Mise en abyme

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La mise en abyme (on écrit parfois aussi mise en abîme) est un procédé consistant à incruster une image en elle-même — ou, d'une manière générale, à représenter une œuvre dans une œuvre de même type. On y retrouve le type d'autosimilarité qui constitue également le principe des fractales ou de la récursivité en mathématiques.

  • En littérature, à l'intérieur d'un récit, entrée dans un autre récit, puis à l’intérieur de ce dernier, entrée dans un troisième, etc.
  • En arts graphiques, Les époux Arnolfini (Jan van Eyck, 1434, 82 × 60 cm, peinture sur bois, National Gallery, Londres) est un exemple fameux dans lequel un miroir convexe reflète l'ensemble de la scène (y compris le miroir lui-même, et ainsi de suite…). On peut également citer l'exemple mieux connu du dessin de la boîte de « Vache qui rit » (La vache porte des boucles d'oreilles qui elles-mêmes sont des boîtes de Vache qui rit, etc.)
  • Dans certaines œuvres de théâtre et de cinéma, un comédien joue le rôle d'un comédien qui joue un rôle… (procédé appelé communément « théâtre dans le théâtre »)

La mise en abîme est un procédé artistique - ou de réflexion intellectuelle - qui entraîne souvent une sensation de vertige.

Exemples

  • image de La vache qui rit ;
  • les images ci-contre ;
  • l'affiche du film Memento (image) ;
  • la série télévisée Stargate SG-1 s'auto-parodie en intégrant dans l'intrigue de plusieurs épisodes une série de médiocre qualité intitulée Wormhole X-Treme! (ce n'est cependant que l'exemple le plus frappant, les scénaristes étant coutumiers de ce type d'allusions) ;
  • le film Scream 2 parodie le premier opus de la trilogie, Scream sous la forme d'un film de série B : Stab ;
  • dans certaines séries télévisées, il arrive que les personnages écoutent ou chantent la musique du générique ;
  • ce petit dialogue :
— Où vas-tu ?
— Au cinéma.
— Qu'est-ce que tu vas voir ?
Quo vadis ?.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— « Où vas-tu ? »
— Au cinéma…

Utilisation du procédé

Ce procédé permet de créer du trouble dans la convention narrative. Les Contes des mille et une nuits utilisent ce principe : l'histoire de Shéhérazade enchâsse les contes dans lesquels les personnages eux-mêmes racontent aussi bien des contes que leur propre histoire mais comme s'il s'agissait d'un conte dans lequel...

Le procédé permet de donner le tournis au lecteur ou à l'auditeur qui rapidement ne sait plus qui parle : l'auteur, Shéhérazade, un personnage ? Ici, il s'agit de redoubler le trouble du roi qui oublie de se débarrasser de Schéhérazade.

Dans Les Ménines de Diego Vélasquez le procédé est utilisé de façon paradoxale parce qu'on ne voit pas réellement le tableau qu'il est en train de peindre, ce qui ajoute au trouble : quel est l'objet de ce tableau, le geste du peintre (qu'on ne voit pas peindre mais regarder), l'infante à ses côtés ou encore ce que regarde le peintre et qu'on aperçoit à peine dans le miroir (le roi et la reine), le tableau retourné ?

Elle peut également jouer le rôle de clin d'œil inséré par l'auteur, ou lui permettre d'engager, sur le mode de l'humour (autodérision), une critique sur sa propre œuvre, voire sur le genre auquel elle appartient.

Origine de l'expression

En héraldique, l'abyme (ou abîme) est la partie centrale de l'écu (support matériel du blason). Ainsi, lorsqu'un écu est représenté à l'intérieur de l'écu principal (vraisemblablement dans la partie centrale), on dit qu'il est "mis en abyme".

L'expression utilisée dans le sens sémiologique remonte à André Gide, lequel note dans son Journal en 1893 :

« J'aime assez qu'en une œuvre d'art on retrouve ainsi transposé, à l'échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre par comparaison avec ce procédé du blason qui consiste, dans le premier, à mettre le second en abyme. »

Peut-être Gide fait-il aussi référence au genre poétique du blason, en vogue au XVIe siècle, dans lequel l'auteur fait une description détaillée d'une personne ou d'un objet.



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