Opéra Garnier
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L'Opéra Garnier, ou Palais Garnier, est un des éléments structurants du paysage parisien, situé dans le IXe arrondissement de Paris. Occupant le bout de l'avenue de l'Opéra, il s'impose comme monument de l'architecture éclectique du XIXe siècle, dans la continuité de la reconstruction de Paris instaurée par Napoléon III et le Baron Haussmann.
Il a longtemps été appelé l'Opéra de Paris, mais depuis la construction de l'Opéra Bastille en 1989, il porte le nom de son architecte.
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Historique
Le concours du nouvel opéra
Au retour d'une série de voyages d'étude à Athènes et de nouveau à Rome, Charles Garnier va remporter un succès inattendu pour l'époque.
Jeune architecte n'ayant pas encore fait ses preuves, il décide pourtant d'affronter ses pairs en participant au premier concours international du genre et anonyme (l'usage voulant, jusque-là, que l'on fasse directement appel à un architecte désigné pour la circonstance). Garnier doit se distinguer parmi 171 projets concurrents.
La construction d'un nouvel opéra est décidé par l'empereur Napoléon III, au lendemain de l'attentat de la rue Le Peletier, pour la construction de ce qui deviendra le nouveau lieu d'apparat de la haute société parisienne.
Le concours pour l'édification d'une "Académie impériale de musique et de danse", largement ouvert et international, est donc organisé le 29 décembre 1860 et un site malcommode, en forme de losange déformé, destiné à être entouré de hauts immeubles, est proposé par le baron Haussmann.
À travers ce concours, Napoléon III souhaite aussi écarter Charles Rohault de Fleury, architecte-en-chef et donc logiquement destiné à réaliser l'opéra. En réalité, l'empereur et surtout l'impératrice Eugénie souhaitent que Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc soit chargé de ce travail.
L'événement est tel que tous les parisiens et de nombreux provinciaux suivent de près le déroulement de la compétition. Officiels, presse et grand public y vont de leur commentaire et attendent impatiemment le résultat.
Charles Garnier (1825-1898) est Premier Grand Prix de Rome en 1848. Secondé de confrères et amis d'école, pour la plupart d'entre-eux également lauréats du Prix de Rome, il rend un projet dont les châssis portent une devise d'anonymat qui résume bien son caractère : "J'aspire à beaucoup, j'attends peu".
À la surprise des grands architectes "installés" et, peut-être, de Charles Garnier lui-même, la construction du vaste et complexe ouvrage lui est confiée alors qu'il n'a pratiquement rien construit. Le projet surprend et séduit le plus grand nombre. Celui-ci allie plusieurs styles harmonieusement agencés qui agrémentent façades et décor intérieur.
Les principales critiques vont se porter plutôt sur l'extérieur et sa succession brutale de volumes distincts devant exprimer chacun sa fonction interne. Ainsi, les emplacements successifs du foyer, du grand escalier, de la salle, de la scène et des cintres, du foyer de la danse et des bâtiments administratifs se devinent aisément et s'enchaînent en une composition aussi savante qu'évidente. Plans, coupes et façades sont d'une grande clarté et le rapport de grandeur entre le volume de la salle et celui de la scène, avec son grill et ses dessous, étonne.
Son œuvre, symbole du style Napoléon III, révèle un tempérament de tendance baroque. Il use, en effet, d'une décoration éclectique, parfois surchargée mais toujours fastueuse. L'architecte utilise le fer en structure et en plusieurs endroits de ses réalisations. S'il reconnaît les possibilités nouvelles apportées par ce matériau, il n'en goûte pas l'aspect et le cache soigneusement sous la pierre et le stuc.
Le jour de la présentation officielle des plans, l'impératrice Eugénie, qui était favorable à Viollet-le-Duc. Une anecdote célèbre (bien que sujette à caution) veut qu'elle apostrophe Garnier avec cette question : « Quel est donc ce style ?. Ce n'est pas du grec, ni du Louis XV, ni du Louis XVI! ». Ce à quoi Charles Garnier aurait répondu : « C'est le style Napoléon III ! ».
Le chantier
La construction (1862-1874) se fait à l'abri des regards et derrière des échafaudages recouverts de planches, particulièrement devant la façade principale pour que l'effet de surprise soit total à la fin des travaux. Cette façade si attendue est inaugurée en grande hâte avant le reste du bâtiment, à la demande de l'Empereur pour l'exposition universelle de 1867.
La difficulté de concevoir un tel édifice, d'une aussi grande taille et sur une surface en losange, fait que l'architecte demande à plusieurs reprises des aménagements. Mais Haussmann reste intraitable. Garnier aura, plus tard, pour espoir que les bâtiments alentours soient ultérieurement rasés puis remplacés par des jardins afin que les passants puissent mieux apprécier son œuvre. De plus, ces immeubles font l'objet d'une entorse au règlement du baron lui-même. Elles sont prévues plus hautes que les règlements ne l'autorisent habituellement. L'opéra risque alors d'être plus bas que son environnement. En réaction, l'architecte doit donc modifier ses dessins et surélever l'étage attique pour que le projet et ses façades conservent un prestige indispensable à un palais voué à l'Art.
L'opéra Garnier constitue le prototype du style Second Empire. Lequel devient le style préféré de la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle et du début du siècle suivant.
Le percement de l'avenue de l'Opéra
Les façades à peine dévoilées, Napoléon III demande au baron Haussmann de lui aménager une avenue reliant sa demeure située au palais des Tuileries au bâtiment de Garnier. Large et permettant un accès direct au pavillon de l'empereur, cette artère n'a d'autre fonction que de permettre au souverain de circuler sans risque d'un nouvel attentat. Pour l'architecte de l'opéra, réjouit de voir son oeuvre ainsi mise en valeur et de façon si spectaculaire, cette entreprise doit avoir l'effet "d'une trompette que l'on souffle dans la chambre d'un malade". Mais l'architecte s'oppose violemment à l'urbaniste sur un point à ses yeux essentiel : la plantation d'arbres. Rien ne doit venir perturber la perspective et dissimuler son oeuvre. Haussmann cède.
L'avenue de l'Opéra ne s'inscrit pas, à l'origine, dans le plan d'urbanisme devant remodeler Paris et demeure comme le seul percement d'Haussmann qui n'ait pas de réelle utilité, sinon la sécurité du prince et la réalisation d'immeubles cossus à but spéculatif.
L'inauguration
L'inauguration n'a lieu que le 15 janvier 1875, bien après la chute du Second Empire et quinze ans de travaux acharnés, avec des extraits des "Huguenots" de Giacomo Meyerbeer et de "La Juive" de Ludovic Halévy. Son édification aura été interrompue par de nombreux incidents tels le conflit avec la Prusse, la chute du Second Empire et l'épisode de la Commune de Paris qui s'ensuit avec, également, la survenue d'un incendie le 28 octobre 1873.
Les derniers travaux
Les travaux doivent aussi être stoppés lors de la découverte d'une nappe phréatique sur le site, ce qui oblige à la réalisation d'un cuvelage de grandes dimensions en béton. Remplie d'eau, il permet aux infrastructures de résister à la pression due aux eaux d'infiltration. Il sert encore aujourd'hui de réservoir pour les pompiers en cas de sinistre.
(Cet incident donne naissance, un peu plus tard, à la légende d'un lac souterrain entretenue par le célèbre roman de Gaston Leroux : Le Fantôme de l'Opéra).
En 1881, apparaît l'éclairage électrique dans la grande salle.
Le 20 mai 1896, le grand lustre cède pendant le Faust de Gounod en faisant une victime.
En 1964, Marc Chagall peint une coupole dissimulant le plafond d'origine.
La dernière campagne de restauration
En mai 2004, le "Grand Foyer" retrouvera la splendeur de ses prestigieux décors imaginés par Charles Garnier et inaugurés pour la première fois le 5 janvier 1875.
« "...et j’étais impatient de voir déjà ses longs rideaux d’or, moirés de veines légères, se draper dans leur plis somptueux et communiquer au foyer une splendeur de bon aloi..." » — Charles Garnier.
Le tapissier français Charles Jouffre s’est vu confier la restauration des grandes tentures et rideaux de ce chantier prestigieux dont le Grand Foyer de l’Opéra Garnier était privé depuis 70 ans, après le malheureux incendie de 1928.
Le bâtiment
Charles Garnier, qui aime faire de l'architecture d'apparat, souhaite ériger l'opéra en un monument éclectique, produit d'un architecte qui se veut artiste avant d'être technicien — tendance de l'époque. Il veut une façade qui puisse être un spectacle permanent pour les Parisiens.
L'opéra occupe une surface de 11 000 m² et une scène pouvant accueillir jusqu'à 450 artistes. Il étonne par la diversité des matériaux utilisés. Il possède une armature métallique, mode de construction en expansion dans le seconde moitié du XIXe siècle. Son architecture allie plusieurs styles, dont le principal est le style baroque, très en vogue dans les constructions théâtrales. Les sources d'inspirations sont le Grand Théâtre de Bordeaux et les palais baroques italiens.
S'il utilise le fer, comme le veut la tendance de l'époque, il ne s'en sert que comme un outil technique, et le cache avec des décorations de tradition très classique. D'ailleurs, il a affirmé penser à Michel-Ange en dessinant les plans de l'opéra.
Charles Garnier a tenu à superviser toute la conception du bâtiment, et a choisi lui-même les 73 sculpteurs — dont Jean-Baptiste Carpeaux qui fera scandale avec La Danse — et 14 peintres ainsi que les mosaïstes qui ont participé à la décoration.
La salle de spectacle est dans les tons rouge et or. Elle est d'imposantes dimensions : près de 60 m de haut, 55 m de large et 25 m de profondeur. Son plafond est peint par le peintre préféré de Napoléon III, Lenepveu. Ce dernier a été repeint par Marc Chagall en 1964, « imposé » par André Malraux, ministre de la culture à l'époque ; il évoque, entre autres, les grandes œuvres lyriques et chorégraphiques du répertoire. La salle en forme de fer à cheval — selon le modèle des théâtres italiens — est ornée d'un immense lustre de cristal pesant 6 tonnes. Elle compte 1 900 sièges recouverts de velours rouge.
Le grand escalier est non moins remarquable, puisqu'il est réalisé dans du marbre de différentes couleurs. L'escalier est à double révolution, et ses dix premières marches forment une cage d'escalier pompeuse.
À l'extérieur comme à l'intérieur, le jeu de la pierre blanche et des marbres colorés avec les bronzes dorés des statues souligne la majesté des proportions, et offre au spectateur une profusion de couleurs. Pour expliquer ce choix de diversité chromatique, l'architecte explique qu'il veut contre-balancer la tristesse de l'urbanisme haussmannien.
Aujourd'hui, l'opéra est principalement destiné aux représentations de ballets.
Voir aussi
Articles connexes
Lien externe
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