Michel Servet
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Parcours d'hérétique
Michel Servet, né en 1511 en Aragon, fut un médecin et théologien catalan. Il acquiert d'abord une notoriété précoce comme hérétique. Il disparaît ensuite pour entamer une nouvelle vie à Paris, où on le retrouve à la faculté de médecine sous le nom de Villeneuve. Sa carrière médicale se poursuit à Vienne dans le Dauphiné. Servet acquiert là une position de notable et découvre la petite circulation sanguine, c'est-à-dire la manière dont le sang passe dans les poumons pour s'oxygéner. Il voit là le souffle de Dieu au cœur de l'homme.
Servet croit en effet en un Dieu « auquel l'homme peut s'unir ». Son ennemi Jean Calvin décrit « un souverain Seigneur (…) devant qui l'homme chétif et misérable ne peut que se prosterner dans la cendre, adorer et obéir ».
Surtout, Servet pousse très loin le principe du retour aux Évangiles. Pas de trace, dans ces derniers, du discours complexe sur la Trinité que l'Eglise catholique a mis au point pendant des siècles. Jésus n'est pas Dieu, mais un homme auquel l'essence divine s'est alliée temporairement. À l'hérésie, il ajoute le blasphème : la Trinité est un « chien des enfers à trois têtes, signe de l'Antéchrist ». Calvin écrit alors : « Si j'ai de l'autorité dans cette Genève, je veillerai à ce qu'il ne la quitte pas vivant ».
Querelle épistolaire
À Vienne, Servet publie anonymement un nouveau brûlot, le De erroribus Trinitatis, un ouvrage en 7 tomes, et se lance dans une dispute par correspondance avec Calvin. Ce dernier récolte des preuves et les livre à l'Inquisition, manquant de peu de faire brûler Servet par les catholiques. Coffré, Servet s'évade. Pour des motifs qui demeurent obscurs, il se rend à Genève, se jetant ainsi dans la gueule du loup.
« Je crois qu'il en avait marre de vivre sous une fausse identité. Peut-être a-t-il pensé qu'il avait une chance de remplacer Calvin », suggère le documentariste allemand Oliver Eckert qui a réalisé en 2005 un documentaire sur Servet. « Pour trouver un compromis avec l'empereur Charles Quint, les réformateurs avaient conservé des théories que l'Église catholique avait développées après les Évangiles. Servet voulait aller plus loin dans le retour aux Écritures. Il se prenait pour le représentant sur terre de l'archange Michel qui, dans l'Apocalypse, chasse la Bête… ».
C'est dans l'actuel jardin de La Colline, clinique privée située au bas de Champel, que Michel Servet a été attaché à un poteau et brûlé vif sur ordre du Grand Conseil contrôlé par Calvin, le 27 octobre 1553 : « Toy, Michel Servet, condamnons à debvoir estre lié et mené au lieu de Champel, et là debvoir estre à un piloris attaché et bruslé tout vifz avec ton livre, tant escript de ta main que imprimé, jusques à ce que ton corps soit réduit en cendres ; et ainsi finiras tes jours pour donner exemple aux autres qui tel cas vouldroient commettre ».
Menhir expiatoire
Aujourd'hui, Michel Servet a sa rue à Genève, ainsi qu'un monument expiatoire érigé près de l'emplacement du bûcher, derrière l'abribus de la ligne 3 à l'avenue de Beau-Séjour. Posé en 1903, ce menhir porte une inscription où le calvinisme genevois regrette l'erreur mais blanchit son principal responsable, Calvin, pour faire porter le chapeau aux mœurs de son siècle. Il s'agit alors, selon l'historienne Valentine Zuber, de « désamorcer l'obstacle que représente encore l'affaire Michel Servet pour la réputation de Jean Calvin, à la veille du jubilé du réformateur de Genève en 1909 ».
À son propos, Sébastien Castellon écrira : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une idée. C'est tuer un homme ».
Bibliographie
- BAINTON, Roland H., Michel Servet, hérétique et martyr, Genève, Droz, 1953
- ZUBER, Valentine, Les conflits de la tolérance. Michel Servet, entre mémoire et histoire, Paris, Honoré Champion, 2004
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