René Barjavel
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René Barjavel est un écrivain et journaliste français (24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) - 24 novembre 1985 à Paris).
René Barjavel est, entre autres choses, l'auteur de quelques romans d'anticipation. Certains thèmes reviennent fréquemment, tels que la chute de la civilisation causée par les excès de sa science et par la folie de la guerre, ou encore le caractère éternel et indestructible de l'amour (Ravage, Le Grand Secret, La Nuit des temps, Une rose au paradis). Son écriture se veut poétique, onirique et, parfois, philosophique. Certains de ses ouvrages sont le fruit d'une interrogation empirique et poétique sur l'existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre). Mais aussi sur l'héritage environnemental qu'on laisse à ses enfants et à ses petits-enfants. Ces œuvres, peu reprises dans les manuels scolaires, sont pourtant extrêmement lues en France.
René Barjavel est également l'auteur du Voyageur imprudent, où est mis en avant le fameux paradoxe des voyages temporels : si, retournant dans le passé, je tue un de mes ancêtres avant qu'il n'ait eu d'enfants, je ne peux pas exister, donc je ne peux pas le tuer.
Il est enterré au cimetière de Tarendol, face au mont Ventoux, aux côtés de ses ancêtres.
Le mont Ventoux apparaît dans ses romans, par exemple dans Colomb de la lune où c'est l'emplacement de la base spatiale. Tarendol est le nom du héros dans le roman Tarendol.
Sommaire |
Vie et œuvre
Sa passion
« Je suis dévoré par une curiosité qui ne sera jamais satisfaite, je voudrais tout savoir et tout voir. Et par une anxiété perpétuelle concernant le sort de ceux et de ce que j'aime. Et j'aime tout »
De l’œuvre léguée par Barjavel, l’on retient aujourd’hui quelques titres à succès, édités massivement et sans-cesse dans le monde entier, et que l’on porte comme titres représentatifs et de qualité de l’auteur, ceux qui, parmi les titres jugés secondaires, lui ouvrent les portes de la bibliothèque du grand « lectorat », là où les titres déposés demeurent à jamais. Pour Barjavel, les quelques romans sélectionnés reposent au rayon «Science-Fiction», et pour l’essai que l’on retient de lui, La Faim du Tigre, l’on ne sait trop qu’en faire, jusqu’à le laisser errer en «littérature». Pour ne pas brimer l’auteur, il faudrait s'arrêter à lui chercher un classement, et revenir sur le choix hâtif de la sélection qui laisse Ravage connu de tous alors que Le Diable l’emporte ne l’est que d’une classe restreinte, sans justification.
Barjavel a cette particularité d’avoir délaissé la fantaisie de l’écriture spéculative ou au «goût du moment» pour s’être concentré sur des thèmes permanents qu’il répercute dans toutes ses œuvres « je suis, depuis mon adolescence, accroché à quelques idées fortes et simples dont l'âge n'a fait que me confirmer la justesse ». Ecrivain d’abord comme romancier, il n’en est pas moins un penseur, et la cohérence des idées qu’il expose pourrait se faire modèle ; les seules variations sont dues à l’évolution inéluctable de l’homme qui façonne ses idées en les précisant, sans jamais prendre une orientation différente, même s’il mène en tête des thèmes auparavant en arrière-plan, détrônant ceux qui en proue, loin d’être oubliés, gardent l’importance qu’ils se devaient d’avoir le moment venu.
Aussi, plus que chez aucun autre, la sélection est dangereuse, puisque limitant des pans entiers de sa pensée, la richesse de son œuvre ne se contient que dans son exhaustivité. Mais le classement en littérature n’est pas un cloisonnement des auteurs une fois leur œuvre achevée, c’est eux qui selon l’affinité de leur plume pour un genre donné décident de s’inscrire dans l’optique de leur choix.
Barjavel se revendiquait auteur de SF, mais l'appellation même se doit d’être reconsidérée, pour éviter toute confusion avec la littérature dite «de marge», accessible en gare et de bonne compagnie dans un taxi. C’est un genre littéraire bien trop vague, de Bradbury à Asimov en passant par Bradley il y a de quoi perdre cent fois les thèmes et les orientations barjaveliens. L’expression d’ailleurs était inconnue à l’auteur alors qu’il écrivait son premier roman du genre, Ravage. La Science-Fiction de Barjavel est un fond au message de l’auteur, qui lui ne souffre pas d’étiquette, et que l’on retrouve dans toute sa cohésion dans les autres écrits, tels ses essais et articles.
Ecoutons-le lui même se positionner «Ce qui me met, je crois, en marge de la science-fiction, c’est qu’on ne trouve jamais dans mes livres de monstres extravagants ou d’extraterrestres. Mes personnages sont toujours des êtres humains. C’est le sort des hommes, de l’espèce humaine, qui est mon souci. Je me qualifierais plutôt de fabuliste. Mes romans sont des fables dont on peut tirer une moralité. Non pas une morale, c’est-à-dire une règle de vie, mais bien une moralité, c’est-à-dire un conseil pratique».
La Science-Fiction comme il la conçoit ne se limite pas au roman «la science-fiction apporte des voies nouvelles vers des horizons sans limites. Ce n’est pas un genre littéraire nouveau, c’est une nouvelle littérature qui comprend tous les genres : lyrique, dramatique, psychologique, satirique, philosophique, épique, etc.», il confiait lui-même que les grands auteurs d’hier eussent été auteurs de Science-Fiction aujourd’hui. Aussi, bien que ce ne soit pas le genre littéraire qui nous intéresse ici, il nous faudra, chaque fois qu’il sera nécessaire de le mentionner, éviter de penser que Barjavel était un auteur asservi par la S.-F., qui dirigea son œuvre. Elle ne fut qu’un moyen par lequel s’exprimer. C’est bien cette conception qui permet à ses lecteurs de le retrouver parmi les autres auteurs du genre, tous loin de sa touche personnelle.
Biographie
«Moi je suis un laboureur. Même pas : je bêche mon chemin motte à motte, je rencontre un ver, une marguerite, un caillou, et chaque fois, je regarde si Dieu n'est pas caché derrière»
Barjavel est un écrivain contemporain. Même dans son âge avancé, il n'a cessé d'écrire, pour signer les plus belles de ses œuvres. Il naît en 1911, a Nyons, dans la Drôme paysanne. Son père boulanger mobilisé pour la guerre, sa mère en remplaçante n’ayant que peu de temps à lui consacrer, l’enfant seul découvre la nature et s'émerveille de ses prodiges, se plonge dans la littérature, grandit dans l’amour d’une mère happée par le travail, et l’affection de sa cousine, Nini. Ce regard d’enfant grave dans sa mémoire des souvenirs intenses qu’il répercute dans son autobiographie La charrette bleue. Celle-ci est avant tout l’écho de son enfance, et laisse peu de place à sa vie adulte.
Personne ne s’en étonnera, l’enfant est l’homme qui sait encore regarder autour de lui, prendre conscience de chaque chose pour en dénicher les merveilles que tue l’habitude, et faire son bonheur de tout. Barjavel disait n’avoir gardé aucune mélancolie de son enfance, c'est parce qu’il n’en a pas tout perdu, du bonheur incessant de vivre jusqu’aux images fortes des choses les plus simples, qui sont miraculeuses, et éternelles «Elle guettait de nouveau, dragon immobile, au centre de sa rosace, au-dessus de l’eau noire. Je crois qu’elle y est restée des années. Elle y est peut-être encore ». Il s’est attaché à ne pas en perdre la naïveté qui préserve du mal-être de l’âge adulte.
Toute occasion lui est propice à cultiver son bonheur. Dans la vétusté de son appartement, qu’il a choisi du balcon en regardant le ciel, la vie n’est pas toujours simple, mais même les situations les plus difficiles sont occasions à en tirer parti «Mon ami le percepteur me fait parvenir un billet rose. C'est le « dernier avis avant saisie ». Malgré les quelques acomptes que j'ai versés, il me reste à payer une somme effrayante. Bien entendu, je n'ai pas de quoi le payer. Je vais essayer un nouvel acompte. Il paraît qu'il a le droit de saisir même en l'absence du contribuable. Il ne faudrait pourtant pas que, revenant de vacances, nous trouvions la maison vide !... Oh ! et puis, après tout ! Cela simplifierait notre existence. Nous étions bien plus à l'aise avant d'acheter l'armoire ».
À l’école, il se montre médiocre écolier, voué à la succession de son père. Abel Boisselier, professeur de Français, remarque ses qualités dans cette matière et l’exhorte à continuer ses études en lui affirmant son intelligence. Son père ne peut les lui assurer, et le professeur en fait son protégé et le recueille. Le baccalauréat qu’il réussit en 1929 clôt ses études qu’il ne peut poursuivre, faute de moyens financiers. Il entame toute une série de petits boulots, et rencontre Denoël au cours d’une interview, qui l’appelle à ses côtés.
Marié en 1936, père de Renée (Nanou) et de Jean dans les deux années qui suivent, il forge, avec les maladies qui assaillent les enfants-bébés, ses grands thèmes sur la Vie et la médecine, ceux de La Faim du tigre. Il vit mal la guerre qu’il fait dans les zouaves, en désaccord avec la nécessité de la guerre, (et de la guerre par la suite), et révolté contre l’esclavage du soldat et la bêtise militaire. De retour parmi les siens, dans Paris qu’il ne quittera plus, il vit, seul, la libération de la capitale où se confrontent les Allemands en fuite, les jeunes idéalistes du maquis et les voisins devenus justiciers.
Le manque d’argent et l’échec de Le Diable l’emporte sont un début de rupture avec sa carrière de romancier, il s’aventure dans le cinéma. La tuberculose et ses lacunes financières l’empêchent de réaliser Barabbas, pour qui Dieu ne fut qu’un temps. Adaptateur, dialoguiste, le cinéma n’en gardera pas un passage marquant, malgré son empreinte profonde dans de nombreux films, dont les Don Camillo, les Misérables (de Le Chanois), les chiffonniers d’Emaüs, le mouton à cinq pattes, le guépard, etc. Avec La faim du tigre, il croit couronner sa carrière, le ton et la conclusion en gardent cette marque, mais c’est Demain le Paradis, autrement plus optimiste, qui termine l’œuvre de l’auteur qui aura vécu un formidable renouveau depuis cet essai, qui par ailleurs conserve sa place de choix.
Avec La nuit des temps démarre, comme l’avait prévue Olenka de Veer, sa carrière de grand écrivain. Il se fait chroniqueur au journal du Dimanche (Les libres propos de René Barjavel, qui seront recueillies dans les «années de la lune», «les années de la liberté» et «les années de l’homme»), et parachève son œuvre dans l’esprit qui surpassera désormais toutes les inclinaisons pessimistes, celui de l’espoir.
Né le 24 janvier 1911, il décède le 24 novembre 1985. En 74 ans, il aura parcouru les onze mois de l’année de sa vie : sans avoir apporté les réponses aux grandes questions et angoisses de La faim du tigre, qui ne l’ont jamais quitté, il a néanmoins bâti tout un modèle de vie, retrouvé l'émerveillement de son enfance, et, auteur philanthropique parmi tous, adopté une position tolérante et de compassion pour la souffrance et l’injustice qui ne l’auront jamais laissé indifférent.
Bibliographie
- Colette à la recherche de l'amour (1934)
- Roland, le chevalier plus fort que le lion (1942)
- Ravage (1943)
- Le Voyageur imprudent (1943)
- Cinéma total (1944)
- Tarendol (1946)
- Le diable l'emporte (1948)
- Journal d'un homme simple (1951)
- Colomb de la lune (1962)
- La Faim du tigre (1966)
- La Nuit des temps (1968)
- Les Chemins de Katmandou (1969)
- Les Années de la lune (1972)
- Le Grand Secret (1973)
- Les Dames à la licorne (1974)
- Le Prince blessé (1974)
- Brigitte Bardot amie des animaux (1974)
- Les Années de la liberté (1975)
- Les Années de l'homme (1976)
- Si j'étais Dieu ... (1976)
- Les Jours du monde (1977)
- Les Fleurs, l'Amour, la Vie (1978)
- Lettre ouverte aux vivants qui veulent le rester (1978)
- Une rose au paradis (1981)
- La Charrette bleue (1981)
- La Tempête (1982)
- L'Enchanteur (1984)
- La Peau de César (1985)
- Demain le paradis (inachevé, édité de façon posthume - 1986)
Liens externes
- (fr) Le Barjaweb : site consacré à Barjavel, biographies, études de la plupart de ses œuvres, approche thématique de l'ensemble de l'œuvre.
- René Barjavel .com : Biographie et bibliographie de René Barjavel, précurseur francais de la science fiction.
- Une biographie, une bibliographie ainsi que le résumé de quelques œuvres sur le site Biblioweb
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