Motazilisme

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Le motazilisme, ou mutazilisme, est une école de pensée de l'islam apparue au VIIIe siècle et disparue au XIIIe siècle.

Sommaire

Étymologie

Le mot motazilisme (en arabe المعتزلة) tire son origine du verbe اعتزل signifiant « quitter », « abandonner », « déserter »

Origine

Le motazilisme est apparu au VIIIe siècle à Bassorah lorsque Wasil Ibn 'Atta' quitta les leçons de a-Hasan al-Basri à la suite d'une dispute théologique. Ainsi, lui et ses partisans furent nommés motazilites, « ceux qui ont quitté ». Par la suite, ils se nommèrent eux-mêmes Ahl al-'Adl wa al-Tawhid (Peuple de la justice et du monothéisme) d'après la théologie qu'ils adoptèrent.

La théologie motazilite se développe sur la logique et le rationalisme de la philosophie grecque et cherche à combiner les doctrines islamiques avec celle-ci, en montrant ainsi leur compatibilité.

À cette période, différentes questions font l'objet de débats parmi les théologiens musulmans, par exemple si le Coran est créé ou incréé, si le mal peut être créé par Dieu, la relation entre la prédestination et le libre arbitre, si les attributs de Dieu dans le Coran doivent être interprétés allégoriquement ou littéralement et si ceux qui sont dans le péché auront une punition éternelle en enfer.

La même période voit également se développer différentes hétérodoxies au sein de l'islam, qui subit également un certain nombre d'attaques athéistes, comme celles de l'apostat Ibn al-Rawindi.

La pensée motazilite fut développée dans ce contexte et avait pour but de résoudre ces problèmes.

Doctrine

Le motazilisme met l'accent sur cinq principes.

  • Le monothéisme (tawhid) : Dieu ne peut être conçu par l'esprit humain. Ainsi, ils affirment que les versets du Coran décrivant Dieu comme étant assis sur un trône sont allégoriques. Les motazilites affirment que le Coran ne peut pas être éternel, mais a été créé par Dieu, sinon l'unicité de celui-ci serait impossible. Ils poussèrent leur conception allégorique à l'extrême et nommèrent leurs opposants anthropomorphistes.
  • La justice divine (Adl) : devant le problème de l'existence du mal dans un monde où Dieu est omnipotent, ils mirent en avant le libre arbitre des êtres humains et présentèrent le mal comme étant généré par les erreurs des actes de ceux-ci. Dieu ne fait pas le mal et demande aux hommes de ne pas le faire non plus. Si les actes maléfiques d'un homme provenait de la volonté de Dieu, alors la notion de punition perdrait son sens car l'homme suivrait la volonté divine quels que soient ses actes.
  • Promesse et menace (al-Wa'd wa al-Wa'id) : ce principe regroupe les questions sur le dernier jour et le jour du jugement où Dieu récompensera, avec ce qu'il leur aura promis, ceux qui lui ont obéi et punira ceux qui ont désobei avec la damnation et les feux de l'enfer.
  • Le degré intermédiaire (al-manzilatu bayn al-manzilatayn) : ce principe, qui a été le premier à distinguer les mu'tazilites, affirme que le musulman qui commet un grand péché (meurtre, vol, fornication, fausse accusation de fornication, consommation d'alcool,etc.) ne doit être considéré, dans la vie d'ici-bas, ni comme croyant ou musulman (comme pensent les sunnites), ni comme mécréant (kâfir, comme pensent les khâridjites), mais plutôt dans un degré intermédiaire entre les deux. Cependant, ils rejoignent les kharidjites en affirmant que, malgré cela, une telle personne sera éternellement en enfer.
  • Réaliser le bien et ne pas commettre le mal (al-amr bil ma'ruf wa al-nahy 'an al munkar) : ce principe permet la rébellion contre l'autorité, si celle-ci est injuste, comme un moyen d'empêcher le mal.

Chacun de ces principes est différent de ceux prônés par les écoles théologiques de l'islam de l'époque.

Développement historique

Après sa fondation au VIIIe siècle, le motazilisme devient la croyance officielle à la cour du califat abbasside au début du IXe siècle, après avoir été officiellement embrassé par le calife al-Ma'mun. Néanmoins il ne se répand que parmi les cercles intellectuels et n'a aucune assise dans les populations du califat.

Sous al-Ma'mun, une persécution (la Mihna) a lieu entre 833 et 848 contre les érudits qui n'adhérent pas au motazilisme. La Mihna force les non-adhérents à renoncer ouvertement à la doctrine affirmant que le Coran est éternel et d'accepter que celui-ci ait été créé. Le zèle des motazilistes est montré par la non-libération des prisonniers musulmans, aux mains des Byzantins, affirmant la non-création du Coran.

Peu après ce règne, l'école motaziliste perd son assise auprès de la classe dirigeante et au XIIIe siècle, cette théologie a disparu de l'Islam sunnite.

Héritages et conséquences du motazilisme

Bien que son rationalisme fût séduisant auprès des classes éduquées de l'époque, le motazilisme ne se répandit guère parmi les masses, probablement du fait de sa nature élitiste. Après son adoption par les dirigeants et face à la persécution qui s'ensuivit, son impopularité grandit dans le peuple.

Les motazilistes s'étaient intéressés au début aux attaques que subissait l'islam de la part des non-musulmans ; ils devinrent rapidement obsédés par le débat avec les autres théologies et courants de pensée à l'intérieur de l'Islam lui-même.

En réponse au motazilisme, Abu al-Hasan al-Ash'ari, initialement un motaziliste lui-même, développa la méthodologie dite Kalam, basée sur la dialectique grecque et fonda ainsi l'école de pensée acharite. Par la suite, influencée par l'acharisme, l'école maturidite apparu et son fondateur écrivit plusieurs livres réfutant plusieurs des croyances motazilites. L'acharisme et le maturidisme ont subi des évolutions au cours du temps (notamment au VIe et VIIe siècles avec [Al-Ghazali|Al-Ghazzâliy] et Ar-Râziy) et ont intégré dans leur dogme certaines croyances des mu'tazilites relatives aux attributs divins.

Enfin, plusieurs courants chiites, en particulier les duodécimains, ont embrassé certaines des doctrines motazilites et les ont incorporées à leurs théologies.

Tentatives modernes

Quelques tentatives modernes pour rétablir ce courant de pensée, particulièrement dans le but de contrebalancer les mouvements traditionalistes salafiste et wahhabite. Cependant ces tentatives n'ont guère eu de succès.

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