Paul Touvier
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Paul Touvier (1915-1996) : premier français condamné pour crimes contre l'humanité en 1994.
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Premiers pas
Issu d'une famille savoyarde très catholique, Paul Touvier quitte l'institution Saint-François-de-Sales de Chambéry à seize ans pour un emploi d'expéditionnaire au PLM à Ambérieu. À la veille de la guerre, déjà veuf, il vit à Chambéry. Il participe à la seconde guerre mondiale dans la 8e division d'infanterie nord-africaine où, à la suite du bombardement de Château-Thierry, il est retrouvé errant.
Milicien
Il revient en 1940 à Chambéry occupé par les Italiens et adhère à la Légion française des combattants en octobre, en tant que responsable de quartier. La vie de Touvier prend un nouveau cours avec la création du SOL et de la Milice où l'héritage social, la notoriété combattante comptent moins que l'action et la conviction idéologique.
Il bénéficie du premier stage de l'École des cadres de la Milice à Uriage où sont détectées ses qualités de policier. Il est chargé du deuxième service de la Milice en Savoie.
De la Savoie, Touvier est appelé à Lyon où il est équipier national, chef régional de la Milice (dix départements), inspecteur national et en janvier 1944 chargé de mission au secrétariat d'État au Maintien de l'ordre. La politique et la police politique apportent à Touvier la réussite sociale, des satisfactions psychologiques et des avantages matériels. Chef régional du 2e service de la Milice à Lyon en 1944, il participa à la persécution des Juifs et à la lutte contre les résistants. Il infiltre la Résistance, interroge des prisonniers, dirige des rafles, pille des biens et venge Henriot en faisant fusiller sept juifs à Rillieux-la-Pape, le 29 juin 1944.
Devenu le « chef Touvier », il améliore son ordinaire grâce à des rapines et des pillages de biens juifs que lui et ses hommes « réquisitionnent ». Il fréquentera des prêtres qui ont choisi la Collaboration, dont l'abbé Stéphane Vautherin, qui s'inventera un titre d'aumônier de la Milice lyonnaise, et qui exercera son ministère auprès des tortionnaires et... des torturés. Fondateur des « Chevaliers de Notre-Dame », Vautherin sera le tout premier maillon de la longue chaîne de solidarité ecclésiastique dont Touvier bénéficiera pendant un demi-siècle...
L'épuration
En août 1944 Touvier reste au siège de la Milice à Lyon, 5, impasse Cathelin. Il ne suit pas les Allemands. Il se croit protégé. Il a pu établir des contacts avec la Résistance modérée. Il veut jouir d'une petite fortune mal acquise. L'abbé Stéphane Vautherin le conseille et obtient de lui la libération de prisonniers.
À l'heure de la libération de Lyon, le chef du Deuxième Service de la Milice sait pourtant ce qui l'attend : entre autres, sa probable participation à l'assassinat de Victor Bash, président de la Ligue des Droits de l'homme, et de sa femme, l'exécution de sept otages juifs à Rillieux, des arrestations, des déportations.
Traqué, Paul Touvier, trouvera son premier refuge chez l'abbé Stéphane Vautherin, qui le cache sous un faux plancher pendant que des résistants fouillent la maison. Il réussit à quitter la région lyonnaise, en emportant un magot de un demi-million de francs de l'époque.
Une pension de famille (achetée 300 000 francs) offre un abri à Touvier à Montpellier. Il se retrouve ensuite à Ceignac puis à Boutencourt dans l'Oise où des membres de sa famille sont arrêtés par les gendarmes qui ne s'intéressent pas à Touvier, lequel présente des papiers au nom de « Trichet ». Le 10 septembre 1946, Paul Touvier est condamné à mort par contumace par la cour de justice de Lyon, et le 4 mars 1947 à la même peine par la cour de justice de Chambéry.
En juillet 1947, Paul Touvier est arrêté à Paris. Il y a tenté quelques hold-up (dont une boulangerie), et comploté avec d'autres rescapés de l'épuration, avant d'être dénoncé. Devant les policiers qui l'interrogent, le double condamné à mort trahit ses amis, dont Stéphane Vautherin. À la fin des interrogatoires, avant d'être expédié devant le peloton d'exécution à Lyon, il s'évade dans des conditions rocambolesques. Sa longue cavale commence, elle durera 43 ans.
Le protégé de l'Église
Le fugitif frappe à la porte des églises : d'abord Sainte-Clotilde, puis Saint-François-Xavier et l'Abbaye de la Source, chez le père dom Olph Gaillard (bénédictin). On perd sa trace. En août 1947, dans une chapelle de la rue Monsieur-le-Prince, il est marié clandestinement à une jeune femme qu'il a rencontrée à Paris, par l'abbé Pierre Duben, aumônier des prisons. Deux enfants naîtront : une fille (1948) et un garçon (1950).
Dans les années 1950, il se cache à Chambéry, le berceau de sa famille, sous une fausse identité, avec le soutien de certains milieux catholiques. Il y trouve le soutien de l'abbé Tissot, premier vicaire de la cathédrale. Le curé de la paroisse Saint-Eugène, le père Morel-Chevillet, puis le père Eugène lui apportent aide et assistance. Lorsqu'un danger semble menacer la famille, toujours recherchée, elle trouve refuge auprès du clergé régulier (séjour à l'abbaye d'Hautecombe, en Savoie, au couvent des dominicains d'Évreux, à la chartreuse de Portes, dans l'Ain, ...). Il rencontrera Jacques Brel en 1959.
Une grâce du Président de la République
Les années passent, et pour l'ancien condamné à mort, en 1967, arrive enfin l'heure de la prescription des ses condamnations. Il reste cependant, et ceci pour la vie, affligé d'une interdiction de séjour dans la région de Lyon et de la confiscation de tous ses biens. Durant des années, Touvier va consacrer son énergie, et ses relations ecclésiastiques pour obtenir sa grâce auprès du président de la République, avec la volonté de recueillir sa part d'héritage, ce que les peines accessoires lui interdisent.
L'élément clé de cette opération sera Monseigneur Charles Duquaire, ancien secrétaire du diocèse de Lyon, et proche collaborateur du cardinal Jean-Marie Villot. La rencontre a lieu en 1957, par l'intermédiaire de l'abbé Duben. Emu par le calvaire de la famille, il va faire de la grâce de Paul Touvier la grande affaire de sa vie (avec lui le père Blaise Arminjon, provincial des jésuites qui entretient avec Paul Touvier une correspondance suivie, et dom André Poisson, supérieur de la Grande Chartreuse). Le lobby catholique, qui soutient Paul Touvier, parviendra après des années d'efforts, à obtenir une grâce du président Georges Pompidou, le 23 novembre 1971.
Crime contre l'humanité
Cette mesure est rendue publique par « L'Express » : elle déclenche une tempête : des victimes déposent de nouvelles plaintes pour crimes contre l'humanité. Les associations de résistants portent plainte en novembre 1973 contre Touvier pour complicité de crime contre l'humanité, ce que justifient l'assassinat des époux Bash et la fusillade de juifs à Rillieux-la-Pape. Paul Touvier disparaît à nouveau.
On le retrouve dans de nombreux couvents ou de monastères, qui recevront la visite de la famille en fuite. La Grande Chartreuse dans l'Isère, emploie en 1972 un secrétaire qui se fait appeler Paul Berthet, du nom de sa femme. Les abbayes de Solesmes, de Wisques, de Hautecombe, de Fontgombault accueillent les Touvier, qui ne cesseront de changer de cache, vivant dans la hantise d'une trahison. Les juges d'instruction Martine Anzani, puis Claude Grellier croiront plusieurs fois avoir localisé les fugitifs.
C'est la persévérance d'un officier de gendarmerie, Jean-Louis Recordon, féru d'histoire et passionné par cette traque hors du commun, aura finalement raison de cet extraordinaire réseau de solidarité chrétienne.
Chevaliers de Notre-Dame
Le 15 mars 1989, une enquête du Canard Enchaîné va révéler l'existence des Chevaliers de Notre-Dame. Sous le titre la soutane connection qui protège depuis 45 ans un criminel de guerre français, le journal lève un voile sur la filière qui protège Paul Touvier. Cette troupe de scouts pétainistes fondée par l'abbé Stéphane Vautherin, et disparue à la Libération, existe toujours. Un jeune moine bénédictin, ami de Stéphane Vautherin, Gérard Lafond, dont le père, propriétaire du « Journal de Rouen », organe collaborationniste, a eu de graves ennuis en 1940, protège Paul Touvier dès les premières années de sa cavale. Paul Touvier fera partie de cet ordre de chevalerie, et ses membres ne cesseront de l'aider, et même financièrement, jusqu'au dernier jour.
Les circonstances de l'arrestation
Avec l'accord du juge Jean-Pierre Getti, le colonel Recordon placera sous écoutes téléphoniques les principaux dirigeants des Chevaliers, dont Gérard Lafond, devenu père abbé à Wisques, dans le Pas-de-Calais, et Jean-Pierre Lefebvre, ancien de la division Charlemagne et patron des Chevaliers à Paris. Suite à l'article du « Canard enchaîné », et à la panique générée par celui-ci dans l'organisation des Chevaliers, les gendarmes engrangent assez d'informations, pour passer à l'action. Le 22 mai 1989, l'abbaye de Wisques est investie, puis le domicile de Jean-Pierre Lefebvre. En suivant la piste de l'argent que les Chevaliers font porter chaque mois à Touvier, les gendarmes remontent à Geneviève Pennou, qui fut la secrétaire de l'abbé Duben, (qui maria l'ancien milicien). Geneviève Pennou est responsable de « l'aumônerie de l'éducation spécialisée », un organisme rattaché à la conférence des évêques et logé par le Secours catholique. Les enquêteurs iront au monastère intégriste de Saint-Michel-en-Brenne, où une partie des bagages de Touvier s'y trouve encore. Il est finalement arrêté le 24 mai 1989 au prieuré Saint-François, à Nice. Les Français découvrent qu'une certaine frange de l'Église n'a jamais su renier certaines vieilles complicités.
Les procès
Suite à cette arrestation, la défense de Paul Touvier est confiée à Maître Trémolet de Villers, personnage omniprésent dans l'extrême droite catholique française.
Le 13 août 1992 la chambre d'accusation conclue par un non-lieu qui suscite une vive émotion. Le procureur général de Paris, Pierre Truche, forme un pourvoi devant la Cour de cassation qui casse cet arrêt de non-lieu le 27 novembre 1992.
La Cour d'assises des Yvelines juge Touvier et le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité en 1994. Il meurt à la prison de Fresnes le 17 juillet 1996, à l'âge de 81 ans.
Le 25 juillet 1996, une messe a été célébrée en son honneur à Paris dans l'église Saint Nicolas du Chardonnet. Le prêtre Philippe Laguérie y a exprimé son soutien à l'ancien milicien en fustigeant la IIIe République, les médias, la partie civile, la Licra... Touvier passe pour une « âme délicate, sensible et nuancée ». Le prêtre a aussi encensé le jugement de son Dieu qui l'a rappelé à lui (selon les croyances chrétiennes) pour mieux dénigrer la justice des hommes qui ne sait pas pardonner. Dans l'assistance; on notait la présence de Pierre Bernard, député de Seine Saint Denis.
Voir aussi
Bibliographie (sur Touvier)
- René Rémond, Paul Touvier et l'Église, Fayard, 1992
- Michèle Cointet, Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, Tallandier, 2000
Liens externes
- Le procès Touvier sur Histoire
- Une page sur la vie de Paul Touvier sur le site « Mémoire Juive et Education »
- Une page sur la Milice sur le site « Mémoire Juive et Education »



