OS/2
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OS/2 est un système d'exploitation robuste et moderne (32 bits, multi-tâches, etc.) développé par Microsoft en collaboration avec IBM et dont la première version (non-graphique) est sortie en décembre 1987.
Sommaire |
Ambition initale d'IBM
OS/2 devait initialement être porté sur toutes les architectures IBM monoposte y compris les stations de travail. Il exista quelque temps une version d'OS/2 pour les PC/RT ainsi que, plus tard, pour les RS/6000 (plateforme PREP et non CHRP, ce qui fit retirer le système du catalogue quelques semaines après sa sortie). C'est là encore Microsoft qui se chargeait du travail avec IBM, et cette compagnie y gagna une solide expérience - payée par IBM - de portage entre machines big-endian et little-endian, expérience qui lui servira dès la rupture avec IBM pour réaliser Windows NT.
Suite à cette même rupture, OS/2 a ensuite été édité uniquement par IBM jusqu'au milieu des années 1990 ; aucune nouvelle version n'est apparue après 1996 (le positionnement de Windows étant trop fort), mais IBM a continué de le mettre à jour jusqu'en 2003 pour ses clients. Aujourd'hui, une petite communauté se bat toujours pour le faire perdurer.
Historique
1987: OS/2 1.0
La toute première version d'OS/2, fruit d'une colloboration entre IBM et Microsoft est la 1.0. Elle sort le 8 décembre 1987. Elle n'a pas d'interface graphique.
1988: OS/2 1.1
OS/2 1.1 sort à Halloween 1988. Cette nouvelle version dispose d'une interface graphique, Presentation Manager. Elle support également les disques de plus de 32 MB.
1989: OS/2 1.2
Avec OS/2 1.2 sorti au Comdex 1989 apparaissent le langage de script REXX et le nouveau système de fichiers HPFS. HPFS (High Performance File System) offre un stockage plus efficace des fichiers. HPFS est un peu le demi-frère de NTFS: ils portent le même "partition id" 0x07 dans la table de partitions. En outre, HPFS autorise des noms de fichiers de plus de 8+3 caractères. Il faudra attendre 1995 pour que Windows 95 puisse faire la même chose...
1991: OS/2 1.3 ... sans Microsoft
En 1991, IBM sort OS/2 1.3, qui apporte une légère amélioration: Adobe Type Manager. Mais la nouvelle la plus importante est que Microsoft abandonne le projet OS/2. Cependant, Microsoft continue individuellement le développement de ce qui s'appelle alors OS/2 3.0 et qui deviendra Windows NT. De son côté, IBM continue à développer OS/2 2.0 mais n'annonce aucune date de sortie. La situation est telle qu'un article du Wall Street Journal proclame la mort d'OS/2.
1992: OS/2 2.0
Annoncé comme "a better Windows than Windows" et "a better DOS than DOS" par IBM, OS/2 2.0 sort enfin. Il supporte les applications OS/2, Windows 3.0 (mais pas Windows 3.1), et DOS. Il permet de faire tourner plusieurs sessions DOS simultanément sans que le crash d'une des sessions n'influence les autres. OS/2 2.0 utilise également une nouvelle interface graphique: le Workplace Shell. D'ailleurs à cette époque, la grande majorité des magazines spécialisés considère que OS/2 est beaucoup plus stable que Windows et plusieurs grosses entreprises l'utilisent pour leurs données stratégiques (quand elles n'utilisent pas UNIX)... Mais au niveau des logiciels, déjà Windows a une bonne longueur d'avance : il est reconnue qu'il y en a beaucoup plus qui peuvent tourner sous Windows que sous OS/2. Ceci est déterminant dans le choix des petits utilisateurs. (Encore une fois, la publicité l'a emporté sur la qualité!)
1993: OS/2 2.1
En mai 1993 sort OS/2 2.1. Plus rapide qu'OS/2 2.0, il supporte également le TrueType.
1994: OS/2 Warp 3.0
En octobre 1994 sort OS/2 Warp 3.0. Il inclut TCP/IP en standard, ainsi qu'un jeu complet d'application appelé IBM Works.
Quelques raisons de l'échec d'OS/2
Le moteur est passé avant la carrosserie
La culture d'IBM (dans les labos, non dans les équipes commerciales!) était une culture de hackers. Les équipes d'OS/2 se sont focalisées sur la robustesse de l'OS : d'autant plus difficile à assurer que la direction d'IBM avait imposé qu'OS/2 tournât sur 80286, dont l'architecture était parfaitement inadaptée aux passages fréquents entre modes maître (système) et esclave (application) : il fallait pour repasser en mode maître effectuer une sorte de reboot-chaud où un indicateur de mode était positionné... dans une bascule LED du clavier ! Le bruit courut à IBM qu'un tiers du code d'OS/2 servait à contourner les bugs des différentes versions du 80286.
En contrepartie, peu de soin a été apporté aux polices de caractères, dans lesquelles pourtant IBM avait une excellente expérience avec son électrocomposeuse 4250 développée à Sindelfingen. Les polices de l'interface graphique étaient très loin d'avoir la qualité typographique, donnant à OS/2 une allure de système amateur par rapport à un Windows 3.0 (Adobe Type Manager), puis 3.1 (TrueType) à la présentation impeccable.
La situation était inhabituelle pour IBM pourtant censée savoir que pour vendre un ordinateur la présentation est une chose importante (le costume trois-pièces longtemps porté par ses commerciaux était un sujet de plaisanterie dans les milieux Unix).
Ingénieux coups de Microsoft
Microsoft eut un coup de génie : annoncer que pour Windows 95 trois touches supplémentaires seraient nécessaires (ce qui était inexact, mais comme le produit n'était pas lancé, personne ne pouvait le savoir) : les claviers à 105 touches au lieu de 102 (dans les pays francophones; 104 au lieu de 101 aux USA) se mirent à fleurir, et les trois touches supplémentaires n'avaient pas d'usage en OS/2, le faisant apparaître comme un OS déjà dépassé.
De surcroit deux de ces touches avaient le logo Windows à l'image des touches « pomme » d'Apple. Bill Gates marquait ainsi son territoire en rappelant de façon persistante que le PC était une machine à faire tourner Windows avant toute autre chose.
L'interface OS/2 fut discréditée comme « trop compliquée » par rapport à celle de Windows 3.1. En fait, cette interface ressemblait beaucoup à celle de Windows 95 - et pour cause puisque là aussi c'était Microsoft qui avait conçu en grande partie cette interface, mais Microsoft gardait cette nouvelle interface sous le coude...
... et annonça Windows 95 dans les semaines mêmes qui suivirent la disponibilité d'une couche d'émulation parfaite de Windows 3.1 dans OS/2 2.0. Là encore, l'émulation OS/2 faisait certes de lui, conformément à la promesse d'IBM, un meilleur Windows que Windows (notamment par l'usage du mode protégé)... mais ce n'était plus la bonne version de Windows. IBM était une fois de plus marginalisée, et l'interface Windows 95 encensée là où celle d'OS/2 avait été décriée.
Grave erreur de marketing d'IBM
Le public aurait encore pu passer sur ces défauts et essayer OS/2 comme successeur normal du DOS (son nom interne avait d'ailleurs été quelque temps DOS 5, sans rapport avec le DOS 5 qui suivit), mais IBM commit une énorme erreur de marketing en le vendant 4 fois le prix du DOS. Le saut était trop grand pour être accepté par une clientèle de particuliers, et IBM se marginalisa encore un peu plus tandis que Windows (facturé séparément du DOS) annonçait un coût qui était moins de la moitié celui de son concurrent.
Cette erreur fut stigmatisée par Jerry Pournelle, talentueux rédacteur technique de la revue BYTE. Le service marketing d'OS/2 ne sut, ne voulut ou ne put (car les impératifs de marges de la direction générale étaient sévères) suivre son conseil.
OS/2 aujourd'hui (2004)
L'intérêt essentiel d'OS/2 aujourd'hui est que personne n'a vraiment de compétence de pénétration sur ce système, ni n'en cherche vu son caractère peu répandu. Cela le fait apprécier pour des applications critiques ne demandant pas l'usage de périphériques récents, en particulier dans le domaine de la sécurité réseau (pratiquement à parité avec Novell).
Une citation officieuse
« La bataille du poste de travail est loin d'être finie. Lorsque la direction générale aura compris la puissance de Linux, elle va se mettre à l'appeler OS/3 » était une boutade fréquente dans les milieux UNIX d'IBM vers 1995. Nul n'imaginait alors tout de même que ce dernier OS deviendrait moins de cinq ans plus tard le fer de lance du marketing de cette société, et moins encore qu'il gèrerait en 2004 la plus puissante machine de cette époque. La bataille sera pourtant rude et n'est pas jouée d'avance, compte-tenu :
- de l'effort mené par Microsoft en matière d'ergonomie, et de son avance dans ce domaine pour le moment, bien que rattrapé par les dernières version de Linux !
- de ses importantes ressources marketing, mobilisables très rapidement de façon planétaire.
La mort d'OS/2 (2005)
IBM a annoncé l'arrêt définitif d'OS/2, prévu pour le 23 décembre 2005. Le support continuera jusqu'en décembre 2006. Une ouverture (et publication) du code, demandée par plusieurs utilisateurs et notamment les fidèles d'os2world.com n'a pu porter ses fruits, notamment à cause des origines d'OS/2.
Pour la suite de l'histoire, voir les articles Linux, KDE, GNOME et ReiserFS.
Références
- (en) Mark Minasi et al : Inside OS/2 Warp 3.0 - ISBN 1-56205-378-7



