Philippe Pétain

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Henri Philippe Pétain, habituellement désigné sous la dénomination de « Maréchal Pétain » (notamment pendant la Seconde Guerre mondiale) fut un militaire et un homme d'État français de la première moitié du XXe siècle.

Né le 24 avril 1856 à Cauchy-à-la-Tour dans le Pas-de-Calais, il meurt le 23 juillet 1951 à Port-Joinville durant son internement sur l'île d'Yeu en Vendée, où il demeure inhumé.

En tant que chef militaire, le Maréchal Pétain reste dans les mémoires comme le vainqueur de Verdun, mais en tant que chef de l'État, son nom est associé à l'armistice de juin 1940 et au régime de Vichy qui a collaboré avec zèle avec l'Allemagne nazie.

Sommaire

Biographie

Le 14 septembre 1920, il épouse civilement Eugénie Hardon, divorcée d'un peintre peu connu et devenue, semble-t-il, sa maîtresse pendant la guerre. Il n'aura pas de descendance. Il est à noter qu'il l'avait demandée en mariage en 1901, mais que la famille avait incité la jeune femme à décliner l'offre en raison de la différence d'âge (20 ans).

L'homme de Verdun

À 58 ans, en 1914, le colonel Philippe Pétain s'apprête à prendre sa retraite après une carrière militaire un peu terne. Ses origines paysannes sont modestes et son passage à Saint-Cyr, à partir de 1876, sans éclat. Quelques garnisons secondaires, aucune des campagnes coloniales et, en 1904, un modeste poste de professeur adjoint à l'École de Guerre où il se distingue cependant par des idées tactiques originales qui déplaisent d'ailleurs à Foch.

Humiliés par la défaite de 1870, les états-majors se montrent volontiers bravaches et revanchards. On y prône la guerre à outrance. Pétain, lui, préconise la prudence, la défensive et la guerre de position.

Dès le début de la guerre, à la tête d'une brigade d'infanterie, il se distingue en Belgique. Nommé général de corps d'armée, il réalise des actions d'éclat tout en se montrant soucieux d'épargner la vie de ses hommes dont il gagne le cœur. En février 1916, c'est lui qui commande les troupes françaises à Verdun et son charisme n'est pas étranger à l'issue glorieuse du combat, même si la ténacité de ses troupes, comme par exemple celle du commandant Raynal au Fort de Vaux, en a été le facteur décisif. Désormais, aux yeux de tous il est le vainqueur de Verdun, bien que ce mythe soit surtout exploité plus tard... sous Vichy.

En 1917, le général Nivelle succède à Joffre à la tête des armées françaises. Son acharnement et l'apparente négligence du sang de ses hommes que certains lui ont reproché contrastent avec la modération de Pétain. Elles ont certes abouti à la bataille du Chemin des Dames, le 16 avril. Mais les Français ont tenu, même si, sous les drapeaux, le mécontentement a grondé. Nivelle est renvoyé et Pétain se trouve être l'homme providentiel pour lui succéder et ramener la confiance des troupes, non sans faire fusiller, pour l'exemple, une partie des soldats mutinés.

Après la victoire, son prestige est immense et, le 19 novembre 1918, il est élevé à la dignité de maréchal de France, et reçoit son bâton de maréchal le 8 décembre 1918.

L'entre-deux-guerres

En 1919, Pétain est élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques. Parcours classique pour les personnalités du temps. L'Institut rassemble de nombreux hommes politiques.

Le 20 juin 1929, il est élu à l'unanimité membre de l'Académie française, au 18e fauteuil, où il succède au maréchal Foch. Le 22 janvier 1931, il est reçu par Paul Valéry, dont le discours de réception - qui retrace sa biographie - se trouve dans Variété. Le discours rappelle et développe une phrase sur laquelle insistait Pétain : le feu tue, et comporte des considérations importantes sur la façon dont la mitrailleuse a modifié durablement les conditions du combat à terre et les règles de la stratégie. Le discours rappelle aussi les désaccords de vue, dans le respect mutuel, entre Pétain et Joffre.

Le 9 février 1934, il fut nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement Doumergue, fonction qu'il occupa jusqu'au renversement du cabinet le 8 décembre 1934. Il préside par la suite le Conseil supérieur de la Guerre, où il laisse prévaloir la politique de guerre défensive et rejeter les propositions de guerre offensive, par concentration des blindés, du colonel de Gaulle et d'autres, dont les Allemands seront les seuls à tirer profit. Il porte ainsi sa part de responsabilité dans les choix tactiques français qu'il fustigera pourtant lui-même dans son discours radiodiffusé de juin 1940, s'en prenant aux gouvernements de la fin des années trente qui avaient pourtant affecté d'importants efforts budgétaires en matière militaire.

Le 2 mars 1939, Pétain est nommé ambassadeur de France en Espagne. Le 20 mars 1939, il présente ses lettres de créance au général Franco, chef de l'État espagnol, résidant alors à Burgos.

Le printemps 1940

Le 17 mai 1940, Pétain accepte sa nomination comme vice-président du Conseil dans le gouvernement Paul Reynaud, ce en quoi il ne tient pas compte des avertissements du général Franco, qui lui avait déconseillé de l'accepter (Franco, après avoir lui aussi hésité, allait refuser, un peu plus tard, d'engager l'Espagne aux côtés d'Hitler dans la guerre, privant Hitler du troisième front en France que souhaitait celui-ci; Franco refusa aussi aux troupes allemandes le passage par l'Espagne pour accèder à l'Afrique du Nord).

Le 14 juin 1940, Paris est occupé par l'armée allemande. Le gouvernement, le Président de la République et les Assemblées sont réfugiés à Bordeaux.

Le 16 juin 1940, Paul Reynaud présente la démission du gouvernement et suggère, suivi en cela par les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, de confier la présidence du Conseil au Maréchal Pétain, choix aussitôt approuvé par le Président de la République Albert Lebrun.

Le 17 juin 1940, suivant en cela le conseil énoncé le 12 juin par le général Maxime Weygand, chef d'état-major des Armées, Pétain annonce son intention de demander l'armistice qui sera signé le 22 juin 1940 à Rethondes, puis approuvé par le Conseil des ministres et le Président de la République.

Le 29 juin 1940, le Gouvernement s'installe à Vichy, en zone non occupée par l'armée allemande.

Une loi constitutionnelle votée par les deux chambres (569 voix pour, 80 contre) réunies en Assemblée nationale au casino de Vichy donne tous les pouvoirs au Maréchal Pétain avec pour mission la promulgation d'une nouvelle Constitution qui ne verra jamais le jour. De sorte que l'État français allait rester durant toute sa durée un État provisoire. De plus cette réforme fut inconstitutionnelle, car la compétence de révision, confiée par la constitution en vigueur de 1875 à l'Assemblée nationale, n'était pas la propriété de cette dernière, mais seulement sa fonction, et sa fonction exclusive. Ladite assemblée ne pouvait donc valablement ni déléguer cette fonction ni la transférer. Par ailleurs la confusion de tous les pouvoirs (constituant, législatif, exécutif et judiciaire) entre les mêmes mains, était totalement contraire au fondement même de la constitution de 1875, fondée sur une séparation souple des pouvoirs.

L'État français

Du 10 juillet 1940 au 20 août 1944.

Dans l'effondrement moral où se trouve une France abasourdie, atterrée par sa défaite totale, elle cherche désespérément comment et avec qui retrouver son honneur perdu. Elle ne trouve alors à mettre à sa tête qu'un vieil homme dont les actes vont tendre à l'engager sur la voie du déshonneur. Dans l'immédiat, pour les Français qui endurent la pire misère morale, l'espoir donné par cet homme providentiel permet de survivre. Et c'est cet espoir qui va d'abord pousser les foules à soutenir spontanément le régime du vainqueur de Verdun, et à chanter Maréchal, nous voilà !.
Par la suite le prestige du Maréchal sera stimulé sans cesse par une propagande unilatérale et omniprésente : Les photos de Pétain figureront dans les vitrines de tous les magasins, sur les murs des cités, dans toutes les administrations, ainsi que dans tous les locaux scolaires et ceux des organisations de jeunesse.

La Troisième République est rendue responsable de la défaite de Juin 1940 par l'extrême-droite parlementaire et les activistes anti-républicains. Cette accusation rencontre sur le moment une forte audience auprès de certains Français, qui, traumatisés par ce désastre militaire, perdent de vue que leurs généraux ne sont peut-être pas non plus étrangers à la défaite.
C'est sous l'empire de cette mise en accusation de la Troisième République que le chef de file des accusateurs, Pierre Laval, a fait voter par le Parlement, le 10 juillet, les pleins pouvoirs (Constituant, Législatif, Exécutif et Judiciaire) à Philippe Pétain, qui devient chef de l'État.

Celui-ci va en profiter pour supprimer les libertés publiques, suspendre les partis politiques et unifier les syndicats dans un régime autoritaire, mais tourné vers le passé.

Vichy aime en effet les notables, les autorités traditionnelles et les bonnes gens qui ne font pas d'agitation, alors que nazisme et fascisme se présentent comme révolutionnaires, ennemis de la tradition et soucieux d'un embrigadement total de la population.

Pétain recourra lui-aussi à l'embrigadement. D'abord, il utilisera à cet effet la « Légion Française des Combattants » (LFC) auxquels seront agrégés les « Amis de la Légion » et les « Cadets de la Légion » n'ayant pas combattu, mais partisans inconditionnels du régime. Il sortira de cette légion un service d'ordre légionnaire (SOL), placé sous les ordres de Joseph Darnand, ancien combattant courageux, mais dévoyé. Pétain, après avoir fait l'éloge des SOL, leur conférera l'autonomie sous le nom de « Milice française », toujours sous les ordres de Darnand. Celui-ci deviendra par la suite Obersturmführer des SS, ce qui n'empêchera pas Pétain d'en faire son Secrétaire d'Etat au maintien de l'Ordre. Cette milice se placera sous les ordres des forces d'occupation pour lutter contre les maquis et rafler les victimes de délations.

D'autres moyens d'embrigadement seront également mis en place dans le domaine économique, comme les Comités professionnels d'Organisation et de Répartition, ayant un pouvoir de juridiction sur leurs membres, ou un pouvoir de répartition des matières premières, pouvoir capital en ces temps de restrictions généralisées. Il en sera de même dans le domaine social, avec la Charte du travail instaurant le système du syndicat unique, et le Corporatisme paysan.

Si malgré ce développement du pouvoir personnel, le maréchal s'était alors exclusivement consacré à la reconstruction de ce qui pouvait l'être (rapatriement des réfugiès, démobilisation, ravitaillement, maintien de l'ordre normal, et maintien de l'Unité nationale), ainsi qu'à l'exigence du respect par l'ennemi des conventions d'armistice, sa dictature aurait cependant été utile à la France. Malheureusement, dans les faits, il n'utilisa ses pouvoirs ni pour établir l'unité nationale, ni pour résister aux pressions de l'ennemi.

Dès l'été 1940, alors que les réfugiés sont encore sur les routes, il utilise ses pleins pouvoirs non pour reconstruire, mais pour déclencher immédiatement une véritable « chasse aux sorcières »: Il fait pleuvoir sans délai des suspensions de fonctionnaires mal-pensants, ou ayant eu des parents naturalisés, et adopte, dès octobre 1940 et sans aucune pression allemande sur ce point, des lois d'exclusion directement inspirées des lois hitlériennes contre les francs-maçons et les juifs (Voir article Régime de Vichy). Ces textes discriminatoires, adoptés à la hâte en octobre 1940 et beaucoup plus durs que ceux de l'Italie fasciste, seront complétés en 1941 par de nouvelles lois aggravées. Ainsi les Français de prétendue « race juive » (race tellement peu évidente que l'appartenance à celle-ci sera déterminée, non par des critères physiques, mais par la religion des parents) seront-ils exclus de la plupart de leurs fonctions et activités civiles, puis dépouillés de leurs biens. Les adolescents seront chassés des universités. Ce régime sera même aggravé en Afrique, où des milliers d'enfants juifs de 5 à 17 ans seront chassés de l'école, sans même un texte législatif, par une simple note de service n°343QJ du 30 septembre 1941, du général Maxime Weygand, avec l'appui du Recteur Hardy.

Bien entendu, il faut noter que, parallèlement, le régime de Pétain a aussi pris diverses mesures conformes à l'intérêt général, dont certaines fort importantes comme, par exemple, la création d'un ministère de la Reconstruction et l'unification du Permis de construire, ou d'autres, de portée plus modeste encore que non négligeable, comme l'interdiction de fumer dans les salles de spectacle.

D'autres mesures sur le plan social, ainsi que dans les domaines des sports et de la jeunesse, n'ont pas non plus été dépourvues d'utilité, comme les Chantiers de jeunesse ou les Compagnons de France, tout en étant détournées vers l'exaltation du régime de la Révolution nationale. Il faut signaler cependant qu'à partir de l'année 1943, une grande partie de ceux qui ont été formés dans les Chantiers de jeunesse et à l'Ecole des cadres d'Uriage entreront dans la Résistance.

Enfin, sur le plan de la politique extérieure, Pétain, après avoir d'abord prétendu rester neutre dans le conflit en cours entre les Etats de l'Axe et la Grande-Bretagne, fut le principal artisan de la « Collaboration ».

Certes, l'armistice avait permis, en un premier temps, de limiter l'occupation allemande à la moitié nord et ouest du territoire. Mais l'autonomie de la zone sud ne fut qu'apparente, car Pétain, avec ou sans discussion préliminaire, allait se plier systématiquement aux exigences de l'ennemi. En voici quelques exemples:

  • Pour commencer, Hitler propose à Pétain de collaborer dès l'entrevue de Montoire, du 24 octobre 1940. Hitler lui demanda "Dans quelle mesure le gouvernement français est-il disposé à entrer dans cette organisation (de lutte contre l'Empire britannique) et à collaborer avec elle ?" . La poignée de mains de Montoire, largement diffusée aux actualités cinématographiques, est exploitée par la propagande allemande (« Êtes-vous plus Français que lui ? »), sera reprochée fortement à Pétain, lors de son procès à la Libération. Parallèlement, au moment où Pétain rencontrait Hitler à Montoire, ses émissaires menaient secrètement des pourparlers à Londres avec le gouvernement anglais. En réalité, ce serrement de mains aurait pu être secondaire, s'il n'y avait été ajouté des actes:
  • Il en fut ainsi de son discours radiodiffusé, par lequel il allait, lui-même et non Laval, appeler les Français à « collaborer » avec l'occupant, le 30 octobre 1940.
  • Lorsque les Allemands mobilisèrent les Alsaciens-Lorrains, le 25 avril 1942, et les déclarèrent « citoyens allemands » le 30 août 1942, en violation flagrante de la Convention d'armistice, seule une timide protestation fut émise par Vichy. Encore ne fut-elle pas publiée, alors que cette grave violation aurait dû être véhémente, argumentée et portée à la connaissance du monde entier.
  • Lorsque Darlan, successeur désigné du Maréchal, et ministre des Affaires etrangères, eut signé avec Abetz, le 6 mai 1941,le premier « Protocole de Paris » prévoyant la cession de la base aérienne d'Alep en Syrie à l'aviation allemande, et la livraison des 3/4 du matériel et des armements de l'armée française du Levant aux forces irakiennes en guerre contre les Anglais, Pétain intervint personellement pour que cet accord soit appliqué sans réserve (Voir annexe ci-dessous sur l'application en Syrie du Protocole de Paris).
  • En Septembre 1942, le général Bridoux, ministre de Pétain fit entrer secrètement en zone « non occupée » 280 policiers allemands, qu'il avait muni de faux papiers français, pour y traquer les résistants.
  • Lorsque les Alliés débarquèrent en Afrique du nord, le 8 novembre 1942,
    • Pétain multiplia les ordres de les combattre à ses généraux d'Algérie et du Maroc, qui livrèrent 3 jours de combat sanglants aux Anglo-Américains. Si ces ordres ne furent pas exécutés à Alger ce fut parce que son XIXe corps d'armée fut neutralisé par une poignée de résistants civils, dont le putsch du 8 novembre 1942 permit aux alliés d'y débarquer sans opposition, d'encercler la ville et de la capturer le jour même (voir Opération Torch).
    • Simultanément les amiraux et généraux de Tunisie livrèrent, sur l'ordre de Pétain, la Régence et la flotte de Bizerte à une poignée de généraux germano-italiens, sans un seul coup de feu.
  • Quand, le 11 novembre 1942, les forces germano-italiennes envahirent la zone non occupée de la France, Pétain à nouveau ordonna personnellement aux officiers français de ne pas résister, ordre qu'ils exécutèrent, à part 2 ou 3 exceptions.
  • etc.

Par exception, lorsque le port de l'Étoile jaune fut imposé aux juifs en zone occupée, cette mesure ne fut pas étendue par Pétain à la zone sud. Cependant Pétain ne protesta pas non plus contre l'application de cette mesure en zone nord, par les nazis, à la différence du Roi de Danemark (qui la porta et demanda à ses sujets de tous la porter), du Bailli de Jersey (petite île anglo-normande), et du Bey Moncef de Tunis, qui n'hésitèrent pas à refuser cette mesure à l'occupant.

Pétain resta au pouvoir quand, à la fin de 1942, les Allemands envahirent la zone sud pour répondre au débarquement américain en Afrique du nord, ce qui conduisit la flotte française à se saborder à Toulon, où elle était ancrée (à l'exception de quelques bâtiments qui prirent la mer pour rejoindre l'Afrique du nord). Pétain y perdit beaucoup de la popularité dont il jouissait depuis 1940 et la Résistance s'intensifia malgré l'organisation de la milice de Vichy qui collabora étroitement avec les nazis.

On a souvent allégué la sénilité de Pétain pour excuser son action. Mais c'est surtout en 1940-41, alors qu'il était en pleine forme, qu'il a déclenché les actes les plus néfastes (exclusions et collaboration). Ce mythe n'en a pas moins eu la vie dure. À vrai dire, ce fut seulement après la guerre que certains cherchèrent à expliquer les décisions du chef de l'État français par la faiblesse de l'âge.

Selon l'historien Robert Paxton, dans son ouvrage Vichy France, old Guard and New Order, 1972, les nazis se sont toujours méfiés du concept de « collaboration ».

Le 20 août 1944, le Maréchal fut enlevé et emmené contre son gré à Sigmaringen en Allemagne, où s'étaient réfugiés les dignitaires de son régime. Le 24 avril 1945 il décide de rejoindre la frontière Suisse puis se rend aux autorités françaises le 26 avril.

Le procès et la captivité

Le procès du maréchal Pétain débute le 23 juillet 1945 devant la Haute Cour de justice. Philippe Pétain déclare le premier jour qu'il a toujours été un allié caché du Général de Gaulle et qu'il n'était responsable que devant la France et des français qui l'ont désigné et non devant la haute cour de justice. De ce fait Philippe Pétain refuse de répondre aux questions qui lui seront posé. Seront entendus de nombreuses personnalités en tant que témoins à charge : Édouard Daladier, Paul Reynaud, Léon Blum, le pasteur Boegner, Pierre Laval ; à sa décharge et pour sa défense le général Weygand.

Le procès s'achève le 15 août 1945 à l'aube : la cour le déclare notamment coupable d'intelligence avec l'ennemi et de haute trahison, et le condamne à mort, à l'indignité nationale et à la confiscation de ses biens, assortissant toutefois cette condamnation du vœu de non-exécution de la sentence de mort, en raison de son grand âge.

Il existe au moins deux compte-rendus imprimés du procès : le Procès Pétain, par Geo London : avec 44 croquis d'audience de Jean Auscher. Lyon : Roger Bonnefon éditeur. Achevé d'imprimer le 10 février 1946. In-8 (225x145), 1084 p. (collection '« Les Grands Procès de la Guerre 1939-1945 ») et " le procès du Maréchal Pétain - Compte rendu sténographique" Collection des grands procès comtemporains - Albin Michel - 2 tomes - dépot légal Octobre 1945.

Eu égard au vœu de la Haute Cour de justice et peut-être également en raison des mérites passés du Maréchal, et de leur ancienne amitié, le général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République, commua la sentence de mort en peine de réclusion à perpétuité.

Le Maréchal Pétain fut brièvement interné au Fort du Portalet, dans les Pyrénées, du 15 août au 16 novembre 1945, date à laquelle il fut transféré au Fort de la Citadelle, sur l'île d'Yeu (Vendée). Son épouse, installée à son tour dans l'île, bénéficia d'un droit de visite quotidien.

La santé du Maréchal Pétain déclina à partir du début de l'année 1951, les moments de lucidité devenant de plus en plus rares. Eu égard à cette situation, le Conseil supérieur de la magistrature, présidé par Vincent Auriol, président de la République, en vue d'adoucir une fin prévisible, autorisa le 8 juin 1951 l'« élargissement » et la résidence « dans un établissement hospitalier ou tout autre lieu pouvant avoir ce caractère ». Le transfert dans une maison privée de Port-Joinville eut lieu le 29 juin 1951, et le Maréchal mourut paisiblement le 23 juillet 1951 et fut inhumé le surlendemain dans le cimetière marin de l'île d'Yeu.

Dans les années 1970 eut lieu un épisode rocambolesque : sa dépouille fut enlevée par des personnes se réclamant de sa mémoire, et désireuses d'obtenir le transfert de ses cendres au Fort de Douaumont (Verdun), près des centaines de milliers de soldats français qui y sont tombés, conformément à ses dernières volontés.

Il est à remarquer que tous les Présidents de la République s'étant succédé entre 1951 et 1995 ont régulièrement fait fleurir la tombe du Maréchal Pétain, le premier à déroger à cet usage étant Jacques Chirac.
Compte tenu de la peine d'indignité nationale prononcée le 15 août 1945, le Maréchal Pétain fut radié de l'Académie française. Toutefois, l'Académie se garda bien de le remplacer de son vivant au 18e fauteuil, égard auquel eut également droit Charles Maurras (tandis qu'Abel Bonnard et Abel Hermant y étaient remplacés dès 1946).
La condamnation à l'indignité nationale ne s'étendit pas à la dignité de Maréchal de France, qui figure en toutes lettres dans l'acte de décès du Maréchal Pétain.

Un bémol à ces constatations historiques

En dépit de tous ses actes effectifs de collaboration, la culpabilité de Philippe Pétain pendant la Seconde Guerre mondiale ne fait pas une totale unanimité.

Une association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain a été créée pour rechercher sa réhabilitation. La démarche de cette association a consisté à mettre en balance la longue liste des actes de collaboration avérés du Maréchal, avec ses intentions réelles ou supposées.

La Cour Européenne de Strasbourg a certes reconnu dans un arrêté du 23 septembre 1998, le droit à la défense du Maréchal Pétain dans le cadre de l'affaire opposant le gouvernement français à l'Association pour Défendre la Mémoire du Maréchal Pétain ou ADMP. Mais cette reconnaissance, basée sur le droit à la liberté d'expression, n'implique aucune approbation par la Cour Européenne du rôle du Maréchal Pétain, dont elle n'aurait pas compétence pour juger.

À l'occasion de cette procédure pénale qui aura duré 14 ans, et avec la participation du gouvernement britannique, cette association a mis à jour de nombreux documents de communication entre Philippe Pétain et le Royaume-Uni pendant l'occupation, permettant, selon elle, de reconsidérer de façon plus solide l'hypothèse d'un double-jeu mené par le Maréchal durant la seconde guerre mondiale. Notons toutefois que l'existence de telles communications occultes entre États est la règle en temps de guerre (comme les Hitlériens en eurent, en 1945, avec les Soviétiques et les Alliés de l'Ouest), et n'implique pas nécessairement un double jeu.

Un nombre moindre de Juifs auraient été exterminés en France que dans les pays européens voisins, ce qui ne serait pas un hasard non plus. Il faut également considérer le fait que Pétain s'est laissé conduire en Allemagne à la libération, pour ensuite rejoindre la Suisse et demander à rentrer. Pourquoi un homme coupable de haute trahison, tiendrait-il à revenir en France ?

Les tenants de cette thèse estiment que Philippe Pétain aurait été le bouc émissaire idéal de l'après-guerre, jugé par une histoire française mal assumée.

Peut-on juger Pétain aujourd'hui ?

Il est clair que Pétain suscite encore des polémiques, son culte étant l'un des marqueurs symboliques de certains courants de l'extrême-droite française. « C'est moi seul que l'Histoire jugera. », déclare-t-il à la radio de Vichy le 30 octobre 1940. Les partisans de Pétain redoublent donc d'efforts pour accréditer les mythes de la sénilité, les explications douteuses sur la poignée de main de Montoire sans oublier le mythe du bouclier qu'aurait été Pétain parallèlement à l'épée de De Gaulle. Certains ouvrages néo-aroniens (du nom de l'historien Robert Aron qui accréditait cette thèse en 1950 avant l'ouverture de nouvelles archives) s'en sont encore fait l'écho tel le Vichy de François-Georges Dreyfus.

À vrai dire le régime de Vichy n'a pas empêché les violences contre les Français et si la polonisation de la France ne commence pas dès 1940 c'est bien parce que, dans la doctrine nazie, Slaves et Latins n'occupent pas le même rang dans la prétendue hiérarchie raciale de l'humanité. Reste qu'au moment où elle l'a souhaité, l'armée allemande a commis les massacres de Tulle et Oradour-sur-Glane... d'autres actes de répression étant commis avec la complicité de la milice française.

Au demeurant, ce sont les actes et non les intentions qui font l'histoire. C'est donc sur la base des actes que l'historien impartial doit se fonder pour formuler un jugement. Or pour Pétain le travail est très facile, tous ses actes étant allés dans le même sens, et de façon ouverte.

Par ailleurs, l'historien, le professeur, n'a pas à se positionner par rapport à Pétain et l'histoire ne juge pas. Elle détermine les faits, propose et examine des explications. L'explication qui convient ici le mieux est qu'une partie des élites françaises politiques et administratives, remâchant sa rancœur, née du Front Populaire, voire de l'affaire Dreyfus, voire de l'opposition aux valeurs fondées sur la mémoire de 1789, a profité de l'occasion que lui offrait juin 1940 pour régler des comptes et établir un régime qui correspondait à ses aspirations. Ce fut chose faite en juillet 1940. Sous l'œil de l'occupant.

Il faudrait par ailleurs souligner que beaucoup de Juifs résidaient en Algérie à cette époque (20 000). Le fait que le Maréchal Pétain ait empêché l'avancée des Allemands en signant un armistice montre que la collaboration avec l'Allemagne n'avait pas pour but de leur livrer les Juifs. Ce qui ne l'a, l'Histoire le montre assez, pas empêché de le faire ensuite afin de satisfaire aux exigences des Nazis.

Sources et bibliographie

Extrait du Protocole de Collaboration militaire de Paris,

concernant la Syrie et l'Irak, signé par l'Amiral Darlan et l'Ambassadeur Abetz en date du 28 mai 1941 (mais appliqué dès le 6 mai 1941)

I. - SYRIE - IRAK 1. - Le gouvernement français s'engage à donner satisfaction aux désirs suivants du Haut Commandement allemand : a) Accords de principe sur la cession à l'Irak, contre paiement, du matériel de guerre stocké en Syrie, jusqu'à concurrence des trois quarts de l'ensemble du matériel, ainsi qu'il a été fixé antérieurement... b) Pendant là durée de l'état de choses actuel en Irak, escale et ravitaillement dans la mesure du possible, des avions allemands et italiens avec octroi à l'Armée de l'air allemande d'un point d'appui dans te nord de ta Syrie (Alep) ; c) Utilisation de ports, routes et voies ferrées syriens, pour livraison à destination de l'Irak ; d) Sur instructions précises à donner par le Haut Commissaire français, instruction donnée en Syrie, à des soldats irakiens, en ce qui concerne le maniement des armes françaises cédées ; e) Transmission au Haut Commandement allemand... de tous renseignements recueillis par le commandement français sur les forces et sur les mesures de guerre anglaise dans le Proche-Orient; ... Le gouvernement français déclare, en outre que le Haut Commissaire français accordera des prestations nouvelles. selon la situation et dans la mesure du possible, sur demande des services allemands locaux ; il affirme, par ailleurs, que, en vue de maintenir en Syrie et au Liban la Souveraineté française; il est décidé à défendre ces territoires contre toute attaque, avec tous les moyens dont il dispose. ...

Ce texte, qui prévoyait aussi d'autres dispositions de collaboration militaire entre la France et l'Allemagne, concernant l'Afrique du Nord, l'AOF et l'AEF, a été intégralement appliqué par le général Dentz en ce qui concerne la Syrie et l'Irak.

Intervention personnelle du Maréchal Pétain pour l'application en Syrie de ce protocole de collaboration de Paris

Télégramme du 15 mai 1941 à 16 h 30 :

« Le maréchal Pétain chef de l'Etat à monsieur le général Dentz haut-commissaire de France en Syrie 635. L'amiral de la flotte Darlan vous a télégraphié hier au sujet des négociations franco-allemandes. Je tiens à insister personnellement sur la haute portée de ces négociations et sur la volonté que j'ai de poursuivre sans arrières-pensées la politique qui s'en dégage. L'allusion faite à la Syrie doit vous confirmer dans votre désir de défendre par tous les moyens, le territoire placé sous votre autorité, d'assurer comme à Dakar la liberté de son ciel, d'y donner dans des conditions que je sais politiquement et matériellement délicates, la mesure de notre désir de collaboration à l'ORDRE NOUVEAU. Je vous fais confiance. » Ph. Pétain.

Liens externes

[(http://www.souviens-toi.org/) (site en hommage aux déportés de la seconde guerre mondiale)]

Chronologies

Chronologie des chefs de gouvernement français
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Paul
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