Cannabis
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Une seule espèce |
Le cannabis est le nom latin du chanvre, utilisé par abus de langage pour désigner le chanvre indien (Cannabis sativa ssp indica). Il est aussi connu (en tant que stupéfiant) sous le nom de marijuana ou, pour sa résine, sous le nom de haschisch (arabe: حَشيش [ḥašīš], foin ; herbe) ; C'est une plante psychotrope dont le principal principe actif est le delta-9 tétrahydrocannabinol, ou THC. Le cannabis fait partie de la famille des cannabinacées, et de l'ordre des urticales. Il pousse sous la majorité des climats. La fibre résistante du cannabis porte le nom de chanvre et trouve de nombreuses applications, y compris la fabrication de vêtements, de corde et de papier.
Le mot latin cannabis vient du grec κάνναϐις kánnabis, « chanvre » ; le mot grec pourrait être un emprunt au scythe ou au thrace, voire au sumérien kunibu.
La plante a aussi donné son nom à la célèbre avenue de la Canebière à Marseille. En effet, cannebière (avec 2 n) désigne une plantation de chanvre. Selon certains, il y avait culture de chanvre à cet endroit ; selon d'autres, il ne s'agissait que de fabriques de cordes et de voiles liées aux activités du port. Au nord de la Loire, la plantation de chanvre est appelée chennevière, un terme que l'on retrouve dans des noms de lieux (Chennevières-sur-Marne) ou de personnes. Le terme employé aujourd'hui est chanvrière.
Il existe une seule autre plante de la famille du cannabis : le houblon, l'un des quatre ingrédients de la bière.
Sommaire |
Pharmacologie
Bien que la principale substance psychoactive contenue dans le cannabis soit le THC, cette plante contient environ soixante cannabinoïdes au total dont le bêta-cannabisol (β-CAL). La complexité de ce mélange a conduit à spéculer sur la cause de la différence entre les effets de la plante et le dronabinol de synthèse.
Dans l'organisme, le THC se dégrade en cannabinoïdes dont le cannabidiol (CBD) et le cannabinol (CBN).
Il existe deux types de récepteurs de cannabinoïdes (découverts au début des années 1990 ) :
- CB1 : se trouve dans l'hippocampe, le cortex associatif, le cervelet et les ganglions de la base.
- CB2 : se trouve dans certaines parties du système immunitaire, dont la rate.
Les études effectuées jusqu’ici semblent confirmer que ces récepteurs peuvent agir sur certains processus neurophysiologiques au niveau du cerveau.
L'herbe sauvage de cannabis contient habituellement entre 0,5 et 5 % de THC dans les parties sommitales femelles à maturité. La sélection variétale et l'évolution des techniques de culture (telles que la culture hydroponique ainsi que la transgenèse) ont produit des variétés titrant jusqu'à 25 % de THC. La teneur en THC est aussi affectée par le sexe de la plante : la plante femelle produit des fleurs contenant plus de THC que son homologue mâle. La sinsemilla (de l'espagnol signifiant « sans graine ») est une plante femelle non fécondée par du pollen et a un rendement plus élevé que l'herbe grainée. Les cultures à visées thérapeutique et récréative ont généralement une haute teneur en THC ; à l'inverse, les cultures réservées à l'industrie ont une faible teneur en THC.
Effets
Image:Marijuana.jpg Le cannabis est une substance psychoactive ou psychotrope, c'est-à-dire qu'elle affecte l'esprit et la volonté.
Selon le mode de prise, les effets commencent à apparaître à partir de 10 à 20 secondes après l'inhalation, d'une demi-heure à plusieurs heures après l'ingestion.
Physiologiquement, le THC se fixe dans les tissus graisseux et a une demi-vie de trois à quatre jours.
Les effets recherchés sont un sentiment de douceur, de calme intérieur et de bien-être, une tendance à rire, une prise de recul sur l'environnement.
Cependant, ces effets recherchés peuvent aussi traduire un mal-être psychique - parfois insoupçonné - et se transformer en paranoïa, crises d'angoisse, nausées, sentiment d'oppression ; particulièrement si le cannabis est utilisé en combinaison avec l'alcool.
Des doses plus fortes peuvent induire une augmentation de la perception auditive et visuelle, qui peuvent engendrer des hallucinations et conduire jusqu'au bad trip.
D'une manière générale, les effets varient en intensité et en durée en fonction du mode de prise et du taux de THC ainsi que du sujet et de son état physique.
À court terme, les yeux sont rougis, la bouche est sèche, les battements cardiaques accélèrent, un fréquent sentiment de « fringale » apparaît et des pertes de la mémoire à court terme sont usuels. Il est maintenant scientifiquement prouvé que les troubles de la mémoire disparaissent quelque temps après l'arrêt de la consommation.
À moyen terme, s'installent parfois démotivation, sous-estime de soi, intempérance voire dépression et tendances suicidaires. Il existe une corrélation entre l'usage prolongé du cannabis et dépression chez certains patients ainsi que l'aggravation des troubles mentaux (notamment la schizophrénie).
Une faible dépendance physique existe mais elle n'est généralement pas perçue comme addictive, du fait du faible taux d'accoutumance. Des cas de dépendance psychologique ont été constatés.
À long terme, même si les effets ont encore besoin d'être étudiés, on cite cependant des affections durables des voies respiratoires - cancer du poumon, gorge, langue - problèmes liés aux produits de coupe présents dans la résine et au principe d'inhalation de fumée, par définition produit de la combustion - suie, cendre - et sa température élevée à son entrée dans les voies respiratoires. La médecine utilise d'ailleurs un procédé de sublimation du THC pour soigner des patients afin qu'ils ne respirent pas de fumée mais juste la vapeur de THC. Il est aussi question d'une baisse de la fécondité chez l'homme et les effets du cannabis sur le fœtus sont à peu près équivalents à ceux du tabagisme : bébé de petit poids, naissance avant terme.
Aucune surdose due au cannabis n'a été enregistrée en deux millénaires d'histoire médicale et c'est ce qui contribue le plus à sa réputation de « drogue douce ». La dose létale estimée du cannabis est de 20 000 à 40 000 fois le niveau d'une dose normale. En comparaison, les médicaments les plus prescrits ont une dose létale autour de 10 fois la dose normale. Une étude a montré qu'il faudrait administrer 681 kilogrammes de cannabis en 15 minutes pour atteindre la dose létale.
Le dépistage s'effectue par prélèvement salivaire, test urinaire, prélèvement sanguin ou prélèvement de la sueur.
Cannabis thérapeutique
De nombreux États autorisent l'usage du cannabis thérapeutique : Suisse, Belgique, Australie, Canada, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Espagne, ou encore certains États américains (Californie, Arizona, Alaska, Hawaï, Maine, Nevada, Oregon, Washington).
Le cannabis ne soigne pas mais permet de soulager les effets secondaires, de la maladie ou du traitement. Les recherches pharmaceutiques ont permis de montrer qu'il est possible d’annuler l’effet psychoactif tout en préservant l’intégralité des effets thérapeutiques.
Le cannabis existe sous plusieurs formes médicales :
- Marinol (dronabitol) : prescrit pour les traitements des nausées et des vomissements liés à la chimiothérapie, ainsi que pour stimuler l'appétit chez les malades du sida ;
- Cesamet (Nabilone) : prescrit pour les traitements des nausées et des vomissements liés à la chimiothérapie ;
- Sativex : prescrit comme anti-douleur pour la sclérose en plaques.
Il peut aussi être prescrit à l'état naturel afin d'être consommé en tisane ou par inhalation de vapeur de THC sublimé, là encore sa prescription la plus courante reste relative aux malades en phase terminale.
De nombreuses études - plus ou moins significatives - existent ou sont en cours sur ses qualités thérapeutiques.
- Il est question de propriétés :
- analgésiques : malades en phase terminale et pour les douleurs chroniques résistantes aux traitements traditionnels ;
- relaxantes et somnifères : malades en phase terminale ;
- anti-spasmodiques : sclérose en plaque, épilepsie ;
- anti-vomitives : traitement des effets secondaires de la chimiothérapie ou d'autres traitements lourds ;
- stimulant l'appétit et redonnant du plaisir à manger : lutte contre cachexie (maigreur extrême) et favorise la prise de poids ;
- broncho-dilatatrices : asthme ;
- vaso-dilatatrices : glaucome.
- D'autres études suggèrent que le cannabis pourrait être :
- une alternative efficace pour le prurit cholostatique réfractaire ;
- un agent thérapeutique contre des maladies neuro-dégénératives et la dystonie (perturbation du tonus musculaire) tels que la maladie de Parkinson ou le syndrôme de Gilles de la Tourette ;
- un agent anti-prolifératif : rémission de tumeurs cancéreuses au cerveau (ainsi que ralentissement de la progression de certains cancers du poumon, sein et de la leucémie) ;
- un agent inhibant les sécrétion d'acide gastrique et avoir un rôle favorable sur les ulcères ;
- un agent améliorant les troubles comportementaux des patients atteint de la maladie d'Alzheimer.
Cannabis récréatif
Image:Dutch weed in a plastic bag.jpeg L'usage récréatif du cannabis a donné naissance à une sous-culture ; preuve en est les noms divers donnés à cette drogue. Ainsi, en anglais, on la nomme pot, dope, weed, reefer, bhang, green, herb, ganja, sinsemilla, grass, mary jane, chronic, bud, shit.
En français, on nomme les fleurs séchées (et non les feuilles séchées comme certains le pensent) : herbe, beuh, marie jeanne, ganja, yobi ; et la résine : shit, teushi, teush, teuteu, chichon, hash, bédo ainsi que d'autres noms issus des différentes variétés et qualité.
Le cannabis peut se présenter sous plusieurs formes :
- des fleurs séchées (également appelées « têtes » ou buds - en anglais) ou des feuilles séchées (habituellement, les feuilles de la couronne fleurie des plantes femelles), appelées marijuana;
- de la résine de cannabis (le haschisch), qui est un dérivé de la plante séchée, aggloméré en blocs après fabrication ;
- de l'huile de cannabis (honey oil ou hash oil en anglais) qui est un concentré issu d'une extraction à l'aide de solvants ;
- de pollen ;
- de skuff (ou scuff).
Généralement, le cannabis est fumé, sous la forme de joint (spliff en anglais) : les têtes (fleurs) séchées ou la résine émiettée (éventuellement mêlées à du tabac) sont roulées dans une feuille de papier et fumées comme une cigarette.
D'autres techniques incluent l'utilisation de pipes (ou bongs, pipes à eau) pour fumer le cannabis tout en refroidissant la fumée et, dans le cas des bongs, en éliminant certaines des impuretés (le goudron entre autres, seulement si l'eau est tiède ou chaude car l'eau froide filtre nettement moins).
Le cannabis peut aussi être cuisiné car il soluble dans les graisses, pour préparer des plats tels que le Space Cake, la Pot Pie ou les Hash Brownies ou pris en solution dans du lait, ce que l'on nomme un bhang.
Néanmoins, lorsqu'il est ingéré, les effets du cannabis sont intensifiés et ne se déclarent pas avant trente minutes, ce qui peut perturber les usagers et générer un état d'anxiété et de paranoïa appelé bad trip.
La vaporisation est une autre méthode d'ingestion. On peut extraire le THC et les autres cannabinoïdes sous forme de vapeur en chauffant légèrement la plante sans la brûler. Cette méthode a l'avantage de ne pas extraire les substances toxiques contenues dans la fumée du cannabis et du tabac lors d'une combustion normale. En chauffant le cannabis à environ 190 °C, les substances psychotropes s'évaporent, mais la plante ne brûle pas encore. La vapeur produite peut alors être inhalée, avec un effet aussi immédiat que si la drogue est fumée.
La vaporisation ou sublimation est la technique préférée des personnes cherchant à éviter les dangers liés au tabagisme.
Évaluation de la consommation
En juin 2004, l'ONU dans son rapport mondial sur les drogues 2004, estimait qu'il y avait 150 millions d'usagers pour le cannabis.
Cependant cette évaluation est certainement très loin de la réalité.
Il n'existe aucune méthode fiable pour évaluer un marché illégal, ce qui se fait par des extrapolations des saisies ainsi que des évaluations des surfaces cultivées.
Il est en revanche certain que c’est la drogue illégale la plus utilisée dans le monde.
Histoire
L'origine géographique du cannabis n'est pas certaine : plaines de l'Asie centrale dans le secteur du lac Baïkal pour certains, région moyenne du fleuve Jaune en Chine pour d'autres, ou encore contreforts indiens de l'Himalaya. Les plus anciennes traces archéologiques de son utilisation par l'homme ont été retrouvées en Chine, dans l'un des foyers de la révolution agricole néolithique. Les fouilles du site néolithique de Xianrendong (dans le Jiangxi, daté de 8000 av. J.-C. ont ainsi livré de la céramique, certains pots décorés de fibres spiralées de chanvre.
La plus ancienne tradition d'un usage médical du chanvre semble également chinoise : la plante fait partie des trois cent soixante-cinq remèdes d'origine végétale décrits dans le plus vieux traité de pharmacopée de l'humanité retrouvé à ce jour. Le Shen Nung Ben Cao jing (Traité des plantes médicinales de l'empereur Shen Nung), 2737 av. J.-C. ne donne pas d'indication thérapeutique précise, du moins dans sa version originelle : antalgique, anti-émétique, laxatif... Il est amusant de noter que c'est à ce même empereur Shen Nung que la légende attribue la découverte d'une autre plante psychotrope dont l'usage est aujourd'hui répandu sur tous les continents, le thé.
Le cannabis était bien connu des Scythes, si l'on en croit l'historien grec Hérodote (450 av. J.-C.), qui décrit une séance de fumigation collective entraînant l'hilarité des participants. Depuis l’Antiquité, les peuples germaniques cultivaient également le chanvre, au moins pour ses fibres — utilisées pour la fabrication de vêtements et de cordes pour les bateaux. Ainsi, à Eisenberg dans le Thuringe, des fouilles archéologiques ont mis à jour des semis de chanvre à côté de poteries datant de 5500 av. J.-C. La découverte de la plus ancienne pipe du monde dans des tombeaux datant de l'âge de bronze (1500 av. J.-C.), à Bad Abbach (Bavière) tend à prouver que l'absorbtion de psychotropes sous forme de fumée inhalée en Europe est bien antérieure à la découverte du Nouveau-Monde. Cela ne suffit pas pour autant à affirmer que le cannabis était fumé par les anciens Germains. On sait en revanche que, avant la promulgation de la « loi de pureté » (Rheinheitsgebot), en 1516, sous l'influence de la moniale Hildegarde de Bingen, nombreuses étaient les plantes aromatiques et psychotropes qui servaient à renforcer le goût et les effets de la bière. Le chanvre a de fortes chances d'en avoir fait partie.
Des gravures sur cuivre du XIXe siècle montrent que les berges du Rhin étaient, à l’époque, couvertes de grands champs de chanvre. Le plant de chanvre doit subir une décomposition partielle afin que les fibres de cellulose se désolidarisent des fibres de lignine : c'est le rouissage. L'immersion des pieds dans l'eau permet d'accélérer ce processus.
Dans les Caraïbes anglophones, le cannabis fut importé avec la main-d’œuvre indienne qui amena des plants de chanvre indien. Le nom donné aux indiens fut collie et, aujourd’hui encore, les rastas utilisent, entre autre, le terme coolie weed pour évoquer le cannabis.
En 1844, Théophile Gautier et le docteur Jacques-Joseph Moreau fondent le club des Hashischins. Voué à l’étude du cannabis, il sera fréquenté par de nombreux artistes français.
Au XIXe siècle, le cannabis était utilisé en Occident pour ses vertus médicinales (voir plante médicinale), sous forme de teinture (extrait alcoolique). Il fut utilisé pour soigner les douleurs menstruelles de la reine Victoria, et était même vendu dans le commerce aux États-Unis. Dans la vieille Europe comme aux États-Unis, cette teinture était l'un des médicaments les plus vendus par les officines de pharmacie. Mais, à la fin du XIXe siècle, son succès commença à décliner, suite à l’apparition et au fort succès d’autres médicaments tels que l’aspirine. Ernst Jünger, en 1920, tombe par hasard sur un vestige de cette époque sous la forme d'un vase de porcelaine portant la mention « Extr. Cannabis ». Il raconte cet épisode dans son essai Approche, drogues et ivresse.
Le chanvre arriva aux Amériques avec la colonisation. George Washington, premier président des États-Unis d'Amérique, en cultivait sur sa plantation, comme en témoigne son journal. En 1794, il encouragea sa culture auprès de ses concitoyens dans un discours : Make the most you can of hemp seed and sow it everywhere. Les Mexicains le cultivaient également et commencent l'exportation des sommités fleuries vers le Texas dès 1910. C'est d'ailleurs aux Mexicains que l'on doit l'usage du mot marijuana qui, à l'origine, désignait une cigarette de mauvaise qualité.
Durant les années 1920 et 1930, le cannabis envahit le marché noir, devenant très populaire. Face à ce succès grandissant, les autorités mettent en place des campagnes dites de sensibilisation avec des slogans tel que Marijuana is Devil sur fond de diable enflammé, et la police des stupéfiants de la Nouvelle-Orléans imputent aux consommateurs 60 % des crimes commis dans la ville. Les journaux reprennent et répandent l'idée que violence et cannabis sont liés, à travers le pays et, en 1937, une loi prohibant la possession et l’usage est promulguée.
L’accroissement dans le reste du monde de la production et du trafic de marijuana sont alors préoccupants et plusieurs gouvernements commencèrent à s’inquiéter. En 1925, la convention internationale de Genève est acceptée par la plupart des pays mondiaux s’engageant à se battre contre le trafic de drogue. Parmi eux, la Turquie et l’Égypte voulaient inclure la marijuana dans la convention disant que sa consommation était à la base de la débilité humaine.
Bien qu’il ait probablement été utilisé commme drogue occasionnelle durant son histoire, c'est parmi la scène jazz des années 1950 qu’on le vit devenir populaire, avec une forte augmentation de son utilisation pendant les années 1960.
Le reggae, popularisé par Bob Marley, est aussi un vecteur direct d'idées pro-cannabis et le fait que ce courant musical soit aujourd'hui mondialement connu contribue à faire rayonner la marijuana malgré une législation défavorable de la plupart des pays.
2005 marque cependant un tournant majeur dans l'histoire du cannabis puisque, avec l'assouplissement de la législation de certains pays - notamment le Canada et le Royaume-Uni -, la prescription médicale de THC étant autorisée, des laboratoires pharmaceutiques ont pour la première fois acheté officiellement du cannabis au Maroc - pays évalué par l'ONU comme le principal producteur.
Religion
On retrouve aussi à partir du XIe siècle et pendant tout le Moyen Âge, en Perse et en Syrie, l’existence des Hashâchine (ou « H'ashashine », tels que les nommaient les Croisés), du mot « assas » signifiant le fondement. Ces membres d’une secte shii'te ismaélite d’assassins, créée en 1094 et dirigée par Hassan al Sabah' (aussi appelé le « Vieux de la Montagne ») à Alamout au sud-ouest de la mer Caspienne, consommaient du haschisch fumé pour se conditionner avant de réaliser leurs actes.
Certaines sectes de sâdhu consomment rituellement du haschisch pour déchirer le voile de l'illusion (la maya). Les sâdhu sont présents en Inde depuis plusieurs milliers d'années.
De même, la communauté rastafari considère le cannabis comme un moyen de méditation et de réflexion spirituelle. Considérant que « l'arbre de vie » décrit dans la Bible désigne le cannabis, consommé comme un sacrement permettant l'élévation vers Jah (Dieu), ce qui, contrairement à la croyance populaire, n'encourage cependant pas à la consommation de drogue.
C'est le gangisme, mouvement dérivé du rastafarisme, qui prône l'usage du cannabis.
La législation
La marijuana est mise hors-la-loi dans la majorité des pays du monde au cours du XXe siècle : la convention de l'ONU (1961) proscrivant le cannabis dans tous les pays signataires est indéniablement une retombée du Marijuana Tax Act de 1937 aux États-Unis d'Amérique. Néanmoins, les raisons de cette criminalisation semblent avoir été différentes de part et d'autre de l'Atlantique (bien que l'influence des prohibitionnistes américains semble déterminante).
Depuis les années 2000, le Canada et plusieurs autres pays ont commencé à distinguer l'usage médical du cannabis de la possession simple de cannabis. C'est aussi le cas de certains États des États-Unis, bien qu'une récente décision au niveau fédéral contredise cette politique.
La culture, la possession pour usage privé et la distribution sont généralement réglementées. Les lois varient néanmoins d'un pays à l'autre.
Dans de nombreux pays, la police exerce un pouvoir discrétionnaire, mettant en garde les usagers ou confisquant le cannabis, même en petites quantités, à usages privé ou médical.
Allemagne
En Allemagne, son usage est pénalisé dans tout le pays.
Cependant, le Tribunal constitutionnel fédéral a estimé que la possession d’une faible quantité de cannabis exclusivement destinée à la consommation personnelle et occasionnelle ne méritait pas de sanction pénale dès lors qu’elle ne présentait pas de danger pour les tiers. Les ministères de la Justice des länder ont été invités à fixer dans des directives les critères selon lesquels l’affaire serait classée sans suite par les parquets. La quantité correspondant à la consommation personnelle fait partie de ces critères.
Bien que cette quantité varie entre cinq et trente grammes de cannabis selon les Länder - la Bavière, par exemple, est beaucoup plus stricte que la Basse-Saxonie - la pratique des tribunaux et des parquets montre que plus de 90 % des procédures engagées pour la détention d’une quantité de cannabis ne dépassant pas dix grammes sont abandonnées.
Australie
L'État d'Australie méridionale et le territoire de la capitale australienne (Australian Capital Territory, territoire incluant la capitale, Canberra) ont dépénalisé la possession de faibles quantités de cannabis ainsi que la culture restreinte pour usage personnel ; dans le reste du continent australien, il semble que les autorités n'accordent que peu d'attention aux détenteurs de cannabis ainsi qu'à ceux qui le cultivent pour leur propre usage.
Belgique
Nouvelle directive cannabis entrée en application depuis le 1er février 2005 :
- Endroits fréquentés par des mineurs (écoles, discothèques, etc.) : tolérance zéro.
- Ailleurs :
- Les mineurs eux-mêmes : tolérance zéro (donc renforcement des mesures).
- Adultes : la quantité « tolérée » est ramenée à trois grammes. La dose ne sera pas confisquée (donc assouplissement des mesures précédente).
Canada
Depuis 1997, le cannabis est régi par la loi réglementant certaines drogues et autres substances. D’après cette loi, la possession non autorisée, le trafic, la possession en vue d’en faire le trafic, la production, l’importation et l’exportation sont jugés illégaux. Les sanctions sont différentes en fonction du délit. Cependant, la loi laisse beaucoup de pouvoir aux juges qui imposent la peine.
Pour avoir fait de la production, la sanction est d’une peine maximale de sept ans d’emprisonnement. Pour l’importation, la sanction est un maximum d’emprisonnement à vie. Pour la possession dans le but de trafic et le trafic, les sanctions sont une peine d’emprisonnement à vie si la quantité est supérieure à trois kilogrammes et de cinq ans si elle est inférieure à trois kilogrammes. Pour la possession simple, les sanctions sont d’un maximum de cinq ans d’emprisonnement si la quantité dépasse trente grammes et d’un maximum de mille dollars d’amende ou de six mois en prison pour moins de trente grammes.
En-dessous de 18 ans, les délits sont régis par la loi sur les jeunes contrevenants, les sanctions dépendent des délits mais il peut s’agir de mesures de rechange, de travaux communautaires, d’amendes, de mise sous garde de différente durées et d’un casier judiciaire.
Avoir un casier judiciaire peut rendre très difficile ou même impossible de sortir du pays. De plus, il peut pénaliser le contrevenant lors d’un processus de sélection d’emploi. En revanche, le casier judiciaire d'un mineur est normalement (selon le cas) effacé lors de l'atteinte de la majorité, soit 18 ans.
Danemark
Le cannabis tombe sous le coup de la loi du 31 août 1993 sur les substances euphorisantes, même si cette loi n’interdit pas explicitement la consommation, elle en interdit toutes les autres opérations (vente, livraison, transformation, possession…). Ainsi, la possession simple à des fins personnelles est punie par une amende pouvant s'accompagner ou se substituer par une peine de prison pouvant aller jusqu'à deux ans (en fonction de la quantité) et la possession à des fins de revente tombe sous le coup du Code pénal et peut atteindre les dix ans d'emprisonnement s'il existe des circonstances aggravantes (approvisionement de mineurs).
Cependant, le Danemark possède un « principe d'opportunité des poursuites » selon lequel le ministère public n’est jamais obligé de déclencher l’action publique, ainsi, plusieurs directives ont été publiées visant à dire que la détention ne doit pas être poursuivie lorsqu’elle correspond à la seule consommation personnelle. Ainsi, dans les faits, une quantité de cannabis inférieure à dix grammes est généralement présumée correspondre aux besoins personnels et le contrevenant reçoit alors seulement un avertissement.
Espagne
Le Code pénal interdit la fabrication et le trafic de produits stupéfiants, ainsi que la culture de plantes permettant la fabrication de ces produits, mais il n’en interdit pas la consommation.
La loi organique de 1992 sur la protection de la sécurité civile interdit la consommation de produits stupéfiants dans des lieux publics, ainsi que la détention de ces produits.
Ce dispositif traduit l’idée que la consommation de produits stupéfiants, même si elle constitue un danger pour l’usager, doit être tolérée aussi longtemps qu’elle relève de la vie privée et ne trouble pas l’ordre public.
Ainsi, la simple détention liée à la consommation personnelle n’est donc pas une infraction pénale et les juges excluent en général toute sanction lorsque la quantité détenue n’excède pas cinquante grammes.
États-Unis d'Amérique
Aux États-Unis, la principale loi est le Marijuana Tax Act de 1937, qui n'est en fait que la fédéralisation de plusieurs autres lois votées dans différents États américains les années précédentes. Il se peut que cette loi ait été une réponse aux groupes de pression des fabricants de fibre synthétique, qui faisait concurrence au chanvre. Toutefois, la prescription de marijuana sur ordonnance est autorisée dans certains États comme la Californie. Ces prescriptions sont réservées aux patients atteints de cancer. Les Cannabis Clubs sont réglementés et licenciés par les autorités fédérales, ces clubs qui ont pignon sur rue sont les seuls endroits où le cannabis est autorisé à la vente, la consommation peut se faire sur place ou bien à domicile.
France
En France, la loi interdit « toute présentation sous un jour favorable » des substances stupéfiantes, ce qui clôt le débat et nuit à l'information du public autant que des usagers.
Les associations de réduction des risques pallient ce manque en se plaçant souvent hors-la-loi ; même si, suite au procès du président de Techno Plus — courant 2005 —, elles ont gagné une reconnaissance légale.
La spécifité de la loi française conduit à un discours officiel qui peut paraître assez déroutant pour la plupart des autres ressortissants européens.
Outre le débat, la loi française interdit la production, la détention, la vente et l’usage de stupéfiants avec des sanctions plus ou moins sévères selon l'acte ; à titre d'exemple, le simple usage peut conduire à une peine allant jusqu'à un an d’emprisonnement pouvant s'accompagner ou être substituée par une amende allant jusqu'à 3 750 euros ; le trafic, lui, pouvant conduire à la réclusion criminelle à perpétuité et 750 000 euros d'amende.
Dans la pratique, les condamnations prononcées sont rarement aussi sévères et les poursuites rarement aussi systématiques que le voudrait la loi. Cette application approximative de la loi, qui est en fonction tant des individus (juge et prévenu) que des localisations géographiques (tolérance plus grande en ville), pose réguliérement le problème de la révision de cette loi.
C'est aussi cette même loi qui garantit l'anonymat et la gratuité des soins pour les usagers désireux de se soigner.
Grande-Bretagne
En Grande-Bretagne, le cannabis est déclaré illégal en 1928, après que l'Angleterre eût ratifié la Convention internationale de l'opium adoptée à Genève en 1925.
En 2001, le secrétariat d'État recommande une déclassification du cannabis de drogue de classe B en drogue de classe C, ainsi même si la possession reste toujours une infraction pénale, la peine maximale pour possession et usage personnel a été réduite de cinq à deux ans de réclusion.
De plus, les chefs des services de police ne préconisent les arrestations que dans certains cas précis tels que fumer en public ou en présence de mineurs.
Les mineurs étant toujours appréhendés afin d'être réorientés sur une structure adéquate.
Jamaïque
Le cannabis est interdit en Jamaïque mais l'île regorge de plantations.
Cependant, les actions gouvernementales se limitent à des opérations coup de poing en général sur des artistes du milieu reggae.
Pays-Bas
Aux Pays-Bas, l'usage et la revente de cannabis sont autorisés mais non légalisés ; il peut être acheté dans les coffee shops, des magasins ayant une licence spéciale pour ce commerce.
La loi n'interdit pas la consommation et si la consommation dans les endroits privés est tolérée, celle dans les lieux publics est soumise à une réglementation plus stricte : pas de trouble à l'ordre public, pas de consommation en présence de mineurs (écoles, transports publics). De plus, les maires peuvent prendre des arrêtés interdisant la consommation de produits stupéfiants dans la rue.
Il est faux de penser que la police n'est pas répressive à ce sujet aux Pays-Bas, même si il existe une tolérance jusqu'à cinq grammes.
Concernant la culture et jusqu'à cinq plants, elle est considérée au même titre que la consommation personnelle. Au-delà, l'amende est de vingt-cinq euros par pied.
Autre fait important : la teneur en THC des herbes néerlandaises est souvent très forte puisqu'ils développent leurs propres hybrides tels que le AK-47.
Portugal
La loi n° 30/2000 du 29 novembre 2000 a dépénalisé la consommation de produits stupéfiants. Elle a aussi dépénalisé leur acquisition et leur détention lorsque celles-ci sont liées à la consommation personnelle (mais seulement dans la mesure où la quantité détenue n’excède pas les besoins d’une personne pendant dix jours), ces infractions sont désormais du domaine de l'infraction administrative et non plus du pénal.
En effet, cette loi vise plus à soigner les toxicomanes qu’à les punir. Les sanctions administratives visent donc surtout les consommateurs non toxicomanes, mais qui sont déjà fichés. La sanction consiste en principe en une amende. Pour les consommateurs de cannabis, elle est comprise entre vingt-cinq et cent cinquante euros.
Pour la culture, la loi diffère en fonction de l'ampleur de la culture de trente jours-amende en cas de culture à des fins personnelles à douze ans de prison en cas de culture pour la revente.
Suisse
La loi fédérale érige en infractions pénales la consommation des produits stupéfiants et toutes les opérations qui les concernent : fabrication, culture, commerce, détention (loi sur les stupéfiants, article 19). Cette loi date du 3 octobre 1951 et a été mise en application dès le 1er juin 1952. Elle fut révisée à plusieurs reprises.
Elle distingue cependant la consommation et les infractions commises en vue de la consommation personnelle pour les punir moins sévèrement.
Pour contrer le marché noir et avoir un plus grand contrôle sur une consommation croissante de cannabis, le gouvernement avait entamé des démarches au début des années 2000 afin d'établir une législation plus tolérante vis à vis du cannabis. Le Conseil des États était favorable à une légalisation partielle (vente aux personnes majeures, culture limitée, déclarations nécessaires auprès des autorités, etc.) mais le Conseil national s'opposa à deux reprises au projet. La révision de la loi fut ainsi définitivement repoussée le 14 juin 2004 par 102 voix contre 92. Le compte rendu des débats est disponible ici : [1]
En 2004, on comptait dans le pays environ deux cent quarante magasins fournissant des produits liés au cannabis (graines, matériel pour la culture, accessoires pour la consommation, etc.). À la limite de la légalité, certains ont été contraints de fermer. Relativement tolérantes dans les années 1990, les autorités ont cependant durci la répression dans certains contextes, en particulier la consommation à l'armée et dans les transports publics.
Attaque et défense du cannabis
Attaque
De nombreuses personnes sont opposées au cannabis. Il existe des associations spécialisées dans la lutte contre la consommation de cannabis.
En France, par exemple, la loi Marilou sur la conduite sous l'emprise d'un stupéfiant a directement été inspirée par une association de lutte contre le cannabis.
Les attaques à propos du cannabis visent surtout le côté aléatoire et non prévisibles des effets, propre à tout produit psychoactif, mettant en avant le principe de précaution face à un produit potentiellement curatif mais dont les effets à long terme sont encore à établir.
La « théorie de l'escalade » (tabac, alcool, cannabis, cocaïne, héroïne) a longtemps servi à étayer le discours anti-cannabis avant d'être mise à mal par la réalité des chiffres de terrain des pays ayant assoupli leur loi et où, malgré une dépénalisation de l'usage, aucune statistique n'a pu démontrer que les fumeurs de cannabis passaient à d'autres produits plus durs.
La « théorie de la porte d'entrée » (le fait de rechercher un produit interdit pousserait à fréquenter des milieux marginaux constituant ainsi une « porte d'entrée » dans ces milieux) est maintenant beaucoup plus mise en avant, d'autant que c'est parfois un argument des défenseurs du cannabis que de dire que le produit doit être dépénalisé afin d'éviter de mettre les jeunes en contact avec les milieux du banditisme.
Défense du cannabis
À l'inverse, de nombreuses personnes militent aussi pour le cannabis, soit pour son usage médical, soit pour une dépénalisation de l'usage personnel, soit pour une légalisation contrôlée qui permettrait de taxer le cannabis tout en en contrôlant la qualité, soit pour une révision de la législation mondiale concernant les drogues.
Leurs arguments prônent la liberté à disposer de son propre corps dans la mesure du respect d'autrui - vaste débat si l'on tient compte des organes de santé publique qui pourraient avoir à financer les éventuels problèmes de santé liés à ce choix personnel - et s'appuyent sur des études géopolitiques démontrant les liens étroits entre instabilité politique, pauvreté, exploitation et production de drogue et des observations de la prohibition démontrant qu'un produit contrôlé en qualité par l'État pose moins de problèmes en terme de santé publique.
Certains partis politiques font du cannabis un point essentiel de leur programme, tel le Bloc pot au Canada.
Synthèse
Le débat sur le cannabis reste problématique même si de véritables avancées scientifiques ont permis d'isoler certains principes généraux, il reste un produit psychoactif dont les effets varient d'un individu à l'autre.
Et même si des propriétés médicales lui sont désormais reconnues, elles restent souvent indépendantes de l'usage récréatif occasionnel.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- La catégorie Drogues de l'annuaire dmoz.
- La catégorie Cannabis : recreative drug de l'annuaire dmoz.
- La catégorie Cannabis : health de l'annuaire dmoz.



