Martin Luther

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Martin Luther (10 novembre 1483, Eisleben - 18 février 1546, Eisleben) est un moine allemand qui s'est opposé à des dérives du catholicisme romain et a été l'initiateur du protestantisme (luthéranisme). Il a traduit la Bible en allemand, « la langue du peuple ». En 1517, il a présenté 95 thèses contre le trafic des indulgences, dont la publication marque, au moins symboliquement, le début de la Réforme.

Sommaire

Sa vie

Martin Luther est né à Eisleben, ville de Thuringe située dans le comté de Mansfeld. Son père, petit propriétaire aisé d'une mine de cuivre, nourrit de grandes ambitions pour son fils et veut qu'il fasse des études brillantes. Il l'envoie à Magdebourg en 1497, puis à Eisenach en 1498. À l'âge de dix-huit ans, Martin Luther entre à l'université d'Erfurt, se destinant à une carrière de juriste. Après y avoir été reçu bachelier en 1502, ses études à Erfurt se terminent en 1505 par l'obtention du grade de maître des arts. Il traverse cette année-là une crise personnelle profonde, hanté par la peur de la mort et ne sachant quelle orientation donner à sa vie.

Le moine

Selon Martin Luther, sa vocation monastique lui serait venue le 2 juillet 1505, lors d'un orage où il faillit être foudroyé par un éclair. Il fit alors le vœu suivant: « À mon aide, sainte Anne ! Je veux me faire moine. »

Il est effectivement admis dès le 17 juillet 1505 au couvent des Augustins d'Erfurt, où il essaie aussitôt de rechercher la perfection par l'ascèse et les mortifications, tout en étant persuadé au fond de lui-même qu'il n'y arrivera jamais. En même temps, il continue à étudier la théologie et bientôt commence à l'enseigner : ordonné prêtre en 1507, il est désigné pour enseigner la philosophie au couvent d'Erfurt. Docteur en théologie en 1512, il occupe par la suite la chaire d'enseignement biblique à Wittenberg, ville où il sera à partir de 1514 également prédicateur de l'église. Enseignement, prédication et recherche personnelle sont alors les trois activités essentielles de Luther. Image:Wittenberg Lutherhaus.JPG

Vers la Réforme

Certains font remonter les idées réformatrices de Luther à un séjour qu'il fit à Rome en 1510-1511 pour les affaires de son ordre. Ce n'est apparemment pas le cas, et les abus ecclésiastiques de l'époque ne semblent pas l'avoir ému outre mesure. Plus importants sont ses travaux sur les épîtres de Paul et son obsession du salut divin. Luther en est arrivé à se dire que l'homme doit accepter son état de pécheur, et qu'il est forcément imparfait devant Dieu, ce qui n'empêche évidemment pas la pénitence. En revanche, vouloir résoudre le problème du péché par des indulgences, le plus souvent versées en argent, est pour lui une pratique incompatible avec la piété et une façon trop facile d'éluder les vrais problèmes.

Son conflit avec l'Église éclate en 1517, à propos de l'indulgence décrétée par le pape pour la construction de la basilique Saint-Pierre, indulgence soutenue en Allemagne par l'archevêque Albrecht de Mayence. Le 31 octobre, Luther écrit à l'archevêque pour lui demander de ne pas cautionner cette indulgence et joint à sa lettre les 95 thèses destinées à clarifier la doctrine des indulgences. On dit que ces 95 Thèses, également appelées Thèses de Wittemberg, auraient été placardées sur la porte de l'église du château de Wittenberg, mais on n'en a aucune preuve. En revanche, elles sont imprimées à la fin de l'année, provoquant agitation et scandale. Luther est dénoncé à Rome par l'archevêque Albrecht. Un an plus tard, commence contre lui un long procès qui aboutira à son excommunication.

Mise en œuvre de la Réforme

Face à Martin Luther, Rome a choisi l'affrontement, méconnaissant l'adversaire et sa pugnacité, et sans doute aussi la situation politique allemande. Le procès menant à son excommunication, loin d'affermir le catholicisme, n'a fait qu'accélérer le processus de la Réforme, qui de toute façon aurait sans doute eu lieu, avec ou sans Luther.

L'excommunication

En octobre 1518, Martin Luther est convoqué à Augsbourg, où le cardinal Cajetan est chargé d'obtenir sa rétractation. Peine perdue. Luther aggrave même son cas en juillet de l'année suivante (controverse avec Johann EckDispute de Leipzig –, qui sera l'organisateur de la Contre-Réforme dans l'Empire), en mettant en cause l'infaillibilité des conciles. En juin 1520, Rome publie la bulle Exsurge domine le menaçant d'excommunication, tandis que ses livres sont brûlés. Luther réagit avec la même violence, brûlant le 10 décembre à la fois la bulle papale et le droit canonique. L'excommunication, désormais inévitable, est prononcée le 3 janvier 1521 (bulle Decet romanum pontificem). Reste maintenant à mettre Luther au ban de l'Empire, ce qui ne peut se faire qu'après accord des États de l'Empire. À cet effet, la diète de Worms est convoquée en avril 1521 : Luther refuse à nouveau de se rétracter, réclamant d'être convaincu par le témoignage de l'Écriture et s'estimant soumis à l'autorité de la Bible plutôt qu'à celle de la hiérarchie ecclésiastique. L'édit de Worms décide alors de mettre Martin Luther et ses disciples au ban de l'Empire.

Les appuis politiques

On peut difficilement imaginer un moine mendiant luttant seul à la fois contre la toute puissante Église romaine et contre Charles Quint, le plus important souverain d'Europe. Certes, Charles Quint a d'autres chats à fouetter, mais Luther vient tout de même d'être mis au ban de l'Empire - ce qui signifie que n'importe qui peut le mettre à mort sans jamais en devoir rendre compte devant la justice. Martin Luther dispose cependant de divers appuis, celui du Landgraf de Hesse et surtout celui du prince-électeur de Saxe Jean Frédéric Ier dit Le Magnanime.

Aussitôt sa condamnation prononcée, Frédéric le met à l'abri dans le château fort Wartburg. Il y demeure jusqu'au 6 mars 1522 sous le pseudonyme de chevalier Georges. C'est ici que Luther commence sa traduction de la Bible, d'abord par celle du Nouveau Testament. Après quelques mois de semi-captivité, il revint à Wittenberg et ne sera plus vraiment inquiété.

Au contraire, la Réforme se répand dans les principautés voisines, façonnant une sorte d'unité allemande que Charles Quint ne peut combattre, empêtré qu'il est dans ses guerres contre la France.

Lors de la diète de Spire (avril 1529), le souverain tente bien de reprendre les choses en main, mais il se heurte à six princes et quatorze villes qui protestent d'en appeler à un concile si Charles Quint veut revenir à l'édit de Worms. Cette protestation (au sens d'attestation solennelle) est à l'origine du mot protestant. La diète d'Augsbourg (1530), au cours de laquelle Melanchthon lit la Confession d'Augsbourg, confirme la résistance des princes protestants, qui forment la ligue de Smalkade en 1531.

Les détracteurs de Martin Luther lui ont souvent fait grief de ce soutien des princes, lui reprochant d'avoir mis en place une religion qui n'est pas vraiment celle du peuple. Ils lui reprochent surtout son comportement pendant la guerre des Paysans (1524-1525), révolte provoquée par la misère mais liée aussi à la question religieuse et à des préoccupations proches des siennes (plusieurs leaders du mouvement étaient anabaptistes). En avril 1525, en des termes très durs, Luther se prononce pour une répression impitoyable de la révolte (il y aura en tout plus de 100 000 morts).

Développement du luthéranisme

Parti d'une quête théologique personnelle, Martin Luther se retrouve à la tête d'une nouvelle religion, qu'il lui faut organiser rapidement pour éviter tout débordement, comme ce fut le cas en 1522 à Wittenberg pendant que lui-même était retenu au château de la Wartburg : Andreas Bodenstein von Karlstadt avait alors profondément remanié la messe et encouragé l'iconoclasme, et il avait fallu de longues semaines à Luther pour reprendre les choses en main.

Bien que profondément conservateur, Luther est condamné à faire évoluer la nouvelle Église évangélique, et à l'éloigner de plus en plus des traditions romaines. Il faut aussi la doter d'outils pédagogiques, ce qui sera fait en 1529 avec le Petit Catéchisme, à l'usage du peuple, et le Grand Catéchisme, destiné aux pasteurs. Entre temps, de nombreux changements avaient déjà eu lieu : suppression de la plupart des sacrements (seuls sont conservés le baptême et l'eucharistie), suppression des vœux monastiques et du célibat des prêtres, élection des pasteurs par des communautés locales, messe en allemand (1526) etc.
Illustrant sa réforme, Luther lui-même se marie en 1525 avec une ancienne religieuse, Catherine de Bora dont il eut six enfants.

Les dernières années

Luther a vécu toutes ses dernières années à Wittenberg. Il a été affecté par la gravelle, et a connu plusieurs périodes de dépression et d'angoisse (1527, 1528, 1537, 1538), dues au décès de sa fille Madeleine ou aux querelles entre protestants. Considéré par certains comme un vieillard acariâtre, il n'avait rien perdu de sa pugnacité. Son adversaire principal restait le Pape, pour lequel il n'avait pas de termes assez durs. Mais il s'en est également pris aux Juifs, coupables apparemment de ne pas s'être convertis à la nouvelle religion, et dont ils souhaitait voir les synagogues brûlées. L'antisémitisme de Luther lui a été longtemps reproché, d'autant que les nazis n'ont pas hésité à le revendiquer pour justifier leurs crimes.

Martin Luther est mort le 18 février 1546, alors qu'il était à Eisleben, sa ville natale, pour régler un différend entre les comtes de Mansfeld.

Son œuvre

L'œuvre écrit de Luther est considérable : l'édition critique qui en a été publiée fait plus de cent volumes. Quelques textes ou ouvrages se détachent, soit par la richesse de leur contenu, soit par leur impact politique ou religieux :

  • Les Quatre-vingt-quinze Thèses sur la vertu des indulgences (1517), considérées comme le point de départ de la Réforme.
  • De la liberté du chrétien (1520), écrit adressé au pape Léon X.
  • Pourquoi les livres du Papes et de ses disciples ont été brûlés par le Dr Martin Luther
  • La papauté de Rome (juin 1520)
  • Manifeste à la noblesse chrétienne de la nation allemande sur l'amendement de l'État chrétien (août 1520).
  • la Captivité de Babylone ou Le prélude à la captivité babylonienne de l'Église (octobre 1520).
  • De la liberté chrétienne (novembre 1520)
  • Des votis monasticis (Des vœux monastiques) (fin 1521)
  • Cantiques (à partir de 1524).
  • De Servo Arbitrio (Du serf arbitre), réponse au texte d'Érasme intitulé Du libre arbitre (1525).
  • Exhortation à la paix (avril 1525) - adressée aux paysans anabaptistes révoltés.
  • Contre les bandes pillardes et assassines des paysans (1525)
  • Messe allemande (1526).
  • Petit Catéchisme et Grand Catéchisme (à partir de 1529).
  • Traduction de la Bible (achevée en 1534).
  • Propos de table (Tischreden), 7 075 textes recueils par ses amis.

En musique, le choral doit son existence à la réforme luthérienne.

Sa théologie

Voir aussi

Articles connexes

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Sources et bibliographie

Jean Delumeau, Naissance et affirmation de la Réforme, Nouvelle Clio, PUF

Liens externes et références

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