Massacres de septembre
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Les massacres de septembre sont une série d'exécutions sommaires et de masse qui se déroulèrent du 2 au 5 septembre 1792. C'est un des épisodes les plus sombre de la Révolution française.
Sommaire |
Contexte
Les armées prussiennes ont investi Longwy le 23 août et Verdun, assiégée, va bientôt subir le même sort. Se développe alors dans la population parisienne un sentiment de panique : par le manifeste de Brunswick du 25 juillet, les Prussiens ont promis que, faute d'une reddition et d'un retour à l'ordre royal, ils livreront Paris à « une exécution militaire et une subversion totale ». Certains veulent déplacer les institutions de la république en province et évacuer la capitale. Danton s'oppose énergiquement à cette solution. Se développe l'idée d'un ennemi intérieur. La rumeur court que les contre-révolutionnaires sont en train, du fond de leur geôles, d'ourdir un complot, qu'ils sont complices et donc coupables par avance des menaces proférées par Brunswick.
Déroulement
Les massacres commencent avec l'égorgement de vingt-trois prêtres réfractaires à la prison de l'Abbaye par des fédérés marseillais et bretons. Un groupe se rend par la suite dans le couvent des Carmes, où sont enfermés cent-cinquante prêtres insermentés. À l'arrivée des assassins, ils courent s'agenouiller à la chapelle où ils sont tués à coups de pique, de hache et de bâton. Ensuite, le groupe retourne à l'Abbaye encore pleine de prisonniers, et y installe un « tribunal » . C’est ici que sont « jugés » et « exécutées » plus de 300 personnes. Maillard, exécuteur des ordres du Comité de surveillance, condamne un à un tous ceux qui se présentent devant lui « À la force ». La porte s'ouvre et dès qu'ils ont franchi le seuil, ils tombent sous les piques ou les baïonnettes. Ce massacre dure toute la nuit, puis s’étend pendant cinq jours aux prisons voisines : à la Conciergerie, au Châtelet, à la Force, à la Salpêtrière, à Bicêtre.
Les massacres ne s’arrêtent pas là. Marat souhaite que ces « tribunaux » populaires sanglants s’étendent à la France entière. Il fait donc tirer sur ses presses une circulaire datée du 3 septembre qui justifie les exactions, et attise les colères et provoque encore de nombreux « jugements » sommaires:
(…)La commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple ; actes de justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l'ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : « Nous marchons à l'ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour égorger nos enfants et nos femmes. »(..)'
On assiste à des exécutions par exemple à Orléans, Meaux ou Reims mais la situation en province restera très modérée par rapport aux exactions qui ensanglantent la capitale. Au total, les journées de Septembre à Paris et dans les départements ont fait plus de 1400 morts.
Les massacreurs n'étaient pas des brigands mais généralement des petits commerçants ou artisans. Si les contre-révolutionnaires ont été les premières victimes, ce sont majoritairement des prisonniers de droit commun qui furent tués. Le 4 septembre, à l'hospice prison de la Salpétrière, les assassins violeront et tueront des prostituéees, des folles et mêmes des orphelines encore enfants.
Responsabilité du pouvoir
Le rôle du gouvernement révolutionnaire dans ces meurtres reste très trouble : les émeutes ont-elles été globalement spontanées ou les massacres ont été encouragés voir organisés par le pouvoir en place?
La Commune et l'Assemblée législative étaient engagées dans une lutte pour le pouvoir qui rendait la France, alors en état de guerre civile, quasiment ingouvernable. La gouvernance de la République était l'objet d'une lutte féroce entre diverses factions, et les uns et les autres n'hésitaient pas à prendre des initiatives non-coordonnées voire contradictoires. Pour la Commune, ce pouvoir était en l’occurrence de fait donné au Comité de surveillance sur lequel Danton et Marat avaient une influence déterminante.
La Commune avait décidé de lever une armée de 60 000 hommes pour combattre les armées prussiennes. Officiellement, elle ne souhaitait pas laisser les villes sans défense livrées aux contre-révolutionnaires ; en fait, elle était bien consciente du fait que les volontaires seraient les plus extrémistes, et que ceux-ci partis le pouvoir central repasserait sous l'influence prépondérante des modérés. La commune avait procédé à de nombreuses arrestations (arbitraires) mais elle n'osait pas encore « juger » comme il sera fait pendant la terreur. En ce sens la Commune avait un intérêt évident à laisser faire les massacreurs, et de fait les massacreurs ne se distinguent pas des soutiens de la Commune, tandis que les promoteurs étaient des hommes influents de la Commune. Ces considérations expliquent sans doute le silence de Danton, qui souhaitait conserver son influence sur les membres de la Commune.
Depuis la prise de la Bastille, Marat pensait ouvertement que la politique la plus efficace pour rompre avec le passé consisterait à faire tomber quelques centaines de têtes. Son journal était l'un des plus virulents de la capitale, et il avait un fort prestige depuis l'arrestation de Louis XVI.
Pour Marat cet épisode relève donc d'une stratégie insurrectionnelle, commune à tous les mouvements extrémistes et tout particulièrement lorsqu'ils se sentent menacés, qui vise à mettre les plus modérés devant le fait accompli, et empêcher tout retour en arrière,
- en éliminant les hommes du bord opposé.
- en rendant les modérés complices (ne serait-ce que par leur inaction) d'un massacre.
- en créent une atmosphère de terreur, visant à faire taire l'expression d'une opinion contraire.
Et de fait, les massacres permirent en effet au Montagnards de prendre une place prépondérante et les élections qui suivirent virent triompher Marat et Danton.
Les massacres de septembre sont l’aboutissement de cette logique.
Voir aussi
Article connexe
Lien externe
- Voir les textes originaux de l’époque numérisés sur le site de la BNF notamment « Grands détails sur ce qui s’est passé cette nuit concernant les traîtres de la nation » et « La juste vengeance du peuple ».
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