Massacre de Sétif

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Le massacre de Sétif, a eu lieu le 8 mai 1945 en Algérie, alors colonie française, durant lequel l'armée française tua entre 10 000 et 45 000 Algériens.

Sommaire

Contexte

  • L'Algérie connaît depuis quelques mois une situation alimentaire catastrophique. Depuis quelques semaines une tension règne dans ce département français. Les nationalistes algériens Messali Hadj (emprisonné) chef d'un mouvement nationaliste algérien le Parti Populaire Algérien,et Ferhat Abbas, dirigeant des Amis du manifeste et de la liberté, espèrent beaucoup de la première réunion de l'Organisation des Nations unies à San Francisco le 29 avril 1945.
  • Le 7 mars 1944, le Comité Français de la Libération nationale avait adopté une ordonnance attribuant d'office la nationalité française, sans modification de leur statut civil religieux à tous les Indigènes disposant de certains diplômes tels que le certificat d'études, de décorations militaires, etc. En 1945, environ 62000 combattans en bénéficieront, suscitant diverses oppositions dans certains milieux européens en Algérie.
  • Des manifestations, auxquelles se mêle pour la première fois le drapeau algérien, éclatent à Alger et Oran le premier mai et réclament la libération de Messali Hadj. La répression est brutale faisant quelques morts.
  • À l'annonce de la reddition allemande et de la fin de la guerre, une grande manifestation spontanée envahit les rues de Sétif le 8 mai. Un peu moins de 10 000 Algériens, chantant l’hymne nationaliste Min Djibalina (De nos montagnes), défilent avec des drapeaux des vainqueurs alliés et des pancartes « Indépendance pour l’Algérie » réclamant la liberté pour les Algériens, après les combats qu'ils ont livré au côté des Français contre les armées fascistes. Cette action revendicatrice est organisée à l'appel de Messali Hadj, chef d'un mouvement nationaliste algérien, En tête du défilé marche une patrouille de scouts musulmans dont le chef, Soual Bouzid, brandit un drapeau algérien. À 8h45, devant le café de France, les commissaires Olivieri et Tort tentent de s’emparer du drapeau brandi par Bouzid Saal, aussitôt abattu par un policier.
  • La vingtaine de gendarmes essaient d'arracher les emblèmes de l'indépendance et les pancartes. La colère des manifestants se retourne contre les Français et fait 28 morts chez les Européens. Dans le même temps, des émeutes éclatent entre Béjaïa et Jijel. Pendant une semaine dans le Constantinois on assiste à une véritable lutte contre les Européens surtout dans les fermes isolées. Le nombre de colons tués est estimé à 109.

Le massacre

  • Le gouvernement français lance l'armée sous le commandement du général Duval dans une répression violente contre la population civile, des navires de guerre tirent et l'aviation bombarde la population de Sétif. Deux croiseurs tirent plus de 800 coups de canon depuis la rade de Béjaïa. 10 000 soldats sont engagés dans une véritable opération militaire. Ces troupes viennent de la Légion étrangère, des tabors marocains, des tirailleurs sénégalais et algériens.
  • La répression est atroce et disproportionnée à la mesure de la peur de voir cette manifestation dégénérer en une émeute générale. Des milices se forment sous l'œil bienveillant des Autorités, et se livrent à une véritable chasse aux émeutiers.
  • Pendant deux semaines l'Algérie connaît un déchaînement de folie meurtrière.
  • Plusieurs patriotes algériens, comme Ferhat Abbas, qui étaient totalement hostiles aux assassinats de Français qui allaient à l'encontre de toute leur action politique furent de plus arrêtés.
  • Peu de citoyens français protestèrent contre ces massacres. Par exception l'un d'eux, le professeur Henri Aboulker, grand médecin juif et résistant (l'un des organisateurs du putsch du 8 novembre 1942, qui avait permis le succès de l'Opération Torch à Alger), s'éleva contre ces massacres:

Henri Aboulker publia plusieurs articles, dans le quotidien « Alger Républicain », réclamant certes la sanction sévère des meurtriers provocateurs qui avaient assassiné 109 Français, mais à l'issue d'une procédure légale régulière. Et surtout, il dénonça sans réserve les massacres massifs et aveugles de milliers d'Algériens innocents. Il réclama aussi la libération immédiate de Fehrat Abbas, dont tout le monde savait qu'il avait toujours cantonné son action dans le cadre de la légalité. Le Professeur Aboulker ne partageait certes pas les orientations d'Alger Républicain, journal d'inspiration communiste. Mais, en présence de tels massacres, il avait estimé que la défense des innocents devait primer toute considération politique.

  • Le 19 mai, à la demande du ministre de l’intérieur Tixier, de Gaulle nomma le général de gendarmerie Tubert, résistant, membre depuis 1943 du Comité central provisoire de la Ligue des droits de l’homme (où siègent également René Cassin, Pierre Cot, Félix Gouin et Henri Laugier), membre de l’Assemblée consultative provisoire, dans le but d’arrêter la répression.
  • Et effet, à partir du 19 mai, les ordres du général Duval changèrent complètement de nature et la milice de Guelma fut dissoute. Mais, pendant six jours, du 19 au 25 mai, la commission fit du sur-place à Alger. Officiellement on attendait l’un de ses membres « retenu » à Tlemcen. Dans les faits, c'est bien Tubert qui était retenu à Alger. On ne le laissa partir pour Sétif que le 25 mai, quand tout y était terminé. Et, à peine arrivé à Sétif, il fut rappelé à Alger le lendemain, le 26, sur ordre du gouvernement, par le gouverneur général Chataigneau. Si bien qu’il ne put se rendre à Guelma.
  • La fin de la répression prendra fin officiellement le 22 mai. Des officiers exigent la soumission publique, à genoux, des derniers insurgés sur la plage des Falaises, non loin de Kherrata.
  • Les dernières victimes furent tuées le 25 mai;
  • Mais, pendant de longs mois les indigènes qui, dans les campagnes, se déplaçaient le long des routes continuèrent à fuir pour se mettre à l'abri, au bruit de chaque voiture.

Témoignages

Ces témoignages sont sur le site de la Ligue des Droits de l'Homme Section de Toulon [1]

  • Le comble de l’horreur est atteint lorsque les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et qu’elles tirent à distance sur les populations qui fuient vers les montagnes. Les blindés sont relayés par les militaires arrivés en convois sur les lieux.
  • De nombreux corps n’ont pu être enterrés ; ils sont jetés dans les puits, dans les gorges de Kherrata. Des miliciens utilisent les fours à chaux pour faire disparaître des cadavres. Saci Benhamla, qui habitait à quelques centaines de mètres du four à chaux d’Héliopolis, décrit l’insupportable odeur de chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions venant décharger les cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre.
  • À Kef-El-Boumba, « j’ai vu des Français faire descendre d’un camion cinq personnes les mains ligotées, les mettre sur la route, les arroser d’essence avant de les brûler vivants . »
  • L’armée organise des cérémonies de soumission où tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau français et répéter en choeur : « Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien ». Certains, après ces cérémonies, étaient embarqués et assassinés.

Le nombre des victimes

  • Le général Duval déclare Les troupes ont pu tuer 500 à 600 indigènes
  • Le gouverneur général de l'Algérie Yves Chataigneau fixe arbitrairement le nombre des musulmans tués à 1165 et 14 soldats, nombre déjà très élevé.
  • Par la suite, André Prenant, géographe spécialiste de la démographie algérienne, se rendant sur les lieux en 1948, fixe le nombre de victimes à 20 000
  • Certains historiens parlent de 2  000 à 15 000 morts
  • Le Gouvernement algérien qui commémore ces massacres tous les ans parle de 45 000 morts, principalement à Sétif, ainsi qu'à Guelma où de nombreuses exécutions sommaires ont lieu, et à Constantine.
  • Mais le nombre le plus proche de la vérité, celui retenu par le professeur Henri Aboulker lui-même, qui avait dénoncé ces massacres (voir plus haut), a été de l'ordre de 30000 morts.

Extraits du rapport de Tubert

La raison d’État, la commodité d’une répression aveugle et massive permettant de châtier quelques coupables parmi les milliers d’innocents massacrés, l’immunité administrative de fait couvrant par exemple, le sous-préfet de Guelma, fit délibérément et sans excuse arrêter et fusiller, sans autre forme de procès, des musulmans de la ville dont les familles réclament encore en vain une enquête, un jugement ou même une simple explication.

Conséquence

  • Le communiqué officiel en dit long sur l'aveuglement des autorités françaises sur la vraie nature des événements : « Des éléments troubles, d'inspiration hitlérienne, se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l'Allemagne nazie. La police, aidée de l'armée, maintient l'ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer le sécurité et réprimer les tentatives de désordre ».
  • Le général Duval que les Algériens appellent le boucher du Constantinois, réaliste, dira à cette occasion au gouvernement colonial : « Je vous ai donné la paix pour 10 ans, mais si rien ne change, il faut s'attendre au pire ». Ces propos se vérifieront puisque, 9 ans plus tard, l'insurrection de la Toussaint 1954 marquera le début de la Guerre d'Algérie.
  • Ces événements ont hâté indubitablement la prise de conscience des Algériens colonisés. Excellente « chair à canons » pour libérer l'Europe du joug hitlérien, ils n'avaient pas à espérer un traitement égalitaire et un accès à la citoyenneté
  • Houari Boumediene, le futur président algérien écrira : « Ce jour-là, j’ai vieilli prématurément. L’adolescent que j’étais est devenu un homme. Ce jour-là, le monde a basculé ».
  • Kateb Yacine, lycéen à Sétif, écrit : « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de Musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme ». Il fut aussi un témoin oculaire des événements de Sétif, il écrit : Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire (...) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre.
  • Albert Camus dans le journal Combat des 13 au 23 Mai demande qu'on applique aux Algériens (il dit : « Le peuple arabe ») les « principes démocratiques que nous réclamons pour nous-mêmes . Il affirme qu’il y a crise - et non de simples incidents -, que le peuple arabe existe», qu’il n’est pas inférieur sinon par les conditions où il se trouve. Plus encore, en proclamant que « l’Algérie est à conquérir une seconde fois »

Reconnaissance de la responsabilité française

En la matière, la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés pour avoir participé à l'œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord fait acte de colonialisme.

Il faudra attendre 27 février 2005 pour, lors d'une visite à Sétif, M. Hubert Colin de Verdière, Ambassadeur de France à Alger, qualifie les massacres du 8 mai 1945 de tragédie inexcusable. Cet évènement constitue la première reconnaissance officielle de sa responsabilité par la République française.

Commémoration du massacre par les autorités algériennes

Sources



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