passer. Cela permet une identification très forte du lecteur au personnage principal, pour peu qu'il y retrouve de ses propres émotions. C'est pour cela que le roman réaliste est très précis sur les termes, le contexte historique et social, les descriptions et portraits qui servent même à porter l'histoire par la métaphore. Littérature du XIXe siècle. Émile Zola, Gustave Flaubert.
Les romans surréalistes 
Ce mouvement souhaite que soit accordé à ses productions, tant linguistiques que plastiques, le statut d'expérimentation scientifique : tentative pour explorer en profondeur à la fois le monde (notamment sa réalité cachée) et la pensée (notamment l'inconscient), et pour donner de l'un et de l'autre une connaissance totale.Ces oeuvres appartiennent au domaine de l'impossible et jouent avec la poésie, les images et les situations, le décalage par rapport à notre monde pour mieux le comprendre et mieux le critiquer. Les romans de Boris Vian en sont un exemple, comme L'arrache-cœur. Littérature du début du XXe siècle.
Les romans fantastiques
Ils touchent les sujets comme la mort, l'au-delà et les peurs. Le fantastique commence par un glissement de la réalité qui décale l'histoire du réalisme au fantastique. Tzvetan Todorov place le phénomène du doute à la base de la littérature fantastique. Selon lui, le fantastique naît de ce moment où le personnage, le narrateur ou le lecteur doute de la réalité de l'évènement raconté. L'impossibilité de décider si l'évènement narré appartient au monde connu, rationnel et rassurant ou bien à un monde dans lequel des forces inconnues et mystérieuses régnent détermine selon ce théoricien l'appartenance au genre fantastique. H.-P. Lovecraft, quant à lui, estime que l'effroi et l'horreur suscités par la narration sont les piliers fondamentaux du genre. A la vue de ces deux définition, il devient évident que l'apogée du genre se situe au XIXème siècle avec des auteurs tels que Goethe, Villiers de L'Isle Adam, Maupassant, Poe ou Hoffmann. Il est à noter que le genre réapparaît au début et à a fin du XXème siècle avec, notamment, H.-P. Lovecraft et Stephen King.
Les romans de science-fiction 
Ils utilisent la technologie scientifique comme contexte primordial pour dérouler une histoire qui souvent anticipe le temps d'écriture. Isaac Asimov.
Les romans d'anticipation
Le récit anticipe le temps d'écriture sans faire de la technologie un sujet primordial. (1984 de George Orwell).
Le nouveau roman 
Ce terme regroupe des œuvres publiées à partir des années 1950, qui ont en commun un refus du genre romanesque classique : les intrigues et la psychologie des personnages passent au second plan. Le contrat passé avec le lecteur est plutôt : le roman est écriture, l'histoire n'a pas autant d'importance que la forme. C'est l'aventure de l'écriture qui est couchée sur le papier. Littérature du milieu du XXe siècle. Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet.

Types d'écriture

On peut distinguer plusieurs type d'écriture du roman.

  • Biographie romancée, où des évènements réels sont mis en reliefs par une reconstitution sous forme de récit (Napoléon de Max Gallo),
  • Biographie factuelle, où il n'y a qu'un récit d'évènements et une analyse de l'auteur de la biographie sur la vie et l'œuvre de l'auteur dont il rapporte la vie. (Romain Gary, le caméléon de Myriam Anissimov)
  • Autofictionnel quand l'auteur prétend être le narrateur, tout en racontant des faits majoritairement non réels ou romancés à l'excès, en fait probablement plus « librement inspirés ». (Catherine Millet)

Un roman peut bien sûr être historique (contexte réel) et fictif (personnage fictif et réel dans des situations imaginées par l'auteur : Mémoires de Mike Mc Quay).

Les catégories de roman sont discutables et discutées, le roman étant lui même une catégorie de livre difficilement définissable. Les quatre types présentés ci-dessus sont déjà bien arbitraires, le quatrième pouvant s'assimiler au premier, ainsi qu'à une sous-partie du nouveau roman puisqu'il « joue » avec le lecteur sur le fait qu'un texte dit à la fois la vérité et son contraire. De même que la remarque sur la personne à laquelle s'exprime le narrateur n'a rien de spécialement propre à la fiction.

On peut aussi se poser la question suivante : un roman qui serait écrit uniquement en alexandrins est-il un roman ou un poème ? C'est le cas de L'Iliade d'Homère.

Un roman peut être (bien souvent c'est le cas) une série d'actions mettant en situation des personnages. Jean Guenot définit les romans climaxiques et les romans non-climaxiques. Les premiers, par analogie avec l'orgasme masculin, comportent le temps fort (de climax, point le plus élevé) du dénouement comme clef de voûte de la charpente du roman. Les seconds, par analogie avec l'orgasme féminin, comportent plusieurs temps forts, entre lesquels s'intercalent des temps de repos.

Une définition par opposition du roman, serait qu'un roman n'est pas un essai car il ne démontre pas. N'est pas une nouvelle car il ne s'articule pas autour d'un point de basculement de l'action et de peu de personnage. Ni un poème car il n'évoque pas des images par un phrasé rythmé, rimé, assonnancé.

Bien qu'un roman puisse être soit une compilation de tous ces styles, soit une exclusion de tous ces styles.

Pour Milan Kundera, le roman ne doit pas juger, la morale du roman est son absence de morale : les faits sont présentés au libre jugement du lecteur.

Types de romans

Marthe Robert fait la psychanalyse du roman dans son essai Roman des origines, origine du roman (ISBN 2-85181-191-6), où elle part de la théorie du « roman familial » de Freud et du complexe d'Œdipe pour définir deux grandes catégories de roman :

  • le roman du « bâtard réaliste, qui seconde le monde tout en l'attaquant de front »
  • le roman de « l'enfant trouvé, qui faute de connaissances et de moyens d'action, esquive le combat par la fuite ou la bouderie. »

Présentation de la théorie de Marthe Robert

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Bibliographie

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