Mercantilisme
Un article de Freepedia.
Ce courant économique prône le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur. Elle se situe historiquement à la fin du Moyen Âge. Elle marque aussi la fin de la prééminence des doctrines de l'Église (la chrématistique) dans l'organisation sociale.
Le courant mercantiliste est l'un des tout premier courant en économie. Il apparaît à une époque où les rois souhaitent obtenir un maximum d'or, leurs théories seront donc tournées vers cet objectif. Les écrits mercantilistes développent donc une problématique basée sur l'enrichissement. Elle constitue un système simple dans la mesure où l'analyse du système social n'est pas encore prise en compte. Son élaboration s'est faite de la fin du XVe siècle jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Sur une telle période les hypothèses ont bien sûr évolué, rendant l'idée d'un même courant assez vague. Il se répandra dans la plupart des nations d'Europe en s'adaptant aux spécificités nationales.
On distingue parmi les mercantilistes, le bullionisme (ou « mercantilisme espagnol »), le colbertisme (ou « mercantilisme français », voire « industrialisme ») et le commercialisme (ou « mercantilisme anglais »).
Sommaire |
Les principaux concepts
- La richesse est constituée de métaux précieux qu'il faut thésauriser.
- L'accumulation de la richesse des nations découle du solde positif des échanges extérieurs. D'où les efforts de chaque nation pour drainer les excédents monétaires dérivés du commerce international et de l'exploitation coloniale.
- Mise en place de mesures pour garantir une balance commerciale positive, notamment en stimulant ou créant des productions nationales.
- En taxation des importations, et protection du marché intérieur pour les manufactures locales, au bénéfice de monopoles de production. Et destruction des production concurrentes des nations dominées.
- Subsides à l'exportation, aux monopoles, commandes publiques.
- Affaiblissement des corporations et du petit producteur indépendant au profit des manufactures dans les villes portuaires ou sous la protection spéciale du roi.
- L'économie est un jeu à somme nulle dont la mise est le stock de métaux précieux Tout le monde ne pouvant gagner, ce que certains gagnent, d'autres le perdent.
Théorie
A peu près tous les économistes européens qui ont écrit entre 1500 et 1750 sont de nos jours généralement considéré comme mercantilistes, bien qu'ils ne considéraient pas qu'ils contribuaient à une idéologie économique unique. Le Marquis de Mirabeau est le premier à employer ce terme en 1763, mais c'est Adam Smith qui le popularisa en 1776.[1] Le terme vient du latin mercari, qui signifie faire du commerce, et merx, marchandise. La notion était au départ utilisée uniquement par les critiques, comme Mirabeau et Smith, mais fut rapidement adopté par les historiens.
Le mercantilisme n'est pas un courant économique a proprement parlé, car ce n'est pas une théorie économique unifiée. Aucun auteurs mercantilistes n'a proposé un système économique présentant le fonctionnement idéal d'une économie, tel que Adam Smith fera par la suite dans le cadre de l'économie classique. Chaque auteur mercantiliste s'est plutôt intéressé à un domaine particulier de l'économie.[2] Ce n'est que par la suite que des chercheurs ont regroupé ces divers travaux dans un corpus théorique qui forma le mercantilisme. Toutefois certains économistes rejettent l'idée d'un système mercantiliste, fondé sur une unité fictive de travaux disparates.[3] Les mercantilistes conçoivent le système économique comme un jeu à somme nulle, le gain réalisé par un agent se traduit par la perte d'un autre agent. Ainsi toutes politiques économiques bénéficiant à un groupe d'individus sera par définition néfastes à un autre ; cette vision ne donne aucun rôle à l'économie pour maximiser le bien être social.[4] Les écrits mercantilistes ont aussi été généralement créé pour justifier des politiques, plutôt que d'étudier l'impact de tel ou tel politique et ainsi trouver la meilleure politique à mettre en œuvre.[5]
Les premières théories mercantilistes développées au début du XVIe siècle ont été marquées par le bullionsime. Durant cette période d'importantes quantités d'or et d'argent affluaient des colonies espagnoles du nouveau monde vers l'europe. Pour les écrivains bullionistes, tels que Jean Bodin, Thomas Gresham et John Hales, la richesse et le pouvoir de l'État sont mesurés par la quantité d'or qu'il possède. Chaque nation doit donc accroître ses réserves d'or au dépends des autres nations pour accroître son pouvoir. La prospérité d'un état est mesurée, selon les bullionistes, par la richesse accumulée par le gouvernement, sans référence au revenu national. Cette intérêt pour les réserves d'or et d'argent s'explique en partie par l'importance de ces matières premières en temps de guerre. Les armées, qui comprenaient souvent des mercenaines, étaient payées en or. Seulement quelques pays européens contrôllaient des mines d'or et d'argents; pour les autres, le commerce international était la principale méthode d'acquérir ses matières premières. Si un état exportait plus qu'il n'importait, alors sa balance commerciale était excédentaire ce qui se traduisait par une entrée nette d'argent. Cela a conduit les mercantilistes à prescrire comme objectif économique d'avoir un excédent commercial. L'exportation d'or était strictement interdite. Les bullionistes étaient également favorables à la mise en place de taux d'intérêts élevés pour encourager les investisseurs à investir leur argent dans le pays.
Au XVIIe siècle, une version plus élaborée des idées mercantilistes fut développée, qui rejettait la vision simpliste du bullionisme. Ces écrivains, tel que Thomas Mun, plaçaient l'accroissement de la richesse nationale comme le principal objectif, dont l'or était la principale richesse mais d'autres sources de richesses existaient également, tels que les marchandises. L'objectif d'une balance commercialle excédentaire était toujours recherché mais il était dés lors vu comme profitable d'importer des marchandises de l'Asie en contrepartie d'or pour ensuite revendre ses biens sur le marché européen en faisant d'importants profits.
La politique intérieure des mercantilistes était plus fragmentée que sa politique commerciale. Alors qu'Adam Smith a décrit le mercantilisme comme soutenant des contrôles très strictes de l'économie, de nombreux mercantilistes n'étaient pas d'accord.
Causes
Les chercheurs sont divisés sur la place des idées mercantilistes entre 1500 et 1750.[6] Certains, représentés par Jacob Viner, considèrent que les idées mercantilistes qui semblaient bien fondées ont perduré et eurent une place importante uniquement dû au faite qu'à l'époque les chercheurs ne disposaient pas des outils analytiques leur permettant de mettre en cause ces théories. La seconde école, soutenu notamment par Robert B. Ekelund, soutien que le mercantilisme n'est pas une erreur historique, mais plutôt le meilleur système que les chercheurs étaient capable d'élaborer à l'époque. Cette école avance l'idée que les politiques mercantilistes ont été développées et mise en œuvres par des marchands et des hauts fonctionaires à la recherche de rente. Les marchands ont bénéficié grandement des monopoles, des interdictions de concurrence étrangère et de la pauvreté des travailleurs. Les gouvernements ont bénéficié des droits de douane élevés et des achats réalisés par les marchands. Alors que les idées économiques ultérieures ont été développées par des chercheurs et des philosophes, pratiquement tous les auteurs mercantilistes étaient des marchands ou des fonctionnaires.[7]
Le mercantilisme s'est développé en pleine transition de l'économie européenne. Les anciens pouvoirs féodaux se voyaient remplacer par un état-nation centralisé comme centre du pouvoir. Les progrès techniques dans la marine et le développement des centres urbains ont conduits à une croissance rapide du commerce international.[8] Le mercantilisme s'est intéressé aux conditions permettant au commerce d'être le plus bénéfique aux états. Un autre changement important fut l'introduction du principe comptable de la partie double et de la comptabilité moderne. Cette comptabilité permit de présenter d'une façon claire les flux de commerce, contribuant à l'étude attentive de la balance commerciale.[9]
Avant l'émergence des idées mercantilistes, le plus important travail économique en Europe fut réalisé par les théoriciens scholastiques. L'objectif de ces penseurs était de trouver un système économique compatible avec les doctrines chrétiennes de piété et justice.
Ils utilisent principalement la microéconomie et l'échange local entre individu. L'idée mercantiliste que le commerce est un jeu à somme nulle, dans lequel chaque agent essaye de tricher, fut intégrée aux travaux de Thomas Hobbes. Cette vision pessimiste de la nature humaine se retrouve également dans la vision puritaine du monde, et dans les législations mercantilistes les plus ..., tel que la loi sur la navigation introduite par le gouvernement de Oliver Cromwell.[10]
Politiques
Critiques
De nombreux économistes ont critiqué les idées mercantilistes bien avant qu'Adam Smith développe une analyse économique pouvant remplacer l'analyse mercantiliste. Dudley North, John Locke, et David Hume, entre autre, ont critiqué le mercantilisme. Les mercantilistes ont échoué dans la compréhension de la notion d'avantage comparatif. Par exemple, le Portugal était un producteur beaucoup plus efficace de vin que l'Angleterre, alors que l'Angleterre produisait relativement moins chere des vêtements. Ainsi si le Portugal s'était spécialisé dans le vin et l'Angleterre dans l'habillement, les deux pays auraient gagné au commerce international. En théorie économique moderne, le commerc n'est pas vu comme un jeu à somme nulle, mais comme un jeu à somme non nulle. En imposant la mise en place de restrictions aux importations et des droits de douane, les mercantilistes ont contribué à un appauvrissement des pays.
L'importance accordée à l'or fut aussi l'objet de critiques, même si de nombreux mercantilistes ont tenté de réduire l'importance donnée à l'accumulation d'or et d'argents. Adam Smith montra que l'or était une marchandise comme les autres, et ne méritait donc pas un traitement spécial. L'or n'est rien d'autre qu'un métal jaune qui a une valeur élevé uniquement du fait de sa rareté.
Le premier courant de pensée à rejetter complètement en cause le mercantilisme est l'école des Physiocrates en France. Leurs théories souffraient cependant de également de nombreux problèmes. Il fallut attendre la publication de la Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations par Adam Smith en 1776 pour véritabelement rejetter les thèses mercantilistes. Ce livre jette les bases de ce qui est appeler aujourd'hui l'économie classique. Smith s'attacha a remettre en cause les idées mercantilistes auquelle il consacra de nombreuses pages. Cependant la présentation faitepar Smith des idées mercantilistes s'avère souvent simpliste.[11]
Les économistes sont également divisé sur les causes qui ont conduitent à la fin du mercantilisme. Pour ceux qui pensent que ces théories étaient erronnées, leur remises en cause était inévitable. Alors que pour ceux qui voyaient dans le mercantilisme la défense d'intérêts personnels, la fin de ce courant intervient lors d'un important changement de pouvoir. En Grande Bretagne, le mercantilisme perdit du terrain dès que le Parlement obtint le pouvoir de subventionner les monopoles; pouvoir possédé auparavant par la monarchie. Alors que les riches capitalistes qui contrôllaient la Chambre des Communes bénéfiçiaient de ces monopoles, le Parlement ... .[12]
Les lois mercantilistes ont été supprimé tout au long du XVIIIe siècle en Grande Bretagne, et au cours du XIXe siècle le gouvernement britannique choisi le libre échange et le laissez-faire en matière économique mis en avant par les travaux d'Adam Smith. Sur le continent, le processus fut différent. En France, le contrôle économique demeura dans les mains du pouvoir royal et le mercantilisme continua jusqu'à la révolution. En Allemagne, le mercantilisme demeura une idéologie importante au cours du XIXe et début du XXe siècles, lorsque l'école historique allemande bénéficia d'une place importante.[13]
Legs
Au XXe siècle, la plupart des économistes sont revenus sur les critiques faites à l'encontre du mercantilisme et ont reconnu l'exactitude de certains points de leur théorie. Entre autres, John Maynard Keynes a soutenu certains principes mercantilistes. Adam Smith a rejeté l'importance donnée à l'offre de monnaie, car selon lui, les marchandises, la population et les institutions étaient les véritables causes de la prospérité. Keynes montra que l'offre de monnaie, la balance commerciale et les taux d'intérêts sont importants dans une économie. Ce point de vue sera repris par les monétaristes, qui seront l'une des écoles de pensées modernes les plus influentes.
Notes
- ^ Jürg Niehans. A History of Economic Theory pg. 6
- ^ Harry Landreth and David C. Colander History of Economic Thought. pg. 44
- ^ Robert B. Ekelund and Robert D. Tollison. Mercantilism as a Rent-Seeking Society. pg. 9
- ^ Landreth and Colander. pg. 48
- ^ David S. Landes The Unbound Prometheus. pg. 31
- ^ Landreth and Colander. pg. 43
- ^ Charles Wilson. Mercantilism. pg. 10
- ^ Robert B. Ekelund and Robert F. Hébert. A History of Economic Theory and Method. pg. 46
- ^ Ekelund and Hébert. pg. 61
- ^ Niehans. pg. 19
- ^ Landreth and Colander. pg. 53
- ^ Hermann Kellenbenz. The Rise of the European Economy. pg. 29
- ^ E.N. Williams. The Ancien Regime in Europe. pg. 177-83
- ^ E. Damsgaard Hansen. European Economic History. pg. 65
- ^ Christopher Hill. The Century of Revolution. pg. 32
- ^ Wilson pg. 15
- ^ Ekelund and Hébert. pg. 43
- ^ Niehans. pg. 19
- ^ Ekelund and Tollison
- ^ Wilson pg. 6
- ^ Wilson pg. 3
- ^ Robert S. Walters and David H. Blake. The Politics of Global Economic Relations.
- ^ Hansen pg. 64
Références
- Ekelund, Robert B. and Robert D. Tollison. Mercantilism as a Rent-Seeking Society: Economic Regulation in Historical Perspective. College Station: Texas A&M University Press, 1981.
- Ekelund, Robert B and Robert F. Hébert. A History of Economic Theory and Method. New York: McGraw-Hill, 1997.
- Heckscher, Eli F. Mercantilism. translation by Mendel Shapiro. London: Allen & Unwin. 1935.
- Keynes, John Maynard. "Notes on Mercantilism, the Usury Laws, Stamped Money and the Theories of Under-Consumption." General Theory of Employment Interest and Money.
- Landreth, Harry and David C. Colander. History of Economic Thought. Boston: Houghton Mifflin, 2002.
- Niehans, Jürg. A History of Economic Theory: Classic Contributions, 1720-1980. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1990.
- Vaggi, Gianni and Peter Groenewegen.. A Concise History of Economic Thought: From Mercantilism to Monetarism. New York: Palgrave Macmillan, 2003.
- Wilson, Charles. Mercantilism. London: Historical Association, 1966
Voir aussi
Article connexes
Liens externes
| Image:1eurR.png | Portail Économie - Accédez aux articles de Wikipédia concernant l'économie. |
Catégories de la page: Page en cours de traduction | École de pensée économique | Histoire économique



