Nihilisme

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Le nihilisme est une notion qui a fortement évolué au cours de son Histoire. D'abord simple critique sociale née en Russie au XIXe siècle, elle évolua vers une doctrine politique n'admettant aucune contrainte de la société sur l'individu et prônant le terrorisme. Bien qu'éphémère, ce mouvement politique aura soulevé des questions auxquelles s'intéresseront les penseurs de tout horizon. De ces interrogations naîtront une doctrine philosophique en relation avec l'absurde sociologique, la négation des valeurs morales et plus généralement, la négation de l'existence d'une réalité substantielle.

Nihilisme historique

Le terme nihilisme (du latin nihil signifiant rien) fut popularisé par l'écrivain russe Ivan Tourgueniev dans sa nouvelle Pères et fils (1861) pour décrire, au travers de son héros Bazarov, les vues de l'intelligentsia radicale russe émergente.

Celle-ci était surtout composée des étudiants des classes supérieures qui étaient de plus en plus désillusionnés par le changement lent des réformes politico-sociales. Le critique Nicolaï Dobrolioubov, le théoricien Dimitri Pissarev, l'économiste Nikolaï Tchernychevsky, les scientifiques Lavrov et Kropotkine prônent des actions directes et violentes pour renverser le régime afin de reconstruire, de façon scientifique, un monde qui assurera le bonheur des masses.

Les nihilistes réussirent à assassiner le tsar Alexandre II qui voulait rendre son régime moins autocratique, ce qui fit passer le pouvoir à son fils qui avait des idées moins libérales. Le raidissement dans une société qui s'industrialisait rapidement aboutit pendant la Première Guerre mondiale à l'instauration du communisme (ou centralisme bureaucratique) et la lutte des classes en système. La répression qui suivit l'assassinat du tsar fut fatale au mouvement nihiliste, mais pas à ses idées.

Un tel nihilisme est nommé le « nihilisme destructeur » pour le différencier du nihilisme philosophique, qui lui est nommé « nihilisme passif ».

Des écrivains comme Dostoïevski et Emile Zola dans Germinal montrent et éventuellement dénoncent le danger d'un tel extrémisme.

Voir aussi : Serge Netchaïev

Bibliographie

BANNOUR Wanda "Les nihilistes russes" Anthropos. Paris 1978.

Nihiliste philosophique

Friedrich Nietzsche décrit l'accélération de l'Histoire avec les déséquilibres qui s'accentuent compensés par la tyrannie anonyme des institutions génératrice de stress. Pour ce dernier, la notion de nihilisme révèle un paradoxe intéressant. Il décrit deux formes de nihilisme :

  • un nihilisme des faibles : « Un nihiliste est un homme qui juge que le monde tel qu'il est ne devrait pas exister, et que le monde tel qu'il devrait être n'existe pas. Donc vivre (agir, souffrir, vouloir, sentir) n'a pas de sens : ce qu'il y a de pathétique dans le nihilisme, c'est de savoir que tout est vain », - et ce pathétique est encore une inconséquence chez le nihiliste" (Nietzsche)
  • un nihilisme des forts, lorsque les croyances s'effondrent du fait qu'elles sont dépassées.

Enfin, il existe, selon Nietzsche, un état normal du nihilisme, qui est la négation de l'être, et qui est une manière divine de penser, en ce sens qu'elle est un rejet définitif de tout idéalisme (du nihilisme au sens faible) et de ses conséquences (la morale entre autres).

Franz Kafka, Albert Camus par exemple dans le mythe de Sysiphe (1942) au théâtre, Eugène Ionesco dans La cantatrice chauve (1950) illustrent cette aliénation de l'individu occidental et son vide existentiel corseté. Ces contraintes permettent chez des artistes comme les surréalistes un dépassement symbolique.

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