Indo-européen
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On nomme indo-européen commun, ou seulement indo-européen (très souvent abrégé en IE), une langue préhistorique reconstruite à partir de la comparaison entre les langues anciennes et actuelles qui en sont issues. L'indo-européen, qui n'a donc jamais été écrit, est la langue supposée à l'origine de toutes les langues dites indo-européennes. La méthode permettant de construire cette proto-langue repose essentiellement sur la linguistique comparée, dont la phonétique historique est une discipline fondamentale.
C'est Marcus Zuerius van Boxhorn qui a le premier découvert l'existence de ce groupe, mais son travail n'avait pas attiré l'attention de ses contemporains et c'est en général à William Jones que l'on attribue cette découverte.
Par ailleurs, l'adjectif indo-européen sert aussi à qualifier les peuples utilisant les langues indo-européennes, et en particulier les peuples de l'Antiquité (comme les Hittites, les Grecs, les Aryens ou Indo-Iraniens, les Celtes...).
Sur la localisation du peuple préhistorique qui parlait l'indo-européen commun, de nombreuses thèses ont été proposées. Citons les mieux argumentées :
- Marija Gimbutas le situe en Russie méridionale et en Ukraine. Il serait à l'origine de la culture des Kourganes apparue vers l'an -5000. Cette thèse est soutenue par de nombreux spécialistes ;
- pour Colin Refrew, ce peuple serait originaire du Moyen-Orient et son expansion aurait coïncidé avec celle de l'agriculture, apparue dans cette région avant la culture des Kourganes. Cette thèse se heurte à un sérieux problème: aucune langue indo-européenne connue ne semble être originaire du Moyen-Orient ;
- Gramkrelidze et Ivanov situent le foyer de ce peuple en Anatolie, dans un pays de hautes montagnes. Cette thèse repose sur de solides considérations linguistiques mais possède (de l'avis même de ses auteurs) peu de bases archéologiques ;
On peut encore citer Janos Harmatta, selon lequel seuls les Indo-Iraniens auraient fondé la culture des Kourganes. De fait, les Iraniens sont les plus anciens habitants connus de la Russie méridionale. Il y avait notamment les Cimmériens, peuple de langue iranienne.
La thèse de Marija Gimbutas est aujourd'hui assez largement admise pour les raisons suivantes :
- ce que nous savons des Indo-Européens par les voies de la linguistique comparée ou de la mythologie comparée correspond parfaitement avec les découvertes archéologiques concernant la culture des Kourganes: ne connaissant pas le fer, élevant des chevaux, etc. ;
- en remontant la piste des peuples indo-européens historiques (Celtes, Italiques, Grecs, Indo-iraniens, Germains...), on aboutit toujours dans les steppes du sud de la Russie et d'Ukraine ;
- la culture des Kourganes a connu des vagues d'expansion attestées archéologiquement qui pourraient correspondre avec l'indo-européanisation de l'Europe, de la Perse et de l'Inde.
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Reconstitution de l'indo-européen
On ne peut reconstruire ainsi qu'un squelette de langue: (phonologie, lexique et morphologie, principalement. Des recherches actuelles tentent de retrouver quelques points de syntaxe et de phonétique) et non une description précise ; c'est pour cette raison que les étymons IE doivent être écrits précédés d'un astérisque, qui indique le caractère supposé et non attesté de la forme. Il existe plusieurs manières de noter les étymons, selon le degré de précision ; par exemple, le mot signifiant « mère » est noté *mātēr ou, plus précisément (et si l'on suit les thèses laryngalistes, méħ2tēr (ou bien, avec d'autres conventions typographiques, méH2tēr, méh2tēr). Cela se constate d'autant mieux avec l'étymon pour « soleil », séh2-ul, *séħ2-ul, *sāul-, etc.
À titre d'illustration, le premier nom se présente, sous une forme plus ou moins altérée par rapport à l'étymon, dans les langues IE suivantes :
- Indo-européen : méħ2tēr, « mère » :
- sanskrit : mātā́ ;
- tokharien A et B : mācar et mācer ;
- avestique : mātar- ;
- arménien : mayr ;
- grec ancien : ionien-attique μήτηρ / mếtêr, dorien μᾱ́τηρ / mấtêr ;
- albanais : motrë ;
- osque : maatreis ;
- ombrien : matrer (génitif) ;
- falisque : mate ;
- latin : mātĕr, d'où, pour les langues romanes :
- viel irlandais : máthir ;
- vieux haut-allemand : muoter (allemand : Mutter) ;
- vieux norrois : móðr (islandais : módhir) ;
- vieux slave : mati ;
- letton : māte ;
- lituanien : mótė.
Quant au mot pour « soleil » :
- Indo-européen : *
- avestique (gāthique) : huuarǝ ;
- sanskrit :
- védique : svàr स्व॑र्, súvar सुव॑र्, sū́rya- सूर्य॑,
- classique : sū́ra- सूर॑;
- gotique : 𐍃𐌰𐌿𐌹𐌻 sauil, 𐍃𐌿𐌽𐌽𐍉 sunnō ;
- vieil anglais : sunne ; anglais : sun ;
- vieil haut allemand : sunna, allemand : Sonne ;
- néerlandais : zon ;
- islandais : sól ;
- danois, norvégien, suédois : sol ;
- grec :
- homérique : ἡέλιος / hēélios et ἠέλιος / ēélios,
- crétois et pamphylien : ἀϐέλιος / avélios,
- attique : ἥλιος / hḗlios,
- dorien littéraire : ἀέλιος / haélios et ἅλιος / hálios,
- arcadien : ἀέλιος / aélios,
- lesbien : ἀϜέλιος / avélios,
- Consulter Dialectes grecs pour plus de détails sur ces langues.
- lituanien : sáulė
- vieux slave : slǔnǐce слъньце ;
- russe : solnce солнце ;
- polonais : słońce ;
- tchèque : slunce ;
- serbo-croate : sunce сунце
- vieil irlandais : súil (« œil ») ;
- gallois : haul ;
- breton : heol ;
- latin : sōl :
- louvite : seḫuu̯al(a) ;
- albanais : hül.
Cette liste est bien entendu ouverte et ne se veut pas exhaustive.
Principales lois linguistiques utilisées en phonétique historique des langues IE
Entre parenthèses : aire d'extension de la loi.
- loi de réduction des vélaires (IE) ;
- loi des dentales en contact (IE) ;
- Loi de Grimm (germanique commun et arménien) ;
- loi de Verner (germanique commun) ;
- seconde mutation consonantique (haut allemand) ;
- loi de Bartholomae (indo-iranien) ;
- loi de Brugmann (indo-iranien) ;
- loi de Caland-Wackernagel (IE) ;
- loi de Grassmann (grec et indo-iranien) ;
- loi de Hirt (balto-slave) ;
- loi de Lachmann (latin) ;
- loi de Leskien (balte) ;
- loi de limitation (grec) ;
- loi de Lindeman (IE) ;
- loi de Meillet (balto-slave) ;
- loi d'Osthoff (grec) ;
- loi ruki (langues satem) ;
- loi de Saussure (balte) ;
- loi de Siebs (IE) ;
- loi de Siever (IE) ;
- loi de Rix (grec) ;
- loi de Winter-Kortlandt (balto-slave) ;
- loi de Bartsch (ancien français).
Autres domaines de recherches
Outre les aspects linguistiques, l'IE permet de retrouver une symbolique commune aux peuples IE, que l'on étudie, entre autres, dans le cadre de la mythologie comparée, de la poétique comparée ou encore dans l'étude des institutions indo-européennes.
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
- Xavier Delamarre, Le vocabulaire indo-européen, Maisonneuve.
- Émile Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Ed. Minuit.
- Franz Bopp,Grammaire comparée des langues indo-européennes(1866-1874) traduction de Michel Jules Alfred Bréal de l'École pratique des hautes études et du Collège de France (de 1866 à 1905), membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres,4 tomes in-4,Paris, Imprimerie impériale et Imprimerie nationale, 1866-1874.
- I.C.Zeuss , "Grammatica Celtica" e monumentis vetustis tam Hibernicae linguae quam Britannicarum dialectorum Cambriacae Cornicae Aremoricae comparatis Gallicae priscae reliquis construxit I.C.Zeuss, Phil.Dr.Hist.Prof.,editio altera curavit .H.Ebel,.Ph.Dr.,Acad.Reg.Hib.Soc.Hon.,Acad.Reg.Boruss.Adi.Comm.Epist. Berolini,Apud Weidmannos MDCCCLXXI.



