Philon d'Alexandrie

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Sommaire

Présentation

Si Philon d’Alexandrie (-12 - +54) a préparé les philosophies chrétiennes et juives ultérieures, il est lui-même l’héritier du judaïsme d’Alexandrie vieux de 3 siècles, et c’est à partir de cette tradition antérieure qu’il a transfiguré qu’il faut le comprendre.

Philon est juif par sa culture biblique, par son amour pour sa communauté, mais sa pensée est véritablement universaliste. Il est convaincu que le message de Moïse est universel. Le particularisme juif est absorbé par l’universalisme juif qui est, chez Philon, conquérant et missionnaire.

Philon, membre de la secte des Pharisiens, vivait à Alexandrie au premier siècle de notre ère. Connaissant parfaitement tous les systèmes philosophiques grecs, il est à ce point influencé par Platon qu'il en épouse même le style, avec toutefois les hellénismes des Juifs d'Alexandrie. Ses textes sont intéressants pour l'étude de la philosophie néo-platonicienne, mais aussi pour la lecture des Septante et des livres du Nouveau-Testament, dont les auteurs étaient ses contemporains ; ils sont le reflet direct de la plus haute érudition hébraïque de cette période.

Philon aurait aimé vivre une vie spirituelle retirée du monde, mais l’obligation faite au Juif par la Loi de Moïse d’instaurer le Royaume des Prêtres au sein même de la Cité rend difficiles l’isolement et la tâche spirituelle.

Système philosophique et religieux

Son système philosophique se résume en trois thèses fondamentalement bibliques :

  • La transcendance de Dieu, et l’inconnaissabilité de Dieu. L’homme ne peut saisir l’essence de Dieu ni par le sens ni par l’intelligence. Philon pose ici une limite nette au pouvoir de la philosophie et de la théologie. Cette thèse de l’inconnaissabilité de Dieu ne sera reprise que par Maïmonide et Kant.
  • La vacuité de l’homme. La terre n’appartient pas à l’homme. Le dialogue entre Dieu et l’homme que présuppose la Loi révélée est opaque et sourd, comme celui du maître et de l’esclave. De plus, renversant la célèbre maxime de Socrate, Philon affirme que l’homme ne se connaît même pas lui-même.
  • La médiation prophétique entre Dieu et l’homme.

Le Cosmos et l’homme ont capté quelque chose de divin, qui permet à ce dernier de s’y refléter. C’est pourquoi ils sont tous deux des images de Dieu.

Dieu se porte vers ce qui n’est pas lui par le principe d’Amour, c’est un don. Le mécanisme de cette transmission repose sur la théorie confuse (et relativement accessoire dans la pensée de Philon, mais qui aura un grand succès) des Puissances, des Anges, et surtout du logos.

Les Puissances divines

Les Puissances divines sont les attributs de Dieu, le logos est sa Sagesse même, son pouvoir créateur. Les Anges sont des émanations de Dieu, des hypostases dénommées « Fils de Dieu », « Ancien des Anges », etc. Il y a ensuite des archétypes de la Création, sortes de Verbes-idées, lieux et images de tout ordre créé. Enfin, l’esprit humain, l’âme et l’intelligence, sont eux-mêmes logos et susceptibles de s’ouvrir aux autres puissances dont l’enchevêtrement, la hiérarchie, l’harmonie forment la structure du monde.

Cette théorie est une sorte de synthèse autour des termes employés par la Bible grecque pour parler de Dieu, de la création et de la prophétie. Alliant la terminologie de la Bible à la mystique de Platon et au mystérisme de l’Orient, elle inspira (étant bien déformée au passage) la gnose juive, la christologie de saint Paul et de saint Jean l’Evangéliste, la philosophie de Plotin.

Bibliographie

  • FILWNOS IOUDAIOU SUGGRAMMATA.* Philonis Iudaei omnia qua extant opera. Partim ab Adriano Turnebo . partim a Davide Hoeschelio. Huic novissimae editioni accessere variae lectiones et elegantissimus eiusdem Philonis de Septenario libellus, et de Providentia Dei fragmenta. Lutetiae Parisiorum. 1640. Cum Regis privilegio. Compagnie des Libraires Paris 1640. La première édition grecque de quelques parties de Philon furent publiées en 1553 par Turnèbe. Fédéric Morel en donna en 1616 une édition complétée de quelques ouvrages inédits qui manquaient à Turnèbe, et en y plaçant les traductions de Budé, Gelenius, et les siennes propres. David Hoeschel ayant publié à son tour divers traités inédits, sept savants imprimeurs français (Sébastien et Gabriel Cramoisy, Denis Moreau, Claude Sonnius, Jean Branchu, Denis Thierry et Denis Bechet) donnérent en 1640 cette édition "complète", rééditée, ou contrefaite en 1691 à Wittemberg.


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