Mayerling
Un article de Freepedia.
Mayerling, le 30 janvier 1889, la Tragédie
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Rodolphe, Archiduc, héritier du trône d'Autriche
Rodolphe de Habsbourg, tant dans sa vie privée que publique, multiplie les « incartades »:
- dans sa vie privée, marié, en 1881, sans amour à une princesse trop fade et trop jeune (16 ans), Stéphanie de Belgique; il s'en éloigne rapidement, (le couple eut seulement une fille, l'Archiduchesse Elisabeth, en 1883) et collectionne les esclandres, les maîtresses et les nuits de lupanar. Ce qui lui vaut de contracter une grave maladie vénérienne.
- dans sa vie publique: tenu à l'écart des affaires par son père, qui se méfie de sa pusillanimité, il se pique de libéralisme et écrit des articles anonymes dans un journal d'opposition. Il se prend à espérer une évolution de l'empire austro-hongrois vers davantage de démocratie et de fédéralisme. Il est de plus favorable à un rapprochement avec la France alors que son père, souhaite maintenir son pays dans l'alliance avec l'Allemagne.
Ce comportement lui vaut de fréquentes et violentes querelles avec son père.
La baronne Mary Vetsera
La mort des deux amants
A 31 ans, l'héritier de la couronne Impériale d'Autriche-Hongrie, fils unique de, François-Joseph de Habsbourg (59 ans, empereur d'Autriche et roi de Hongrie) et de l'impératrice Élisabeth, dite «Sissi», vient de mourir dans la nuit, à Mayerling, pavillon de chasse de la forêt viennoise.
Mayerling est un pavillon dépendant du monastère de Heiligenkreuz ; sécularisé, il a été acquis par l'archiduc, qui le transforme en pavillon de chasse, tout en conservant la chapelle. L'ensemble sera presque totalement rasé après le drame, et remplacé par un monastère de Carmélites.
Selon la version officielle, c'est l'un des familiers de Rodolphe, le valet Loschek, qui découvre les deux corps, celui de Rodolphe et de sa maîtresse, allongés côte à côte sur un lit (la position exacte des corps sera vite l'objet de versions contradictoires) ; quelques heures plus tard, la nouvelle parviendra à la Hofburg.
François-Joseph fait l'impossible pour tenter de cacher la présence de Mary Vetsera aux côtés de son fils. Et la thèse officielle parle de « crise cardiaque » ou d'"apoplexie". Ce qui fait rire tout Vienne, d'autant plus qu'Elisabeth répand autour d'elle la thèse de l'empoisonnement.
La position du problème. Le rôle des hypothèses
Cette dissimulation va longtemps alimenter les rumeurs les plus fantasques sur l'hypothèse d'un double meurtre politique, passionnel ou même crapuleux.
Faute d'étude sérieuse de la scène du crime, faute de l'habituel rapport de police en cas de crimes (si laconique et imprécis soit-il), les criminologues en sont, encore aujourd'hui, réduits aux hypothèses et encore aujourd'hui, le mystère reste entier.
La version du meurtre suivi d'un suicide:
Improprement appelée « double suicide »…
- Prématurément vieilli par la syphilis, atteint de troubles nerveux (Psychose maniaco-dépressive?), aggravés par l'interdiction de divorcer et sa stérilité (due sans doute à une gonococcie, Rodolphe songe de plus en plus souvent, au suicide.
Craignant de ne pouvoir y arriver seul, il convainc sa dernière et jeune maîtresse de 17 ans, la baronne Mary Vetsera, de l'accompagner dans la mort. Il la tue d'un coup de pistolet avant de se tirer lui-même une balle dans la tête.
- Pour préserver l'image de la dynastie, François-Joseph fait l'impossible pour obtenir du pape Léon XIII que son fils soit inhumé chrétiennement dans la crypte impériale du couvent des Capucins, et non à l'écart comme l'église l'impose de tous les suicidés. De même, il tentera de cacher les circonstances exactes du décès (notamment la présence de Mary Vetsera).
Ces dissimulation vont vite alimenter les rumeurs les plus fantasques sur l'hypothèse d'un double meurtre politique, passionnel ou même crapuleux.
- En 1959, des spécialistes autichiens de la conservation funèbre, accompagnés d'un docteur et d'un membre de la famille de Mary Vetsera, ont examiné les restes de celle-ci. Surprenant: le corps de la jeune femme ne présentait aucune trace de mort par arme à feu mais un énorme traumatisme cranien. De toute évidence, ce trauma pouvait avoir été provoquée par un objet lourd et contondant(brique, canne plombée, chenet, marteau...) ou par un outil de jardinage, mais pas par une balle.
Pour vérification, les restes supposés de la baronne furent ensuite transportés et pleinement examinés à à « l'institut médico-légal viennois » (la morgue de Vienne) où ils furent formellement identifiés comme tels. Curieusement, cette macabre découverte, post mortem, fut ignorée des « milieux habituellement bien informés »...
Ceci ajouté au fait que plusieurs témoins ont attesté que:
- le corps de Rudolf montrait des signes d'une confrontation violente avant sa mort.
- des lacérations avaient été découvertes sur plusieurs parties du corps.
- ses mains très abimées, montraient des signes de lutte, pourraient amener une troisième hypothèse. Selon le témoignage de l'archiduchesse Gisèle, soeur ainée de Rodolphe, les poignets de l'archiduc avaient été sectionnés.
- une fenêtre de la chambre avait été défoncée de l'extérieur.
- le mobilier de la chambre était renversé et fracassé, de larges flaques de sang répandues sur le sol (témoignage du menuisier Frédéric Wolff).
- le crâne de l'archiduc était enfoncé (témoignage de l'archiduchesse Marie-Thérèse, tante de Rodolphe).
Dans une crise de démence, Rudolf, aurait voulu tuer sa maîtresse qui se serait défendue. Des serviteurs attirés par des bruits de lutte, crurent avoir affaire à une agression et pensant défendre la baronne (plusieurs luminaires ayant été renversés, l'éclairage était très faible) auraient tué, par méprise, l'Archiduc, d'un coup de pistolet…
Deux autres éléments confortent cette thèse:
- le 9 février 1889, soit deux mois après les faits, dans une missive envoyée à Berlin, l'ambassadeur allemand à Vienne, rapporte une conversation avec le Nonce apostolique, Monsignor Luigi Galimberti, et l'aumônier de la cour des Habsbourg, Monsignor Lorenz Mayer. « Les deux prélats, généralement bien informés ont exprimé leurs doutes les plus sérieux au sujet de la version officielle des événements chez Mayerling (le double suicide). »
- le revolver employé pour tuer Rudolf n'était pas celui possédé par le prince impérial, et chacune des six balles en avait été tirée. Mais inversement, Rodolphe a très bien pu emprunter un révolver à un de ses gardes.
La version du double meurtre
- Commis par les services secrets français,
- Commis par les services secrets allemands,
- Commis par les services secrets autrichiens,
- Commis par les services secrets d'autres personnes,
Cette version a été officiellement confirmée en 1983 par l'Impératrice Zita, veuve de l'Empereur Charles Ier ; outre le fait qu'elle émane d'un membre de la famille impériale de Habsbourg qui, née après les faits, n'avait aucune raison de vouloir altérer la vérité, elle vient corroborer de nombreux témoignages déjà répandus au moment de la tragédie.
Elle écarte donc définitivement la thèse, romanesque, du double suicide.
Selon SM Zita, l'archiduc aurait été assassiné car il aurait refusé de participer à un complot contre son père, complot qui visait à détroner François-Joseph et à le remplacer, sur le trône de Hongrie par Rodolphe et sur le trône d'Autriche par l'archiduc Jean Salvator de Toscane ; Rodolphe aurait été informé de certains éléments relatifs à ce complot et aurait été assassiné, afin que les instigateurs ne soient pas inquiétés.
Cette thèse exclut l'idée d'un assassinat commandité par François-Joseph, souvent évoquée mais démentie par SM Zita.
Selon une autre version, le commanditaire de l'assassinat serait le chancelier allemand Bismarck, inquiet de la francophilie de Rodolphe : l'archiduc, haissant le pangermanisme, projetait, une fois monté sur le trone, de détacher l'Autriche-Hongrie de l'Allemagne et de la lier à la France. Cette version semble la plus vraisemblable, même si on ne peut exclure une "combinaison" entre les deux complots, autrichiens et allemands.
La « malédiction » des Wittelsbach
La mort de Rodolphe va aggraver l'état psychique de sa mère, Sissi. Cousine du roi Louis II de Bavière, qui lui-même était devenu fou, l'impératrice est portée à croire que son instabilité psychique et le suicide de son fils résultent d'un mal propre à sa famille, les Wittelsbach de Bavière.
Elle ne mourra pas suicidée, mais assassinée à Genève par un anarchiste, 9 ans plus tard, lors de l'une de ses innombrables fugues loin de la Cour.
Avec la mort de Rodolphe, c'est désormais à l'archiduc François-Ferdinand, neveu de l'empereur, qu'il revient d'assumer l'héritage des Habsbourg. Il ne deviendra jamais empereur. Un terroriste brisera sa vie à Sarajevo, en Serbie...
La tragédie des Habsbourg :
- 1867 : naissance de l'Autriche-Hongrie; execution de Ferdinand-Maximilien fusillé à Queretaro;
- 30 janvier 1889 : double mort à Mayerling;
- 10 septembre 1898 : assassinat de « Sissi »;
- 28 juin 1914 : François-Ferdinand assassiné à Sarajevo.
- Mayerling, affaire privée, drame familial, s'inscrit dans la longue marche de l'Europe vers l'horreur de deux Guerres mondiales.
- Pour l'Autriche, c'est finalement Charles Ier qui sera, du 21 novembre 1916, au ….1918, le dernier empereur…
Bibliographie – Filmographie
- Les fantômes de Mayerling /The Ghosts of Mayerling par Art Beéche :
http://www.eurohistory.com/mayerling.html
- Livre de l'historien Jean-Paul Bled : François-Joseph (Fayard, 1987);
- François Fejtö : Requiem pour un empire défunt, Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie (Lieu Commun, 1988).
- RODOLPHE et les secrets de Mayerling, de Jean des Cars (Perrin, 2000).
- Mayerling, film à succès de Terence Young, en 1968, avec Catherine Deneuve et Omar Sharif.
- Le Secret de Mayerling (1948), de Jean Delannoy avec Jean Marais.



