Pépin le Bref
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Pépin III, plus connu sous le nom de Pépin le Bref, doit son surnom à sa petite taille. Né vers 715 à Jupille (près de Liège en Belgique) et mort le 24 septembre 768 à Saint-Denis (au nord de Paris). Fils cadet de Charles Martel et de Rotrude de Tréves, il fut
- maire du palais de Neustrie (741-751), avec la Bourgogne et la Provence
- maire du palais d'Austrasie (747-751)
- roi des Francs (751-768).
Sommaire |
Histoire
Un début de règne partagé
À la mort de Charles Martel, en 741, sa charge de maire du palais est partagée entre ses deux fils : Carloman devient maire du palais d'Austrasie, et Pépin maire de celui de Neustrie.
Nous sommes au milieu de la période de décadence de la dynastie mérovingienne, quand les jeunes rois fainéants n'ont déjà plus aucune autorité, et que les maires du palais sont les réels dirigeants de l'État. Carloman et Pépin se partagent alors le pouvoir du royaume franc, et vont diriger le pays à deux. Ils luttent tout d'abord pour ramener la stabilité aux frontières du royaume.
Ils entament ensuite une réforme de l'Église, avec l'aide de l'évêque Boniface ; deux conciles seront organisés, le premier en Austrasie par Carloman, en 742-743 ; le second par Pépin, en 744 à Soissons (Neustrie), où il reprendra les décisions prises lors du concile d'Austrasie. Cette réforme mettra en place une hiérarchie au sein du clergé franc, à la tête de laquelle on trouve Boniface, évangélisateur de la Germanie, comme dirigeant des différents évêques répartis dans les villes du royaume.
Évincement du dernier mérovingien
En 747, Carloman (frère de Pépin le Bref) choisit la vie monastique, et céda la mairie d'Austrasie à son frère cadet. Pépin devint alors le dirigeant effectif de tout le royaume franc. Dès lors, il va tout faire pour se débarrasser de Childéric III, le souverain mérovingien dont il dépend officiellement. D'ailleurs, pour prouver l'inutilité des rois mérovingiens, Charles Martel avait laissé vacant le trône après la mort de Thierry IV en 737 — tous les documents officiels seront datés de 737 pendant les 7 années de vacance — ce n'est qu'en 743 que, Pépin, avait sorti Childéric du monastère où il était enfermé et lui avait permis d'occuper le trône que son père avait spolié, car le clergé et plusieurs peuples, qu'il tenait en soumission, avaient mis en cause sa légitimité.
Vers 744, il épouse Bertrade de Laon, dite au Grand Pied, fille de Caribert, comte de Laon (ce surnom serait dû au fait qu'elle avait un pied plus grand que l'autre...).
En 750, Pépin envoya une délégation franque auprès du pape Zacharie, pour lui demander l'autorisation de mettre fin au règne décadent des mérovingiens, et donc de prendre la couronne à la place de Childéric. Ce que Zacharie accepta en déclarant que « devait être roi celui qui exerçait la réalité du pouvoir ».
En novembre 751, Pépin dépose Childéric III, puis il se fait élire roi, au champ de mai à Soissons, par acclamations des Leudes, une assemblée d'évêques et de nobles, et se fait sacrer une première fois par l'évêque de Soissons pour la Neustrie. Cette élection se passe, pour une fois, sans effusion de sang. Childéric III après avoir été déposé, est tonsuré (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les Francs), et va finir ses jours, enfermé au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-Omer.
Mais si Pépin, gagne le titre de roi par son pouvoir, il n'en a pas la légitimité, et cette rupture de la dynastie mérovingienne en appelle une nouvelle qui devra remplacer la succession naturelle de père en fils. Cette continuité sera celle du sacre royal, continuité de l'onction symbolisant le baptême de Clovis Ier et l'alliance particulièrement entre l'Église et le roi des Francs. L'évêque Boniface, son conseiller diplomatique, va lui donner cette onction en marquant son front avec de l'huile sainte — le Saint-Chrême — lors d'une cérémonie pratiquée chez les Wisigoths de Tolède. Par cette onction, le roi des Francs, est désormais investi, d'une mission de guide militaire et religieux, et détient la force morale du droit divin, c’est-à-dire la charge de « diriger les peuples que Dieu lui confie ». Mais cette légitimité aura un coût; celui de la fidélité à l'Église et à celui qui la dirige, le pape Zacharie, qui de Rome, a donné son assentiment au changement de dynastie.
Pépin se fera sacrer une deuxième fois, en décembre de la même année, à Mayence pour l'Austrasie, toujours par Boniface.
Appui de Rome et lutte contre les Lombards
Le schisme de Byzance, va pousser la papauté à s'allier avec le roi des Francs. Le nouveau pape Étienne II — successeur de Zacharie mort en 752 — vient lui-même, lui demander son aide militaire contre les Lombards et leur roi Athaulf (ou Aistulf), qui menacent Rome. Si le pape Étienne se résout à traverser les Alpes pour solliciter l'aide du roi des Francs — et c'est la première fois qu'un pape entreprend pareil voyage — c'est qu'il n'a pas d'autre choix. Le protecteur habituel de l'Église est l'empereur byzantin qui règne à Constantinople sur l'empire romain d'Orient, mais celui-ci, en mauvaise posture, dit qu'il n'est pas en mesure de secourir le pape.
Le 6 janvier 754, au palais de Ponthion, au sud de la Champagne, le roi Pépin vient au-devant du Pape et avec déférence, prend la bride de son cheval, reproduisant de la sorte le geste d'allégeance de l'empereur Constantin le Grand à l'égard du pape Sylvestre Ier. Ce fut un acte habile de politique. Étienne II propose à Pépin une alliance par laquelle il confirmerait par un second sacre, fait par lui-même, la grâce divine sur le roi des Francs et sur ses fils. L'accord définitif se fait le 14 avril, à Quierzy-sur-Oise, au nord de Paris, tandis que le pape apporte son appui spirituel à Pépin, ce dernier s'engage à offrir au Saint-Siège un domaine assez grand pour le mettre à l'abri de toute agression.
En confirmant la royauté de Pépin III sur les Francs et en lui conférant lui-même l'onction, le pape a pris aussi ses distances avec l'empereur qui règne à Byzance. Le Saint-Siège s'en remet désormais pour sa sécurité aux souverains francs. C'est le début d'une longue collaboration, bien que souvent orageuse, avec les Carolingiens et leurs lointains héritiers du Saint Empire romain germanique. Une autre conséquence de ce sacre, sera que la légitimité du roi des Francs, désormais de droit divin, ne dépendra plus exclusivement des seigneurs francs, électeurs de leur roi. Pépin se considère désormais d'abord roi par la volonté de Dieu et le principe de cette royauté de droit divin va durer en France sans interruption pendant onze cent ans.
Le 27 juillet 754, dans la basilique de Saint-Denis, le pape sacre Pépin et lui confère les titres de roi des Francs et de Patrice des Romains («Patricius Romanorum»). Les fils et héritiers de Pépin : Carloman et Charles, sont aussi sacrés par la même occasion. Leur mère, Berthe, quant à elle, est bénie par le souverain pontife. Le pape, par cet acte, établi un lien entre étroit mais continu, entre l'onction faite aux rois de l'Ancien Testament et celle des rois de la nouvelle dynastie. Ce sacre marque officiellement la fin de la dynastie mérovingienne, et l'avènement des Carolingiens au pouvoir.
Pépin ne peut donc pas repousser la demande du pape. Nouveau "David" et premier roi très chrétien, par la grâce de Dieu; il se voit donc obligé, pour satisfaire le pape Étienne II — en tant que fils aîné de l'Église, prenant la défense de sa "Sainte Mère" — de rompre l'alliance qui le liait aux Lombards. L'envoi d'une délégation auprès des Lombards, le 14 octobre 754, ne suffira pas à calmer leurs revendications; ainsi, en 755, Pépin lance contre eux une première expédition victorieuse. Mais l'année suivante, ils assiègent Rome. Ainsi, de 756 à 758, Pépin devra lancer trois campagnes couronnées de succès, pour finalement parvenir à les repousser hors de l'exarchat de Ravenne.
À l'issue de ces expéditions, Pépin le bref va livrer au pape les territoires conquis, soit vingt-deux villes de l'Italie centrale, dont Ravenne, Pérouse et les provinces d'Émilie et de la Pentacole qui viennent s'ajouter à Rome; c'est cet ensemble qui va former le noyau des États pontificaux - voir l'article connexe la donation de Pépin. Néanmoins, après cette victoire, il multipliera les efforts diplomatiques pour tenter de rétablir un semblant de paix entre les Lombards et Rome.
Consolidation du royaume
Durant son règne, Pépin va aussi remettre de l'ordre dans son royaume :
- Avec les grands seigneurs, il étend les rapports vassaliques par des serments de fidélité.
- Il travaille à chasser définitivement les arabes de la septimanie, province du royaume franc, tâche qu'il achèvera en 759, avec la prise de Narbonne.
- Il reprend l'Aquitaine après une longue série de campagnes contre Gaifier, duc d'Aquitaine, de 761 à 768.
Il devra continuellement lutter pour asseoir son autorité aux frontières, notamment en Germanie, où depuis l'abdication de Carloman en 747, il était confronté à l'opposition de son demi-frère, Grifon, fils naturel de Charles Martel et qui s'était fait reconnaître duc de Bavière. Vaincu, ce dernier obtint Le Mans en compensation.
En 754-755, il lancera également une réforme monétaire, aboutissant à l'adoption du denier d'argent en (755), et à l'instauration de la dîme en 756. L'édit de Ver fut une première tentative d'uniformiser le poids et l'aspect du denier d'argent franc, mais la marque de l'autorité royale ne figura systématiquement sur la monnaie qu'avec Charlemagne à partir de 793.
La mort de Pépin le bref
Il meurt le 14 septembre 768 à Saint-Denis, après avoir partagé le royaume, toujours suivant la vieille coutume franque, entre ses deux fils, Charles (futur Charlemagne) et Carloman. Il fut enterré à l'abbatiale de Saint-Denis, où l'on rejoint son fils Carloman en 771 et son épouse Berthe en 783.
Chronologie
- 715 : Naissance de Pépin, fils de Charles Martel.
- 741 : Il devient maire du palais de Neustrie à la mort de son père.
- 743 : Pépin, sort Childéric III du monastère où il était enfermé depuis 737, pour le faire monter sur le trône.
- 744 : Il organise le concile de Soissons qui mettra en place une hiérarchie au sein du clergé franc, à la tête de laquelle on trouve Boniface.
- 744 : Il épouse Bertrade de Laon, dite au Grand Pied.
- 747 : Son frère Carloman choisit la vie monastique, et cède la mairie d'Austrasie à son frère cadet.
- 751 : Pépin dépose Childéric III, et se fait élire roi, à Soissons, par acclamations, puis de se fait sacré une première fois par l'évêque de Soissons en novembre, puis une deuxième fois, en décembre en Austrasie.
- 754 : Le nouveau pape Étienne II vient lui demander son aide militaire contre les Lombards qui menacent Rome, et le sacre roi à Saint-Denis le 27 juillet. En octobre, Pépin envoie une délégation auprès des Lombards mais sans succès.
- 755 :
- Pépin lance contre les Lombards une première expédition victorieuse.
- Édit de Ver instaurant la réforme monétaire.
- 756 :
- Deuxième campagne contre les Lombards.
- Adoption du denier en argent.
- 757 : Troisième campagne contre les Lombards.
- 758 : Quatrième campagne contre la Lombards, lors de laquelle il parvint finalement à les repousser hors de l'exarchat de Ravenne.
- 759 : Il chasse définitivement les arabes de la septimanie et reprend Narbonne.
- 761 : Première campagne d'une série de huit contre le duc d'Aquitaine, dernière en 768.
- 768 : mort du roi, Pépin le bref, le 24 septembre à Saint-Denis.
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Généalogie
Voir aussi Carolingiens
Pépin III dit le Bref est né v. 715 à Jupille et il est mort le 24 septembre 768 à Saint-Denis.
┌─ Pépin dit le Jeune (v.635-† 714), maire du palais d'Austrasie (v.680), maire du palais de Neustrie (687), maire du palais de Bourgogne (687), dux et princeps Francorum. ┌─ Charles dit Martel (v.685-† 741), maire du palais d'Austrasie (719), maire du palais de Neustrie (719), maire du palais de Bourgogne (719). │ └─ Alpaïde de Bruyères (?-?). │ Pépin III dit le Bref │ │ ┌─ X └─ Rotrude de Tréves (?-?). └─ X
Pépin III dit le Bref ép. en 744 Bertrade ou Berthe de Laon dite au Grand Pied (cf. Hugobertides) │ ├─Charles Ier dit le Grand ou Charlemagne (747-† 814), roi des Francs (768), roi des Lombards (774), empereur d'Occident (800). principal souverain de la dynastie carolingienne. │ 1) ép. en 770 Désirée de Lombardie (cf. Lombardie) │ 2) ép. en 768 Himiltrude │ 3) ép. en v.771 Hildegarde de Vintzgau (cf. Agilolfing) │ 4) ép. en 783 Fastrade de Franconie │ 5) ép. en v.795 Liutgarde d'Alémanie │ 6) conc. Madelgarde │ 7) conc. en v.808 Gerwinde de Saxe │ 8) conc. en v.800 Régina │ 9) conc. en v.806 Adélaïde │ ├─Carloman Ier (v.751-† 771), roi des Francs (768). │ ép. en 768 Gerberge de Lombardie (cf. Lombardie) │ ├─Gisèle (?-?). (757-810), abbesse de Chelles ├─Pépin (?-?). (759-761) ├─Berthe (?-?). │ ép. Milon d'Angers │ ├─Rothaïde (?-?). └─Adélaïde (?-?).
Bibliographie
- Pierre Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Éditions Hachette Pluriel Référence, 1997. (ISBN 2-012788513)
- Jean-Charles Volkmann, Bien Connaître les généalogies des rois de France, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1996. (ISBN 2-877472086)
- Michel Mourre, Le petit Mourre. Dictionnaire de l'Histoire, Éditions Bordas, 1992. (ISBN 2-03519265)
Sources
- Scriptores rerum Merowingicarum : La Clausula de unctione Pippini regis (l’onction royale de Pépin le Bref) est un récit composé en 767, en fait un colophon — note marginale et anonyme — ajouté à un manuscrit dont l’auteur anonyme fut le témoin oculaire de la cérémonie du sacre de Pépin et de ses fils. Édition : B. Krusch, Hanovre, 1885, p. 465-466, et nouvelle édition : G. Brunel, E. Lalou (dir.), Sources d’histoire médiévale, IXe - milieu du XIVe siècle, Paris, 1992, p. 73. (Informations provenant du site des Clionautes :
« Si tu veux savoir, lecteur, à quelle époque ce petit livre a été composé et achevé à la précieuse louange des martyrs sacrés, tu la trouveras en l’année de l’Incarnation du Seigneur 767, au temps du très heureux, très pacifique et catholique Pépin, roi des Francs et patrice des Romains, fils du feu prince Charles de bienheureuse mémoire, en la 16e année de son règne très heureux au nom de Dieu, 5e indiction, et en la 13e année de ses fils, eux-mêmes rois des Francs, Charles et Carloman. Ceux-ci, par les mains du très bienheureux seigneur Étienne, pape de sainte mémoire, furent consacrés rois par le saint chrême, en même temps que leur père susdit le très glorieux seigneur roi Pépin, par la Providence de Dieu et l’intercession des saints apôtres Pierre et Paul.
Car ledit très florissant seigneur Pépin, roi pieux, avait été élevé à la dignité royale trois ans auparavant, par l’autorité et sur ordre du seigneur pape Zacharie de sainte mémoire, par l’onction du saint chrême, reçue des mains des bienheureux prêtres des Gaules, et par le choix de tous les Francs. Par la suite, il fut oint et béni de nouveau comme roi et patrice, avec ses susdits fils Charles et Carloman, au nom de la Sainte Trinité, par les mains du même pape Étienne, en l’église des bienheureux susdits martyrs Denis, Rustique et Eleuthère, dont le vénérable Fulrard est archiprêtre et abbé. Dans cette même église des bienheureux martyrs, en ce même jour, ledit vénérable pontife bénit par la grâce de l’Esprit aux sept formes la très noble, très dévote et très attachée aux saints martyrs Berthe, épouse dudit roi très florissant, revêtue de la robe royale à traîne, et en même temps il confirma de sa bénédiction par la grâce du Saint-Esprit les princes des Francs et il imposa à tous sous peine d’interdit et d’excommunication de ne jamais choisir un roi né d’un autre sang, sinon de celui que la divine piété avait daigné exalter, et qu’elle avait décidé, par l’intercession des saints apôtres, le très bienheureux pontife. C’est pourquoi nous avons inséré ces quelques lignes à la dernière page de ce petit livre, à l’attention de votre charité, afin que dans la suite des temps la tradition commune puisse en transmettre à jamais la connaissance aux lignées futures. ».L’avènement et le sacre de Pépin le Bref d’après la Clausula de unctione Pippini regis
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