Monarchie

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La monarchie (du grec mono « seul », archein « pouvoir » : « pouvoir non d'un seul, mais en un seul ») est un système politique où le chef de l'État n'est pas issu du suffrage universel, direct ou non.

Sommaire

Typologies

Types de monarchies d'après le titre du monarque

Monarchie de droit divin et monarchie élective

Dans la monarchie de droit divin, le pouvoir est légitimé par un lien spirituel qu'entretiendrait le tenant du pouvoir avec la ou les divinités.

Dans la République polono-lituanienne et dans le Saint-Empire romain germanique, et encore actuellement en Malaisie et dans les Émirats arabes unis, le chef d'État est un monarque désigné par ses pairs au cours d'une élection ou par consensus.

La royauté germanique

Chez les anciens Germains, le pouvoir royal était d'essence divine à travers le rattachement de la dynastie règnante à Woden (Odin).

Le roi et l'Église au Moyen Âge

À ce lien païen, se substitua à l'époque chrétienne la vision du roi comme un intermédiaire entre Dieu et ses sujets, entre le ciel et la terre. Se fondant sur une lecture de la Patristique (Saint Augustin dans la Cité de Dieu), la monarchie trouvait sa justification dans le fait que, de la même manière qu'un seul régnait dans les cieux, il était juste qu'un seul ne règnat sur terre.

Mais cette justification, associée à une confusion relative entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel se heurta de nombreuses fois aux prétentions du pape de Rome au pouvoir politique : notamment sous les pontificats de Léon IX et de Grégoire VII (1073-1085). Ce dernier, en particulier, développa la doctrine de la théocratie pontificale qui portait directement atteinte à l'étendue du pouvoir royal.

Pour les souverains pontifes, en effet, le pouvoir temporel devait demeurer soumis au pouvoir spirituel. Il est évident que les rois ne l'entendaient pas de cette manière. Outre l'excommunication, les papes bénéficiaient contre eux d'une arme juridique : une série de faux, forgés par la chancellerie pontificale, et dont le plus connu est la fausse donation de Constantin leur servaient à appuyer leurs prétentions au pouvoir temporel.

Les affrontements entre les rois trop indépendants et les Pontifes romains, affrontements qui concernèrent surtout les souverains du Saint Empire romain germanique, se multiplièrent sous les papes Innocent III et Innocent IV : ce sont ces derniers qui s'approchèrent le plus de la « théocratie pontificale » au XIIIe siècle.

Le roi de France

Au Moyen Âge comme jusqu'au XVIIIe siècle, on considéra le roi de France comme souverain de droit divin - « par la grâce de Dieu » et on lui prêta des pouvoirs thaumaturgiques, comme le fait de guérir des écrouelles.

C'est le sacre qui conféra un caractère sacré au roi de France, à l'instar des rois Wisigoths ou d'Aragon.

Mais, fait unique parmi les monarques de la Chrétienté, le roi de France était aussi « oint » par l'archevêque de Reims. L'onction du Saint Chrême, une huile mélangée de balsame dont l'usage, prescrit dans tous les sacrements de l'Église, faisait aussi l'un des éléments du sacre des évêques, contribuait à faire du roi de France le « vicaire de Dieu », son représentant. C'est le « Roi Prêtre » dont parle Albert Camus.

Le roi de France, en raison du baptême de Clovis, était considéré comme le premier souverain de la Chrétienté. Voir Sacre

Se fondant sur la signification de l'onction, un mouvement de légistes et d'évêques français fidèles à la monarchie, nommé « gallicanisme », affirma suite à un conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII la liberté de l'Église française sur les plans théologique et juridique et la supériorité du roi de France à l'égard du pape en ce qui concernait le pouvoir temporel. Ainsi, au début du XIVe siècle, le roi de France contribua à l'échec de la théocratie pontificale.


Monarchie absolue et monarchie constitutionelle

L'évolution de la monarchie absolue, où le monarque n'a théoriquement aucun compte à rendre à personne, vers le système de monarchie constitutionnelle, où ses pouvoirs sont encadrés par une constitution, ne s'est pas fait en une seule étape, dans le Royaume d'Angleterre par exemple le point de départ en fut la Grande Charte (Magna Carta) en 1215.

Sous l'Ancien Régime en France, le monarque, de droit divin par le sacre, était défini comme « le roi en ses conseils ». Ces conseils, qui ont beaucoup évolués au fil des temps, permettaient au roi de se faire une idée des choses en écoutant les spécialistes qui s'y trouvaient avant de prendre ses décisions. Diverses sociétés ou assemblées influaient sur la vie du Royaume, les « corps intermédiaires », associations composées des différents éléments formant la société: parlements régionaux (aussi appelé « États provinciaux »), corps de métiers, baillage ou échevinage, etc. Ce type d'organisation politique, avec ou sans monarque à sa tête, est dénommé corporatisme.

Le modèle de monarchie sans pouvoir autre que celui d'"inaugurer les chrysanthèmes" est souvent qualifié de "monarchie de type scandinave", il est d'ailleurs régulièrement évoqué dans les débats sur le sujet aux Pays-Bas, en Belgique et au Royaume-Uni, trois pays où il existe un débat récurrent, quoique limité, entre partisans d'une monarchie aux pouvoirs renforcés, d'une monarchie "à la scandinave" et d'une république, la majorité des élus et de la population semblant plutôt favorables à un statu quo, même si les arguments économiques sur le coût de la monarchie ont un écho plus grand, plus particulièrement quant aux dotations des autres membres de la famille royale que le monarque et les principaux héritiers du trône.

En Belgique, le roi assume encore théoriquement la fonction de chef des armées, et bénéficie surtout d'un certain pouvoir d'influence très limité par la loi.

Un cas récent de retour d'un système de monarchie constitutionnelle vers une monarchie quasi absolue est celui du Liechtenstein, ce qui a d'ailleurs causé un certain émoi au sein du Conseil de l'Europe, qui a émis des remarques peu amènes à ce sujet.

Des cas d'évolutions récentes de monarchies absolues vers des monarchies moins absolues, voire constitutionnelles, se retrouvent surtout dans le Golfe arabo-persique, avec la restauration des constitutions et des parlements au Koweït et à Bahreïn et l'élection de conseils consultatifs locaux ou nationaux au Qatar, à Oman et en Arabie séoudite, ces trois derniers États ainsi que les monarchies membres des Émirats arabes unis restant des monarchies absolues, de même que le Bhoutan, petit royaume himalayen, le Royaume du Swaziland, en Afrique australe, le sultanat du Brunéi, sur l'île de Bornéo, ainsi que le Royaume des îles Tonga, dans le Pacifique Sud. Tous ces États font toutefois partie de l'Organisation des Nations unies et sont théoriquement signataires de sa charte et de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

La transmission du pouvoir royal

La transmission du pouvoir royal était généralement assurée par l'héritage du plus proche parent de la génération suivante : en ce cas, le régime est celui de la « monarchie héréditaire ». En théorie, cependant, le roi était « élu » — au sens premier, c'est-à-dire choisi — par ses pairs, les grands du royaume. Cette méthode devait permettre d'éviter que des incapabables n'accèdent au trône. C'est pourquoi étaient chantées lors des cérémonies du sacre les « acclamations carolingiennes » reprenant ainsi l'ancienne coutume francque de l'élection du roi par sa montée sur le pavois.

Les évènements historiques ont créé la coutume du choix du fils aîné du roi comme nouveau roi, en raison de l'association par son père du fils à l'administration du royaume. Et là encore une ancienne coutume franque s'appliquait : la loi salique (car provenant des Francs saliens comme Clovis), excluant les femmes de l'hérédité dans le souci non seulement que le chef fut toujours un homme capable de faire la guerre s'il le fallait, mais aussi que par mariage le territoire ne soit pas démembré ou apporté à la famille de l'époux…

Ainsi par la dévolution de la couronne par primogéniture mâle, la transmission des buts et des méthodes d'administration a amené une stabilité dans la gestion des affaires du royaume, et a permis l'unification de la France comme le développement du pays par le fait de la tradition monarchique (tradition = transmission).

Quatre monarchies européennes ont vu leurs règles de dévolution modifiées dans le dernier quart de siècle, la règle passant de la primogéniture avec préférence masculine à degré égal à la primogéniture absolue sans considération de sexe :

  • la Suède en 1980. La princesse Victoria (née en 1977), fille aînée du roi Charles XVI Gustave est ainsi devenue princesse héritière en lieu et place de son frère cadet Carl Philip (né en 1979).
  • les Pays-Bas en 1982. Le prince héritier Willem-Alexander (né en 1967) étant devenu père en 2003 de la princesse Amalia, celle-ci devrait en principe devenir à son tour reine des Pays-Bas, dans un avenir non prévisible.
  • la Norvège en 1990, mais sans effet rétroactif, ce qui fait que le prince Haakon-Magnus (né en 1973), fils cadet du roi Harald V, a conservé sa position de prince héritier malgré l'existence de sa sœur aînée Märtha-Louise (née en 1971). Toutefois, l'aîné des enfants du prince Haakon-Magnus étant une fille, la princesse Ingrid Alexandra (née en 2004), la nouvelle règle sera appliquée à la génération suivante.
  • la Belgique en 1991, où les femmes étaient jusque-là exclues de la succession. Cette modification a eu pour effet de placer la princesse Astrid (née en 1962), fille cadette de l'actuel roi Albert II, en 3e position dans l'ordre de succession de 1991 à 1994, puis en 2nde position de 1994 à 2001. À présent, la seconde position dans l'ordre de succession est occupée par la princesse Élisabeth (née en 2001), fille aînée du prince Philippe, duc de Brabant (né en 1960).

Sauf erreur, la règle de primogéniture avec préférence masculine à degré égal est toujours en vigueur dans les monarchies suivantes : Danemark, Espagne, Monaco, Royaume-Uni.

Deux États européens, le grand-duché de Luxembourg et la principauté de Liechtenstein, ont une règle de dévolution « semi-salique » : le trône est transmissible en premier lieu dans toutes les lignes masculines et, à défaut d'héritier masculin dans l'une de ces lignes, à l'aîné des descendants, masculin ou féminin, de la première ligne féminine. Le Luxembourg a ainsi eu deux grandes-duchesses régnantes de 1912 à 1964.

Par ailleurs, d'autres monarchies conservent des règles de dévolution excluant les femmes de la succession : Japon (même si l'on prête au gouvernement l'intention de modifier la Constitution sur ce point), Népal et toutes les monarchies de pays musulmans (Arabie saoudite, Jordanie, Maroc, etc.).

Voir aussi



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