Roland Moreno

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Roland Moreno est un inventeur français né le 11 juin 1945 au Caire, célèbre notamment pour avoir breveté la carte à puce en 1974.

Sommaire

Biographie

Passionné d'électronique, il crée différents gadgets (la machine à tirer à pile ou face, une calculatrice expérimentale dont le résultat d'une multiplication est toujours supérieur d'une unité à ce qu'il devrait être etc.), le Radoteur (logiciel basé sur un algorithme de génération automatique de "mots" nouveaux à partir d'une ou plusieurs listes de mots issus du dictionnaire - une tentative pour automatiser la création de néologismes ou de noms de marques), inspiré d'une idée de Claude Shannon qu'a fait connaître Léon Brillouin et dont Walter Lewino s'inspirera d'ailleurs pour un jeu minitel (sans citer la paternité de Shannon !). On voit aussi Roland Moreno faire une brève apparition dans le film Les Choses de la vie, où il joue un peu son propre rôle (Boby Lapointe, à l'esprit aussi délié, est également figurant dans ce film).

Après quelques « petits boulots », il décide de « vendre des idées » et crée pour cela la société Innovatron. Cette société commercialisera d'abord essentiellement des noms de marques ou de produits créés par Roland Moreno pour des sociétés en manque d'identité, à l'aide du Radoteur. Depuis un quart de siècle maintenant, le Radoteur est exploité commercialement sous licence par NOMEN, leader international du nommage. Roland Moreno a d'ailleurs décrit l'agorithme du Radoteur étape par étape dans la Théorie du Bordel Ambiant (1990) et plusieurs amateurs en ont réalisé une version Windows, notamment le fameux Bla-Bla (Bordélisateur Lexicographie Ambiant), de JL Piedanna.

Ayant breveté son invention de la carte à puce (imaginée initialement comme une bague, baptisée TMR du nom du film de Woody Allen Take the Money and Run (Prends l'oseille et tire-toi)) en 1974, il se lance dans la promotion de cette nouvelle invention. Les applications les plus universelles allaient quelques années plus tard être la carte téléphonique, la carte de crédit bancaire, la carte Vitale, mais aussi la petite carte SIM utilisée dans la plupart des téléphones portables, et la carte de monnaie électronique Moneo – rencontrant un succès plus limité. Cette invention a depuis peu été réutilisée à travers les puces lisibles à distance comme celle que contient la carte Navigo pour les transports publics parisiens (d'ailleurs créée initialement par Innovatron lors d'un partenariat avec la RATP), et en projet pour les caisses automatiques des grandes surfaces.

La société Innovatron devient en 1990 le groupe Innovatron, par le rachat de plusieurs sociétés telles que Logicam ou Mutacard, acteurs du marché de la carte à puce.

Roland Moreno crée RMT (Roland Moreno Technology, TMR à l'envers, ce que Moreno ne remarqua pas tout de suite !) qui est le département de recherche et développement d'Innovatron pour la partie technique de ses projets, ainsi que plusieurs autres branches du groupe (Innovatron Systèmes Urbains, Innovatron Télécommunications, Innovatron Sécurité Informatique, Innovatron Ingéniérie, etc.). Un réseau de franchise (Innovatron Data Systems) voit même le jour dans une tentative de créer des partenariats avec des entreprises à l'étranger, et de promouvoir ainsi le développement de la technologie Innovatron.

Durant plusieurs années, Innovatron vit des projets développés (on peut citer en particulier le Piaf ou parcmètre individuel à fente, des modems sécurisés, les premiers prototypes du pass sans contact pour la RATP et diverses applications liées à la carte à mémoire), mais surtout des importantes royalties (droits de licence) versées par les sociétés exploitant les brevets de Roland Moreno.

Roland Moreno est alors, au début des années 1990, un personnage bien connu du paysage audiovisuel français, jouant avec plaisir le rôle du savant fou dans de nombreuses émissions télévisées (Nulle part ailleurs par exemple, sur Canal Plus, où il est interviewé par Antoine de Caunes).

Il publie La Théorie du Bordel Ambiant[1], ensemble de réflexions sur le monde qui lui donne des allures de penseur aux yeux du grand public. L'ouvrage abonde de notes et s'ouvre d'ailleurs sur la citation Il y a trop de notes, attribuée à Joseph II d'Autriche tel que le décrit le film Amadeus. Le chapitre VIII était consacré à l'argent ; l'auteur le supprime dès la première édition. Interrogé sur cette censure, il répondra laconiquement : « J'avais déjà supprimé l'argent en inventant la télécarte. Eh bien comme cela j'aurai supprimé deux fois l'argent ! » En fait, la vraie raison sembla être que les idées qui y étaient contenues, et qui étaient sans doute novatrices dans la première édition, étaient (un peu grâce à lui) passées dans le domaine public et paraîtraient dans ce contexte banales : mieux valait donc les supprimer.

À partir de 1994, les principaux brevets de la carte à mémoire tombent dans le domaine public, et Innovatron connaît de graves difficultés financières. Comme suite à d'importantes erreurs de gestion et à des dissensions au sein de l'équipe dirigeante, différents pans du Groupe Innovatron sont vendus à d'autres sociétés. Peu à peu, Innovatron décline, tandis que d'autres entreprises du secteur de la carte à mémoire (Gemplus et Schlumberger, par exemple) emportent la plus grande part du marché.

Aujourd'hui, la société Innovatron ne semble plus avoir qu'une faible activité, n'emploie que quelques salariés, et Roland Moreno (fanatique des ordinateurs Macintosh qui avouait à la fin des années 1990 avoir mis longtemps à s'intéresser au World Wide Web au prétexte que les adresses Web lui paraissaient aussi hermétiques que les lignes de commande de MS-DOS et/ou Unix) ne défraie plus vraiment la chronique.

Le dernier épisode public mettant en scène l'inventeur date de 2002, lorsqu'une rumeur — suite à une mauvaise compréhension de la différence entre technologie, sûre, et mauvaise implémentation — laissa croire que la puce était susceptible de violation (voir l'affaire dite des « yes-cards » et les travaux de Serge Humpich). Moreno a réagi spectaculairement, en offrant une prime d'un million de francs français à quiconque parviendrait, dans un délai de trois mois, de n'importe quel moyen, à lire le moindre bit secret, ou à modifier l'état du moindre bit protégé par ses brevets de 1975. À l'issue du délai de 90 jours, sans réponses, Moreno annonçait sa victoire : selon lui, cela prouvait qu'il s'agissait bien d'un jugement de Salomon.

Inventions

  • machine à tirer à pile ou face ;
  • le Radoteur ;
  • carte à puce ;
  • le Piaf ;
  • Parcomètre individuel ;

Voir aussi

Bibliographie

  • [1] La Théorie du Bordel Ambiant, ISBN 2253058955, Roland Moreno, Ed. de l'Archipel

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