Partis ethniques
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Il existe deux grandes catégories de partis autonomistes:
- les partis autonomistes-territorialistes ("régionalistes", "séparatistes"), qui ont pour objectif l'autodétermination — à des degrés divers — d'une entité territoriale (Partito Sardo d'Azione, Union du peuple corse, Union démocratique bretonne, Convergencia i Unio, l'Esquerra Republicana de Catalunya, le Parti nationaliste basque (PNV), les partis arméniens de l'Empire ottoman, Dashnak, Hentchak et Ramgavar, etc.)
- les partis ethniques, qui ont pour ambition de représenter un groupe ethnique au sein d'un système politique donné, qu'il s'agisse d'un État souverain ou d'une entité subétatique, les prototypes les plus anciens en étant les partis juifs des empires russe et austro-hongrois, Bund, Folkspartei, Agoudat Israel, et le parti suédois de Finlande, le Svenska Folkpartiet (SFP), tous fondés à la fin du XIXe siècle ou dans la première décennie du XXe, à l'époque où fut également développée l'option théorique de l'autonomie nationale-culturelle par les austromarxistes.
Certains partis peuvent combiner les deux caractéristiques dans des contextes différents : les sections locales des partis francophones de Belgique dans les communes flamandes et les sections locales de tous les partis flamands dans les communes bruxelloises sont des partis ethniques dans ces contextes alors que les mêmes partis sont autonomistes-territorialistes dans les régions wallonne et flamande, la caractérisation des partis politiques belges est de toute façon assez complexe.
Partis ethniques et options idéologiques
Il y a des degrés dans la revendication de l'autonomie, il y a aussi des différences idéologiques parfois totalement inconciliables entre des partis revendiquant l'autonomie pour un même territoire ou pour un même groupe ethnique, par exemple entre les partis sionistes (eux-mêmes divisés entre "révisionnistes" de droite, "généraux" du centre et "travaillistes" de gauche), Agoudat Israel (ultra-orthodoxe), le Bund (marxiste) et le Folkspartei ("interclassiste") pour les Juifs de Pologne dans l'entre-deux-guerres. Des regroupements ou des accords électoraux peuvent se faire tant entre partis ethniques qu'entre un parti ethnique et un parti-frère de même tendance idéologique (le Bund et le PPS, parti socialiste "polonais" aux municipales de 1939).
Dans certains cas néanmoins, un seul parti "supra-idéologique" vise, avec plus ou moins de succès, à représenter l'ensemble d'un groupe ethnique, comme le SFP en Finlande, le SSW (Danois et Frisons) dans le Land allemand du Schleswig-Holstein, le Parti de l'Union pour les droits de l'homme (Albanie) de la minorité grecque en Albanie, l’Alliance des démocrates hongrois de Roumanie, le Parti fédéraliste hongrois (Magyar Föderalista Párt, parti hongrois de Slovaquie), l'Action électorale polonaise de Lituanie, même si celle-ci est concurrencée par le Parti populaire des Polonais de Lituanie. Le Mohajir Quami Movement (MQM, devenu en 1997 Muttahida Quami Movement [1]) représente pour sa part les descendants des Indiens musulmans émigrés ou réfugiés au Pakistan après la partition de 1947.
Il faut par ailleurs rappeler que dans certains Etats (la Belgique, la Bosnie-Herzégovine, Israël, le Surinam) ou entités subétatiques (Iles Féroé, Aland), il n'y a QUE des partis autonomistes territorialistes ou des partis ethniques représentés dans les assemblées élues, que ce soit en raison du système électoral ou non.
Il serait par conséquent inexact de ranger certains de ces partis dans des catégories "idéologiques" (sociaux-démocrates, libéraux, démocrates-chrétiens etc.) et de regrouper les autres dans une catégorie générale de partis autonomistes. Le Svenska Folkpartiet (SFP) des Suédois de Finlande est par exemple membre de l'Internationale libérale tout comme le Mouvement des droits et libertés de la minorité turque de Bulgarie; le Südtiroler Volkspartei (SVP)des Allemands et Ladins du Trentin-Haut-Adige est quant à lui membre du Parti populaire européen (démocrate-chrétien), le SDLP catholique d'Irlande du Nord/Ulster est quant à lui membre de l'Internationale socialiste. Aucun parti ethnique ne fait partie de l'Alliance libre européenne qui ne regroupe que des partis autonomistes-territorialistes, mis à part le Slovenska Skupnost (Unione Slovena), et le Magyar Föderalista Párt (parti hongrois de Slovaquie), ce dernier n'y ayant que le statut d'observateur.
Le système politique belge est ainsi passé de clivages purement idéologiques jusqu'en 1968 à des clivages entre partis autonomistes de diverses nuances dans la décennie qui a suivi. Le système électoral en vigueur depuis 1989 en Région bruxelloise et pour les élections européennes, et depuis 1995 pour les élections sénatoriales, ne laisse d'ailleurs plus la place à d'éventuels partis non autonomistes, dont des vestiges subsistent néanmoins parfois au niveau municipal bruxellois (en 2000: listes bilingues socialistes PS-SP, sociales-chrétiennes PSC-CVP, libérales PRL-PVV). A la fin des années 1960 et au début des années 1970, une partie des socialistes flamands bruxellois avaient fait scission du Parti Socialiste Belge unitaire pour former les Rode Leeuwen (Lions rouges), il s'agissait là typiquement d'un parti ethnique puisque ne visant qu'à représenter des électeurs d'une minorité ethnique, même si c'était sur des bases idéologiques socialistes. Ce parti obtint quelques sièges aux élections du conseil d'agglomération en 1971 et dans des conseils communaux en 1972, et en fit perdre quelques-uns au PSB.
Systèmes électoraux et partis ethniques
La plupart du temps, les partis ethniques opèrent dans des systèmes politiques où les électeurs ne sont pas forcés de voter dans un cadre ethnique, et peuvent donc aussi soutenir l'un ou l'autre des partis "idéologiques" supra-ethniques.
L'existence de partis juifs, allemands et ukrainiens dans la Pologne de l'entre-deux-guerres ne doit par exemple pas occulter la présence de Juifs, d'Allemands et d'Ukrainiens dans des partis "polonais", surtout dans les partis socialiste et communiste, plus ouverts à la tolérance entre les différentes composantes de la population que les partis conservateurs nationalistes (et virulemment antisémites dans certains cas).
En République Fédérale d'Allemagne, le seuil électoral minimum de 5% fut adopté dans les années 1950 pour éliminer de la scène politique un parti ethnique, le Bloc des Réfugiés (GB/BHE), qui visait à représenter dans le système politique allemand les millions de réfugiés, de déplacés et d'expulsés allemands en provenance des territoires passés sous le contrôle soviétique. Par contre, les Länder du Schleswig-Holstein et du Brandebourg ont introduit une exception pour les partis représentant une minorité ethnique reconnue, les Danois et les Frisons dans le premier cas, les Sorabes dans le second.
Dans d'autres cas, comme pour l'assemblée communautaire juive palestinienne (asefat ha-nivharim) sous le mandat britannique ou pour les sièges dévolus aux Maori en Nouvelle-Zélande (Maori Option), les électeurs doivent choisir de s'inscrire dans un registre selon leur groupe ethnique, et votent dès lors uniquement pour des partis ou des candidats issus de leur propre groupe ethnique.
Dans la Région de Bruxelles-Capitale, depuis 1989, chaque liste aux élections régionales est tenu de choisir l'une ou l'autre affiliation linguistique, tous les candidats d'une même liste doivent être détenteurs de cartes d'identité dans la langue correspondant à ce choix, et toute personne qui a été candidate à une élection régionale bruxelloise ne pourra plus, toute sa vie durant, être candidate sur une liste de l'"autre" communauté linguistique.
Dans les systèmes parlementaires ottoman, post-ottomans (Liban, Jordanie, Palestine, Syrie avant 1963) et inspirés du modèle ottoman (Iran, Pakistan, Bangla Desh), des sièges sont réservés au parlement pour certaines minorités religieuses, et parfois ethniques (les Circassiens en Jordanie, certaines tribus au Bangla Desh) le cas extrême étant le Liban où, en l'absence de majorité absolue lors de la mise en place de ce système, l'ensemble des sièges a été réparti entre les différentes communautés confessionnelles, répartition fixée par le Pacte national en 1943 (avec Président de la République maronite, Président du Conseil sunnite et Président du Parlement chi'ite) et revue lors des accords de Ta'if (Taef) en 1989. Cela ne signifie pas pour autant que ces sièges soient l'objet de compétitions entre, par exemple, des partis chrétiens (au sens ethnoreligieux, communautaire, et non à l'instar des partis démocrates-chrétiens en Europe): le Hezbollah libanais, comme naguère (dans les années 1953-1958) les Frères Musulmans syriens, compte des députés chrétiens.
Elections régionales, locales et municipales
Certains partis ethniques limitent leur participation électorale aux échelons infra-nationaux, ce qui les rend parfois invisibles pour les observateurs extérieurs. C'est notamment le cas du parti danois-frison SSW au Schleswig-Holstein, qui bénéficie d'une exemption d'atteindre le seuil de 5% aux élections régionales. Un nouveau parti, visant à représenter la minorité sorabe (wende), le Wendische Volkspartei, a été créé en mars 2005 dans le land du Brandebourg où une exemption de ce type est également prévue.
Par contre, il peut aussi y avoir des phénomènes de regroupement de partis ethniques en coalitions, en "cartels", par exemple en Région bruxelloise, avec les listes de "cartel flamand" aux élections communales (une pratique qui tend à disparaître), ou dans la province du Brabant flamand, avec les listes "Union des francophones" aux élections régionales et provinciales, et parfois communales.
Les partis intra-ethniques, spécificité diasporique
Une sous-catégorie des partis ethniques est celle des partis intra-ethniques, c'est-à-dire des partis n'existant que dans la sphère politique interne de groupes ethniques minoritaires. Le cas le plus évident est celui des sections à l'étranger de partis politiques nationaux (Democrats Abroad, le Brussels & Europe Liberal Democrats, laFédération des Français de l'étranger du PS, Likoud-France etc.), mais il en existe d'autres qui concourent par exemple aux élections organisées pour les assemblées diasporiques.
Les partis français ne participent pas en tant que tels aux élections de l'Assemblée des Français de l'étranger (ex-Conseil Supérieur des Français de l'Etranger), mais par le biais d'associations politiques comme l'Union des Français de l'Etranger (droite) ou l'Association Démocratique des Français de l'Etranger (gauche).
Il en va plus ou moins de même pour les élections des Comitati degli Italiani all'Estero, Comités des Italiens à l'étranger.
Pendant la période d'occupation soviétique en Arménie orientale, les partis arméniens Dashnak, Hentchak et Ramgavar eurent ainsi ce statut de partis intra-ethniques, pouvant parfois accéder à des sièges parlementaires réservés pour la communauté arménienne, au Liban et en Syrie par exemple, ou au moins à des sièges dans des conseils d'arrondissement ou municipaux, à Marseille par exemple où le parti-frère du Dashnak, la S.F.I.O., réservait une place éligible aux socialistes arméniens en échange d'un soutien à ses propres listes.
Liste (non exhaustive) de partis ethniques par pays
(partis représentés dans des assemblées élues au niveau national, régional ou local, sauf ceux indiqués en italique)
voir aussi la catégorie partis ethniques
Allemagne
- Bloc des Réfugiés (dans les années 1950-1960, parti des Allemands réfugiés déplacés ou expulsés des territoires occupés par l'Union soviétique)
- SSW (parti des Danois et Frisons du Land de Schleswig-Holstein)
- Wendische Volkspartei (parti des Sorabes des Länder du Brandebourg et de Saxe)
Belgique
- Moslim Democratische Partij
- Moslim Volkspartij
- Parti Citoyenneté Prospérité
- Parti Jeunes Musulmans [2]
- Union des Francophones
Bulgarie
- Euroroma (parti tzigane, comptant des élus municipaux)
- Mouvement des droits et libertés
Croatie
- Diète démocratique istrienne (croate: Istarski Demokratski Sabor; italien: Dieta Democratica Istriana) (parti des Italiens de l'Istrie)
- Parti du peuple serbe / Parti populaire serbe (SNS, Srpska narodna stranka)
- Union démocratique des Hongrois de Croatie (Demokratska Zajednica Mađara Hrvatske)
- Union du peuple allemand - Association nationale des Souabes danubiens en Croatie (Njemačka narodnosna zajednica - Zemaljska udruga Podunavskih Švaba u Hrvatskoj)
Danemark
Schleswigschen Partei (parti de la minorité allemande du Nord-Schleswig)[3]
Estonie
Parti populaire uni estonien (parti russe) [4]
Finlande
Svenska Folkpartiet (Parti populaire suédois)
Grèce
Parti arc-en-ciel Vinozhito (parti slavo-macédonien)
Inde
partis de la minorité musulmane
- All India Majlis-e-Ittehadul Muslimeen
- All India Muslim League (scission de l'IUML)
- Indian National League (scission de l'IUML)
- Indian Union Muslim League (héritier de la Muslim League de Jinnah avant 1948) (parti représenté au Lok Sabha)
- Majlis Bachao Tehreek (scission de l'AIMIM)(2 sièges au conseil municipal de Hayderabad)
- National Loktantric Party (parti représenté au Lok Sabha)
partis chrétiens
partis de plusieurs minorités
- Rashtriya Janata Dal (parti de la caste Yadav et des musulmans du Bihar)
- Samajwadi Party (parti de la caste Yadav et des musulmans de l'Uttar Pradesh)
- United Minorities Front (parti des minorités de l'Assam, principalement les musulmans)
partis d'intouchables (Dalits, Harijans)
- Bahujan Samaj Party (BSP)(parti représenté au Lok Sabha)
- Bharipa Bahujan Mahasangha (parti représenté au Lok Sabha en 1999-2004)
- Jantantrik Bahujan Samaj Party (JBSP)(scission du BSP)
- Kisan Mazdoor Bahujan Party (scission du JBSP, représenté dans l'Uttar Pradesh)
- Lok Jan Shakti Party (parti représenté au Lok Sabha) (scission du JBSP, représenté dans le Bihar)
- Loktantrik Bahujan Samaj Party (parti représenté au Lok Sabha) (scission du BSP, "pseudo-parti")
partis tamouls
- Dravida Munnetra Kazhagam
- Pattali Makkal Katchi (parti de la caste tamoule des Vanniyar)
Israël
partis arabes
- Ligue nationale démocratique (Balad)
- Front démocratique pour la paix et l'égalité (Hadash) front autour du Parti communiste israélien
- Hakla'ut Ufituah (élections de 1951, 1955, 1959, lié au Mapaï)
- Kidmah Ufituah (élections de 1959, 1961, 1965, 1969, 1973, lié au Mapaï)
- Kidmah Va'avodah (élections de 1951, 1955, lié au Mapaï)
- Liste arabe des bédouins et villageois (élections de 1973, liée au Mapaï)
- Liste arabe unie
- Liste démocratique des Arabes israéliens (élections de 1951, liée au Mapaï)
- Mouvement islamique
- Parti démocratique arabe (intégré dans la Liste arabe unie en 1996 pour les élections à la Knesset)
- Parti démocratique de Nazareth (élections de 1949, lié au Mapaï)
- Shituf Ve'ahvah (élections de 1959, 1961, 1965, 1969, lié au Mapaï)
- Ta'al
partis sépharades ou orientaux
Résultats des listes sépharades ou orientales aux élections à la Knesset
25 janvier 1949 - 1ère Knesseth |
<P align="right"> 30 juillet 1951 - 2ème Knesseth | ||||||||||||||
| <P align="right"> Union sépharade | <P align="right"> 15.287 voix | <P align="right"> 3,5% | <P align="right"> 4 sièges | <P align="right"> 12.002 voix | <P align="right"> 1,8% | <P align="right"> 2 sièges | |||||||||
| <P align="right"> Association yéménite | <P align="right"> 4.399 voix | <P align="right"> 1,0% | <P align="right"> 1 siège | <P align="right"> 7.965 voix | <P align="right"> 1,2% | <P align="right"> 1 siège | |||||||||
30 juin 1981 |
<P align="right"> 23 juillet 1984 | <P align="right"> 1er novembre 1988 | <P align="right"> 23 juin 1992 | <P align="right"> 29 mai 1996 | |||||||||||
| <P align="right"> Tami | <P align="right"> 44.918 | <P align="right"> 2,3 | <P align="right"> 3 | <P align="right"> 31.103 | <P align="right"> 1,5 | <P align="right"> 1 | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - |
| <P align="right"> Shas | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> - | <P align="right"> 63.605 | <P align="right"> 3,1 | <P align="right"> 4 | <P align="right"> 107.709 | <P align="right"> 4,7 | <P align="right"> 6 | <P align="right"> 129.347 | <P align="right"> 4,9 | <P align="right"> 6 | <P align="right"> 259.796 | <P align="right"> 8,7 | <P align="right"> 10 |
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