Interlingua
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Il existe deux langues construites portant le nom d'Interlingua. La première, l'interlingua de Giuseppe Peano, est plus connue sous le nom de latino sine flexione. L'autre, l'Interlingua élaborée par l'International Auxiliary Language Association, est celle à laquelle on réserve aujourd'hui ce nom et qui sera traitée dans cet article.
La construction de l'interlingua a été achevée en 1951. L'un des principaux contributeurs a été Alexander Gode, auteur d'un précis grammatical, d'un dictionnaire Interlingua-anglais et d'un ouvrage d'introduction à la langue intitulé Interlingua a Prime Vista.
Le vocabulaire de l'interlingua est emprunté essentiellement aux langues romanes ainsi qu'à l'anglais considéré comme langue romane (ce qu'il est dans une grande partie de son vocabulaire). La grammaire est également inspirée (avec un grand nombre de simplifications) de ces langues. Le principe paraît séduisant : il existe un vocabulaire international, d'origine gréco-latine, compris dans le monde entier, il suffirait de l'employer pour se faire comprendre partout ; il est donc inutile d'inventer des mots ou de les déformer comme le fait l'espéranto : pour «calvitie», ne comprendra-t-on pas mieux «calvitia» que «senhareco»? Dans la réalité tout est moins simple: pour l'idée de «vendre» on a bien «vender», mais quel mot international trouver pour «acheter» ? Au début on disait «emer», du latin «emere», mais bien peu de gens pouvaient savoir de quoi il s'agissait. Maintenant on préfère «comprar», qui n'est clair cependant que pour les hispanophones, les lusophones et les italophones.
Une solution serait de procéder comme autrefois pour les thèmes latins où l'on n'avait le droit d'employer que les mots utilisés par Cicéron et César : on usait de périphrases et nos dictionnaires en proposaient de fort savoureuses. Dans le cas qui nous occupe on pourrait dire «acquerer per moneta» mais il faudrait que plusieurs équipes de spécialistes, ingénieux et compétents, se missent au travail pendant plusieurs années. Qui les paiera?
Alexander Gode, le fondateur de l'Interlingua, avait en tête le modèle du Hochdeutsch, allemand commun artificiel créé par la chancellerie impériale à partir des formes les plus communes et que Luther a promu au rang de langue littéraire en l'employant pour la traduction de sa Bible. Mais jusqu'ici l'Interlingua n'a pas produit de génies littéraires, et le style de Gode en Interlingua (par exemple [1]) est bien inférieur au style de Zamenhof en espéranto (par exemple [2]).
Il existe aujourd'hui une Union mondiale pour l'interlingua (Union Mundial pro Interlingua), qui compte des adhérents dans le monde entier, et une Union Interlinguiste de France. On trouve aussi une abondante littérature en interlingua, ainsi que des sites Web et des revues.
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Buts et critiques
Cette langue a été créée dans le but de faciliter les échanges internationaux mais les adeptes d'une langue internationale neutre préfèrent souvent l'étude de l'Espéranto ou l'Ido dont la grammaire est beaucoup plus simple. On reprochera à l'Interlingua une grammaire beaucoup trop complexe et surtout trop proche des langues romanes. Bien que l'Espéranto soit aussi largement inspiré des langues romanes, sa grammaire est beaucoup plus souple et donc plus ouverte à ceux qui pratiquent une langue non indo-européenne comme une majorité d'Asiatiques et d'Africains. De ce fait, l'Espéranto est de loin la langue la plus utilisée des deux, bien que ses adeptes et ceux de l'Interlingua partagent le même but, celui de rendre officiel et universel l'emploi d'une langue commune et grammaticalement plus simple comme outil entre deux interlocuteurs de langues différentes.
A la décharge de l'Interlingua, il faut dire qu'à son origine ses créateurs pouvaient espérer être soutenus financièrement pendant un temps suffisamment long, et c'était le cas vers la fin des années quarante, lorsque Mrs. Morris était le mécène de l'IALA ; mais, convertie au catholicisme, elle s'est brusquement désintéressée du projet et, si elle a continué à verser des fonds tant qu'elle a vécu, elle n'a pas laissé un sou après elle. Et l'on pense bien que ses héritiers se sont bien gardés de le faire. Pris de court, Gode a publié la langue dans l'état où elle était : s'il avait disposé de quelques années de plus, peut-être aurait-il proposé mieux.
Exemple de texte en Interlingua : le Notre Père
Nostre Patre, qui es in le celos,
que tu nomine sia sanctificate;
que tu regno veni;
que tu voluntate sia facite
super le terra como etiam in le celo.
Da nos hodie nostre pan quotidian,
e pardona a nos nostre debitas
como nos pardona a nostre debitores,
e non duce nos in tentation,
sed libera nos de malo.
Les cinq thèses d'Alexander Gode
Pour essayer de connaître la pensée exacte de Gode (ce qui n'est peut-être pas très facile), il convient de lire sous [1] ses Cinque theses a clavar ad le portas de Babel. Pour les gens pressés on peut les résumer ainsi:
1°) L'idée d'une langue universelle ne survit plus aujourd'hui que dans les conceptions fausses de personnes incultes (in le conceptiones false de personas inculte); c'est que les différences fondamentales entre les langues sont d'abord des différences dans les modèles conceptuels et non dans la forme des mots (le differentias fundamental inter le linguas son primemente differentias in le patronos conceptual, non in le formas del parolas). S'efforcer de fournir à l'humanité un outil commun de communication, c'est donc fuir des problèmes difficiles en se réfugiant dans des solutions impossibles (fugir de problemas difficile per refugiar se in solutiones impossibile).
2°) Il est absurde d'argumenter contre l'espéranto en disant qu'il serait inefficace, peu pratique ou répugnant ( es absurde arguer contra esperanto per dicer que illo es inefficace, non practic, o repulsive); aucune langue n'est répugnante en elle-même et il est prouvé jusqu'à l'évidence qu'on peut parfaitement en espéranto non seulement tenir une conversation mais se faire la cour et se marier ( facer le corte e maritar se ). Le problème c'est que l'espéranto est resté jusqu'ici une langue d'initiés; bien sûr ces initiés ne cherchent pas à se cacher et rêvent au contraire au jour où leur langue sera enseignée dans le monde entier comme langue seconde, mais cela ne pourrait se faire que par un décret autoritaire d'une assemblée mondiale dotée de tous les pouvoirs ou par la sagesse bienveillante d'un dictateur mondial (per decreto; per le decision de un assemblea mundial de plenipotentiarios; per le benevolentia sapiente de un dictator mundial). Or dans le domaine de l'intelligence et de l'esprit, où plongent les racines des langues, il est impossible de réaliser par des décrets autoritaires un projet révolutionnaire. Les opérations du monde de l'esprit constituent une économie libérale où les plans administratifs peuvent guider et diriger mais jamais contraindre (in le dominio del intellecto e del spirito, ubi son le radices del lingua, il es impossibile realisar per decretos un plano revolutionari. Le operationes del mundo spiritual constitue un economia libere ubi le planos administrative pote guidar e diriger mais non jammais compeller).
3°) La prétention de l'espéranto ou même de l'interlingua de vouloir déloger l'anglais de la position qu'il occupe comme langue internationale ne fait pas penser au combat de David contre Goliath mais à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf. La prééminence de l'anglais n'est due à aucun mérite propre à la langue, mais elle est bien établie et il est probable qu'elle le restera, mais il ne s'agit pas d'un monopole.
4°) C'est le progrès scientifique et technologique qui a multiplié les contacts entre les peuples au cours des cent cinquante dernières années; or la science et la technologie sont nées en Occident, si bien que la langue de la science a un fondement et une origine occidentales. Cependant les contributions ultérieures à ce progrès se sont faites dans un nombre croissant de langues, si bien que le besoin en traductions va s'accroître.
5°) Comme les langues occidentales peuvent être considérées comme de simples variantes d'une langue commune, il est possible de s'exprimer dans cette langue commune d'une façon qui sera immédiatement comprise sans étude préalable par toute personne qui connaîtra une langue occidentale. C'est le rôle de l'interlingua.
On a essayé ici de résumer dans la langue de Descartes un texte diffus, obscur et redondant. Il est à remarquer d'ailleurs que l'immense majorité des interlinguans (?) non seulement ne l'ont pas lu mais seraient scandalisés par de tels propos si on les leur présentait sans leur dire qui les a tenus.
Comparaison avec l'espéranto
La méthode d'élaboration de l'Interlingua a produit une langue plus ou moins compréhensible aux locuteurs des langues-sources sans qu'ils aient besoin d'un apprentissage préalable. Certains locuteurs de l'Interlingua reformulent cet argument sous la forme que bien que les Espérantistes peuvent communiquer entre eux, l'Interlingua permet de communiquer avec beaucoup plus de locuteurs que ceux qui l'ont appris.
Cependant, cette admirable lisibilité a un coût. Si l'Interlingua est facile à lire, il n'est pas aussi facile à apprendre, écrire ou parler que l'espéranto. On peut dire que sa grammaire n'est pas aussi régulière et simple que celle de l'Espéranto, en raison, par exemple, de la présence de verbes irréguliers. De même, l'ensemble du vocabulaire de base nécessaire à une conversation ordinaire est beaucoup plus grand en Interlingua, car l'Interlingua n'utilise pas un ensemble régulier d'affixes, ceux-ci dépendent des mots concernés. Considérons par exemple :
sana san
sano sanitate
malsana malade
malsano maladia
malsanulejo hospital
sanigxi recovrar
sanigi curar
malsanigxi cader malade
Au lecteur qui maîtrise déjà l'anglais ou l'une des langues romanes ayant servi à construire l'Interlingua, la colonne de droite semblera beaucoup plus compréhensible. Cette colonne contient des mots beaucoup plus internationaux : par exemple, hospital existe dans pratiquement toutes les langues (même en espéranto!), alors que malsanulejo n'existe que dans une seule, l'espéranto.
En revanche, la colonne de gauche est beaucoup plus facile à mémoriser, car elle utilise une seule racine (san-) avec des affixes réguliers. Les mots de l'espéranto sont réguliers : sana → sano, sana → malsana, malsana → malsano. On constate qu'en Interlingua, les mots ne sont pas aussi réguliers : san → sanitate, san → malade, malade → maladia (et non *maladitate).
L'espéranto écrit est moins facilement compréhensible à ceux qui ne l'ont pas appris, parce que Ludwik Lejzer Zamenhof, quand il a construit l'espéranto, a pris grand soin de l'orthographe et de la prononçabilité, ce que Gode n'a pas fait autant. Par exemple, le mot kontakto de l'espéranto et le contacto de l'Interlingua ont un sens et une prononciation identique, mais ne s'écrivent pas pareil, parce que l'orthographe de l'espéranto respecte la règle — un son, un caractère —, tandis que celle de l'Interlingua est moins simple. La lettre c de l'Interlingua, par exemple, peut avoir le son [k], [ts] ou [s], selon les lettres avoisinantes et la langue maternelle du locuteur. Ces détails rendent l'Interlingua plus difficile à apprendre et à parler, mais le rendent aussi plus lisible : les lettres reflètent le caractère latin de cette langue. À un esprit latin, le k de l'espéranto semble laid, peu naturel et barbare, mais celui qui apprend cette langue constate que le k est beaucoup plus fiable que le c.
Le vocabulaire de l'espéranto, en grande partie emprunté aux langues latines, germaniques et slaves, peut être considéré comme plus neutre que celui de l'Interlingua, qui ne puise le sien que dans les langues latines. Cependant, les mots les plus utilisés de l'espéranto sont aussi d'origine latine. On peut aussi remarquer que la neutralité de l'espéranto ne vaut qu'en Europe, et rappeler que dans le monde, les deux tiers de l'humanité ne parlent pas une langue européenne. Enfin, l'Interlingua est plus fidèle au vocabulaire gréco-latin, qui est utilisé internationalement en science.
Au niveau de la prononçabilité, l'espéranto reste la seule langue planifiée qui ait dépassé le chiffre de quelques milliers de vrais locuteurs. Ce n'est pas la moins remarquable de ses réussites, car seule une autre langue construite a dépassé ce stade : le Volapük aurait eu 200 000 locuteurs en 1890, mais on peut supposer que parmi ceux-ci, la plupart n'avait que commencé l'apprentissage de cette langue et qu'une proportion bien plus faible la maîtrisait vraiment.
Pour conclure sur les différences que nous venons de montrer entre l'Interlingua et l'espéranto, il faut rappeler que l'espéranto existait depuis 64 ans quand l'Interlingua est né. La comparaison du nombre de locuteurs doit donc être considérée comme un simple point de repère, pas comme une conclusion définitive sur le succès des deux langues. En revanche, la connaissance des caractéristiques et des mérites de chacune de ces langues est digne d'intérêt pour tous les linguistes, amateurs ou professionnels.
Voir aussi
Liens internes
Liens externes
- Union Interlinguiste de France : http://www.interlingua.com.fr/
- Union mondiale pour l'Interlingua : http://www.interlingua.com/
- dictionnaire interlingua-anglais : http://www.interlingua.com/ied/
- grammaire de l'interlingua (en anglais): http://members.optusnet.com.au/~adohall/
- grammaire de l'interlingua (en français): http://filip.ouvaton.org/ia/gram/entra1.html
- catalogue de sites en interlingua : http://dmoz.org/World/Interlingua
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