Robert Guiscard

Un article de Freepedia.

Robert Guiscard - « l’Avisé » - , né vers 1015 (après l'an 1020 selon d'autres sources), est le plus remarquable des aventuriers normands issus du duché de Normandie. Il fera la conquête de l'Italie du Sud et entamera celle de la Sicile avec son frère cadet Roger de Hauteville.

A partir de l'an 999 selon la légende, les premiers Normands commencèrent à servir comme mercenaires les ducs et princes lombards et les Grecs d'Italie méridionale : quand le duc Serge IV de Naples installa un de leur principal chef, Rainulf Drengot dans la forteresse d'Aversa vers 1029 (qui devint leur premier pied-à-terre), ils commencèrent à organiser la conquête d'un pays divisé et en proie à l'anarchie.

Vers l'an 1035 arrivèrent en Italie les premiers Hauteville, les frères Guillaume et Drogon, les deux fils aînés de Tancrède de Hauteville, un petit seigneur normand; en à peine quelques années, après avoir servit de mercenaires jusqu'en 1040, ils prirent l’ouest de l'Apulie aux Byzantins et guerroyèrent pour leurs propres comptes. En 1042, Melfi fut choisie comme capitale de leur fief d'Apulie et Guillaume Bras-de-Fer y fut élu prince des Normands d'Italie en septembre de la même année. En 1044 arriva leur frère Onfroi qui, avec sa bande, servit ses aînés, puis trois ans plus tard, Robert le sixième des fils de Tancrède, à la tête de cinq chevaliers et trente-cinq fantassins.

Accueilli froidement par son frère Drogon devenu comte d'Apulie depuis peu (ils manqueront même de s'entretuer lors d'un banquet), Robert est alors dirigé avec sa troupe en Calabre. Il y mènera dès lors, à partir de son repère principal de San Marco Argentano, sur les hauteurs du Crati, près de Cosenza, une vie de brigand, connaissant aussi bien la faim la soif et la misère que la fortune, pillant les riches monastères, volant du bétail, rançonnant la population et détroussant les voyageurs, harcelant les troupes byzantines et semant la terreur dans la région. C'est durant cette période qu'il reçut son surnom normand de « Guiscard ». Cependant, il se met en même temps au service du prince lombard Pandolf IV de Capoue et de ses frères Drogon puis Onfroi. Il poursuivit sa vie de voleur jusqu'à son mariage vers 1051 avec Aubrée de Buonalbergo, parente d'un chef normand servant le duché lombard de Bénévent ; par ce mariage bénéfique, il reçut en dot, l'autorité d'une troupe de quelques deux cents chevaliers normands. En 1053, il participe aux côtés de ses frères et du comte normand Richard Ier d'Aversa, à la bataille de Civitate sur le Fortore, opposant Normands d'Italie et leurs opposants soutenus par le pape Léon IX, tous inquiets des entreprises normandes, de plus en plus pressantes, agressives, et incontrôlables. L’armée papale sera sévèrement battue. En 1057, Robert Guiscard succéda à Onfroi comme comte d'Apulie, évinçant ses jeunes neveux. Il entreprit dès lors, en compagnie de son jeune frère Roger dit Bosse, récemment arrivé avec deux de leurs autres frères, la conquête totale de l'Apulie qu'il acheva en partie hormis le sud qui resta aux mains des Byzantins. Il commença également à s'attaquer à la Calabre pendant que Richard d'Aversa faisait main-basse sur la principauté de Capoue qu'il placa sous son autorité.

La papauté, en difficulté et isolé à cause de sa rupture avec l’Empire germanique dans l'affaire des Investitures, mais aussi en rupture avec l'Empire byzantin causé par le Schisme religieux de 1054, décida alors de reconnaître l'autorité des Normands et d'en faire ses alliés officiels. Aussi à Melfi, haut-lieu normand, le 23 août de l'an 1059 le pape Nicolas II officialisa leurs possessions en échange du versement d’une rente annuelle et de porter la bannière papale dans leurs guerres. Robert Guiscard devient alors duc d'Apulie, de Calabre et de Sicile. À partir de cette date, les Normands ont les mains libres et peuvent servir l'Église et la papauté pour également mieux se servir d'elles et légitimiser leurs actions.

Pendant la quinzaine d'année qui suivit, Robert Guiscard fit une série surprenante de conquêtes. Il envahit la Sicile avec Roger à partir de 1061, et ensemble, malgré le peu d'hommes qu'ils disposent (moins d'un millier) conquirent Messine. La conquête de l'île sera lente et difficile, tant par le manque d'hommes que Robert et Roger disposent pour pouvoir se battre efficacement sur plusieurs fronts, mais aussi par le nombre important de forteresses musulmanes qui quadrillent la Sicile. Notons l'éclatante victoire des Normands en 1063 à Cérami, malgré leur faiblesse numérique face aux innombrables troupes musulmanes, mais quelques années plus tard, Guiscard, qui a chassé définitivement les Byzantins d'Italie avec la prise de Bari en avril 1071, commence le siège de Palerme par mer, tandis que son frère prend la ville à revers, par voie terrestre (1071); la ville, musulmane depuis plus de deux siècles, tombe enfin aux mains des Normands 1072. En Italie, le duché d'Amalfi (indépendant) est supprimé 1073 et les Grecs expulsés de l’Italie du Sud. Le territoire de Salerne appartenait déjà à Robert mais en décembre 1076 il prit la ville, chassant le dernier prince lombard Gisolf de Salerne dont il avait auparavant épousé la sœur Sikelgaite de Salerne et en 1077, fit de cette ville riche, sa capitale. L’attaque normande sur Bénévent, fief papal depuis 1053, alarma et irrita le pape Grégoire VII qui excommunia un temps Guiscard, mais pressé durement par l’empereur Henri III, il concéda à Céprano au Normand tout le sud des Abruzzes sauf Salerne (1080).

La dernière expédition de Guiscard fut d’attaquer l’Empire romain d'Orient avec ses vassaux. Les Normands détestaient les Byzantins et l'ambitieux normand aurait songé à prendre la capitale de l'empire, Byzance, espérant saisir le trône du basileus et pris dès lors la cause de Michel VII qui avait été déposé en 1078. Son fils était fiancé à la fille de Michel VII. Il embarqua avec 16000 hommes en mai 1081 et en février 1082 il occupait Corfou et Durazzo, infligeant une lourde défaite à l’empereur Alexis Comnène (octobre 1081). Cependant il fut appelé à l’aide par le pape Grégoire VII assiégé par l’empereur Henri IV en juin 1083 et retourna en Italie, laissant le commandement à son fils aîné Bohémond de Hauteville.

Marchant vers le nord avec 36 000 hommes, quasiment tous des mercenaires sarrasins musulmans (les Normands ne formant que les troupes d'élites et les cadres militaires), il entra dans Rome et força Henri, prit de court, à se retirer, mais une émeute des citoyens romains provoqua trois jours de mise à sac total de la ville en mai 1084; le pape, lui-même épouvanté, quitta la ville pour aller se réfugié en lieu sûr, à Salerne. Durant ce temps, Bohémond, un temps maître de la Thessalie, avait perdu les conquêtes en Grèce. Robert, revenant pour les reprendre, réoccupa Corfou et l'île de Céphalonie, mais décéda de fièvre le 15 juillet 1085. Son corps fut ramené en Apulie et il sera enseveli à Venosa, lieu de sépulture des Hauteville qu'il avait lui-même choisi.

Son fils Roger Borsa, qu'il eut de Sikelgaite, lui succéda, favorisé par cette dernière, alors que Bohémond était écarté de l'héritage paternel. Nous connaissons une description de Robert Guiscard qui est parvenue jusqu'à nous: « Il était de très haute stature, large et robuste, les cheveux blonds, un teint coloré et des yeux d'un bleu très clair, la voix puissante... ». Nous ne savons pas s’il sut un jour lire et écrire mais nous savons qu'il apprit à parler et comprendre la langue grecque, très usitée en Italie méridionale et qu'il était fasciné par l'Empire byzantin et la culture grecque. Le chroniqueur d'origine normande Guillaume de Pouille nous a laissé l'histoire de Robert Guiscard dans son ouvrage, Geste de Robert Guiscard (Gesti Rodberti Wiscardi), et racontant notamment les aventures normandes en Méditerranée entre les années 1016 et 1085 et l'ascension de Guiscard.

Voir aussi

  • Maison de Hauteville : généalogie des Hauteville ;
  • [1] : monnaie normande d'Italie méridionale à l'effigie de Robert Guiscard (seconde moitié du XIe s.) ;
  • [2] : forteresse de San Marco Argentano, première forteresse de Guiscard (Calabre, Italie du Sud, vers 1048) ;
  • [3] : idem…


Views
Outils personels
Boîte à outils
Autres langues
Autres Liens