Immortalité

Un article de Freepedia.

L'immortalité est le fait d’échapper à la mort et d’exister pour une période de temps indéfinie, voire éternelle.

Sommaire

Chronologie inverse

Il est difficile de savoir quand ce concept est apparu. Nous allons essayer ici de remonter progressivement le temps.

  • Le Symbole de Nicée (premier Credo, établi par le concile de Nicée en 325 - il y aura des modifications par la suite) mentionne « Je crois à la résurrection de la chair ». C’est là quelque chose de nouveau par rapport à la religion gréco-romaine où on pouvait tout au plus espérer une existence posthume chez Pluton (Hadès), mais celui-ci ne laissait en principe aucun membre de ses effectifs revenir sur Terre. Seuls avaient le droit de le faire ses visiteurs occasionnels (Orphée, Télémaque), et bien entendu, six mois par an, son épouse Proserpine (Perséphone).
  • À la même époque, si l’on en croit le philologue Renan, la majorité du peuple juif adore le Dieu de ses pères sans espérer la moindre récompense dans l’au-delà, ni même l’existence d’un au-delà. Il n’est certes pas interdit d’y croire, ni même à la résurrection physique (vision d’Ezéchiel), mais la religion ne se prononce pas à ce sujet. L’Ecclésiaste, par exemple, déclare tout net que les morts ne voient rien et ne sentent rien.
  • Au IVème siècle avant JC, Platon rédige ses propos sur l’immortalité de l’âme.
  • Les briques ayant servi à construire la tour de Babel (Etemenanki) - en fait une ziggourat - aux VIème siècle avant JC portent l’inscription suivante, qui était gravée dans leur moule :
J’ai, Nabopolassar, fils de Nabuchodonosor, fait ériger cette tour en hommage au dieu Mardouk. Seigneur Mardouk, accorde-nous la vie éternelle.
A qui correspond ce « nous » ? S’agit-il de l’ensemble des Babyloniens, des seuls bâtisseurs, ou de Nabopolassar et de ses proches ? Dans le premier cas, il s’agirait d’un des témoignages les plus anciens d’une conception de l’immortalité pour tous.
  • En effet, avant cette époque, l’Égypte des pharaons avait déjà depuis longtemps son Osiris, pesant le bien et le mal de la vie du mort pour déterminer où l’orienter, mais nous n’avons pas d’élement permettant d’affirmer que cette immortalité était promise à la totalité de la population. (à vérifier)
  • Plus loin encore, les hommes de Cro-magnon et même de Néandertal enterraient leurs morts avec des fleurs ou des outils, mais là encore rien ne permet de déterminer si c’était parce qu’ils pensaient que cela leur serait utile dans un au-delà (hypothèse qui revient à les prendre pour des naïfs : il avait bien dû arriver qu’une tombe soit rouverte, et il était facile de constater que les armes n’avaient pas bougé; or, ne l’oublions pas, le cerveau de l’homme de Cro-Magnon, en termes de puissance brute, c’est le nôtre : nous sommes des Sapiens sapiens exactement au même titre que lui). Il peut plus simplement s’être agi de marques posthumes d’affection au même titre que nous fleurissons les tombes de nos morts.

Vision moderne

Nous n’entendons pas par moderne le fait que les visions des religions soient archaïques : même si plusieurs ont disparu dans le passé avec les civilisations qui les avaient adoptées, toutes celles qui survivent se considèrent comme intemporelles. Ce terme précise simplement que ces autres visions sont apparues plus récemment, ce qui ne constitue pas un jugement de valeur.

Carrel : Le coeur de poulet "éternel"

Le prix Nobel de médecine 1912 Alexis Carrel réussit à maintenir vivant un coeur de poulet in vitro pendant une durée dont les estimations varient selon les sources, de 28 ans à 37 ans. Or la durée de vie typique d'une poule est de 5 ans. Cette expérience a amené à se demander si la longévité d'un organisme nétait vraiment limitée que par celle de ses composants ou s'il fallait rechercher une autre cause au processus de mortalité.

Rostand : La fleur ou la chaise

Le biologiste Jean Rostand déclare dans une interview que « nous ne savons pas si l’homme est une fleur ou une chaise » et s’explique de ce propos provocateur : la chaise est potentiellement éternelle dès lors qu’elle est traitée avec soin et réparée régulièrement. La fleur, au contraire, porte déjà en elle le programme de sa propre destruction. Dans les deux cas, les hommes peuvent espérer découvrir un jour l’immortalité physique : un entretien, c’est en général affaire de technique et de discipline; un programme, ça peut sans doute s’altérer au niveau du gène. Mais, pour Rostand, le plus urgent est d’y voir plus clair afin de savoir dans laquelle des deux directions travailler.

Au soir de sa vie, Rostand se dira persuadé que « si l’on avait consacré aux recherches en biologie toutes les sommes consacrées aux budgets militaires de tous les pays, la question de l’immortalité ou au moins de la jouvence éternelle serait déjà réglée ».

Limite de Hayflick. Les télomères

En 1961, le biologiste Hayflick découvre que certaines cellules spécialisées ne semblent pouvoir se diviser qu’environ 50 fois successives. Mieux : si on les laisse se diviser 30 fois, puis qu’on les met ensuite au repos pendant un temps élevé, une reprise des reproductions les limitera à 20 divisions successives : ces cellules semblent donc posséder une sorte de compte à rebours interne. Ses pairs lui donnent le nom de limite de Hayflick. On découvrira par la suite que cette limite est due à une reproduction incomplète des extrémités du brin d’ADN (télomères). Or cette reproduction n’est pas incomplète en ce qui concerne les cellules sexuelles. On finit par découvrir des agents inhibant ces télémérases. Toutefois, en rendant des cellules immortelles, il faut prendre garde à ne pas en faire des cellules cancéreuses (voir Henrietta Lacks). Par ailleurs se pose le problème de traiter la totalité des cellules d’un organisme vivant.

Ettinger : la salle d’attente cryologique

En 1964, Robert Ettinger publie son livre L’homme est-il immortel ?.

Ce livre contient quatorze expériences de pensée sur le thème de l’identité. Sa préoccupation est de cerner quelles sont les transformations d’un individu qui nous paraissent acceptables (cryogénisation comprise) pour considérer qu’il est toujours lui-même. La question se pose avec une acuité plus grande encore si on crée (expérience de pensée) une copie à distance d’un individu : peut-on alors sans problème de conscience détruire l’original et considérer que l’individu a simplement été téléporté ?

Gamow et Hofstadter : qu’est-ce que le « moi » ?

Dans M. Tompkins s’explore lui-même (ouvrage non réédité) le physicien Gamow s’interroge sur la question de savoir où est le moi dans un individu. Il imagine par la pensée une population de clones à l’esprit conservé vierge (peu importe comment) et dans lesquels on pourrait transférer par un procédé donné toutes les connaissances et habitudes d’un individu ainsi que ses goûts. Une fois l’esprit transféré dans le nouvel individu, peut-on considérer que la personne a changé de corps et simplement se débarrasser de l’ancien ? Il est difficile de répondre à cette question, voisine de la précédente.

Douglas Hofstadter et Daniel Dennett, passionnés par cette question de la cognition et de l’identité, décident pour établir une sorte d’état de l’art de créer une compilation des plus intéressants articles, d’après eux, écrits sur le sujet. Ce sera The mind’s I, traduit en français sous le nom Vues de l’esprit. On y trouve beaucoup d’expériences de pensée, dont une qui permet de penser que le moi peut fort bien être délocalisé en plusieurs endroits si les communications suivent (« Where am I ? »). Voir aussi l’article noosphère.

La thèse de Bruno Marchal (CPC)

Cette thèse, en principe d’informatique, développe une quantité d’expériences de pensée s’inspirant de la réalité virtuelle, de la mécanique quantique et de réflexions sur l’identité pour en arriver à la démonstration, alléguée dans son chapitre 4 que « le mécanisme est incompatible avec le matérialisme ». La question de l’immortalité individuelle est abordée, bien que ne constituant pas le sujet principal de la thèse qui est plutôt celui de l’identité.

Kurzweil et le rêve d'immortalité par l'Intelligence Artificielle

Kurzweil reprend l'exemple de substitution progressive également exposé par Bruno Marchal :

  • Si on remplace UN neurone par son équivalent fonctionnel, a-t-on altéré en quoi que ce soit l'individu ? Non, puisque son comportement va être en tous points semblable.
  • Si on les remplace tous un par un, on finit par avoir un individu complet, identique fonctionnellement au précédent, sous forme électronique. Pour Kurzweil, telle est la voie par laquelle l'homme a le plus de chances d'atteindre, sinon à l'immortalité, du moins à une espérance de prolongation de sa vie consciente d'un facteur 10, voire 100... tant que la stabilité politique et économique permet d'assurer la maintenance des machines et de payer leur facture d'électricité.

Sur le plan pratique, le problème est triple :

  1. Il faut dans un premier temps scanner le cerveau non pas avec une résolution du dixième de millimètre comme le permettent les procédès d’imagerie médicale par résonance magnétique nucléaire, mais bel et bien aller chercher l’information sur chaque cellule là où elle se trouve. Kurzweil rappelle qu’il y a bien quelque chose qui passe partout dans le cerveau et qui est le flux sanguin. Son pari raisonné est que quelques millions de micromachines pourraient partir à la découverte du terrain, transmettre immédiatement l’information (qu’elles ne pourraient bien entendu stocker), et celle-ci être collationnée par ordinateur
  2. Le processus ne saurait être instantané, et l’on ne pourrait sans doute pas même espérer qu’il soit total. Nous ne savons pas quelle durée aurait un scan (probablement entre quelques dizaines d’heures et quelques années), et dans l’intervalle nos opinions sur une quantité de sujets auraient changé, ainsi que notre « moi ». Kurzweil ne s’inquiète pas outre mesure de la question : au cours d’une nuit de sommeil, notre « moi » change aussi légèrement, sans que nous nous en inquiétions outre mesure (excepté les très jeunes enfants, alors en pleine phase d’apprentisssage); par ailleurs il nous arrive au cours de notre vie d’oublier quelques connaissances anciennes ou récentes sans grand dommage pour notre intégrité mentale
  3. Plus complexe sera la reconstitution de l’état mental scanné (avec de très fortes redondances puisqu’un endroit sera analysé au cours du temps par des quantités de microcapteurs), la représentation de chaque neurone et cellule gliale, et enfin la gravure du tout dans le silicium ou sa reconstitution sur des machines de traitement de l’information d’un type ou d’un autre. Toutefois cette troisième phase peut se faire attendre si besoin plusieurs décennies, les deux premières seules ayant à être réalisées du vivant de l’intéressé.

Il est important de se rappeler que tout cela reste pour le moment spéculatif, en d’autres termes théoriquement envisageable, mais pour le moment nullement certain. Les flux monétaires susceptibles de s’investir dans la question se situent cependant probablement quelque part entre le marché des PDA (qui promettent une extension très limitée des capacités cérébrales) et celui des religions, dont certaines promettent également l’immortalité, mais sur des bases jugées par une partie de la population comme incertaines.

L'immortalité comme source d'inspiration

L'immortalité dans la littérature

  • 1845 : Eugène Sue : Le juif errant : l’immortalité peut-elle être une calamité pour qui en est doté ? Cette idée sera reprise dans Highlander
  • 1862 : Edmond About, L’homme à l’oreille cassée : la réanimation sous le Second Empire d’un grognard gelé pendant la retraite de Russie, et quelques problèmes afférents.
  • 1891 : Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) : Dans l'angleterre victorienne, un homme conserve sa jeunesse tandis que son portrait vieillit à sa place.
  • 1939 : Aldous Huxley, Jouvence ("After Many Summer"), essai sur la jeunesse éternelle
  • 1976 : François Cavanna, Stop-crève : Essai sur l’absence officielle d’intérêt des pouvoirs publics sur le sujet.

L'immortalité a beaucoup inspiré les auteurs de science-fiction :

  • 1950 : A. E. van Vogt, La maison éternelle : Éviter le vieillissement en se protégeant des radiations cosmiques, sources de mutations.
  • 1956 : John Wyndham, L’herbe à vivre (The seeds of time) : sur quel critère éthique décider de consommer, ou au contraire de conserver pour en augmenter le nombre, une espèce végétale rare bloquant net le processus de vieillissement?
  • 1963 : Vladimir Volkoff, Métro pour l’enfer : survivre éternellement... mais à quel prix !
  • 1967 : Clifford D. Simak Eterna : La cryogénation d’Ettinger devenue un mode de vie, le but d’une existence, le graal de tout un chacun.
  • 1969 : Norman Spinrad, Jack Barron et l’éternité : Aspects sociologiques d’un chantage à l’immortalité.
  • 1973 : René Barjavel, Le grand secret : Et si quelques-uns l’avaient déjà ?
  • 1978 : David Rorvik, À son image : un dirigeant de multinationale, qui n’est pas sans rappeler Thomas J. Watson, se fait cloner pour avoir un fils à son image; son clone est-il « lui »?
  • 1995 : Greg Egan, La cité des permutants : Paul Durham propose à quelques milliardaires du XXIe siècle, de vivre éternellement grâce à des Copies informatiques d’eux-mêmes. Titre original: « Permutation city ». 1996 pour la traduction.
  • 2004 : Minouz, Le Minouz, selon les manuscrits récemment découverts en Grèce, serait une figure représentant l'immortalité chez les peuples sous-instruits. Encore aujourd'hui, cette figure serait encore présente dans plusieurs religions, mais sous forme de symboles.

L’immortalité au cinéma

L’immortalité dans le jeu vidéo

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