Michel Foucault

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Michel Foucault est un philosophe français né le 15 octobre 1926 à Poitiers et décédé le 25 juin 1984 à Paris. Il s'est intéressé principalement au rapport de l'homme au pouvoir, poursuivant sur les voies tracées par Friedrich Nietzsche.

Sommaire

Philosophie

Michel Foucault est connu pour avoir mis en lumière certaines pratiques et techniques de la société par ses institutions à l'égard des individus. Il note la grande similitude dans les modes de traitements accordés ou infligés à de grands groupes d'individus qui constituent les frontières du groupe social : les fous, les condamnés (il fonde d'ailleurs le Groupe d'information sur les prisons ou GIP en 1971), certains groupes d'étrangers, les soldats et les enfants. Il considère que finalement, ils ont en commun d'être regardés avec méfiance et exclus, par un enfermement en règle dans des structures fermées, spécialisées, construites et organisées sur des modèles similaires (asiles, prisons, casernes, écoles) inspirés du modèle monacal, ce qu'il a appelé institution disciplinaire.

Son homosexualité, à une époque où, si elle n'était plus réprimée, restait néanmoins fort mal acceptée, est probablement l'une des raisons de l'intérêt qu'il portait au thème du rapport de pouvoir entre l'institutionnel et l'individu. C'est ce pouvoir qui fonde la constitution de savoirs et est à son tour fondé par eux : c'est la notion de « savoir-pouvoir » – qui recouvre la sexualité, la médecine, etc. Il a, dans ses derniers entretiens, discuté parfois de l'homosexualité et plus rarement de la sienne, mais plus généralement des relations affectives, posant, par exemple et pour son compte, une distinction entre amour et passion qu'il n'aura malheureusement pas eu le temps de développer.

Refusant l'abstraction et les généralités, Michel Foucault s'est efforcé, dans la grande majorité de ses travaux, de se limiter :

  • à des problèmes concrets (la folie, l'emprisonnement, la clinique...) ;
  • dans un cadre géographique très déterminé (la France, l'Europe, voire l'Occident) ;
  • à des cadres historiques précis (l'âge classique, la fin du XVIIIe siècle, l'Antiquité grecque, etc.).

Pourtant, ses observations permettent de dégager des concepts débordant ces limites dans le temps et dans l'espace, ce qui leur permet de garder une grande actualité (ce qui permet aussi à beaucoup de personnages de se réclamer de lui aujourd'hui, dans une grande diversité de domaines). Par exemple, c'est en étudiant la mutation des techniques pénales à la fin du XVIIIe siècle qu'il peut analyser l'émergence d'une nouvelle forme de la subjectivité constituée par le pouvoir, en étudiant les mutations des disciplines scientifiques à la fin du XVIIIe siècle qu'il dégage la constitution de la notion d'« homme », etc.

En ceci, quoiqu'il se revendiquât essentiellement historien, pour la rigueur et la scientificité de cette discipline, il est indéniablement philosophe dans la mesure où les enquêtes qu'il mène sont l'occasion de dégager des concepts dont la portée dépasse les circonstances très précises qu'il a étudiées.

Outre les travaux consacrés à des problèmes très concrets, certains autres ouvrages ont résolument pris une orientation plus conceptuelle, notamment L'Archéologie du savoir et L'Ordre du discours. Le premier, publié en 1969, dégage les concepts mis à l'œuvre dans les ouvrages précédents, et les systématise. Le second est le discours prononcé au Collège de France, et possède une valeur légèrement plus programmatique, tout en remettant également en perspective la méthode adoptée dans les ouvrages précédents.

Intellectuellement aussi bien que personnellement, il a été très proche de Gilles Deleuze. Dans les années 1970, il s'est intéressé à ce qui lui semblait une nouvelle forme d'exercice du pouvoir (sur la vie), qu'il a appelé biopolitique, concept repris et développé depuis par Giorgio Agamben et Antonio Negri, notamment.

Son travail, du point de vue de l'ensemble, se présente comme une immense histoire des limites tracées à l'intérieur de la société, et qui définissent le seuil à partir duquel on est fou, malade, criminel, divergent. Les clivages internes de la société ont une histoire, faite de la lente formation, sans cesse remise en cause, de ces limites. De part et d'autre de ces domaines d'exclusion et d'inclusion se constituent des formes de subjectivité différentes, et le sujet est donc une concrétion politique et historique, et pas une substance libre comme le voudrait la tradition et le sens commun : je ne me percois moi-même que selon les critères formés par l'histoire. Le pouvoir n'est pas une autorité s'exercant sur des sujets de droit, mais avant tout une puissance immanente à la société, qui s'exprime dans la production de normes et de valeurs. Le problème politique décisif n'est donc plus la souveraineté, mais ces micropouvoirs qui investissent le corps, et qui, silencieusement, inventent les formes de la domination, mais peuvent tout aussi bien donner l'occasion de nouvelles possibilités de vie ( « Il n'y a de relation de pouvoir qu'entre des sujets libres » se plaisait-il à dire ).

C'est peut-être dans son hommage à Georges Canguilhem (« La vie : l'expérience et la science », le dernier texte auquel il donna son imprimatur) que l'on perçoit le mieux la philosophie de la vie (un concept certes bien équivoque) de Foucault, et son rapport à la vérité : il y problématise en effet notre humaine capacité (cas d'espèce ! dirait encore Nietzsche) à former des concepts, quelques soient les errances et déviations de la vie.

L'héritage de la philosophie de Michel Foucault est immense. Outre qu'elle influenca (tout comme elle fut influencée par) nombre de mouvements contestataires en France comme dans le monde anglo-saxon depuis les années 1970 (de l'antipsychiatrie au mouvements des prisonniers en passant par les mouvements féministes jusqu'aux mouvements de malades [1] ), la fécondité de nombre de ses propositions essentielles s'éprouve toujours dans le monde académique au-delà des spécialisations disciplinaires, parcourant un vaste champ allant des Gender Studies à l'histoire du Droit et autres « archéologies » de l'État-providence, et malgré le désamour de la sociologie [2].

Notes

[1] Voir « Sida : angles d'attaque » par Philippe Mangeot (Vacarme, n°29, 2004)

[2] Voir, par exemple, « Les "beaux cas" chez Michel Foucault » (pdf) par Jean-François Laé (Le Portique, n°13/14, 2004)

Idées

Michel Foucault s'est successivement intéressé au savoir, puis au pouvoir, enfin au sujet.

  • Emergence du concept de population au cours des XVIIIe et XIXe siècles. La population devient un objet d'études et de gestion politique.
  • Passage de la loi à la norme. D'une société (d'Ancien régime) centrée sur la loi on est passé à une société gestionnaire centrée sur la norme. C'est l'une des conséquences de la vaste révolution libérale.
  • Concept de biopouvoir : au pouvoir qui donne la mort et laisse vivre s'est substitué le biopouvoir qui fait vivre et laisse mourir (Etat providence : sécurité sociale, assurances, etc.).
  • Figure du panoptique (projet architectural de prison inventé par Bentham et conçu pour que les prisonniers puissent tous être vus depuis une tour centrale) comme paradigme de ce vers quoi tend notre société (voir société de contrôle et Gilles Deleuze).
  • Les relations de pouvoir traversent l'ensemble de la société. Un certain discours affirme que le paradigme de la société est la guerre civile, que toutes les interactions sociales sont des versions dérivées de la guerre civile. On peut donc renverser la proposition de Clausewitz et dire que la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens.
  • Concept grec de souci de soi comme fondement de l'éthique.

Bibliographie

(chez Gallimard, sauf indication contraire)

  • Dits et écrits, chez Gallimard (première édition en 4 volumes, seconde en deux, dans la collection Quarto)
  • Plusieurs volumes sont parus, transcriptions de ses cours au Collège de France :
    • 1973-74 : Le pouvoir psychiatrique, 2003
    • 1974-75 : Les anormaux, 1999
    • 1975-76 : Il faut défendre la société, 1997
    • 1977-78 : Sécurité, territoire, population, 2004
    • 1978-79 : Naissance de la biopolitique, 2004
    • 1981-82 : L’herméneutique du sujet, 2001
  • Plusieurs publications d'archives :
    • Moi Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère. Un cas de parricide au XIXe siècle, 1973
    • Herculine Barbin dite Alexina B, 1978
    • Les machines à guérir, aux origines de l’hôpital moderne, 1979 (éditions Pierre Mardaga)
    • Le désordre des familles. Lettres de cachet des archives de la Bastille au XVIIIe siècle, 1980
  • Signalons aussi :
    • L’Impossible prison. Recherches sur le système pénitentiaire au XIXe siècle réunies par Michelle Perrot, 1980 (Seuil)
    • Le Groupe d'information sur les prisons. Archives d’une lutte 1970-1972, documents réunis par Philippe Artières, Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel, postface de Daniel Defert, 2003 (éditions de l'IMEC)

Biographies

  • Colombel, Jeannette, Michel Foucault, la clarté de la mort, Odile Jacob, 1994.
  • Éribon, Didier, Michel Foucault (1926-1984), Champs Flammarion, 1991 (1989).
  • Éribon, Didier, Michel Foucault et ses contemporains, Fayard, 1994.
  • Macey, David, Michel Foucault, Gallimard, 1994.
  • Claude Mauriac, Le Temps immobile, Grasset, 1975-1988, réédition Le livre de poche, volume 3 : “Et comme l’espérance est violence”.

Ouvrages sur Michel Foucault

  • Adorno, Francesco Paolo, Le style du philosophe. Foucault et le dire vrai, Kimé, 1996.
  • Auzias, Jean-Marie, Michel Foucault, La manufacture, 1986.
  • Billouet, Pierre, Foucault, figure du savoir, Les Belles Lettres, 1999.
  • Blanchot, Maurice, Michel Foucault tel que je l’imagine, Fata Morgana, 1986.
  • Boullant, François, Michel Foucault et les prisons, PUF, 2003.
  • de Certeau, Michel, Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Gallimard, 2002 (1987).
  • Chevallier, Philippe, Michel Foucault. Le pouvoir et la bataille, Éditions Plein Feux, 2004.
  • Deleuze, Gilles, Foucault, Éditions de Minuit, 1986.
  • Dreyfus, Hubert ; Rabinow, Paul, Michel Foucault. Un parcours philosophique, Gallimard, 1984.
  • Gros, Frédéric, Michel Foucault, Que sais-je ?, PUF, 1996.
  • Gros, Frédéric, Foucault et la folie, PUF, 1997.
  • Fortier, Francis, Les stratégies textuelles de Michel Foucault, un enjeu de véridiction, Nuit blanche éditeur, 1997.
  • Halperin, David, Saint Foucault, EPEL, 2000.
  • Han, Béatrice, L’ontologie manquée de Michel Foucault, Million, 1998.
  • Kremer-Marietti, Angèle, Michel Foucault et l'archéologie du savoir, Seghers, 1974.
  • Kremer-Marietti, Angèle, Michel Foucault, Archéologie et généalogie, Livre de poche, 1985.
  • Macherey, Pierre, “Foucault, éthique et subjectivité”, dans la revue autrement n°102, novembre 1988.
  • Merquior, José-Guilherme, Foucault ou le nihilisme de la chaire, PUF, 1986
  • Moebius, Stephan, Die Zauberlehrlinge. Soziologiegeschichte des Collège de Sociologie, 2006, Konstanz
  • Monod, Jean-Claude, Foucault. La police des conduites, Michalon, 1997.
  • Olivier, Lawrence, Michel Foucault : penser au temps du nihilisme, Montréal : Éditions Liber, 1995.
  • Potte-Bonneville, Mathieu, Michel Foucault, l’inquiétude de l’histoire, PUF, 2004.
  • Rajchman, John, Michel Foucault, la liberté de savoir, PUF, 1987.
  • Revel, Judith, Le vocabulaire de Foucault, ellipses, 2002.
  • Veyne, Paul, Comment on écrit l’histoire, suivi de Foucault révolutionne l’histoire, Seuil, 1979.

Regards croisés

  • Rajchman, John, Erotique de la vérité. Foucault, Lacan et la question de l'éthique, PUF, 1994.
  • Fimiani, Mariapola, Foucault et Kant. Critique, Clinique, Ethique, L'Harmattan, 1999.

Ouvrages collectifs

  • Michel Foucault, une histoire de la vérité, Syros, 1985.
  • Michel Foucault philosophe. Rencontre internationale Paris, 9,10,11 janvier 1988, Seuil, 1989.
  • Michel Foucault. Lectures critiques, De Boeck-Wesmael, 1990.
  • Michel Foucault. Lire l’œuvre, Million, 1992.
  • Penser la folie, Galilée, 1992.
  • Michel Foucault. Les jeux de la vérité et du pouvoir, Presses Universitaires de Nancy, 1994.
  • Revue Sociétés et représentations, numéro 03 « Surveiller et punir : la prison vingt ans après », CREDHESS, 1996.
  • Au risque de Foucault, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1997.
  • Michel Foucault, Trajectoires au cœur du présent, L’harmattan, 1998.
  • Revue Multitudes, numéro 01 « biopolitique et biopouvoir », Exils, 2000.
  • Revue Cités, numéro 02 « Michel Foucault de la guerre des races au bio pouvoir », PUF, 2000.
  • L’infréquentable Michel Foucault, EPEL, 2001.
  • Michel Foucault et la médecine, Kimé, 2001.
  • Lectures de Michel Foucault, volume I : A propos de « Il faut défendre la société », 2001, volume II : Foucault et la philosophie, 2003, volume III : Sur les Dits et écrits, 2003, ENS éditions.
  • Foucault. Le courage de la vérité, PUF, 2002.
  • Foucault au Collège de France, un itinéraire, Presses Universitaires de Bordeaux, 2003.
  • Foucault, la littérature et les arts, Kimé, 2004.
  • Revue Vacarme, numéro 29 « Michel Foucault (1984-2004) », 2004.
  • Revue Le Portique, numéro 13-14 « Foucault : usages et actualités », 2004.
  • Revue Chimères, numéro 54/55 « Michel Foucault : généalogie, esthétique, contrôle », 2004.
  • Penser avec Michel Foucault. Théorie critique et pratiques politiques, Karthala, 2005.

Gilles Deleuze sur Michel Foucault

  • Deleuze, Foucault, Paris, Les éditions de Minuit, 1986.
  • Deleuze, Pourparlers, Paris, Les éditions de Minuit, 1990.
  • Deleuze, Dialogues (en collaboration avec Claire Parnet), coll. champs Flammarion, 1996.
  • Deleuze, Bartleby, ou la formule, Postface à Bartleby de Herman Melville, GF Flammarion, 1989.
  • L’abécédaire de Gilles Deleuze, interview avec Claire Parnet, réalisation Pierre André Boutang, vidéo édition Montparnasse, 1996.
  • Deleuze, L'île déserte et autres textes, Paris, les éditions de Minuit, 2002 ; et en particulier :
    • Raymond Roussel ou l’horreur du vide, 1963.
    • L’homme, une existence douteuse, 1966.
    • À quoi reconnaît-t-on le structuralisme ?, 1972.
    • « Ce que les prisonniers attendent de nous … » 1972.
    • Les intellectuels et le pouvoir. 1972.
    • Sur les lettres de H.M (avec Daniel Defert) (GIP) 1973.
    • Sur le capitalisme et le désir (avec Guattari).
    • « Le discours du plan » 1973 (avec Foucault) in F.Fourquet et L.Murard, éds., Recherches, n°13 : les équipements de pouvoir, décembre, p.183-186.
  • Deleuze, Deux régimes de fous, Paris, les éditions de Minuit, 2003 ; et en particulier :
    • Deux régimes de fous, 1975.
    • L’ascension du social, 1977.
    • Désir et plaisir, 1977.
    • Préface à l’Anomalie sauvage, 1982.
    • Sur les principaux concepts de M.Foucault, 1984.
    • Foucault et les prisons. 1986.
    • Qu’est-ce qu'un acte de création ?, 1987.
    • Qu’est-ce qu’un dispositif ? 1989.
  • L’Anti-Œdipe (en collaboration avec Félix Guattari), Paris, Les éditions de Minuit, 1972.
  • Mille Plateaux (en collaboration avec Félix Guattari), Paris, Les éditions de Minuit, 1980.

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