Parenté
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Introduction
Tous les hommes appartiennent à plusieurs groupes sociaux ; la sociologie et l' anthropologie étudient leurs organisations, leur genèse et leur devenir, et toutes les relations qui peuvent exister dans un groupe (par catégories sociales : homme\femme, enfants\parents, etc) ou dans les rapports inter-groupes (conflits, type de hiérarchie, etc). L'ensemble de ces relations forme ce que l'on appelle les relations sociales, et elles sont permanentes, périodiques ou épisodiques (cf. Laburthe-Tolra, en bibliographie).
La parenté est un tel ensemble de relations. Son étude a longtemps été considérée comme le cœur de la discipline ethnologique, pour des raisons aussi bien scientifiques qu'idéologiques. C'est un des premiers domaine ethnologique ayant fait l'objet de comparaison et de formalisation. Selon Laburthe-Tolra, la parenté se définirait comme l'étude de « l'organisation institutionnelle de la famille et de la parenté au moyen de l'alliance. »
Il n'existe pas de sociétés sans "parenté". Une telle situation serait absurde puisque toute personne naît évidemment dans un groupe composé de personnes qui entretiennent les unes avec les autres des rapports de parenté. Etre fils ou fille de quelqu'un, être père ou mère de quelqu'un, être frère ou soeur, pour en rester à des relations évidentes, sont autant de faits de parenté "élémentaires" de portée universelle. L'anthrologie classique et la sociologie considèrent toutefois que la parenté à plus d'importance dans les sociétés dites traditionnelles que dans les sociétés industrielles ou modernes. Et c'est pour cette raison que les études de parenté ont joui d'un grand rôle pour l'analyse des sociétés traditionnelles.
La parenté peut s'articuler a des fonctions discriminantes globales ou génériques qui vont au delà des proches parents ou de la "famille", que l'on donne à ce terme un sens étroit ou étendu. La filiation, par exemple, peut définir l'appartenance à des groupes perennes qui s'étendent bien au delà des parents proches que sont les géniteurs, les oncles, ou les neveux. Un lignage, un clan, voire une caste, peuvent être considérés comme des extentions généralisante de la filiation. Dans une société donnée on dira ainsi que les X sont les descendants du castor mythique; dans telle autre, qu'ils sont les descendants de tel héros. Enfin dans une autre on dira qu'ils forment une classe de gens supérieurs parce que coule du "sang bleu" dans leurs veines. Ces exemples montrent que l'étude de la parenté, entendue d'une façon générale, est un moyen utile pour aborder la polarité entre l'identité et l'altérité. Les questions touchées par l'étude de la parenté s'articulent à des questions aussi centrales que "qui sommes-nous?" et "qui sont les autres?".
La parenté a été analysée par les anthropologues de bien des manières différentes et selon des optiques parfois contradictoires. A défaut d'aborder l'histoire de cette sous-discipline de l'anthropologie, nous examineront quelques concepts clés des études de parenté, en nous fondant sur les sources indiquées en bibliographie.
L'animal homme et la parenté
Pour chercher à comprendre les systèmes de parenté dans les sociétés humaines, il faut commencer par considérer l'évolution humaine et comparer l'animal homme aux autres animaux.
On trouve dans les sociétés animales des organisations fondées sur le sexe et l'âge. Mais ces structures (chez les chimpanzés) sont bien moins rigides que les systèmes humains, et ne comportent pas certaines divisions (travail, par exemple). Les premières organisations humaines sont sans doute comparables. Ghasarian évoque la théorie selon laquelle la parenté serait apparue avec le développement du langage, ce qui aurait permis une classification de la filiation qui elle-même aurait donné plus d'importance au rôle du père. Celui-ci s'interpose alors dans la relation entre la mère et ses enfants, séparation qui aurait modifiée le développement psychique de ces derniers.
Par la suite, selon Lévi-Strauss, l'événement majeur est la prohibition de l'inceste, qui suppose une structure nouvelle de la société humaine, car elle définit les relations mère\fils, frère\sœur ; elle implique également des relations entre groupes ou familles pour le mariage.
Liens de parenté
Trois grandes séries de liens fondent la parenté, à savoir la filiation, l'alliance et la germanité. À ces catégories, il faut ajouter le domaine de la terminologie qui est l'analyseur de la construction de la parenté.
Les liens de parenté sont biologiques ou créés par un processus juridique ou sociologique, comme dans le cas de l'adoption ou de la fraternité symbolique (amitié par exemple), et dépendent de rapports d'alliance. Mais la parenté ne peut pas reposer exclusivement sur des liens consanguins, car ces liens impliqueraient la parenté de tous, surtout dans les petites sociétés. L'organisation sociale sur cette base serait impossible. Des liens de parenté sont donc généralement sélectionnés dans la généalogie, les autres n'étant pas pris en compte. Il apparait donc que la consanguinité est surtout définie culturellement. La filiation définit ces liens.
Filiation
La filiation est, selon Ghasarian, « le principe gouvernant la transmission de la parenté. » La filiation permet de donner un statut social à un individu et de classer les hommes, ce qui est particulèrement important, par exemple pour les règles du mariage. La filiation ne repose pas nécessairement sur des critères biologiques et dépend plutôt de la conception reçue du lien de parenté.
Les anthropologues distinguent trois grands types de filiation (cf. Ghasarien, p58) :
- Filiation unilinéaire patrilinéaire ou matrilinéaire ;
- Filiation bilinéaire ;
- Filiation indifférencié.
Note : ces organisations sont particulièrement complexes, et un exposé détaillé demanderait un grand nombre de schémas pour être intelligible. Nous nous en tiendrons donc à des généralités.
Filiation unilinéaire
C'est l'organisation la plus répandue. La filiation est imposée à chacun, du côté du père ou de la mère. Généralement, dans ces systèmes, on estime l'importance du rôle physique de l'homme ou de la femme dans la procréation d'après cette appartenance au père ou à la mère.
Dans la plupart des filiations unilinéaires les femmes sont dominées par les hommes. D'après Laburthe-Tolra, ce système est fondé par la force physique, plus grande chez l'homme, et donc aussi par la violence, malgré la rébellion des femmes dans beaucoup de sociétés traditionnelles.
- Patrilinéaire (dite agnatique):
Dans cette filiation, l'individu appartient au groupe parental consanguin de son père. Les relations sociales à l'intérieur du groupe et le droit dépendent des hommes. La femme réside alors chez son mari et doit se soumettre à son autorité. Exemples : Birmanie, Chine ancienne, Grèce, Rome.
- Matrilinéaire (dite utérine):
L'individu est cette fois inclus dans le groupe consanguin de sa mère : les droits se transmettent par les femmes. L'homme n'est dans ce cas qu'un mari qui a peu d'importance, mais c'est le frère de la mère (oncle) qui possède des droits sur les enfants. On trouve aussi des sociétés où la parenté est patrilinéaire alors que le droit de propriété (y compris l'état d'homme libre) est matrilinéaire. Dans ce système, les femmes n'ont souvent pas plus de pouvoir politique que dans le précédent, bien que leurs rôles économiques et religieux soient plus importants. On doit donc distinguer parenté matrilinéaire et matriarcat : la parenté matrilinéaire est la plupart du temps patriacale.
Filiation bilinéaire (dite aussi double filiation)
Cette filiation est rare : elle combine les deux systèmes de filiation précédents. L'individu obtient des aspects sociaux précis de chaque côté : nom de famille, droits, devoirs, statuts, biens, culte des ancêtres, etc. Exemples : chez les Juifs, la parenté est patrilinéaire, mais la judéité se transmet par les femmes ; Touareg ; Herero.
Filiation bilatérale ou indifférenciée (dite cognatique)
L'individu fait dans ce cas parti d'au moins deux groupes de parenté, du côté de sa mère et de son père à partir des grands-parents. Cette organisation structure des sociétés plus complexes que dans les cas précedants. Selon Ghasarian, ce système de parenté concerne 50 pour cent des sociétés humains.
L'individu peut choisir son affiliation : en Occident, le choix n'est pas obligatoire pour avoir un statut, mais il l'est dans les sociétés traditionnelles, ce qui fait distinguer entre droits actuels et droits potentiels. Par ce choix, l'individu doit s'établir en résidence dans l'une ou l'autre parenté, ou se partager entre les deux, et ses droits varient en conséquence. Ce choix laisse une grande liberté individuelle, puisque c'est l'individu qui est censé rendre ses droits effectifs ; l'individu peut en outre parfois modifier son choix de résidence.
Réserves sur ces divisions
Des ethnologues ont fait remarqué que ces divisions sont trop rigides pour décrire les parentes réellement efficaces dans les sociétés : il y aurait dans les faits une proportion entre patrilinéarité et matrilinéarité. Pour Rodney Needham (dans « La Parenté enquestion », citée par Ghasarian), il n'y a « aucun principe de filiation unique. » La conformité d'une société à un modèle uniforme est ainsi selon lui improbable. En conséquence, le classement des sociétés selon ces critères n'a rien d'évident.
Le lignage
Le lignage est un ensemble de personnes (y compris les morts) qui descendent d'un même ancêtre (homme ou femme). Il comprend de très nombreux aspects :
- Organisation (économie, travail, etc) ;
- Droit (héritage / succession, autorité des Anciens, gestion et usage des biens, etc) ;
- Fiscalité (droits de succession, définition fiscale du ménage, etc.) ;
- Religion (cultes des Ancêtres).
- Service (chasse, gestion du bétail, etc).
- Etc.
Cet ensemble forme une personne morale (encore que juridiquemnt ce terme s'applique plutôt aux sociétés et associations), dont les membres sont les représentants.
Relations des individus dans la parenté
- Le respect.
- La familiarité.
- Les interdits.
- L'évitement : cette relation, qui s'apparente au respect, comporte de nombreux aspects liés à la personne évitée. Evitement des regards, des contacts physiques, de la présence, de la réalisation de certains actes (nutrition par exemple) en présence de la personne, etc. Ce comportement concerne plusieurs types de relation et se produit suivant le lieu, le moment de la journée, etc : mari et femme, gendre et beaux-parents, etc. Par exemple, dans certaines sociétés, le gendre est censé se cacher s'il apperçoit sa belle-mère : c'est un comportement de crainte qui doit permettre d'éviter les conflits et conserver le respect mutuel.
- Les relations à plaisanteries.
Alliances et mariage
Types de mariages
Le mariage n'implique pas nécessairement une union hétérosexuelle : dans certaines sociétés, le mariage peut être homosexuel, car c'est la fonction sociale qui est prise en compte. Une femme stérile peut ainsi tenir le rôle d'un homme chez les Nuer :
- Polygamie. C'est le mariage d'un individu (homme ou femme) avec plusieurs personnes (hommes ou femmes) ; on distingue deux types de mariage polygame :
- mariage polygynique, où l'homme a plusieurs épouses légitimes. Cette pratique est généralement associée au statut social de l'homme, le nombre de femmes témoignant de son importance et de sa puissance. Le statut des femmes y est variable : les femmes peuvent être enfermées comme des biens (signe de richesse), ou, au contraire, disposer d'une grande liberté dans leurs activités par une répartition des tâches entre les épouses ;
- mariage polygynique sororal : l'homme se marie à une femme, puis par la suite à sa sœur, voire à plusieurs d'entre elles.
- mariage polyandrique : la femme a plusieurs hommes légitimes, cependant ce mariage reste assez rare.
- mariage polyandrique fraternel : la femme se marie avec des frères.
- Lévirat. Dans ce type de mariage, une femme doit épouser le frère de son mari défunt. Le nouveau mari a alors le devoir de poursuivre la lignée de son frère ; les enfants issus de cette union seront socialement considérés comme ceux de l'ancien mari. Exemples : Grèce ancienne, Rome.
- Sororat. Dans ce type de mariage, c'est cette fois la sœur d'une épouse défunte qui assure la continuité de la lignée.
Pour les souverains, les mariages où l'un des époux, et les enfants du couple, renoncent à une partie des prérogatives d'héritage est appelé mariage morganatique.
Quelques aspects
Économie du mariage
Procréation
Fidélité des mariés
- L'épouse est généralement considérée par l'homme comme un bien, comme dans le cas de la polygynie. À ce titre, c'est souvent la virginité de la future mariée qui fait sa valeur. Les rapports sexuels avant le mariage sont pour une femme une cause de déshonneur et d'impureté dans de nombreuses sociétés traditionnelles. Quant à l'homme, il est souvent tenu d'épouser la femme avec qui il a eu des rapports sexuels.
- L'adultère est soit interdit aux deux époux, soit accepté pour les deux, soit interdit à l'un des deux seulement. Ce point, comme la virginité, est lié à l'honneur et peut entraîner des vengeances. Dans certaines sociétés, les femmes sont échangées entre époux.
Divorce
Statut social et pouvoir
La parenté peut-être considérée comme une expression de l'organisation du pouvoir ; voir sur ce point anthropologie politique.
- Le chef de famille
- Statut des femmes
- Statut des anciens
- Statut des ancêtres
Parenté, biologie, technologie
Problèmes d'interprétation
Bibliographie
- Anthropologie de la parenté, R. Deliège.
- Anthropologie de la parenté, R. Fox.
- Introduction à l'étude de la parenté, Christian Ghasarian.
- Ethnologie, Anthropologie, Philippe Laburthe-Tolra et Jean-Pierre Warnier.
- Les Structures élémentaires de la parenté, Claude Lévi-Strauss.
Voir aussi
- La famille.



